21 avril 2008

85. Rocha : Terre en transe



Film brésilien réalisé en 1967 par Glauber Rocha
Avec Jardel Filho, Paulo Autran, José Lewgoy, Glauce Rocha

Un film coup-de-poing...sur la gueule de tous les manipulateurs politiques qui récupèrent les révoltes citoyennes contre de méchants dictateurs afin d'installer un pouvoir tout aussi totalitaire caché sous le maquillage du populisme. Ce film est à désespérer des belles causes qui, toujours, finissent dans le lit de petits potentats.
"Un film opéra-mitrailleuse" dit Jean-Louis Bory dans La nuit complice. Un critique dont il faut lire les textes dès qu'il s'agit d'un film des années 60 ou 70.

Film-désespoir. Réalisé dans le courant des années soixante, période durant laquelle l'Amérique latine a été profondément marquée par les révoltes paysannes et par le développement de nombreux mouvements de libération, ce film nous envoie en pleine gueule un des slogans de la gauche soixante-et-huitarde, "Élections, piège à cons". 

Message : Pas de changement politique significatif sans faire table-rase du système politique en place. Donc, seule la prise des armes par les masses paysannes et ouvrières peut induire un changement significatif et permanent de la société dans une optique égalitaire. Voilà la leçon transmise par ce film de Glauber Rocha que l'on sent complètement désabusé suite à l'échec de l'aventure démocratique brésilienne qui s'est soldée par la prise du pouvoir des militaires en 1964; pouvoir qu'ils conserveront jusqu'en 1985.

Film au montage un peu confus, parfois difficile à suivre, mais œuvre des plus marquantes de cette période durant laquelle le cinéma latinoaméricain (pensons au bolivien Jorge Sanjines) se présente comme un outil de sensibilisation et de combat contre les régimes totalitaires pour la plupart soutenus par les États-Unis.

Je ne sais pas exactement quand a commencé ma passion pour l'Amérique Latine. Mais je me rappelle qu'en 1967, alors que j'avais 20 ans, je vouais une admiration insensée pour Che Guevara que j'avais appris à connaître à travers quelques rares articles de magazines français. J'étais surtout fasciné par son image : béret, barbe hirsute, cigare, toute la fierté du monde dans ses yeux, le plus séduisant des révolutionnaires. "Un, deux, trois, plusieurs Vietnam", son mot d'ordre le plus éclatant, c'était à peu près toute la connaissance que j'avais de sa pensée politique.

Cette passion allait se nourrir au cours des années suivantes de plusieurs événements : cours de Géographie sur l'Amérique latine à l'université Laval, voyage au Mexique à l'été 1970, élection de Salvador Allende au Chili en 1970, séjour de plusieurs mois au Mexique en 1972-1973, mon projet de doctorat en Géographie au Chili malheureusement avorté par le renversement du régime Allende le 11 septembre!!!1973; tout ça constamment nourri de lectures, de films, de musique à contenu latinoaméricain.

Bon, n'anticipons pas trop. Nous sommes en novembre 1971 et Allende est au pouvoir; le premier gouvernement communiste élu de l'histoire. Vraiment à l'avant-garde démocratique par rapport à tous les pays d'Amérique Latine dominés par des régimes dictatoriaux, militaires ou non. Il semblait donc, contrairement au message du film de Rocha, que les urnes pouvaient vraiment apporter une solution aux problèmes socioéconomiques de l'Amérique Latine. Mais deux ans plus tard, l'armée chilienne dirigée par le général Pinochet, largement soutenue par la CIA, allait mettre un couvercle étanche sur cette expérience unique de démocratie et faire rentrer le Chili dans le rang des dictatures militaires.

Il faudra attendre les années 2000 pour voir la mise en place démocratique de gouvernements sociaux-démocrates. Alors, presque tous les pays d'Amérique du Sud seront touchés par ce vent libérateur : Venezuela, Brésil, Bolivie, Chili, Uruguay et, depuis hier le 20 avril, le Paraguay.

Film introuvable en Amérique du Nord (avril 2008).
J'ai réussi à en dénicher une vieille copie sur VHS à la cinémathèque québécoise à Montréal que j'ai pu visionner sur leur antique magnétoscope.

Cannes 1967. Prix de la critique.

Visionné, la première fois, le 25 novembre 1971 au ciné-club de l'Université Laval à Québec
Quel beau dessin, typique de l'iconographie révolutionnaire de cette époque qui nous apparaît aujourd'hui dans toute son innocence et dans toute sa simplicité (dans le sens de simpliste, aussi).
Mon 85ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 22 janvier 2023

14 avril 2008

84. Malle : Le Souffle au cœur



Film français réalisé en 1971 par Louis Malle
Avec Léa Massari, Benoit Ferreux, Daniel Gélin

Coup de tonnerre dans les chaumières.
Malgré sa sortie en pleine révolution sexuelle du début des années 70, ce film a quand même créé un émoi certain chez beaucoup de spectateurs. Non seulement, l'inceste y est-il évoqué mais, de plus, l'auteur n'y apporte aucun jugement moral, comme si ce n'était pas un des plus grands tabous de la civilisation occidentale. 

Il faut dire que le glissement vers la relation incestueuse apparaît au spectateur comme l'aboutissement normal de la tendresse mère-enfant qu'on peut rencontrer habituellement dans une famille pas trop dysfonctionnelle. Si, en plus, la mère est la superbe Léa Massari, alors là, les tabous fondent dans ses yeux en amande comme neige au soleil qui, soit dit en passant, tarde à faire disparaître les congères accumulées dans ma cour arrière (encore 2 mètres de neige à certains endroits, on rigole pas!).

Avant la sortie du film, quelques remous au cœur de l'administration française : censurer ou non ce film. En tout cas, on l'empêchera d'être sélectionné pour représenter la France au Festival de Cannes de 1971.

Extrait des documents de Cannes 1971 : "Louis Malle aborde l’inceste. Le film est défendu par des artistes comme Jeanne Moreau, John Lennon et Milos Forman. Il ne sera pas censuré, ni primé. Juste un haut-le-coeur passager..."

Si la première partie du film (avant le séjour à l'Hôtel des Bains) nous donne le goût de hurler : "Pas encore un film d'ado !!!," la deuxième partie, toute proustienne (on pense souvent au séjour du narrateur à Balbec dans À l'ombre des jeunes filles en fleur), nous amène dans le confort douillet des ambiguïtés des premiers émois amoureux.

Malgré le lieu, Dijon, et l'année, 1954, c'est vraiment un extrait autobiographique authentique que nous présente Louis Malle, à l'exception de la scène de l'inceste, dit-il.

Beaucoup de références littéraires tout au long du film :
Boris Vian, J'irai cracher sur vos tombes
Saint-Exupéry, Le petit prince
Henry de Montherlant, Les jeunes filles
Goethe, Le roi des aulnes
Proust, l'œuvre en général
Tintin
Albert Camus, L'état de siège 
et la grande surprise : Pauline Réage (Dominique Aury, née Anne Desclos), Histoire d'O qui venait de paraître.

Lecture cinéphilique : La folle vie de Woody Allen par Marion Meade.
Habituellement, je ne raffole pas tellement des biographies, leur préférant, et de loin, des écritures du côté de l'autofiction : journaux, carnets, mémoires. Pour vous dire cette passion, j'ai lu dans la dernière décennie Le Temps immobile de Claude Mauriac, pas une mince affaire que cette recherche du temps perdu en 6000 pages; mais un immense voyage émouvant à travers le siècle.

