26 décembre 2008

112. Hawks : Red River

1001 films de Schneider : Red River
Titre français : La Rivière Rouge

Dans la liste des 1000 meilleurs films selon They Shoot Pictures...
211ème rang

Film américain réalisé en 1946 mais sorti en 1948 par Howard Hawks
Avec John Wayne (Dunson), Montgomery Clift (Matt), Joanne Dru, Walter Brennan, John Ireland (Cherry Valance)

Franchement, pour vous dire la vérité, j'avais pas vraiment envie de revoir ce film que, par ailleurs, j'avais complètement oublié. Les westerns, c'est pas vraiment mon pot de confiture. Je suis plutôt du côté de Bergman, Dreyer, Bresson.... du côté "lourd, le film". Alors, les westerns, pfuitt. (Mais si vous grattez un peu, vous verrez que j'aime aussi Spielberg, Zemeckis et même Adrian Lyne...)
Mais, bon, je dois continuer mon itinéraire.

Un des 5 plus grands westerns de l'histoire du cinéma. Les autres : The Searchers, Once Upon a Time in the West et.... je vous laisse le choix des deux autres.

Hawks met la hache dans le modèle traditionnel du cowboy au grand cœur et à la gâchette justicière. Dès les premières séquences, on découvre un John Wayne inattendu. Tout à coup il ne joue plus le personnage stéréotypé du cowboy magnanime. Lorsqu'il voit au loin des charriots en flamme parmi lesquels se retrouve sa fiancée qu'il a quittée quelques heures auparavant et qu'il dit à son compagnon qui l'incite à retourner pour lui porter secours qu'il ne sert à rien d'y aller parce qu'ils arriveraient trop tard, on reste bouche bée, d'autant plus qu'aucun signe d'émotion ne parcourt son visage. Cette séquence nous annonce des remises en question du western traditionnel.

En effet, le déroulement de l'histoire nous entraîne dans un tout autre chemin que celui habituellement tracé par les histoires de Far West. Imprévisible que cette histoire d'affrontement entre Dunson (figure paternelle) et Matt (fils adoptif) dans laquelle John Wayne et Montgomery Clift nous rejouent la mutinerie du Bounty transposée dans les prairies américaines.

Mais, malheureusement, cette œuvre qui devenait épique sera complètement bousillée par l'introduction d'un improbable personnage féminin (Joanne Dru) et par une séquence finale du plus pur happy-end hollywoodien merdique! C'est à pleurer.

En marge

Soixante ans avant Brokeback Mountain, une relation homosexuelle entre deux cowboys.
Montgomery Clift et John Ireland manifestent leur homosexualité à l'écran (manifestation subtile sinon le film aurait été bloqué par le code Hays) et derrière l'écran.

Montgomery Clift, dont l'orientation sexuelle (gay) était connue dans le monde du cinéma d'alors, eut quelques affrontements avec John Wayne, l'icône du conservatisme américain, dont les valeurs et les idées politiques étaient diamétralement opposées à celles de Clift. Cet affrontement culminera au moment où Wayne apprendra que Clift a des relations sexuelles avec John Ireland, le si bien nommé Cherry Valance de l'histoire. Wayne demandera, en vain, que Clift soit remplacé par un autre acteur.

Lecture para-cinéphilique en cours :
Tendre est la nuit de F. Scott Fitzgerald

Lien cinéphilique : Antonioni, L'avventura : Anna (Léa Masari) lisait cette œuvre de Fitzgerald juste avant qu'elle ne disparaisse.
Tender is the night de Henry King, réalisé en 1962

Visionné, la première fois, le 15 septembre 1975 à la télévision à Montréal
Mon 112ème film des 1001 films du livre de Schneider

19 décembre 2008

111. Fosse : Cabaret

1001 films de Schneider : Cabaret

Dans la liste des 1000 meilleurs films selon They Shoot Pictures...
342ème rang

Film américain réalisé en 1972 par Bob Fosse
Avec Liza Minnelli, Michael York, Helmut Griem, Joel Grey

La scène du "biergarten" Une des plus belles, des plus poignantes, des plus terrifiantes séquences qu'il m'ait été donné de voir dans toute ma carrière de cinéphile. Depuis 33 ans, quand je repensais à Cabaret ce n'était pas à Liza Minnelli, pourtant fabuleuse, que je repensais, ni aux séquences musicales du cabaret mais à cette chanson patriotique, montée en crescendo, qui m'avait à l'époque complètement bouleversée.

Que je n'aie jamais cherché à revoir cette séquence depuis 1975, demeure, aujourd'hui, après avoir revu cette séquence une dizaine de fois, un curieux mystère.

Oliver Collignon, le jeune nazi qui interprète (en fait, mime) le chant à la gloire de la renaissance vindicative de l'Allemagne, est troublant. D'angélique à démoniaque en trois minutes; une parenté certaine avec les jeunes blonds criminels de Funny Games U.S. de Michael Haneke.
"il y a quelque chose qui circule et qui n'a pas de nom, qui semble naître de la beauté même du soleil, mais qui est la force écrasante du mal." Michel Chion. Cahiers du cinéma. #339. Septembre 1982.

Si j'éprouve tant de terreur à voir cette séquence c'est parce que l'on connaît la suite de la chanson. Cette chanson se poursuit d'abord dans Le triomphe de la volonté (1935) de Leni Riefenstahl puis dans le roman Les Bienveillantes de Jonathan Littell.

Oh Fatherland, Fatherland,
Show us the sign
Your children have waited to see.
The morning will come
When the world is mine.
Tomorrow belongs to me!

Toute cette séquence est bâtie sur le mode crescendo : le texte passe du bucolique au vindicatif; la chanson, d'abord chantée a cappella, se termine par un accompagnement orchestral complet. La structure filmique appuie ce crescendo par l'inclusion de plans qui viennent souligner le caractère revendicateur de ce chant patriotique.

La séquence est constituée de 41 plans.
Les 13 premiers plans soulignent le caractère "bon enfant" de la mélodie avec quelques gros plans sur le visage poupin du chanteur.
14ème plan : Gros plan sur le visage colérique du chanteur.
À partir de ce moment, tout bascule.
Le plans suivants nous montrent plusieurs gros plans de personnes (deux jeunes filles particulièrement) hurlant les mots de la chanson. L'arrivée de ces personnes, par le bas, dans le champ de la caméra accentue la violence de la scène.
La salut nazi du chanteur, au 37ème plan, marque le point culminant de cette scène; on sent que la terrible unanimité derrière le grand mouvement populiste est atteinte. La machine est en marche, rien ni personne ne l'arrêtera.

Bon, maintenant, toute la vérité sur cette chanson:
Tomorrow Belongs To Me a été composée, spécifiquement pour le film, par John Kander et Fred Ebb dans le plus pur style des chants nazis pour la jeunesse. Ceci n'enlevant rien à la charge émotive vécue dans la séquence de l'auberge parce qu'il est impossible de croire qu'elle n'est que fictionnelle.

Chemin de traverse

"À partir d'aujourd'hui, demain nous appartient"
Chanson-thème du Parti Québécois pour la campagne électorale des élections de novembre 1976 lors desquelles il devint le premier parti indépendantiste à accéder à la direction de l'état québécois.
Des esprits chagrins ou malicieux de la communauté anglophone ont outrageusement fait un parallèle entre ce slogan publicitaire et un hypothétique hymne de la jeunesse hitlérienne (à moins qu'ils n'aient cru comme tous les spectateurs de Cabaret que Tomorrow Belongs To Me fut vraiment un hymne nazi), dans le but évident de dévaloriser le projet indépendantiste québécois en y accolant les horreurs totalitaires nazies.

On verra apparaître à nouveau ce type de tactique de bas étage lors des référendums de 1980 et de 1995 (référendums qui demandaient au Québécois de donner un mandat au gouvernement du Québec d'entamer des négociations avec le gouvernement canadien pour son accession à la souveraineté), l'approche sera différente mais tout aussi odieuse lorsqu'un caricaturiste d'un hebdo culturel anglophone de Montréal associa Jacques Parizeau (alors premier ministre du Québec) et Lucien Bouchard (alors chef du Bloc québécois au parlement canadien), les leaders de la campagne en faveur de la souveraineté du Québec, aux membres du Ku Klux Klan en les affublant du sinistre drap blanc.

Un grand merci à Bob Fosse pour avoir démoli le modèle de la comédie musicale en cannes de bonbon.

