07 avril 2008

82. Eisenstein : Ivan le Terrible

1001 films de Schneider : Ivan le terrible

Dans la liste des 1000 meilleurs films selon They Shoot Pictures...
235ème rang

Films soviétiques réalisés en 1944-1946 par Sergei M. Eisenstein 
Avec Nikolai Cherkasov (Tsar Ivan IV), Serafima Bermann, Mikhail Nazvanov, Pavel Kadochnikov, Vsevolod Pudovkin
Musique : Sergei Prokofiev

À l'époque, je n'ai pas dû éprouvé beaucoup de plaisir (autant dire que je m'étais royalement emmerdé) en visionnant ce film sur un petit écran de télé en début de nuit. J'étais entré dans ce film sans aucune connaissance de l'histoire russe; alors, tous ces complots de la cour impériale me laissèrent assez indifférents puisque je n'y comprenais rien. La présentation caricaturale d'Ivan et de son entourage, amplifiée par une prestation des comédiens qui semblaient avoir oublié que le cinéma parlant avait été inventé 15 ans auparavant tant leurs expressions faciales étaient chargées, ajoutèrent à mon désintérêt.

Ce qui saute aux yeux en visionnant à nouveau ce film, plus de 30 ans plus tard, c'est le parallèle qu'on ne peut éviter de faire entre la destinée d'Ivan le Terrible et celle de Staline.

Dans la première partie, on voit bien l'analogie entre la Russie d'avant Ivan et la Russie de Nicolas II du début du 20ème siècle. Cette partie se termine par la montée d'Ivan vers Moscou appuyée par le peuple. On ne peut s'empêcher d'y voir la prise du pouvoir par les bolchéviques avec Lénine à leur tête. Eisenstein a d'ailleurs remporté le prix Staline pour cette première partie de Ivan le Terrible.

C'est dans la deuxième partie que la référence à Staline est remarquable. Cet Ivan IV, tsar de toutes les Russis, qui installe un pouvoir totalitaire et tyrannique (excusez le pléonasme), s'attaquant même à ceux du peuple qui lui ont permis de s'emparer du pouvoir; cet Ivan, c'est la personnification même de Staline. Alors pas de deuxième prix Staline pour Eisenstein (dixit les Cahiers du cinéma) mais plutôt le déshonneur, la censure et l'interdiction de représentation publique du film pendant 10 ans.

Par ailleurs, on s'est émerveillé et on a crié au chef-d'œuvre devant la mise en scène de cette œuvre. Mais ça me semble un tantinet exagéré (oui, je sais, je suis gonflé de mettre des bémols sur le cinéma de S.a M.ajesté Eisenstein) quand on voit comment Eisenstein joue de la caméra, des décors et des expressions corporelles comme on le faisait à la belle époque de l'expressionnisme allemand des années 20.

Par exemple, les ombres portées sur les murs qui inondent de nombreux plans étaient déjà une technique dont on avait abusée jusqu'à plus soif à l'époque des Lang, Wiene et Murnau.




M
(1931) de Fritz Lang

Un des nombreux plans de Ivan le Terrible avec des ombres portées


Lecture cinéphilique en cours : Eisenstein, le cinéma comme art total de Gérard Conio.
Parcours de la biographie et de la production filmique d'Eisenstein en utilisant quelques documents inédits apparus après la "désoviétisation" de l'empire.
Extrait : Eisenstein: "Hier, j'étais chez Staline. Nous n'avons éprouvé aucune sympathie l'un pour l'autre."
Conion : "Eisenstein a obtenu ce qu'il voulait. Il pourra mourir tranquille puisqu'il a réussi à préserver cette deuxième partie de Ivan le Terrible qu'il considère comme son testament. Mais elle ne paraîtra qu'en 1958, dix ans après sa mort et 5 ans après celle de Staline. "

Conversation d'Eisenstein avec Staline à propos de Ivan le Terrible, tenue le 26 février 1947. En préambule à la conversation, des remarques du bureau politique justifiant la censure du deuxième volet de Ivan le Terrible.

Cette conversation nous montre le petit père des peuples donnant des leçons d'histoire à Eisenstein dans le but de lui faire corriger la deuxième partie de Ivan. Eisenstein, sarcastique, demande à Staline vers la fin de la conversation s'il a d'autres instructions à lui donner. Staline, accusant le coup, lui répond qu'il ne lui donne pas d'instructions mais seulement le point de vue des spectateurs (sic).
Délirant : Staline, demandant à Eisenstein de diminuer la longueur de la barbe d'Yvan ainsi que la durée des baisers que celui-ci donne à son épouse.

Visionné, la première fois, le 31 août 1971 à la télévision à Québec
Mon 82ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider

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