Visionné, la première fois, le 17 novembre 1971 au cinéma Empire à Québec
Mon 84ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 21 janvier 2023

10 avril 2008

83. Leone : Le Bon, la Brute et le Truand



Film italien réalisé en 1966 par Sergio Leone
Avec Eli Wallach, Clint Eastwood, Lee Van Cleef

Ce qui surprend en visionnant Le Bon , la Brute et le Truand (1966) après avoir déjà vu Il Était une fois dans l'Ouest (1968) c'est de voir à quel point ce dernier est tributaire du premier. Plusieurs éléments clés, sans parler de toute la stylistique, étaient déjà présents dans BBT.

Quelques exemples :
1. La séquence du début est presque identique dans les deux films : trois malfrats (dont Al Mulock présent dans les deux films) s'apprêtent à attaquer un individu qui aura gain de cause sur eux.
2. La séquence du duel au soleil à la fin du film : même tension, même gros plans sur les regards, rythme musical identique, etc.
3. Le pendu, au bout de sa corde en déséquilibre; dans BBT sur une croix de bois, dans Il était une fois dans l'Ouest sur les épaules du petit frère.
4. L'imbrication de l'intrigue dans l'Histoire américaine.
5. Et la musique de Morricone...

Scène de mauvais goût pour ne pas dire carrément odieuse : Dans un camp nordiste, l'orchestre de prisonniers obligé de jouer pour enterrer les cris d'un prisonnier qu'on torture. L'analogie avec des scènes connues des camps de concentration nazis nous saute en pleine figure et nous salit un peu.

Eli Wallach : la plus importante prestation d'acteur du film. Clint "stone face" Eastwood est peut-être l'icone des westerns spaghettis mais, dans ce film, il est carrément laissé dans les "starting blocks" par Wallach. Quarante ans plus tard, ce même Wallach, à 91 ans, nous donne une savoureuse prestation d'acteur dans un rôle de scénariste en fin de vie, dans le film de Nancy Meyers, Holiday.


Eli Wallach, alors et maintenant

Lecture cinéphilique : Eisenstein, Le cinéma comme art total de Gérard Conio.
De 1929 à 1932, Eisenstein, accompagné de deux collègues du milieu du cinéma soviétique, séjourne en Occident : Suisse, France, USA et, enfin, Mexique où il essaiera de réaliser une grande fresque sur la société mexicaine. Que viva Mexico! ne sera jamais produit faute de financement adéquat. Des parties seulement de cette œuvre se retrouveront dans d'autres films tels que Thunder Over Mexico dont l'atrocité de certaines scènes en ferait, selon certaines critiques, le prédécesseur de la série Mondo Cane. 
Tout le financement du film reposait sur les épaules de Upton Sinclair (1878-1968), un écrivain américain communiste (si si, ça existait), dont une œuvre Oil vient d'apparaître sur nos écrans : There Will Be Blood de Paul Thomas Anderson.

Visionné, la première fois, le 22 octobre 1971 au cinéma Le Bijou (!!!) à Québec
Les noms de salle de cinéma à Québec au début des années 1970, à l'époque où il y avait encore des cinémas de quartier, reflétaient toute cette période des premières décennies du cinéma durant laquelle celui-ci représentait l'exotisme des pays lointains et le rêve inatteignable. À Québec, on retrouvait Paris (le cinéma de Paris, le Pigalle, l'Odéon), Venise (le Rialto, le Lido), l'Espagne (le Granada), Athènes (le Capitol).
Mon 83ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 21 janvier 2023

07 avril 2008

82. Eisenstein : Ivan le Terrible



Film soviétique réalisé en 1944-1946 par Sergei M. Eisenstein 
Avec Nikolai Cherkasov (Tsar Ivan IV), Serafima Bermann, Mikhail Nazvanov, Pavel Kadochnikov, Vsevolod Pudovkin
Musique : Sergei Prokofiev

À l'époque, je n'ai pas dû éprouver beaucoup de plaisir (autant dire que je m'étais royalement emmerdé) en visionnant ce film sur un petit écran de télé en début de nuit. J'étais entré dans ce film sans aucune connaissance de l'histoire russe; alors, tous ces complots de la cour impériale me laissèrent assez indifférents puisque je n'y comprenais rien. La présentation caricaturale d'Ivan et de son entourage, amplifiée par une prestation des comédiens qui semblaient avoir oublié que le cinéma parlant avait été inventé 15 ans auparavant tant leurs expressions faciales étaient chargées, ajoutèrent à mon désintérêt.

Ce qui saute aux yeux en visionnant à nouveau ce film, plus de 30 ans plus tard, c'est le parallèle qu'on ne peut éviter de faire entre la destinée d'Ivan le Terrible et celle de Staline.

Dans la première partie, on voit bien l'analogie entre la Russie d'avant Ivan et la Russie de Nicolas II du début du 20ème siècle. Cette partie se termine par la montée d'Ivan vers Moscou appuyée par le peuple. On ne peut s'empêcher d'y voir la prise du pouvoir par les bolchéviques avec Lénine à leur tête. Eisenstein a d'ailleurs remporté le prix Staline pour cette première partie de Ivan le Terrible.

C'est dans la deuxième partie que la référence à Staline est remarquable. Cet Ivan IV, tsar de toutes les Russie, qui installe un pouvoir totalitaire et tyrannique (excusez le pléonasme), s'attaquant même à ceux du peuple qui lui ont permis de s'emparer du pouvoir; cet Ivan, c'est la personnification même de Staline. Alors pas de deuxième prix Staline pour Eisenstein (dixit les Cahiers du Cinéma) mais plutôt le déshonneur, la censure et l'interdiction de représentation publique du film pendant 10 ans.

Par ailleurs, on s'est émerveillé et on a crié au chef-d'œuvre devant la mise en scène de cette œuvre. Mais ça me semble un tantinet exagéré (oui, je sais, je suis gonflé de mettre des bémols sur le cinéma de S.a M.ajesté Eisenstein) quand on voit comment Eisenstein joue de la caméra, des décors et des expressions corporelles comme on le faisait à la belle époque de l'expressionnisme allemand des années 20.

Par exemple, les ombres portées sur les murs qui inondent de nombreux plans étaient déjà une technique dont on avait abusé jusqu'à plus soif à l'époque des Lang, Wiene et Murnau.




M
(1931) de Fritz Lang

Un des nombreux plans de Ivan le Terrible avec des ombres portées


Lecture cinéphilique
Eisenstein, le cinéma comme art total de Gérard Conio.
Parcours de la biographie et de la production filmique d'Eisenstein en utilisant quelques documents inédits apparus après la "désoviétisation" de l'empire.
Extrait : Eisenstein: "Hier, j'étais chez Staline. Nous n'avons éprouvé aucune sympathie l'un pour l'autre."
Conio : "Eisenstein a obtenu ce qu'il voulait. Il pourra mourir tranquille puisqu'il a réussi à préserver cette deuxième partie de Ivan le Terrible qu'il considère comme son testament. Mais elle ne paraîtra qu'en 1958, dix ans après sa mort et 5 ans après celle de Staline. "

Conversation d'Eisenstein avec Staline à propos de Ivan le Terrible, tenue le 26 février 1947. En préambule à la conversation, des remarques du bureau politique justifiant la censure du deuxième volet de Ivan le Terrible.

Cette conversation nous montre le petit père des peuples donnant des leçons d'histoire à Eisenstein dans le but de lui faire corriger la deuxième partie de Ivan. Eisenstein, sarcastique, demande à Staline vers la fin de la conversation s'il a d'autres instructions à lui donner. Staline, accusant le coup, lui répond qu'il ne lui donne pas d'instructions mais seulement le point de vue des spectateurs (sic).
Délirant : Staline, demandant à Eisenstein de diminuer la longueur de la barbe d'Yvan ainsi que la durée des baisers que celui-ci donne à son épouse.