L'origine de tout ça : Berlin Stories de Christopher Isherwood.
Son livre a été transposé d'abord au théâtre par John van Druten sous le titre I Am a Camera, en 1951, puis repris, sous le même titre, en 1955, au cinéma par Henry Cornelius. Puis il fit l'objet d'une comédie musicale, sous le titre de Cabaret, qui fut montée pour la première fois en 1966, à Broadway, dans une mise en scène d'Harold Prince. Et enfin, Bob Fosse arriva.

Oscar 1973 : 8 statuettes contre 3 seulement pour The Godfather (surprenant, non?). Bob Fosse, meilleure réalisateur, LÉiza Minnelli, meilleur actrice et Joel Grey, meilleur acteur de soutien.
Visionné, la première fois, le 13 septembre 1975 au cinéma à Montréal
Mon 111ème film des 1001 films du livre de Schneider

09 décembre 2008

110. Polanski : Chinatown

1001 films de Schneider : Chinatown

Dans la liste des 1000 meilleurs films selon They Shoot Pictures...
55ème rang

Film américain réalisé en 1974 par Roman Polanski
Avec Jack Nicholson (Détective Gittes), Faye Dunaway (Evelyn Cross Mulwray), John Huston (Noah Cross), Perry Lopez

Deux moments que je n'avais jamais oubliés de ce film : la mutilation du nez de Nicholson et l'énorme bandage qu'il traîna durant la moitié du film et le bout du sein de Faye Dunaway aperçu (ou rêvé?) furtivement. (Les merveilles de la technologie numérique m'ont prouvé que je n'avais pas rêvé!)

On plonge dans Chinatown, film noir en couleurs, comme on plonge dans un vieux film des années 40.
Tout concourt à nous ramener à la grande période du film noir dont les ingrédients sont : un ex-policier recyclé en détective privé désabusé (Nicholson), une femme fatale (Dunaway) dont les habiletés dans la manipulation feraient passer le département d'État américain pour une troupe d'opérette, un scénario dont la complexité fait chuter votre Q.I. de 50 points (le summum de la complexité d'un film noir classique : dans The Big Sleep, même le réalisateur n'arrivait pas à expliquer où étaient passés certains personnages de l'intrigue), la corruption généralisée, une fin tragique, un tas de séquences nocturnes et une cinématographie en noir et blanc.

Pourquoi un tel titre alors que l'action ne s'y déroule que lors de la dernière séquence?
C'est que le mot "chinatown" ne renvoie pas tellement à un lieu physique qu'à un état émotionnel. Chinatown, c'est la confusion, c'est le désordre, c'est le royaume de l'irrationnel; le détective Gittes (Nicholson), qui fut un temps à l'emploi du LAPD dans Chinatown, y perdit tous ses repères et la mort de sa maîtresse le conduisit directement vers la porte de sortie du LAPD.

Mais il y a retour du refoulé : Chinatown vient constamment s'immiscer dans la vie de Gittes tout au long de son enquête et l'on n'est aucunement surpris qu'elle s'achève dans le chaos le plus total, dans Chinatown.

Autre grand retour :
Polanski retourne à Los Angeles pour la première fois depuis l'assassinat le 9 aout 1969, dans sa villa de Bel Air, L.A., de son ex-femme, Sharon Tate, par la "famille" de Charles Manson.
Il n'était donc pas question que Chinatown se termine par un "happy end" tel qu'exigé par le scénariste Robert Towne.

Oscar 1975 : Meilleur scénario (Robert Towne)
Visionné, la première fois, le 25 avril 1975 au cinéma à Montréal
Mon 110ème film des 1001 films du livre de Schneider

03 décembre 2008

109. Friedkin : The Exorcist

1001 films de Schneider : The Exorcist

Dans la liste des 1000 meilleurs films selon They Shoot Pictures...
208ème rang

Film américain réalisé en 1973 par William Friedkin 
Avec Hellen Burstyn, Linda Blair (Regan), Jason Miller, Lee J. Cobb, Max von Sydow et la voix de Mercedes McCambridge (la voix du démon dans le corps de Regan.
Musique : la mémorable pièce de Mike Oldfield, Tubular Bells.

J'adore cette affiche en noir et blanc, une des plus belles affiches de cinéma que je connaisse.
Inspirée de la toile de René Magritte, L'empire des lumières.


















Ce film : ma première grande frousse (et ma plus grande à ce jour) au cinéma; plus spécialement cette séquence qu'on intitule The Linda Blair Head Spin

Des jours à revoir, au moment de m'endormir, la tête de Linda Blair pivotant sur 180 degrés.
Elle me donnait vraiment les "jetons" comme on dit en anglais "She gave me the creeps".
Mais, bon, ne vous laissez pas trop influencer par ce comportement. Si vous n'avez jamais vu ce film, il est possible que vous vous esclaffiez en le voyant et que vous en fassiez le Rocky Horror Picture Show du film de peur.

Mais si vous l'avez vu à sa sortie, à moins d'avoir été complètement de mauvaise foi (à rebrousse-poil de la publicité) ou y avoir vu, comme les critiques des Cahiers du Cinéma d'alors, une grande allégorie de la crise du capitalisme mondial (elle revient souvent celle-là), vous avez sûrement dû sentir passer une légère brise sur votre système pileux, à quelques reprises.

Autre séquence terrifiante : la "marche de l'araignée" (Regan qui descend l'escalier, le corps renversée) dans la nouvelle version du film, sortie en 2000. Cette séquence avait été éliminée de la première version. Si elle avait été conservée, ce n'est pas des ambulanciers qu'il aurait fallu poster à la porte des cinémas mais le service de la morgue.

Cherchons Bergman sous Friedkin :
1. Un des personnages, un prêtre, dit "God deserted the World". N'est-ce pas une des grandes thématiques bergmaniennes.
2. Présence de Max von Sidow, qui a joué dans 11 films de Bergman, dans le rôle du vieux prêtre archéologue.
3. Toute la partie de l'exorcisme nous ramène au temps du film Le septième sceau qui se passe à l'époque des grandes épidémies de peste qui suscitaient la fureur religieuse avec toute sa panoplie de pénitents, de tortures, de malédictions et de présences diaboliques.
4. Roger Ebert, un de mes critiques américains préférés : "The year 1973 began and ended with cries of pain. It began with Ingmar Bergman's Cris et chuchotements and it closes with William Friedkin's The Exorcist. Both films are about the weather of the human soul, and no two films could be more different. Yet each in its own way forces us to look inside, to experience horror, to confront the reality of human suffering."

Oscar 1974. Deux statuettes : meilleur son, meilleur scénario
Visionné, la première fois, le 25 janvier 1975 au cinéma St-Denis à Montréal
Mon 109ème film des 1001 films du livre de Schneider

29 novembre 2008

108. Polanski : Repulsion

1001 films de Schneider : Repulsion

Dans la liste des 1000 meilleurs films selon They Shoot Pictures...
441ème rang

Film anglais réalisé en 1965 par Roman Polanski
Avec Catherine Deneuve, Yvonne Furneaux, Ian Hendry

Excellente étude de cas de psychopathologie.
Attention : chemin de traverse
Pendant mes études en psychologie dans les années 80, un professeur nous avait demandé, à titre de travail de session, de faire l'analyse d'une psychopathologie à partir d'un personnage tiré d'une œuvre artistique. J'avais alors choisi d'analyser la pathologie de Joseph Day, le personnage principal du roman de Julien Green, Moïra.

C'était un cas de névrose obsessionnelle; en gros, un montage caractériel pour empêcher la remontée de pulsions sexuelles insuffisamment enfouies dans le Ça; dans ce cas-ci, des pulsions homosexuelles. Joseph Day, en fait, est un avatar pour Julien Green qui a passé toute sa vie à essayer d'enterrer ses propres pulsions homosexuelles sous un catholicisme rigide frisant la bondieuserie.

Fin du chemin de traverse.

Nous disions Repulsion. Un cas classique de schizophrénie. Donc, on parle de psychose, altération de la réalité. Curieux quand même que Polanski ne fasse pas la distinction entre névrose et psychose après avoir tourné ce film. Dans une entrevue qu'il donnait aux Cahiers du Cinéma (février 1966, numéro 175), c'est ce qu'il laisse entendre. Bizarre, puisque dans la même entrevue, il se glorifie d'avoir fait un film que tous les psychiatres trouvent vrai. Aucun de ceux-ci ne lui a souligné la différence océanique entre névrose et psychose?