Cahiers du Cinéma : Dans la liste des 10 meilleurs films de l'année 1944

Visionné, la première fois, le 31 août 1971 à la télévision à Québec
Mon 82ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 21 janvier 2023

31 mars 2008

81. Antonioni : Le Désert rouge



Film italien réalisé en 1964 par Michelangelo Antonioni 
Avec Monica Vitti, Richard Harris, Carlo Chionetti

Commençons par la fin. Écologie. 
La dernière séquence : Giuliana (Monica Vitti) se promène avec son jeune fils dans le "désert rouge" d'une friche industrielle.

Dialogue
Fils : Pourquoi cette fumée est-elle jaune? (montrant du doigt la fumée sortant d'une cheminée d'usine)
Mère : Parce qu'elle est empoisonnée.
Fils : Alors, si un petit oiseau vole à travers elle, il mourra.
Mère : Depuis le temps, les petits oiseaux ont appris à ne plus voler à cet endroit.

Impossible de ne pas faire le lien avec le premier et le plus célèbre volume traitant des graves désordres écologiques causés par l'industrialisation écrit par la biologiste américaine Rachel Carson, The Silent Spring, publié en septembre 1962. Ce volume fut le premier cri d'alerte destinée à l'ensemble de la population concernant les problèmes écologiques. Le printemps silencieux, c'est l'absence des oiseaux qui ne reviennent pas parce que l'environnement est délétère. Il faut lire l'introduction de ce volume qui nous présente ce qui nous attend si la tendance à la destruction de l'environnement perdure. Ce petit texte de trois pages, que vous devez lire, A Fable for Tomorrow, est le 1984 de l'environnement.

Antonioni était-il au courant de cet écrit au moment de la réalisation de Il deserto rosso, tourné en 1963? On peut en douter. Ce qui donne un caractère encore plus prémonitoire mais aussi avant-gardiste à ce film qui décrit les désastres de la pollution industrielle.

Ce qui est aussi fascinant c'est de voir que les critiques de l'époque n'abordent pas cette question. Dans les Cahiers du cinéma numéro 159 d'octobre 1964, Jean-Louis Comolli réussit le tour de force, en 3 pages de critique, à ne jamais aborder la question écologique pourtant omniprésente dans le film. Mais voilà, la question écologique ne faisait pas partie des composantes de l'idéologie occidentale de l'époque.

Mais pour nous, en 2008, la composante écologique du film nous saute en pleine figure comme nous apparaissent tout à fait bizarres ces personnages des films noirs accrochés à leur cigarette alors que c'était la norme à l'époque et qu'un spectateur d'alors n'aurait sûrement pas remarqué.

En 1971, lors du premier visionnement de ce film, je ne suis même pas certain que je connaissais le mot écologie; il est certain que la question environnementale ne me préoccupait aucunement. La pollution de l'environnement faisait partie de la vie du siècle; c'était une fatalité avec laquelle il fallait vivre. Une rivière était considérée comme un lieu de remisage de tous les déchets.

Dans le quartier Limoilou à Québec, où j'ai vécu mon enfance, il y avait une rivière, la St-Charles, qui servait d'égout et de poubelle, en plein cœur de la ville. Personne n'approchait ses rives, infestées de rats et comblées de déchets industriels.

Je me souviens d'un événement hautement surréaliste attaché à cette rivière. Mon grand-père d'origine italienne, statuaire de métier, avait dû cesser sa production de statues religieuses en plâtre, suite au concile de Vatican II en 1962 qui préconisait l'abandon des rites liées aux statues. Ne pouvant plus vendre de statues, il ferma boutique. Mais que faire du lourd inventaire de statues s'entassant dans les caves de la "shop". Celle-ci étant située à deux pas de la St-Charles, la solution apparut évidente : balancer l'inventaire dans la gueule gourmande de ce dépotoir aquatique. C'est ainsi que depuis plus de 40 ans, des dizaines de statues, couchées dans le lit de la rivière, regardent passer des embarcations de plaisance lors des beaux jours. 

Résumé du film. Faisons court.
"Déshumanisation progressive du monde et du paysage." tiré de Des Yeux pour voir de Jean-Louis Bory, critique que j'adore et bouquin incontournable quant au cinéma des années 60. Lourd, le film.

Premier film en couleurs d'Antonioni.
Tant de couleurs en à-plat pour décrire un paysage industriel répugnant mais aucune couleur pour le paysage naturel : pas de soleil, plein de brouillard, grisaille de novembre, on pense à Brel du Plat Pays, "avec un ciel si bas qu'un canal s'est pendu" "avec un ciel si gris qu'il faut lui pardonner".

Richard Harris : très mauvais casting. On a l'impression qu'il s'est trompé de film. Il dort au gaz. On rêve de Mastroianni dans ce rôle, ou bien le Delon de L'Éclipse.

Lecture cinéphilique
Pierre Braunberger, Cinémamémoire. Les mémoires d'un des plus grands producteurs de films français; de Jean Renoir à Jean-Luc Godard.
Il arrive quelquefois qu'on se plante royalement dans l'évaluation d'un film. Consolons-nous en lisant ce qui suit, extrait du livre de Braunberger.

Celui-ci raconte :"... nous passons devant le Colisée (cinéma) où l'on donnait pour la première fois Quai des brumes. Je dis à Jean Renoir : "Nous avons le temps. allons le voir." Il accepte. Au bout de 20 minutes, de sa grosse voix traînante, il s'exclame très fort : "Qu'est-ce que c'est que ce film? C'est une mise en scène de merde. Ce n'est pas le Quai des brumes, c'est le "le cul des brêmes" que tu m'as emmené voir". Je ne savais plus comment faire et lui dis : "Chut Jean, c'est un très beau film... tu ne peux pas faire ça..." Il continue : "Mais c'est vraiment de la merde ce truc-là. Quelle connerie!". Nous avons été obligés de sortir, tant il faisait de scandale. J'ai revu le film, seul, le lendemain... avec une grande joie."

Cahiers du Cinéma : Dans la liste des 10 meilleurs films de l'année 1964
Venise 1974. Trois prix : Lion d'or, prix de la critique, nouveau cinéma

Visionné, la première fois, le 29 août 1971 à la télévision à Québec
Mon 81ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 21 janvier 2023

23 mars 2008

80. Resnais : Nuit et brouillard



Film français réalisé en 1955 par Alain Resnais 
Texte de Jean Cayrol. Narrateur : Michel Bouquet

Ça fait mal. On dira probablement que je suis un "bleeding heart" mais je souffre beaucoup en lisant sur le blog littéraire de Pierre Assouline du journal Le Monde la position idéologique d'un certain Immanuel Wallerstein par rapport au droit d'ingérence. Assouline dit :"Wallerstein met les ONG au rang des États et dénonce dans le droit d’ingérence la forme la plus sournoise de néo-colonialisme que le néo-libéralisme a su inventer pour asservir les peuples comme autrefois. " Message du 21 mars 2008.

Il est impossible après avoir visionné Nuit et brouillard de lésiner sur le droit d'ingérence dans les cas de génocides ou de massacres systématiques de populations. La seule hésitation acceptable est au niveau du devoir d'ingérence. Doit-on intervenir ou justifier son inaction par une argumentation basée sur la panoplie de concepts et de slogans ressassés par une gauche qui s'est fait avoir par toutes les dictatures communistes du siècle dernier ? Bon, on se calme; y a pas le feu. À ma décharge, il faut dire que j'ai été surpris d'avoir été si ému en revoyant Nuit et brouillard. On pense qu'on oublie, qu'on s'endurcit puis, tout à coup, une barre au creux de l'estomac. Et le devoir d'ingérence devient la seule posture humainement acceptable.

Dans les années 1950, dans le quartier ouvrier de Limoilou à Québec, on parlait rarement de la seconde guerre mondiale qui nous semblait déjà un passé lointain. Il me semble n'avoir jamais entendu parlé du génocide du peuple juif de toute mon enfance. C'est seulement à 13 ans, que j'entendis, pour la première fois, parler de l'extermination des Juifs d'Europe dans les camps de concentration nazis. Il fallut le célèbre procès d'Adolf Eichmann en 1960 pour qu'enfin je puisse prendre conscience de cette effroyable réalité. Tous les jours, la télé et les journaux décrivaient et montraient les scènes d'horreur des camps d'extermination nazis. Mais à 13 ans, l'enfance est encore un sacré bouclier contre les horreurs du monde adulte. Alors, ce ne fut que 11 ans plus tard, lors du visionnement de Nuit et brouillard, que toute l'ampleur de ce désastre humanitaire me frappa de plein fouet.

En trente minutes, la machinerie de l'holocauste est fixée à jamais pour la postérité. La juxtaposition d'images d'archives tournées à la libération des camps et d'images actuelles (1955), en couleur, des mêmes lieux envahis par la verdure, est un vibrant appel au travail de mémoire.

De quelques infamies :
1. Le film, choisi à l'unanimité par le comité de sélection pour participer à la compétition au Festival de Cannes, est interdit de compétition par le gouvernement français à la suite à des pressions du gouvernement allemand.
2. Le comité de censure oblige Resnais à maquiller le képi d'un gendarme français qu'on voit participant à l'embarquement de Juifs au camp de Pithiviers.
3. Interdit d'exploitation en Suisse en raison de sa neutralité dans le conflit de 39-45. Neutralité dans un tel cas, c'est presqu'un crime contre l'humanité.

De Jean Cayrol, le rédacteur du texte : Durant la Seconde guerre mondiale, Jean Cayrol s'engage dans la Résistance. Il est arrêté en 1942 après avoir été dénoncé et est déporté N.N. (Nacht und Nebel, Nuit et Brouillard) au camp de concentration de Mauthausen-Gusen. Cette expérience est à l'origine de ses Poèmes de la nuit et du brouillard publié en 1945.

Tibet. Droit ou devoir d'ingérence? Il semble bien que "nobody gives a damn". 300 000 personnes dans les rues de Montréal il y a 5 ans pour s'opposer au renversement de la dictature sunnite de Saddam Hussein mais personne dans ces mêmes rues pour le Tibet; idem pour le Rwanda, le Darfour, la Tchétchénie. L'histoire repasse en boucle.

Un extrait du film que je dédie à un peuple que nous avons abandonné dans la nuit et le brouillard, les Coréens du Nord "...et qui n'entendons pas que l'on crie sans fin"

Visionné, la première fois, le 2 août 1971 au théâtre de l'Estoc à Québec
L'Estoc était un des plus beaux théâtres de poche de Québec, situé sur la rue St-Louis, à l'ombre du Château Frontenac.
Mon 80ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 21 janvier 2023

19 mars 2008

79. Porter : The Great Train Robbery


Le Vol du Grand Rapide

Film américain réalisé en 1903 par Edwin S. Porter
Avec Gilbert "Broncho Billy" Anderson, George Barnes

Le premier western de l'histoire du cinéma.
Un western d'une durée de seulement 12 minutes. Mais on y retrouve déjà les éléments du langage filmique du western : ambiance de saloon, attaque de train, poursuite à cheval, l'utilisation intempestive du "six-coups", la gare et son télégraphe, les bons qui ont finalement raison des méchants.

Scène hilarante : au saloon les habitués font danser un nouvel arrivant en lui faisant sauter les pieds à coup de revolver; un futur classique.

On se demande si les spectateurs présents lors des premières projections étaient vraiment conscients qu'il s'agissait d'une fiction et non pas d'actualités actés comme on procédait souvent à cette époque des débuts du cinéma. D'autant plus que les attaques de train par des gangs de bandits étaient monnaie courante à cette époque pendant laquelle sévissait régulièrement le célèbre duo Butch Cassidy et de Sundance Kid avant leur départ pour l'Argentine en 1901. À leur sujet, voir le grand western de Sam Peckinpah Butch Cassidy and the Sundance Kid.

Naissance de la première star du western : Gilbert Anderson qu'on surnommera Broncho Billy, nom du cowboy qu'il personnifia dans la saga des Broncho Billy qui s'étendit tout au long des années 1910. Un homme de cinéma polyvalent et une production titanesque. Voyez plutôt : il a écrit 237 scénarios, il a produit 245 films, il en a réalisé 384 et il a joué dans 356 films; tout ça en moins de 20 ans.

Et pourtant qui retient-on comme le prototype du cowboy du cinéma muet ? La grosse moustache ci-dessous qui n'a joué que dans 11 films : George Barnes


Ce plan ne fait pas partie du déroulement du film. Il était suggéré par la compagnie Edison de présenter ce plan, soit au début, soit à la fin du film. Quand on pense que les gens avaient encore peur lorsque, à l'écran, un train entrait en gare, on peut supposer que plusieurs ont dû faire dans leur froc lorsque La Moustache s'est mis à leur tirer dessus.

Lecture cinéphilique
Le Dictionnaire Truffaut sous la direction d'Antoine de Baecque et d'Arnaud Guigue. Publié en 2004. Tout Truffaut en pièces détachées; plus de 300 entrées. Pour inconditionnel de Truffaut seulement. Dans la lettre "B" l'article intitulé "Bonnie and Clyde". On y apprend, horreur, que Truffaut a décliné l'invitation de producteurs américains pour réaliser ce film. Sa connaissance insuffisante de l'anglais a été la raison invoquée. On peut rêver sur ce qu'aurait été la carrière de Truffaut après une telle production.
" Dites, François, Faye Dunaway, vous ne vous êtes pas mordu les doigts de ne pas l'avoir dirigée? Faye Dunaway, les plus belles jambes du cinéma américain - du cinéma tout court, oui. " (Éric Neuhoff). Pour les sceptiques, voir Dunaway dans Barfly de Barbet Schroeder.

Visionné, la première fois, le 20 juillet 1971 à la cinémathèque de l'Université Laval à Québec.
J'ai vu le premier western de l'histoire du cinéma à la cinémathèque de l'Université Laval. Qu'est-ce que je foutais là, seul, enfermé dans un local mal aéré et surchauffé, alors qu'il faisait un temps splendide sur Québec en ce milieu d'été de 1971 ? Je ne me souvenais pas avoir été si malade de cinéma à cette époque.
Mon 79ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 21 janvier 2023

17 mars 2008

78. Leone : Once Upon a Time in the West



Film italien réalisé en 1968 par Sergio Leone
Avec Charles Bronson, Henry Fonda, Claudia Cardinale, Jason Robards, Gabriele Ferzetti

"Il piu spettacolare western di tutti i tempi"
Pour une des rares fois, je suis d'accord avec une publicité sur une affiche de cinéma. Ce film synthétise, tout en les portant à un sommet jamais atteint jusque-là, tous les éléments stylistiques du genre western développés depuis sa naissance en 1903 dans The Great Train Robbery de Edwin S. Porter. 

Avec ce film, le western perd son innocence. Il ne sera jamais plus ce faire-valoir de la grande épopée de la conquête de l'Ouest glorifiant ces pionniers blancs venus de l'Est à la recherche d'un avenir meilleur.