En visionnant à nouveau Repulsion, je ne pouvais pas éviter de faire constamment des liens avec Belle de Jour de Bunuel, réalisé deux ans plus tard, comme si cette dernière était la face diurne du personnage de Polanski, Belle de Nuit?, qui habite plutôt les ombres de sa nuit psychique.


Belle de Nuit...Belle de jour : c'est le même personnage qui traverse les deux films : mêmes fantasmes de violences sexuelles; même appartenance au domaine de la psychose (hallucinations, résistance à la réalité) et en prime, même actrice; belle, blonde, froide, Catherine Deneuve quoi!

Affiche improbable pour Repulsion. Comment peut-on?

















Festival de Berlin 1965 : Deux prix dont le prix spécial du jury

Visionné, la première fois, en novembre 1974 à la télévision à Montréal
En novembre 1974, où en étais-je? : J'étudie à la Maîtrise en Géographie à l'Université de Montréal, spécialisation en études urbaines. J'essaie de survivre financièrement en enseignant, très sporadiquement, le français, langue seconde, pour une école de langues qui fait affaires avec les grandes corporations anglophones de Montréal.
Mon 108ème film des 1001 films du livre de Schneider.

23 novembre 2008

107. Eustache : La Maman et la putain

1001 films de Schneider : La Maman et la putain

Dans la  liste des 1000 meilleurs films selon They Shoot Pictures...
103ème rang

Film français réalisé en 1973 par Jean Eustache
Avec Jean-Pierre Léaud, Bernadette Lafond, Françoise Lebrun

Ce film devrait s'intituler Le nouveau désordre amoureux.
Titre que Pascal Bruckner et Alain Finkielkraut ont donné à leur essai, publié en 1978, sur la remise en question de la révolution sexuelle amorcée à la fin des années 60.

Cinq ans avant eux, Eustache écrit un film-essai sur la problématique de la relation amoureuse. L'héritage de la révolution sexuelle des années 60 est revu et corrigé par Eustache. Il remet en question les grandes tartinades de cette révolution : l'amour libre, le ménage à trois (plutôt deux femmes que deux hommes, évidemment!, le chauvinisme masculin n'ayant pas été touché par cette révolution), la maternité ringarde.

Il faut voir le personnage d'Alexandre (Jean-Pierre Léaud), d'un abyssal narcissisme et perclus d'un sexisme d'un autre âge, au temps du MLF, qui inonde littéralement les trois premières heures du film de ses envolées verbales, parsemées de blagues (comme on siffle en traversant un cimetière) ; il faut le voir, dans les dernières séquences, blessé narcissiquement, passer le phallus (comme on dit en psychanalyse pour signifier le pouvoir) à sa maîtresse (Françoise Lebrun, conjointe de Jean Eustache pour laquelle il a écrit ce film autobiographique) qui prend la parole pour ne plus jamais la remettre et qui, devant un Alexandre, finalement muet, à l'écoute, dresse un tableau des aspirations sexuelles et amoureuses de la femme d'après Mai-68 qui me semblent plus près de celles de la maman (tradition) que de celles de la putain (nouveau paradigme amoureux apparu dans les années 60).

Une juste remise en question du dogme ou de la doxa de la révolution sexuelle dans cet article. « Tout le monde couchait avec tout le monde ». Une entrevue de Dominique Simonnet de l'Express avec Pascal Bruckner, publiée le 15 août 2002

Quand j'ai vu ce film en 1974, bien que je nageasse (un imparfait du subjonctif, wow!) en plein désordre amoureux, un mariage dans l'abîme, je m'étais royalement emmerdé. Disons que le personnage joué par Léaud et probablement Léaud lui-même me furent carrément insupportables. Alors cette émotion oblitéra tout le reste et Eustache m'est passé par-dessus la tête .

C'est en le visionnant à nouveau que j'ai découvert l'ampleur de cette œuvre même si le personnage de Léaud m'irrite toujours autant.

C'est une des plus grandes joies que me procure cette expérience de revoir les films du bouquin de Schneider; celle de découvrir des films que j'avais complètement ratés à l'époque à cause de différents facteurs : immaturité, passages de vie dissonants, indispositions physiques ou psychologiques, etc.

Lecture cinéphilique en cours
Alain Bergala, L'hypothèse cinéma. Petit traité de transmission du cinéma à l'école et ailleurs.
Petite bibliothèque des Cahiers du cinéma

Un excellent passage qui envoie le cinéphile vers un devoir exigeant mais incontournable si on veut accéder à l'œuvre d'un auteur : Revoir les films, un seul visionnement ne pouvant que présenter une vision tronquée de l'œuvre.

«...la première vision d'un film oblige d'aller d'un plan au suivant, d'une scène à la suivante, pendant le temps contraint d'une heure et demie. La première vision est mobilisée, pour l'essentiel, par la nécessité de comprendre l'histoire, de ne pas confondre les personnages, de situer chaque nouvelle scène, dans l'espace et le temps, par rapport à ce qui précède. En fait, cette première vision est consacrée à la "lecture" de l'histoire, aux significations. Ce n'est que dans les approches ultérieures du film qu'on pourra en goûter, plus sereinement, sans crispation sur la peur de ne pas comprendre, les véritables beautés artistiques. J'ai toujours été personnellement angoissé, en entrant dans un film au scénario complexe et aux personnages nombreux (ah! les films d'Ozu qui m'obligent, pour m'y retrouver, à écrire tous les personnages sur une feuille avec leurs liens généalogiques...), de ne pas arriver à comprendre l'histoire, de m'embrouiller dans l'identité et le rôle des personnages."

Festival de Berlin 1973 : Prix pour le jeune cinéma
Festival de Cannes 1973 : Prix de la critique, Grand prix du jury.

Visionné, la première fois, le 21 avril 1974 au cinéma Outremont à Montréal
Lorsque j'habitais Outremont (entre 1982 et 1991) j'ai beaucoup fréquenté le cinéma Outremont, le meilleur cinéma de répertoire de Montréal. J'ai vu exactement 107 films  dans cet ancien théâtre recyclé en cinéma et pris en charge par Roland Smith, le plus célèbre et le plus têtu (dans le sens "ne jamais lancer la serviette, quoi qu'on dise") cinéphile de Montréal.


Le cinéma Outremont dans les années 1970

Mon 107ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider

12 novembre 2008

106. Jodorowsky : El topo

1001 films de Schneider : El Topo

Au 1092ème rang de la liste de They Shoot Pictures...

Film mexicain réalisé en 1970 par Alejandro Jodorowsky
 Avec Alejandro Jodorowsky, son fils Brontis, Mara Lorenzio

Dictionnaire Le petit Larousse illustré, édition 2002
Salmigondis : n. m. Fam. Mélange confus et disparate. Ex. El Topo d'Alejandro Jodorowsky.

Ou bien :
"El Topo is fascinating for being a product of its time, a document of the lessons and philosophies people were then studying, and their fears, both conscious and unconscious" Adisakdi Tantimedh in 1001 Movies You Must See Before You Die.

Ou bien :
Descendu en flammes dans le numéro 264 (février 1976) des Cahiers du cinéma. « Chaque année nous ramène une avant-garde que l'appareil critique se hâte d'encenser d'autant qu'elle se comporte comme une bonne avant-garde doit le faire : donner au spectateur l'impression de participer à un bouleversement culturel sans pour autant le déranger. Jodorowsky nous déballe tous les stéréotypes, toutes les formes figées caractéristiques dudit genre. On tombe en pleine imagerie saint-sulpicienne revue par un surréalisme à l'usage des lycées et collèges. »
N'en jetez plus, la cour est pleine.

Ou bien :
John Lennon et Yoko Ono en firent leur film-culte et en promurent la distribution. Ils présentèrent la première du film dans un cinéma newyorkais, le Elgin Theater, à minuit le 18 décembre 1970, initiant ainsi la mode des "Midnight Movies". Il y resta plus d'un an.

Mon premier "midnight movie", un des plus célèbres à cause de la participation des spectateurs qui commentent à leur façon certaines scènes du film, fut The Rocky Horror Picture Show, vu le 25 avril 1987 au cinéma Laurier à Montréal.

Ou bien :
Jodorowsky : "The big benefit of this movie was I F.... all the girls I wanted"

Bon, je n'ai rien à ajouter sinon que, si vous visionnez ce film, vous auriez intérêt à remplacer votre pop-corn habituel par du "Acapulco Gold".

Visionné, la première fois, le 13 février 1974 au cinéma à Québec
Mon 106ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider.

09 novembre 2008

105. Tati : Playtime

1001 films de Schneider : Playtime

Dans la liste des 1000 meilleurs films selon They Shoot Pictures...
49ème rang


Film français tourné en 70 mm et réalisé en 1967 par Jacques Tati
Avec Jacques Tati et des centaines d'acteurs non professionnels.

Pauvre monsieur Hulot. Toujours en rupture avec son environnement. Jamais intégré, toujours un pas à côté. Mais heureux, quand même.

Pauvre monsieur Tati. Toujours en rupture avec le courant cinématographique dominant. Jamais intégré, toujours un pas à côté, un pas en avant, diront certains, un pas en arrière, diront la plupart lors de la sortie de Playtime en janvier 1968.

Catastrophe au box-office, aucune distribution aux États-Unis, des investissements faramineux (le film français le plus cher jusqu'à cette date); alors le monsieur Tati, contrairement à monsieur Hulot, fut plutôt malheureux. Le trou financier, dans lequel sa compagnie de production plongea, mit fin, à toutes fins pratiques, à la carrière de Tati ; les films suivants étant plutôt en mode mineur en comparaison de sa production antérieure.

Date de sortie sur les écrans français : début 1968. Ce 1968 n'était pas disposé à accueillir un tel film, tout en finesse, en demi-sourires, en demi-teintes (tout est en noir, bleu, gris et blanc) dont tout le propos est dans la forme.

On était au beau milieu, probablement, de la période la plus bavarde, la plus gueularde, la plus revendicatrice du vingtième siècle. Alors on peut comprendre que les critiques et les spectateurs aient pu passer complètement à côté d'une œuvre hors de son temps, qui ne contestait rien, qui ne remettait pas la société en question (même pas l'architecture moderne, contrairement à ce que l'on pourrait croire) et, crime pour l'époque, démontrait une certaine sympathie pour les Américains.

Tativille
Tati, ne pouvant tourner à Orly ou dans l'édifice Esso de La Défense à Paris, a décidé de construire sa propre ville moderne. Il a choisi de créer d'immenses maquettes représentant des tours à bureaux sur des terrains désaffectés de la "zone", au sud-est de Paris. Il a englouti des sommes énormes dans la construction de sa ville. Personne ne voulant récupérer ces maquettes, tout a été détruit après le tournage : quelle horreur!


















Lecture cinéphilique en cours 
"Have You Seen...?" A Personal Introduction to 1,000 Films de David Thomson.
Vous allez dire : "Pas encore une autre liste de meilleurs films". 
Beaucoup de ces listes sont constituées à partir de sondages auprès de la population, déniant ainsi toute crédibilité. En effet, pour établir une liste de meilleurs films, j'estime que les "sondés" doivent avoir vu au moins 3000 films (chiffre arbitraire mais qui me semble un minimum) couvrant toute l'histoire du cinéma. Sinon, on nage dans le vox populi, comme ces émissions d'informations qui installent leur caméra au coin de la rue et qui demandent aux passants s'ils sont pour ou contre la présence de bactéries dans le yaourt ou bien s'ils sont pour ou contre de donner à leur enfant le prénom Barack, comme si leur enquête avait une quelconque valeur scientifique.

David Thomson appartient, à l'instar de monsieur Cinéfiches (qui a vu plus de 20 000 films, rien que ça), à ce petit groupe de grands cinéphiles qui ont vu suffisamment de films pour créer une liste crédible. Leur liste feront partie, avec une vingtaine d'autres, de ma deuxième édition du palmarès des meilleurs films du 20ème siècle à paraître dans le courant de l'année 2009.

Visionné, la première fois, en 1973, au cinéma à Québec
Mon 105ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider

02 novembre 2008

104. Bergman : Cris et chuchotements

1001 films de Schneider : Viskningar och rop
Titre français : Cris et chuchotements

Dans la liste des 1000 meilleurs films selon They Shoot Pictures...
150ème rang

Film suédois en rouge et blanc réalisé en 1972 par Ingmar Bergman
Avec Harriet Andersson (Agnès), Ingrid Thulin (Karin), Liv Ullman (Maria), Kari Sylwan (Anna)

Détresse et désespoir.
Il n'y aura plus jamais la joie pour les survivants.

Un des films les plus noirs, les plus tristes, les plus désespérés qu'il m'ait été donné de voir. Je ne peux pas sortir de ce film sans être, à chaque fois, perturbé pendant un certain temps.

Tant d'amour et de haine autour d'une femme, la cadette de la famille, qui agonise et meurt dans des souffrances à la limite du supportable. Une prestation d'Harriet Andersson qui me bouleverse aux larmes avec, constamment en mémoire, sa prestation de jeune fille désinvolte, mordant dans la vie dans Monika de ce même Bergman, 20 ans auparavant.

Pour paraphraser le célèbre adage d'André Gide : "Famille, on se hait", voilà le thème principal de cette œuvre. Au début, on est effrayé par la longue et douloureuse agonie d'Agnès (Harriet Andersson) puis, lentement, on découvre que l'horreur est ailleurs. Il est dans l'absence d'amour, voire dans la haine, que les deux sœurs survivantes distillent autour d'elle. Cette froideur de sentiment nous glace littéralement dans les dernières séquences du film. C'est là que résident, finalement, la détresse et le désespoir.

A contrario, comme pour accentuer ce dysfonctionnement émotionnel, Bergman, par l'entremise d'Anna, la bonne, nous fait vivre des moments de compassion comme il nous en a rarement montrés dans ses autres œuvres. Le point culminant étant atteint dans ce plan nous montrant Anna qui tient dans ses bras Agnès, agonisante. En voyant cette prière cinématographique, j'aurais presque le goût de revenir aux croyances catholiques de mon enfance. Mais, bon, je résiste encore.

La pìetà de Michel-Ange


La pietà de Bergman

Anthologie :  les dix premières minutes du film : chef d'œuvre esthétique. Sven Nykvist au sommet de son art : Rouge omniprésent, cinq plans fixes à la Ozu, des tic tacs et des sonneries de pendules ("...la pendule d'argent qui ronronne au salon, qui dit oui qui dit non, qui leur dit: je t'attends; qui ronronne au salon, qui dit oui qui dit non et puis qui nous attend" Les vieux de Jacques Brel), du rouge partout sauf la jaquette toute blanche d'Agnès qui se réveille et dont on voit dans son regard, qui pendant quelques secondes habite encore un monde dans lequel elle est heureuse et bien vivante, le retour de l'horreur de sa condition de malade en phase terminale.

J'ai vu ce film en 1973, j'avais 27 ans : il m'était complètement passé par-dessus la tête et à côté du cœur. Il n'avait laissé aucune trace dans mon expérience de cinéphile.
Mais le revoir aujourd'hui, c'est une toute autre expérience. La puissance de la charge émotionnelle transportée par ce film est tout simplement dévastatrice. On n'en sort pas indemne. Comme quoi si la violence "is no country for old men" (dixit les frères Coen), la sensibilité, par contre, devient de plus en plus, leur univers.

Pour toutes les Agnès, Maria et Karin de ce monde, cette chanson de Coldplay, Fix You, un baume pour le cœur.


Cannes 1973 : Ingmar Bergman. Grand Prix technique
Oscar 1974 : Sven Nykvist, meilleures prises de vues
Visionné, la première fois, le 2 décembre 1973 au cinéma à Montréal
Mon 104ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider

27 octobre 2008

103. Resnais : Hiroshima, mon amour

1001 films de Schneider : Hiroshima, mon amour
Titre japonais : 24 - jikan no joji (a 24 Hour Affair)

Dans la liste des 1000 meilleurs films selon They Shoot Pictures...
106ème rang

Film français réalisé en 1959 par Alain Resnais
Avec Emmanuelle Riva et Eiji Okada

"Pourquoi nier l'évidente nécessité de la mémoire" Nevers (Emmanuelle Riva)

Alors donc, plongée dans ma biographie, puisque c'est l'incantation de ce film.
Deux paliers dans cette plongée : d'abord en profondeur au niveau de 1960 puis remontée au palier intermédiaire de l'automne de 1973.

Palier 1960
Le Québec commence à peine, depuis la mort du populiste  Maurice Duplessis, premier ministre du Québec, à sortir de la période connue sous le nom de la "grande noirceur". (exemple de cette noirceur: Les enfants du paradis de Marcel Carné, interdit de distribution au Québec).