Ce que Leone nous dit c'est que la conquête de l'Ouest est une des plus perfides manifestations du capitalisme sauvage qui s'associe aux pires tueurs pour atteindre ses objectifs. C'est peut-être ce qui explique le peu de succès de ce film au box-office américain alors qu'il fut en tête des palmarès en Europe. Les Américains vont difficilement accepter qu'un Italien viennent leur faire la leçon sur un de leurs plus grands mythes : la conquête de l'Ouest. On peut voir cet accueil plutôt froid dans la critique d'un des plus grands critiques de cinéma américain, Roger Ebert du Chicago-Tribune. L'art de passer à côté d'un chef-d'œuvre

Pour moi, en ce mois de juillet 1971, coup de foudre comme on en subit peu dans une vie de cinéphile. Coup de foudre d'autant plus violent que j'allais voir ce film avec une tonne d'appréhensions. Les westerns, j'en avais vus des dizaines depuis mon enfance et j'en avais carrément ma claque de ce genre qui ruminait toujours les mêmes séquences de valeureux cow-boys et d'exécrables bandits sempiternellement personnifiés par les Wayne, Cooper, Stewart et autres employés de la fabrique hollywoodienne. Parmi ces employés, il y avait Henry Fonda, le sempiternel Mister Good Guy. Leone en fera un des pires tueurs psychopathes de western.

Imaginez la scène : plan de caméra à la hauteur des hanches, on voit un type dégainé et tué un enfant de 8 ans qui tente de s'échapper; la caméra remonte vers le visage et, sacrilège infâme, c'est Henry Fonda dans un rare (le seul?) rôle de salaud de sa carrière. Et ce gros plan qui fait frémir:


Une séquence d'anthologie : les 14 minutes de l'ouverture. Bienvenue dans l'univers temporel de Leone. Attente, tension, anxiété, impatience maîtrisée, la sueur qui perle sur les visages, les mouches collantes, le temps qui s'incruste dans chacun des rictus : le film impose sa marque.

Une séquence d'anthologie bis : le duel final entre Jack (Fonda) et Harmonica (Bronson) noyé dans la musique lancinante puis symphonique de Morricone. Inoubliable.

Un secret de tournage macabre : Alfred Mulock, un des trois mercenaires de la scène d'ouverture, se suicide en sautant de sa chambre d'hôtel au retour d'une journée de tournage.

Ennio Morricone a composé la musique de cet opéra-western. Musique à jamais associée avec une des grandes expériences de ma vie de cinéphile mais aussi avec la fin du temps de l'innocence.

Lecture cinéphilique
Le dictionnaire Truffaut sous la direction d'Antoine de Baecque et d'Arnaud Guigue. Publié en 2004. Tout Truffaut en pièces détachées; plus de 300 entrées. Pour inconditionnel de Truffaut seulement. Dans la lettre "A" l'article intitulé "Apostrophe", le fameux passage de Truffaut-en-péril.

Aucun prix important, même pas une nomination aux Oscars, pour la musique. Les Américains n'ont vraiment pas aimé.

Visionné, la première fois, le 12 juillet 1971 au cinéma à Québec
Mon 78ème film visionné de la liste des 1001 films de Schneider
Mis à jour le 20 janvier 2023

11 mars 2008

77. Buñuel : Tristana



Film espagnol réalisé en 1970 par Luis Buñuel
Avec Catherine Deneuve, Fernando Rey, Franco Nero, Lola Gaos

Avouez que ce n'était pas facile pour un admirateur inconditionnel de Deneuve, dont j'étais à cette époque, de voir sa belle Deneuve passer de "belle-de-jour" à "amputée de guerre" contre le cancer. Ce fut un tel choc que tout le reste du film en fut oblitéré; je n'avais gardé aucun souvenir de l'intrigue du film jusqu'au visionnement d'aujourd'hui et découvrir, ainsi, un film qui synthétise les grands thèmes bunueliens : anticléricalisme, contestation de la société espagnole, rejet des tabous, fétichisme, érotisme à la limite de l'explosion. Mais tout ça en mode mineur par rapport à l'ensemble de l'œuvre.

Au début du film, une ouverture sur le destin de Tristana; don Lope, son père adoptif, lui disant cet axiome : "Si tu veux garder une femme honnête, brise-lui une jambe et garde-la à la maison". Les Talibans ont trouvé d'autres manières d'arriver à cette fin.

Définir le personnage de Tristana ? Qui, mieux que Jean-Louis Bory, peut le faire en quelques mots : "cette frêle jeune fille, vierge de douceur, en fait machine d'acier et petit Krakatoa intime camouflé sous la neige". Ça ne peut pas être plus exact. Extrait de L'écran fertile.

Jean-Louis Bory, un des meilleurs critiques de cinéma français des années 1960-1970. Toute son oeuvre critique est regroupée dans sept volumes publiés aux Éditions 10/18 entre 1971 et 1977. Destin tragique de l'itinéraire d'un homosexuel dans une société qui n'acceptait pas encore les "sorties du placard". Il se suicida le 11 juin 1979. Le même jour mourait John Wayne. 

La célèbre scène du balcon. (Pour les Québécois de ma génération : non, ce n'est pas le célèbre Vive le Québec...libre de Charles de Gaulle prononcé à partir du balcon de l'Hôtel de ville de Montréal, le 24 juillet 1967)
Dans cette scène du balcon: Tout le mépris et toute la perversité du monde dans ce regard de Tristana.



Lecture cinéphilique
Éric Fottorino, Baisers de cinéma (Prix Femina 2007). Roman d'amour au déroulement assez convenu, sauvé, heureusement, par ses références multiples au cinéma de la Nouvelle vague et plus particulièrement, pour mon plus grand plaisir, aux films de François Truffaut. Beaucoup de clins d'œil à Truffaut. D'abord le titre qui fait penser à Baisers volés ; puis le père du narrateur, né le même jour que Frank Truff, le 6 février 1932, est aussi, comme ce dernier, un grand amoureux des femmes. Les passages concernant la "lumière" au cinéma, dont le père du narrateur est un spécialiste, sont les plus intéressants.

Visionné, la première fois, le 10 juillet 1971 au cinéma Canadien (sic) à Québec
Mon 77ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 22 janvier 2023

04 mars 2008

76. Hitchcock : The Birds



Film américain réalisé en 1963 par Alfred Hitchcock
Avec Tippi Hedren, Rod Taylor, Jessica Tandy, Suzanne Pleshette, Veronica Cartwright.

"Spring Break" ou relâche scolaire au Québec.
Relâche de visionnement. Première fois depuis 18 mois que je ne fais aucun visionnement pendant quatre jours consécutifs.
Pendant que notre fille est dans un programme humanitaire au Salvador, Lu et moi décidons d'aller à la plage sur la côte du Maine, USA. Une grande première : marcher sur la plage pendant une tempête de neige avec en arrière-plan une mer démontée comme je n'en ai jamais vue de toute ma vie sur la côte atlantique. Week-end fort roboratif, les pieds sous la couette dans une chouette auberge, vin rouge, la mer en furie à 20 mètres et un gros bouquin sur le cinéma, quoi d'autre.

Je ne suis pas un fervent amateur de "making of". Jamais, je ne regarde ce type de production concernant les films actuels. Mais quand on les retrouve, sur DVD, en accompagnement de films classiques, je me fais un devoir de les visionner. Habituellement, je n'y trouve pas beaucoup d'intérêt sauf à évaluer l'outrage des ans sur le visage des grands acteurs du passé. 
Bien, voilà, le "making of" de The Birds, intitulé About the Birds, est passionnant en ce qu'il nous dévoile l'immense travail technologique que cache l'utilisation de ces milliers d'oiseaux tout au long du film; ceci expliquant probablement la minceur de l'histoire sous-jacente et notre impatience, lors d'un second visionnement, envers l'historiette amoureuse entre la "blonde au visage d'acier" et le"grand brun". 
Autre moment émouvant, revoir la belle Tippi Hedren, toujours aussi froide et blonde; probablement la plus belle femme de 70 ans, ever. À côté d'elle, Rod Taylor a plutôt l'air d'une vieille outre à vin.

Si vous jetez un coup d'oeil sur les crédits du générique de About the Birds, vous allez découvrir le nom du plus grand réalisateur de "making of". Laurent Bouzereau a écrit, réalisé et produit plus de 300 films documentaires sur des œuvres de cinéastes depuis qu'il a commencé cette carrière en 1995..

Le moment le plus effrayant n'est pas sur l'écran : à la fin du film, les membres de la famille quittent la maison et doivent se frayer un chemin parmi des milliers d'oiseaux apparemment calmes mais prêts à attaquer. C'est à ce moment-là, alors que tous les spectateurs sont tendus en attente d'un quelconque sursaut des oiseaux, qu'un spectateur dans la salle pousse un cri de corneille : grand moment de stupeur ponctué de multiples cris suivi d'un éclat de rire général; Hitch pousse alors un grand soupir de satisfaction.

Ma séquence préférée : celle de l'école. Mélanie Daniels (Hedren) est dans la cour de l'école attendant la petite Cathy (Cartwright) afin de la ramener à la maison dans ce contexte de début d'hystérie collective autour des attaques d'oiseaux. Pendant environ 2 minutes, elle attend nerveusement que les enfants finissent leur chanson qui marque la fin des classes. Pendant que Mélanie fume sa cigarette l'on voit, derrière elle, les oiseaux lentement se regrouper sur un appareil de gymnastique. L'on voit, mais elle ne voit pas le drame qui se prépare à son insu. Jusqu'au moment où, apercevant une corneille, elle la suit du regard jusqu'à l'appareil où elle constate l'immense attroupement d'oiseaux. Toute cette séquence est accompagnée de la répétition lancinante du même refrain de la chanson enfantine. Un chef-d'œuvre dans l'horreur. 

C'est amusant de voir, sur YouTube, la réaction des gens par rapport au film de Hitchcock. Une immense colère face à cette absence d'explication de l'attaque des oiseaux. 45 ans plus tard, Hitch fait encore des ravages.
Une des fins envisagées : montrer le Golden Bridge de San Francisco couvert d'oiseaux.

Lecture cinéphilique recommandée
Entretien de François Truffaut avec Alfred Hitchcok à propos de  Birds reproduit dans un des plus célèbres livres publiés sur le cinéma : Hitchcock/Truffaut, Gallimard, 2000.
Encore mieux : vous pouvez écouter les 22 bobines sur lesquelles se trouve l'entretien en vous rendant sur le site de trombonheur

Cahiers du Cinéma : Dans la liste des 10 meilleurs films de l'année 1963

Visionné, la première fois, le 6 juillet 1971 au cinéma de l'Université Laval à Québec
Un été passé enfermé dans les salles de cours pour poursuivre mon baccalauréat en Géographie et dans la cinémathèque de l'Université Laval pour visionner les grands classiques du cinéma muet. Tout à fait excitant, non? ....Ah bon!
Post-scriptum qui n'a rien à voir (clin d'oeil à Delfeil de Ton du Nouvel Observateur) : En ce 6 juillet 1971, décès de Louis Armstrong.
Mon 76ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 20 janvier 2023

26 février 2008

75. Rohmer : Ma nuit chez Maud



Film français réalisé en 1969 par Éric Rohmer
Avec Jean-Louis Trintignant, Françoise Fabian, Marie-Christine Barrault, Antoine Vitez

Enfin un Rohmer. Il n'y en aura que deux sur la liste de Schneider. Triste.

Je sais que Rohmer peut en horripiler plus d'un, voire des centaines de milliers, mais, moi, je suis un "fan fini" de Rohmer, un inconditionnel. Tous ses films, j'aime. Alors, n'avoir à commenter que deux films sur ce site contre huit pour Godard que j'adore détester, je hurle à l'injustice.

Pourquoi j'aime Rohmer? Dialogues, dialogues, dialogues.

Ce sont de purs produits d'orfèvrerie. Quand ils sortent de la main du maître, ils sont inaltérables. L'acteur ne peut en changer une virgule. Dans une entrevue que Jean-Louis Trintignant donnait en 1974 au sujet de Ma Nuit chez Maud, il confirmait cette dictature du texte qui s'étendait jusqu'aux onomatopées; quand c'était écrit heu! heu! heu! dans le texte, eh bien l'acteur était tenu de les reproduire intégralement.

Tour de force de Rohmer. En pleine révolution sexuelle des années 60 et 6 mois après Mai-68, présenter un film dans lequel l'on voit un homme (Trintignant) dormir à côté d'une femme, nue sous les draps (Fabian) et refuser de lui faire l'amour au nom de principes moraux inspirés de sa foi chrétienne. Il n'y a pas film plus anachronique en 1969 que ce Ma Nuit chez Maud. Trintignant a vraiment l'air d'un martien avec son catholicisme, ses discussions sur les Pensées de Pascal et ses phrases du genre " Ce qu'il faut c'est la pureté du cœur ".

Mais, comme l'on voit souvent, un film qui est peu tributaire des modes et de l'idéologie dominante de son époque, vieillit bien et demeure toujours actuel. C'est un plaisir immense de revoir ce film et d'écouter à nouveau ces joutes oratoires entre les différents personnages. A contrario, la majorité des films de Godard des années 1960, marqués par l'idéologie gauchiste de son époque, ont très mal vieillis.

Ce film fait partie du cycle Les Contes moraux tournés entre 1962 et 1972.
1. La Boulangère de Monceau
2. La Carrière de Suzanne
3. Ma Nuit chez Maud
4. La Collectionneuse
5. Le Genou de Claire
6. L'Amour, l'après-midi
Thème commun à tous les films de ce cycle : le choix de la femme, la tentation de l'infidélité puis le retour vers l'élue.

Lecture cinéphilique.
Itinéraire d'un ciné-fils de Serge Daney. Propos recueillis par Régis Debray. 1999. Abondante iconographie tirée de dizaines de films.
Daney : ex-rédacteur-en-chef au Cahiers du Cinéma et chroniqueur de cinéma à Libération dans les années 1980.
"J'ai été très libéré le jour où je me suis rendu compte que ce que j'avais attendu du cinéma, ce que j'avais aimé dans le cinéma et ce que le cinéma m'avait donné, c'était l'invention du temps, à commencer par le mien." S. Daney.
Un film extraordinaire, sous-évalué, qu'il faut voir, selon Daney: Le Ciel est à vous de Jean Grémillon. Pour moi, inconnu au bataillon.

Visionné, la première fois, le 22 juin 1971 à la télévision à Québec
Mon 75ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 19 janvier 2023

23 février 2008

74. Carné : Le Jour se lève



Film français réalisé en 1939 par Marcel Carné
Avec Jean Gabin, Jacqueline Laurent, Jules Berry, Arletty.

Sorti en France le 9 juin 1939, moins de deux mois avant le déclenchement de la grande marée brune nazie. Le Jour se lève, jamais titre ne fut plus mal à propos, si peu synchrone avec la réalité sociopolitique de son époque. Le jour se lève, en effet, mais sur six ans de "nuits et brouillards".

Pour un Québécois tel que moi dont la formation scolaire a été beaucoup imprégnée par la culture française (littérature, chanson, histoire) ce film résume toute la nostalgie et la tristesse de la vieille France des années difficiles d'avant-guerre.

Dès le premier plan, on entre à pieds joints dans le Paris des classes laborieuses, comme on disait à l'époque : bistrots, meublés, rues noires et sales et en toile de fond (on est quand même dans les studios de Joinville) une grue, des immeubles et un ciel lourd. Le décor est jeté (celui dessiné par Alexandre Trauner, le plus grand décorateur de l'histoire du cinéma français). C'est là que, pendant toute une nuit, faisant échez à l'assaut des policiers, l'ouvrier François revivra son passé récent qui le mènera, au point du jour, à se suicider.