J'avais 13 ou 14 ans, on allait présenter au Ciné-club de fin de soirée de Radio-Canada, Hiroshima, mon amour. Grand émoi dans les journaux : comment la société d'état pouvait-elle présenter, même à une heure tardive, l'apologie de l'amour libre.

Grand émoi dans la famille aussi, quand mon père, grand catholique pratiquant, membre de l'Ordre de Jacques-Cartier (regroupement clandestin canadien-français voué à la défense de la langue française et de la religion catholique au Québec) décide de regarder, seul, cette œuvre à la réputation sulfureuse (le dos nu de Riva, caressé par les mains de son amant, suffisait, à cette époque, au Québec, pour faire classer le film AR, i.e. adultes avec réserve). Qu'y cherchait-il ?

Grand plaisir, pour moi, de trouver enfin, chez mon père, une faille dans son orthodoxie Patrie-Famille-Travail et, pour faire le compte, Religion. Je n'allais plus jamais voir mon père de la même manière à partir de ce jour. Malheureusement, plaisir qui dura peu, puisqu'il allait mourir 4 ans plus tard, quelques jours après avoir terminé la lecture d'un roman que je lui avais suggéré, La puissance et la gloire de Graham Greene (caméo dans le film La nuit américaine). Suggestion qui faisait partie de mon entreprise de sapage des fondations de ses valeurs catholiques.

Palier automne 1973
Avec Tomiko, mon amour de l'automne 1973, originaire de Nagasaki (ça ne s'invente pas), on regarde, à la télé, dans mon meublé cradingue en face du parc Lafontaine sur la rue Sherbrooke à Montréal, Hiroshima, mon amour; ahuris de retrouver de telles similitudes avec ce couple eurasiatique : la soudaineté d'une rencontre des plus hasardeuses (à la sortie de la gare de Cordoba en Espagne) et dont l'espérance de vie se mesure en jours tant le passé est têtu à tracer des routes divergentes.
Nevers (Emmanuelle Riva) : "Il est probable que nous mourrons sans nous être jamais revu"
25 novembre 1973, aéroport de Montréal, Tomiko prend le vol Montréal-Paris-Tokyo.
Je ne l'ai jamais revue depuis.
Alors, si j'aime Hiroshima, mon amour? Immense...comme cette photo de la Riva.

  À propos du titre 
Un écrivain rigolo, dont j'ai oublié le nom, a fustigé le titre du film : "Après avoir tourné Hiroshima, mon amour, pourquoi pas tourner Auschwitz, mon coco ?"

Titres oxymores. Exemple d'un oxymore : un silence assourdissant
1. Hiroshima, mon amour
Tout le film est fondé sur cette figure de style : "Tu me tues, tu me fais du bien", "Je te mens, je te dis la vérité"
2. Paris, Texas de Wim Wenders
3. L'ami américain de Wim Wenders (oxymore, disons, pour un Taliban)
4. Kiss Me Deadly de Robert Aldrich
5. Hell in the Pacific de John Boorman
6. True Lies de James Cameron

Proposition d'une lecture cinéphilique
Cahiers du cinéma. Numéro 97. Juillet 1959. 18 pages d'une table-ronde au sujet de Hiroshima, mon amour. Lumineux. Participants : Éric Rohmer, Jean-Luc Godard, Pierre Kast, Jacques Rivette, Jacques Doniol-Valcroze. Excusez du peu!!! (221 films réalisés entre eux). L'article s'achète sur le site des Cahiers du cinéma.

Festival de Cannes de 1959 : À qui va la palme d'or? À Hiroshima, mon amour, bien sûr, non? alors à Truffaut pour Les quatre cents coups. Non plus? Mais, diantre, quel chef-d'œuvre coiffe ces deux productions au poteau? L'improbable Orfeu negro, cette bluette exotique, de Marcel Camus (mais qu'a-t-il fait d'autre de marquant, celui-là?). La mâchoire m'en tombe comme celle de Jim Carrey dans Le masque lorsqu'il se retrouve face à Cameron Diaz.

Visionné, la première fois, le 14 novembre 1973 à la télévision à Montréal

Mon 103ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider

19 octobre 2008

102. Boorman : Deliverance

1001 films de Schneider : Deliverance
Titre français : Délivrance

Dans la liste des 1000 meilleurs films selon They Shoot Pictures...
572ème rang

Film américain réalisé en 1972 par John Boorman 
Avec Jon Voight, Burt Reynolds, Ned Beatty, Ronny Cox, Ed Ramey

Très improbable titre que ce Deliverance.
Les trois survivants de cette merveilleuse escapade sur la rivière Chattooga (frontière Georgia/South Carolina) sont, à jamais, suite à leur aventure, enfermés dans un cauchemar sans issue ; ce que confirme la dernière séquence du film. Pas de délivrance en vue pour eux.
Dernière séquence pillée par Brian de Palma pour conclure son Carrie.


Une des séquences les plus célèbres de Délivrance : le duo guitare-banjo.
Billy Redden, le "banjo boy" qui, en fait, ne joue d'aucun banjo, a été sélectionné pour son "look" qui correspondait au fait avéré ou au préjugé (vous choisissez) de la pratique de l'endogamie dans les régions isolées des Appalaches ; la pratique de l'endogamie entraînant possiblement le développement de dégénérescences génétiques : syndrome de Down, déficience intellectuelle, malformation congénitale. Avouez que Billy Redden est une belle synthèse de ces 3 éléments.

Dans son film, Big Fish, Tim Burton a déniché Redden dans un boui-boui du sud profond pour lui faire faire une apparition en "banjo man".

Dans le message précédent, je traitais du procédé de "la nuit américaine" : on en a un bel exemple dans ce film lors de la scène de nuit au sommet de la paroi escaladée par le personnage interprété par John Voight.

Jean-Louis Bory, dans la Lumière écrit (tome 5 de ses critiques cinématographiques) traitant de Deliverance : "le sauvage modèle 1972 ne respecte pas le modèle "bon sauvage" qui fait pleurer d'attendrissement dans les chaumières hippie." J'aime Bory.

Lecture cinéphilique en cours
Zanuck, le dernier grand nabab par Leonard Mosley.
Mais qu'est-ce qu'un nabab?
"Un jour alors que je sortais du magasin du studio, je vis Zanuck quitter la salle à manger et marcher en direction de son bureau. Sa cour l' entourait, composée d'une foule d'assistants, de producteurs et de parasites. Stupéfait, je le vis soudain déboutonner sa braguette tout en parlant et pisser contre un mur. Il y avait plein de monde, mais cela ne le troublait nullement. Il faisait cela à sa manière, aussi candide que n'importe quel gosse des rues."
Y a pas de meilleure définition.

Visionné, la première fois, le 27 octobre 1973 au cinéma St-Denis à Montréal.

Après 4 semaines à parcourir l'Espagne et le nord du Maroc, retour tumultueux à Montréal. En descendant de l'avion, puisque plus rien ne m'attache, je décide de m'installer à Montréal. Chômage, petit meublé crasseux, couple en déroute, l'hiver aux portes de Montréal (j'ai toujours haï l'hiver à Montréal). Délivrance peut-être mais, à ce moment-là, je pensais plutôt déroute.
Mais il y a Tomiko, rencontrée à la sortie de la gare à Cordoba, qui, complètement "pétée" (comme dans péter les plombs), sursoit à son tour d'Europe pour m'accompagner à Montréal. C'est pas de l'amour, ça? (Quel mélo!, sortez les mouchoirs ; pouaff comme dirait l'Agrippine de Brétécher).

Mon 102ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider

13 octobre 2008

101. Truffaut : La Nuit américaine

1001 films de Schneider : La Nuit américaine

Dans la liste des 1000 meilleurs films selon They Shoot Pictures...
449ème rang

Film français réalisé en 1973 par François Truffaut 
Avec François Truffaut, Jean-Pierre Léaud, Jacqueline Bisset, Valentina Cortese, Jean-Pierre Aumont, Alexandra Stewart, Nathalie Baye, Bernard Menez

Pourquoi j'aime tant ce film qui, apparemment, laisse froid les spécialistes du cinéma (absent de la plupart des palmarès de films) et qui a suscité à sa sortie un tollé de la part des cinéphiles de gauche (marquant, entre autre, la rupture définitive entre Truffaut et Godard) ?

Pourquoi, à chacun des visionnements, c'est un direct au cœur que je reçois, comme une ancienne histoire d'amour qui revient me hanter?

Dans le désordre, les raisons de cette passion :

1. D'abord pour cette réplique de Ferrand (Truffaut) s'adressant à Alphonse (Léaud) qui m'émeut à chaque fois :
"Les films sont plus harmonieux que la vie. Il n'y a pas d'embouteillages dans les films, pas de temps mort. Les films avancent comme des trains, tu comprends, comme des trains dans la nuit. Des gens comme toi, comme moi, tu le sais bien, on est fait pour être heureux dans le travail, dans notre travail de cinéma."
2. Aussi pour toutes ces références à l'histoire du cinéma (photos volées dans un cinéma, bouquins de cinéma, le jeu questionnaire de Monsieur Cinéma, la rue Jean-Vigo, la surdité de William Wyler, etc.). Un vrai régal pour cinéphile. D'ailleurs, c'est un film que Truffaut adresse aux cinéphiles. Le film n'est-il pas dédié aux sœurs Lilian et Dorothy Gish? Qui, en 1973, pouvaient connaître ces actrices de l'époque du muet à part les fous de cinéma ?
3. Pour cette séquence accompagnée du merveilleux Grand Choral de Georges Delerue. À ce moment du film, habituellement, je craque.
4. Pour la performance bouleversante de Valentina Cortese, en comédienne alcoolique incapable de jouer son personnage dans Je vous présente Pamela (film dans le film) mais qui défonce l'écran dans La nuit américaine. En nomination pour l'oscar de la meilleure actrice de soutien en 1975. Il a été remporté par Ingrid Bergman qui lors de son speech d'acceptation dit que la statuette aurait dû être donnée à Valentina Cortese.
5. Parce que le visionnement de La noche americana, seul à Madrid en 1973, a eu lieu à une période marquante de ma vie; conséquemment, ce film est devenu ma "madeleine de Proust".
6. Pour cette Nathalie Baye à lunettes qui commence sa carrière au cinéma, pour mon plus grand bonheur et dont le personnage dit : "Je laisserais un mec pour un film mais jamais un film pour un mec".
7. Pour cette comparaison qui nous renvoie à la passion pour l'Amérique de Truffaut : "Un tournage de film ça ressemble exactement au trajet d'une diligence au Far West. D'abord, on espère faire un bon voyage et puis, très vite, on en vient à se demander si on arrivera à destination."

Le titre : On nous dit toujours que le titre "la nuit américaine" renvoie à une technique utilisée au cinéma consistant à filmer, de jour, des scènes de nuit en utilisant un système de filtres adéquat. Technique initiée et popularisée par le cinéma américain des années 30 sous le nom de Day for Night.
Par contre, en lisant la biographie de François Truffaut, écrite par Antoine de Baecque et Serge Toubiana, on découvre que Truffaut, pour des soucis de publicité dans les cinémas de province, a donné une autre explication à son titre. Croyant que les Français de la province risquaient de se détourner de son film, le croyant trop intellectuel avec un tel titre pour cinéphile, (toujours douloureux cette condescendance toute parisienne) a décidé de dire aux journalistes que le titre provenait, en fait, de la séquence dans laquelle Alphonse (Léaud) passait la nuit avec Julie (Bisset), la belle américaine. Un peu tordu, le Truffaut.

Lecture cinéphilique en cours :
Zanuck, le dernier grand nabab par Leonard Mosley.
Pour une plongée infernale au cœur de l'ogre hollywoodien. Mais surtout une pléthore de potins style "Zanuck a une liaison orageuse avec Juliette Gréco" eh bien! les bras m'en tombent. Comment peut-on imaginer Hollywood couchant avec St-Germain-des-Prés dans les années 50 !
Biographie fascinante quand même. Un début de vie à la Jack London dans le L.A. du début du 20ème siècle. Bon, je n'en suis qu'au début. D'autres potins croustillants suivront.

Oscar 1974 pour le meilleur film étranger
Visionné, la première fois, au cinéma à Madrid en septembre 1973
À Madrid pour quelques jours, avant de partir pour l'Andalousie à la découverte du flamenco à Sevilla et Cordoba ; découverte ponctuée d'une improbable rencontre japonaise, Tomiko. Puis, une petite incursion au nord du Maroc, à Tanger, ville passablement mal famée à l'époque.
Mon 101ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider

05 octobre 2008

100. Bunuel : Le Charme discret de la bourgeoisie

1001 films de Schneider : Le Charme discret de la bourgeoisie

Dans la liste des 1000 meilleurs films selon They Shoot Pictures...
165ème rang

Film français réalisé en 1972 par Luis Bunuel
Avec Fernando Rey, Paul Frankeur, Delphine Seyrig, Bulle Ogier, Stéphane Audran, Jean-Pierre Cassel

Regardez l'affiche à droite.
C'est une belle illustration de l'acronyme anglais WYSIWYG (What You See Is What You Get)., utilisé dans le monde informatique pour nous dire que le produit obtenu correspondra à l'image montré sur l'écran.

Ce melon chapeautant des lèvres gonflées au botox (sauf que le botox n'apparaît que dans les années 80) porté par des guiboles pas très nettes est un bel aperçu de ce qui vous attend si vous mettez les pieds dans ce film.
Toute la panoplie surréalistico-oniristique de Bunuel vous y attend de pied ferme Avis aux amateurs.... dont je ne suis plus.

Dans ma longue adolescence qui s'est étendue bien au-delà des limites définis par les bouquins sur la psychologie du développement, j'étais un fan fini du surréalisme et, au cinéma, des univers fellino-buenéliens, mais la réalité dure et têtue du monde adulte a changé mes intérêts cinéphiliques; thank God!

Mon plus beau moment : le dernier plan du film
Dans le dernier plan, les 6 bourgeois s'éloignant sur un chemin de campagne, ne nous renvoit-il pas au dernier plan du film d'Ingmar Bergman (pas encore Bergman, il a pas fini de nous les casser avec son Bergman!!! C'est pas fini, allez voir plus bas), Le septième sceau dans lequel l'on voit 6 personnages s'éloignant sur une colline, entraînés par la mort et sa faucille? De fait, ces six bourgeois sont morts.... de ridicule; assassinés par les dialogues et les "one-liners" de Bunuel et de Jean-Claude Carrière.
Exemple, entre cent :
Stéphane Audran) : "Encore un peu de foie gras, mon colonel?" Dans cette ligne, toute l'expression de la bourgeoisie française .

Un résumé du film? Jürgen Müller dans Les films des années 70, à propos de Le charme discret de la bourgeoisie : "un grotesque carnaval des idées et des clichés bourgeois".

Lecture cinéphilique en cours :
Images. My Life in Film de Ingmar Bergman.
Bergman nous parle du tournage de chacun de ses films dans des textes courts, truffés d'extraits de son journal personnel. À côté de descriptions de ses relations avec les producteurs, les caméramans, les acteurs, beaucoup de plongées au cœur de son univers névrotique qui nous disent pourquoi ce réalisateur a suscité tout au cours de sa vie, tant avec ses acteurs qu'avec ses proches, des relations amour-haine qu'il entretenait lui-même avec le cinéma.

Extrait de son journal du 22 mars 1983 (Après avoir terminé le tournage de Après la répétition) : "I don't ever want to make films again. I want to quit, I want peace. I don't have the strenght anymore, neither psychologically nor physically." En fait, il tournera encore 8 autres films, mais tous pour la télévision.

Oscar 1972 : Meilleur film étranger
Visionné, la première fois, en septembre 1973 au cinéma à Madrid
Seul, à Madrid, en sortant du cinéma, je vois à la une des journaux dans les kiosques, la mort de Salvador Allende lors du renversement de son gouvernement par Augusto (sic) Pinochet. Grande tristesse au pays de Franco-la-muerte.
Le film de Bunuel est disparu rapidement de mon écran radar, entraîné par la tourmente de la vie nocturne madrilène que je découvrais, ahuri et complètement séduit. En le revoyant aujourd'hui, j'ai vraiment l'impression de le voir pour la première fois. J'avais tout oublié sauf peut-être l'impression que tout le film était un huis-clos autour de la table.
Mon 100ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider

14 septembre 2008

99. Kubrick : A Clockwork Orange

1001 films de Schneider : A Clockwork Orange
Titre français : Orange mécanique

Dans la liste des 1000 meilleurs films selon They Shoot Pictures...
77ème rang

Film anglais réalisé en 1971 par Stanley Kubrick
Avec Malcolm McDowell, Patrick Magee, Michael Bates, Warren Clarke

Je sais, je sais, je prends du retard dans le re-visionnement de mes 1001 films. Au lieu de deux par semaine, j'en suis rendu à un à toutes les deux semaines. À ce rythme, j'aurai passé à travers la liste en 2042!!!, bien au-delà de ma date de préemption. Déjà, à deux films par semaine, j'ose pas calculer. Mais, comme on dit dans les colonies de vacances, la beauté de la montagne réside dans le sentier qui y mène.