L'utilisation de trois flashbacks pour décrire le passé de François, technique peu connue du public à l'époque, dérouta le public à un tel point qu'il fallut lui expliquer avant le début du film qu'il s'agissait de l'histoire d'un meurtrier qui se souvenait de son passé.

François (Gabin) dit à Françoise (Jacqueline Laurent) qui le rencontre à l'usine : "Le travail, c'est la liberté". Sarcastique (se souvenir de l'échec du Front populaire et du recul de la condition ouvrière) mais aussi prémonitoire (slogan sur les portes d'entrée des camps de concentration nazis "Arbeit macht frei", le travail rend libre).

Pour notre plus grand plaisir, on retrouve Arletty avec sa gouaille habituelle et sa voix à la limite du supportable. Elle nous sort encore une de ses fameuses réparties qui demeurent inoubliables : " Est-ce que j'ai une gueule à faire l'amour avec des souvenirs? " Arletty est aussi fameuse pour ses "one-liners". On peut en voir une liste sur le site de Wikipédia consacrée à sa carrière.

Lecture cinéphilique
Persévérance de Serge Daney, ancien rédacteur en chef des Cahiers du cinéma, décédé en 1992 à l'âge de 48 ans. "Pour Serge Daney, il s'agit d'envisager enfin sa ciné-biographie, il s'agit de prendre à bras-le-corps le matériau de sa vie même de ciné-fils et de boucler sa propre histoire, son itinéraire d'enfant né en 1944 puis d'adolescent et de jeune homme qui, à travers l'amour du cinéma, allait écrire sa vie, c'est-à-dire la confondre avec une certaine histoire du cinéma.". Évidemment, cette lecture me rejoint au plus haut point, moi qui tente, bien maladroitement, de faire de ce site une sorte d'autobiographie à travers les films de Schneider.

Il y de ces hasards (pas le premier observé sur ce site) touchants. La première phrase du livre de Daney : "Au nombre des films que je n'ai jamais vus, il n'y a pas seulement Octobre, Le Jour se lève ou Bambi..."

Technique intéressante utilisée par Daney. Pour développer un regard plus critique sur la forme des films, il s'efforce de reconnaître les 20 premiers plans du film. Et pour chacun des plans, il essaie d'identifier les éléments suivants : sorte de plan, longueur, éclairage, position des personnages, etc.

Venise 1939. Meilleur film étranger
.
Visionné, la première fois, le 11 juin 1971 à la télévision à Québec
Cette année 1971, je l'ai passée au 32 rue de la Fabrique à Québec en plein cœur du Vieux-Québec à deux pas du cinéma Empire, lieu de mes premières fréquentations des réalisateurs de la Nouvelle Vague. Lieu mythique entre toutes dans mes pérégrinations résidentielles.
Mon 74ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 19 janvier 2023

11 février 2008

73. Godard : Pierrot le fou



Film français réalisé en 1965 par Jean-Luc Godard
Avec Jean-Paul Belmondo et Anna Karina

Un immense collage verbomoteur sur une trame narrative furtive, chaotique et, finalement, sans importance. Pour moi, le chef d'œuvre de Godard. Tout Godard se retrouve dans ce film. Plusieurs de ses films suivants ne feront que développer les contenus et la forme de ce film.

Quand je veux me réconcilier avec Godard dont plusieurs films me tombent royalement sur les nerfs par leur narcissisme inqualifiable, je regarde Pierrot le fou et je me calme... je déguste tout le côté cinéphilique qu'il a développé au contact des Cahiers du cinéma dont il fut un important rédacteur dans les années 50, à l'époque où les Cahiers ne juraient que par le cinéma américain. D'où beaucoup de références au cinéma (les films Johnny Guitar et Pepe le Moko, la présence de Samuel Fuller qui veut tourner Les fleurs du mal (!!!) à Paris, petit caméo de Jean Seberg, etc.) et à la société américaine avec laquelle il entretient une relation amour/haine qui transcende tous ses films. Il est vrai que plus on avancera dans les années 60, plus la partie amour se fera discrète au profit de la haine suscitée par l'impérialisme américain et la puissance destructrice du grand capitalisme.

J'adore la fin du film lorsque Ferdinand (Belmondo), qui s'est entouré de dynamite pour se faire sauter le caisson, change d'idée à la dernière seconde et cherche à éteindre la mèche... mais trop tard. On a comme l'impression qu'il en a marre de son rôle et qu'il veut sortir de ce film au plus coupant. Mais, finalement, il est piégé, à l'instar des spectateurs condamnés à l'époque à aimer ce film pour éviter d'être traités de réactionnaires, de conservateurs ou de béotiens du cinéma.

Souvent oublié parce que l'intrigue du film est tellement secondaire. Le scénario original a été élaboré par François Truffaut qu'il a tiré d'un fait divers judiciaire de novembre 1952 : L'affaire Michel Portail.

Le regard-caméra.
Unité stylistique fondatrice de la Nouvelle vague. Belmondo, au volant de sa Ford Galaxie décapotable, se retourne et s'adresse à l'audience. Puis, à trois reprises, Anna Karina regarde la caméra et nous interpelle.

Ce procédé, que nous retrouverons dans les films de la Nouvelle vague, pensons à la dernière scène de Les Quatre cents coups de Truffaut ou bien à différentes séquences d'À bout de souffle de Godard, a été initié par Ingmar Bergman dans le film Monika réalisé en 1953. Il devint, après un très mauvais accueil sur les écrans français, un des films-phares des jeunes réalisateurs de la Nouvelle vague.

Le regard-caméra de Harriet Andersson dans Monika.

Ce regard-caméra a eu un puissant impact que Godard résume bien dans cet extrait d'un article qu'il publia dans la revue Arts, le 30 juillet 1958: "Il faut avoir vu Monika rien que pour ces extraordinaires minutes où Harriet Andersson, avant de recoucher avec un type, regarde fixement la caméra, ses yeux embués de désarroi, prenant le spectateur à témoin du mépris qu'elle a d'elle-même d'opter pour l'enfer contre le ciel. C'est le plan le plus triste de l'histoire du cinéma." 

Vous devez voir ce film toutes affaires cessantes. La modernité de ce film par rapport à tout ce qui se faisait au cinéma à cette époque est surprenante et bouleversante.

Une très belle chanson d'Antoine Duhamel et de Cyrus Bassiak (compositeur de Le tourbillon chantée par Jeanne Moreau dans Jules et Jim) : Ma ligne de chance, interprétée par Anna Karina que Ferdinand-Belmondo rebaptise Ta ligne de hanche.

"Pourquoi tu m'appelles Pierrot?" et Marianne (Karina) de répondre :"On ne peut pas chanter mon ami Ferdinand." Et imperturbable, Ferdinand (Belmondo), tout au long du film, à chaque fois que Marianne l'appellera Pierrot, il répondra : "je ne m'appelle pas Pierrot; je m'appelle Ferdinand". Et voilà pour le titre.

Cahiers du Cinéma : Dans la liste des 10 meilleurs films de l'année 1965

Visionné, la première fois, le 6 juin 1971, à la télévision à Québec
Mon 73ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 19 janvier 2023

05 février 2008

72. Altman : MASH




Film américain réalisé en 1970 par Robert Altman
Avec Donald Sutherland, Elliott Gould, Tom Skerritt, Sally Kellerman, Robert Duvall

C'est probablement un film-culte pour ceux de ma génération, celle des "baby devenus papy-boomers".