Deux événements me retardent :
d'abord mon palmarès du 20ème siècle que je bichonne depuis 18 mois mais, aussi, ma nouvelle passion cinéphilique, la série Eclipse de Criterion qui nous offre des films inaccessibles de grands réalisateurs. J'ai été accroché tout de suite par cette série lors de leur première production : les premiers films de Bergman .


Crisis (1946)
Port of Call (1948)
Thirst (1949)
To Joy (1949)
Torment (réalisé en 1944 par Alf Sjoberg sur un scénario de Bergman)







Ah oui! LE FILM
Pas une ride! Quel visionnaire ce Kubrick.
Était classé, à sa sortie, film de science-fiction; est maintenant un drame social et 
politique.
Un personnage, Frank Alexander, dit : "Les gens sont prêts à sacrifier une partie de leur liberté pour avoir un peu plus de sécurité" parlant du traitement anti-violence subi par Alex(andre Delarge). Commentaire qui s'applique au Londres actuel à propos de l'omniprésence des caméras de surveillance afin de contrer le terrorisme; dans l'indifférence générale.

Je me souviens avoir assez mal supporté les scènes de viol et de violence d'autant plus que j'avais invité ma soeur cadette à une soirée ciné sympa. Trente-cinq ans après, elle m'en parle encore.
Alex Delarge : un des personnages les plus horribles de l'histoire du cinéma. Rapidement, comme ça, je pense à des équivalents : Harry Powell (Robert Mitchum) dans The Night of the Hunter, Max Cady (Robert De Niro) dans Cape Fear

Ce personnage a suscité tant d'aversion que même Roger Ebert du Chicago Tribune considéré comme un des plus grands critiques américains avait perdu tout sens critique à la sortie de ce film : "You know there's something wrong with a movie when the last third feels like the last half" (de mauvaise foi, le Roger, but what a line!). À mettre en parallèle avec la critique de Jean-Louis Bory, le plus grand entre tous : "C'est assez phénoménal. Deux heures et quart qui vous durent cinq minutes, à force d'intelligence et de rapidité musclée." (Tiré de La lumière écrit. À quand tout Bory sur le net. Allez Nouvel Obs., un peu de considération pour la communauté, numérisez vos archives.)

Dissonance cognitive extrême entre les actes d'ultraviolence et la musique : Beethoven (Ode à la Joie....tu parles), Rossini, la chanson Singin' in the Rain. Quelle perversion de nous obliger à associer les deux!

J'ai lu sur IMDB l'origine probable du titre du film : Anthony Burgess, l'auteur du roman adapté par Kubrick, a vécu en Malaisie. En malais, le mot "orang" signifie homme (entre autre, orang-outan = homme de la jungle). Orange mécanique = homme mécanique, ce qu'Alex est devenu après son traitement thérapeutique (sic).

Visionné, la première fois, en septembre 1973 au cinéma Le Dauphin à Québec
Bref intermède entre la fin de mon contrat à Jeunesse Canada Monde durant lequel j'ai vécu dans mes valises pendant 12 mois et mon premier voyage outre-atlantique (Espagne et Maroc) avec retour sur Montréal, à jamais.
Mon 99ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider

31 août 2008

98. Eastwood : High Plains Drifter

1001 films de Schneider : High Plains Drifter
Titre français : L'Homme des hautes plaines

Au 3234ème rang dans la liste de They Shoot Pictures...

Film américain réalisé en 1972 par Clint Eastwood
Avec Clint Eastwood, Verna Bloom, Marianna Hill, Mitch Ryan

Je ne fais jamais de résumé de film, sauf exception, en voici une :
La vengeance est un plat qui se mange froid...
et la misogynie "is well and alive" au pays du western.

Une sorte de High Noon revu et corrigé par Sergio Leone.
Encore le beau rôle pour ce cher Clint, fils spirituel, complètement perverti, de Gary Cooper.

Mais qu'est-ce qui m'agace tant dans ce film?

D'abord, le village IKEA qu'on vient juste de finir de monter lorsque Clint nous joue le numéro du "lonesome cowboy" qui arrive lentement grâce une longue focale dictée par ce même cowboy. Ah oui! et tout le monde a lavé les vitres de ses fenêtres pour l'arrivée de l'inconnu.
Puis, la scène du viol, à cause du classique "NON qui veut dire OUI" des femmes dont les westerns, entre autres, nous ont abondamment abreuvé et que je ne suis plus capable de piffer à 100 kilomètres.
Puis, ce fameux "mon nom est personne"; on nous l'avait bien joué à quelques reprises celle-là.

Se pourrait-il que le western ne soit pas tout à fait ma tarte tatin (afin d'éviter l'anglicisme "ma tasse de thé")?

Lecture cinéphilique en cours :
Images. My Life in Film par Ingmar Bergman.
À 72 ans, après avoir mis un terme à sa carrière cinématographique, Bergman retourne visiter ses films. Un aperçu de ce qui vous attend si vous plongez dans cette oeuvre : "this act of looking back would, at times, turn into a murderous and painful business."

Lecture en parallèle avec Les bienveillantes de Jonathan Littell dont je ne veux pas sortir tant c'est gigantesque; le Citizen Kane de la littérature, rien de moins. À ranger à côté de À la recherche du temps perdu... bon, o.k., à quelques pas.

Visionné, la première fois, en août 1973 au cinéma
Mon dernier mois, celui-ci passé dans l'Ouest canadien, à titre de coordonnateur de l'échange avec le Mexique pour l'organisme  Jeunesse Canada Monde : fin d'une grande aventure.
Mon 98ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider

22 août 2008

97. Peckinpah : Pat Garrett and Billy the Kid

1001 films de Schneider : Pat Garrett and Billy the Kid

Dans la liste des 1000 meilleurs films selon They Shoot Pictures...
542ème rang

Film américain réalisé en 1973 par Sam Peckinpah 
Avec James Coburn, Kris Kristofferson, Bob Dylan

Comme je l'ai déjà dit quelque part dans ce blogue, je n'ai jamais vraiment beaucoup aimé les westerns. À part les films de Leone qui ont mis une parenthèse dans ma détestation des westerns, je fuyais ce type de production. Et cette haine du western était encore plus forte durant ma vingtaine. Alors, normalement, je n'aurais pas dû aller voir ce film ce soir de juin 1973, esseulé au coeur de l'ennui fait ville, Toronto.

MAIS, il y avait Bob Dylan sur l'affiche : acteur (sic) et compositeur (ô merveille!).

Et comment dire... Dylan fut la plus belle rencontre culturelle de toute ma vie. Rencontre qui s'est faite, durant l'hiver 1973, sur les chemins poussiéreux de la campagne mexicaine au volant de ma jeep en écoutant The Greatest Hits vol.2 sur un magnétophone de poche. Ce fut un coup de foudre. Dylan chantait depuis 10 ans (nous étions en 1973) et je ne savais rien de lui hormis le hit Blowin' in the Wind; comment avais-je pu passer à côté d'une telle œuvre ?
Il y a de ces cécités culturelles qui nous semblent incompréhensibles après coup. J'allais reprendre le temps perdu. À mon retour à Montréal, j'allais me plonger pendant des années dans l'oeuvre de Dylan.
Deux sites qui donnent accès à tout Dylan : Expecting Rain et About Bob Dylan. Dylan, carrément nobélisable. Parce qu'il faut lire Dylan autant qu'écouter sa musique, une des plus éclectiques qui soient.

Alors, laissez vos dvd sur la tablette pour un bout de temps et mettez vous à l'étude de Dylan.
Ah oui, le film!

Un bon qui est méchant (James Coburn-Pat Garrett avec une tête patibulaire) à la poursuite d'un méchant qui est bon (Kris Kristofferson-Billy the Kid with his angel face). Bon, d'accord, je simplifie, comme d'habitude. J'ai peut-être trop vu de westerns.