Mais, pour moi, ce film m'a toujours laissé indifférent. J'ai toujours trouvé sa réputation surfaite. Et un visionnement récent a confirmé ma perception d'alors. C'est un gros vaudeville machiste, homophobe et misogyne qui patauge... On a l'impression de voir une énorme séance de bizutage pour adolescents.

Il est vrai que ce film qui dépeint la vie quotidienne d'un hôpital militaire près d'un champ de bataille (en Corée mais tout le monde pense au Vietnam) où les chirurgiens opèrent à cœur ouvert tout en fumant un joint a dû beaucoup impressionner à l'époque : quel pied-de-nez à l'establishment médical et quel coup de pied-au-cul à la hiérarchie militaire. Mais, comme tout ça a bien mal vieilli.

Quand même, quelques séquences d'anthologie :
La douche de "Hot Lips" (Sally Kellerman).
Le dernier souper de "Painless" (John Schuck) avant son suicide : reproduction de la Dernière Scène de Leonardo Da Vinci.
Une trouvaille géniale ajoutée en post-production : les annonces complètement farfelues à travers les haut-parleurs du camp.

Altman a réussi à faire ce film parce que les producteurs de la 20th Century Fox étaient trop occupés à superviser deux gros blockbusters : Patton et Tora! Tora! Tora!. et qu'ils n'étaient pas vraiment préoccupés par le film à petit budget réalisé par Altman. Un autre pied-de-nez à l'establishment. Ce qui fit dire à Altman : "This film wasn't released - it escaped."

MASH : Mobile Army Surgical Hospital. Unités chirurgicales installées près des zones de combat mises en services pendant la guerre de Corée et utilisées lors des conflits suivants jusqu'en 2006.

Je viens de lire que plus de personnes ont vu le match du Super Bowl XLII (un des derniers endroits où l'on utilise encore les chiffres romains), le dimanche dernier 3 février, que toute autre émission de télévision aux États-Unis, à l'exception du dernier épisode de la série M.A.S.H. (256 épisodes de 1972 à 1983) en 1983 qui avait attiré 106 millions de téléspectateurs.

Oscars 1971. Scénario
Cannes 1970. Palme d'or

Visionné, la première fois, le 16 mai 1971 au cinéma Le Dauphin à Québec

Petit exercice futile mais combien cinéphilique. Effectuons cet exercice pour une première et dernière fois.
Que voyons-nous dans les cinémas de Québec en ce mois de mai 1971?

The Fabulous Bastard from Chicago de Greg Coparito (4.7/10 imdb)

La Maison des Bories de Jacques Doniol-Valcroze.  J'avais bien aimé

Les Mâles de Gilles Carle, film québécois avec les renommés frères Pilon (Daniel et Donald)

Mourir d'aimer d'André Cayatte. J'avais aussi bien aimé

Rosemary's Baby de Roman Polansky. Texte publié au numéro 56.

La Fille au pistolet de Mario Monicelli

De Sade de Cy Endfield (4,2/10 imdb)

Love Story d'Arthur Hiller

Trois Fauves déchaînés de Bruce Kessler (4,7/10 imdb)
Formule 1 de Guido Malatesta

El Condor de John Guillermin

Riot de Buzz Kulik

Obsessions de Pim de la Parra, un réalisateur du Surinam réalisant un film allemand!!! Que vient faire dans ce four la montréalaise Alexandra Stewart. (5,6/10 imdb)

28 Minutes d'angoisse (28 minuti per 3 milioni di dollari) de Maurizio Padreaux, encore un super-navet (5.3/10 imdb)

Skidoo de Otto Preminger!!! (4,7/10 imdb)

Un Monde psychédélique de Richard Rush (5,9/10 imdb). Jack Nicholson y joue le personnage de Stoney; c'est sûrement à voir.

Une Femme libre de Claude Pierson. Qu'est-ce que le beau-frère du président Mitterrand (Roger Hanin) vient faire dans ce film de cul ? Pierson, le grand spécialiste des films porno aux titres si juteux...(5.0/10 imdb)

Les Rêves érotiques de Paula Schultz de George Marshall (4,4/10 imdb)

Tarzan et l'enfant de la jungle de Robert Gordon (5.2/10 imdb)

L'Amour physique de Tiziano Longo. (5.8/10 imdb)

Après-ski de Roger Cardinal, film de cul québécois. On y retrouve René Angélil le futur imprésario et mari de Céline Dion (3.6/10 imdb)

Sous les caresses du vent nu de Gunnar Hoglund (3.7/10 imdb). Quelle tristesse de voir Birger Malmstem, le premier grand acteur de Bergman (10 films), jouer dans ce navet.

Bilan : 8 films visionnables et 13 navets.

Mon 72ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 19 janvier 2023

01 février 2008

71. Fellini : Fellini-Satyricon




Film italien réalisé en 1969 par Federico Fellini
Avec Martin Potter, Hiram Keller, Max Born, Salvo Randone, Magali Noël, Alain Cuny, Lucia Bosé.

Fellini, c'est mille fêtes.
Et Fellini-Satyricon, c'est la passion fellinienne dans toute son apothéose. Tous les excès felliniens s'y trouvent. Le Satyricon de Pétrone, librement adapté, est un fantastique prétexte pour monter cette immense fresque festive de la Rome antique, non sans parallèle avec l'époque des années 1960.

"Monstrueuses pieuvres vaginales, felliniformes" (Critique de la revue Elle). On se calme!

Ingmar Bergman, qui a visité Fellini pendant le tournage du film, exprime bien le gigantisme de cette œuvre lorsqu'il dit qu'il avait l'impression de faire un voyage au centre de la terre, de revenir aux débuts de la création. (Cahiers du cinéma 215, septembre 1969).

Je crois qu'on retrouve dans ce film le plus grand rassemblement de "freaks" depuis le film Freaks que Tod Browning a tourné en 1932. Toute la ménagerie de Fellini s'y retrouve, une vraie Cour des Miracles : bossus, nains, obèses, homme-tronc, albinos, hermaphrodite, un géant de 2m.40, infirmes de toutes sortes. On dit que Fellini, pour développer son casting de "monstres", avait ouvert un petit bureau à Rome pour accueillir toutes les personnes qui avaient des particularités physiques anormales. Fellini puisera souvent dans ce bassin d'acteurs amateurs pour leur faire faire de la figuration dans plusieurs de ses films

Au début du film l'on voit une sorte d'habitation qui s'écroule. C'est l'insula : cloaque résidentiel bâti sur plusieurs étages; l'ancêtre de nos HLM. Ces bâtiments, mal bâtis, s'élevant jusqu'à 8 étages, s'écroulaient régulièrement. On dit qu'il y avait 46 000 insulae à Rome (probablement une erreur typographique - ce serait plutôt 4600).

Fellini, précurseur du président iranien Ahmadinejad ? Quand on lui a demandé pourquoi les deux rôles principaux n'étaient pas tenus par des Italiens, Fellini a répondu que c'était parce qu'il n'y avait pas d'Italiens homosexuels!!! Eh bien!

Certains diront que le Satyricon fait partie des chefs-d’œuvre de Fellini; je n'en suis pas. Je n'ai jamais beaucoup aimé les films de Fellini dans lesquels l'écran semble être l'exutoire du Ça freudien. Même quand l'époque (le mouvement hippie des années 60) valorisait ce type d'expression artistique, ça me tombait royalement sur les nerfs et les psychotropes ne pouvaient rien y faire.

Venise 1969. Meilleur film italien

Visionné, la première fois, le 5 avril 1971 au cinéma de l'Université Laval à Québec
Immense moment politique en France ce jour-là : Le manifeste des 343 Pétition pour demander la libéralisation de l'avortement en France, publiée par le Nouvel Observateur. 343 femmes connues qui disent avoir déjà avorté.
Mon 71ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 19 janvier 2023