Et Dylan acteur? Nullissime dans le rôle d'un personnage insipide qui semble arrivé d'une autre planète.
Roger Ebert, un des plus célèbres critiques de cinéma américain, nous donne son appréciation plutôt désopilante, de la performance de Dylan :"His screen presence makes him look as if he's the victim of a practical jokes involving itching powder."

Point fort du film : L'émouvante ballade Knockin' on Heaven's Door lors d'une des mes séquences préférées du film. Dans cet extrait, regardez le ciel derrière le type qui agonise devant son épouse. Trop courte la scène qui nous prive d'une expérience émotionnelle intense surtout après la classique et interminable scène de tuerie. Si la séquence avait été plus longue on aurait entendu Dylan, dans le deuxième couplet, chanter "that long black cloud is coming down". Comment a-t-on pu couper une telle séquence? Ça m'a bousillé le visionnement du reste du film.



Visionné, la première fois, en juin 1973 au cinéma à Toronto
Mon 97ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider

14 août 2008

96. Coppola : The Godfather

1001 films de Schneider : The Godfather
Titre français : Le Parrain

Dans la liste des 1000 meilleurs films selon They Shoot Pictures...
7ème rang

Film américain réalisé en 1972 par Francis Ford Coppola (1939)
Avec Marlon Brando, Al Pacino, James Caan, Richard S. Castellano, Robert Duvall, Richard Conte, Diane Keaton et Sofia Coppola sur les fonts baptismaux.

Pour moi, si The Godfather est un film si marquant et s'il mérite d'être en haut des palmarès c'est qu'il s'inscrit dans une trilogie dont l'élément majeur est le deuxième film de la saga.

Le premier volet de la trilogie souffre d'un déficit majeur de crédibilité. Les maffiosi au grand coeur dont les seules victimes sont d'autres maffiosi, jamais de civils, et qui refusent d'entrer dans le marché lucratif de la drogue parce que ça pourrait être néfaste pour les familles (et le jeu, et la prostitution, et le racket de la protection ce sont des passe-temps pour fillettes?) et pour qui la famille passe avant tout, c'est pas très crédible; ça me fait penser à la chanson insupportable d'Aznavour La Mamma (alors là , je suis vraiment de mauvaise foi!).

Je n'avais pas très aimé ce film à l'époque. Je l'aime beaucoup plus aujourd'hui parce que je m'arrête moins à la crédibilité du scénario et m'attache plus au jeu des comédiens (qu'est-ce que j'adore ce Marlon Brando!) et que je sais que le Parrain II va suivre et me plonger dans une histoire qui est imbriquée dans celle des États-Unis : sénateurs véreux, complot menant à l'assassinat de Kennedy, la chute de Batista et l'arrivée des "barbudos" à La Havane, la commission sur le crime organisé dirigée par Robert Kennedy avec en prime la naissance d'un maffioso, Vito Corleone, au cœur de Little Italy de New York au début du vingtième siècle.

"I Believe in America"
Vous rappelez-vous de la première séquence du film qui commence par cette phrase prononcée par Amerigo (c'est pas une blague) Bonasera, le directeur funéraire, que nous ne verrons plus que pendant 10 autres secondes dans la suite de la saga. Un des "zoom out" les plus déroutants de l'histoire du cinéma.
À qui parle Bonasera?

Une bataille fait rage sur Internet Movie Database (IMDB) en ce moment. The Dark Knight de Christopher Nolan vient de déclasser The Godfather au sommet du top 250. On ne déplace pas un tel monstre sacré sans entraîner cris et hurlements. On dit que la crédibilité du Top 250 de IMDB est à jamais remise en question. J'avais déjà remarqué qu'il existe des sortes de commandos qui s'acharnent en bien ou en mal sur un film. Allez voir Titanic de James Cameron, évalué à 7,2 (ce qui est un non-sens pour ce Ben-Hur de la flotte), vous verrez que plus de 8% des votants ont adjugé 1 sur 10 pour ce film : de la pure mauvaise foi. "Well. That's what movie listing is all about."

Oscars 1973 : Marlon Brando pour le meilleur acteur, meilleure production et meilleur scénario à partir d'une oeuvre existante.
Visionné, la première fois, en février 1973, au cinéma à Mexico
En regardant Beijing lors des jeux olympiques, j'ai l'impression de me retrouver à Mexico à l'hiver de 1973. Pollution de l'air extrême. Je reconnais bien ce smog qui bouche l'horizon à moins de 3 rues et qui oblitère le Soleil pendant des semaines. Mexico se trouve sur un haut-plateau à 2250 mètres d'altitude entouré de hauts sommets. Pendant l'hiver, saison sèche, l'air reste prisonnier dans ce bassin où habitent 30 millions d'habitants et circulent 5 millions de véhicules : un désastre environnemental.
De novembre à mai, j'ai habité dans un petit hôtel au cœur de Mexico. C'était mon camp de base entre les multiples tournées que je faisais en jeep pour aller visiter les petits villages où résidaient les participants du programme de Jeunesse Canada Monde dont j'étais le coordonnateur.
Je crois que je n'ai pas vu cinq films pendant toute cette période.
Mon 96ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider

03 août 2008

95. Godard : Alphaville, une étrange aventure de Lemmy Caution

1001 films de Schneider : Alphaville, une étrange aventure de Lemmy Caution

Dans la liste des 1000 meilleurs films selon They Shoot Pictures...
523ème rang  

Film français réalisé en 1965 par Jean-Luc Godard 
Avec Eddie Constantine et Anna Karina

Le Metropolis de Godard
Godard s'amuse à parachuter un détective (Eddie Constantine), mélange de Humphrey Bogart et de James Bond, dans un monde à la George Orwell, conjuguant ainsi film noir et science-fiction.

En utilisant Constantine (mais qui d'autre pouvait jouer un clone de Bogart), acteur popularisée dans des films de série B, dans le rôle principal, Godard fait un pied-de-nez aux cinéphiles de la Nouvelle vague mais surtout crée, chez le spectateur, un sentiment de dissonance cognitive (encore deux phrases comme ça et je me retrouve aux Cahiers du Cinéma). Bon, y aura pas une autre phrase comme ça. En gros, en revoyant ce film, j'avais souvent l'impression que Constantine ne jouait pas dans le même film que Karina. Difficile à expliquer : une impression, c'est tout. En fait, c'est l'objet du film : ils n'habitent pas la même planète.

Voir le début de la période urbanistique appelé "urban renewal" dans le Paris de 1965 est émouvant : le périphérique, le début de la construction du quartier de la Défense, l'autoroute en bord de Seine. On disait, à cette époque, que c'était le futur. Et c'est ce futur que Godard utilise pour illustrer son Alphaville.

Alphaville, c'est aussi, Raoul Coutard, à la caméra, qui fait du visage d'Anna Karina, un des plus beaux visages filmés de l'histoire du cinéma.

Jean-Louis Bory dans son recueil de critiques Des yeux pour voir : "...jamais Godard ne peint si bien l'amour que lorsqu'il lui donne le visage d'Anna Karina" Il faut tout lire Bory : chaque article est une joie.

Lecture obligatoire. La monumentale biographie in ingliche de Jean-Luc Godard par Richard Brody du New Yorker.

Je ne l'ai pas encore lu. Si je survis à Les bienveillantes de Jonathan Littell dans lequel je suis immergé jusqu'aux oreilles, j'irai peut-être du côté de Brody.





Visionné, la première fois, en 1972 à la télévision à Québec
Coup de tonnerre dans ma biographie.
En juillet, fin de mon baccalauréat en Géographie à l'Université Laval de Québec.
En août, déménagement à Montréal avec ma conjointe pour poursuivre des études en urbanisme mais un merveilleux chemin de traverse (bonjour, Nicolas Hulot) s'est présenté et nous ne pouvions pas ne pas l'emprunter malgré les grands chambardements que cela entraînerait dans nos vies. Pendant un an, nous allions vivre dans nos valises. Employés à titre de coordonnateurs d'un échange de jeunes entre le Canada et le Mexique par un organisme qui venait de naître, Jeunesse Canada Monde, nous allions bourlinguer à travers le Canada de Toronto à Vancouver et, pendant six mois, vivre au cœur de plusieurs communautés paysannes du Mexique que nous allions aussi parcourir en tout sens avec notre jeep Volkswagen.

Expérience marquante, bouleversante qui temporisera pendant quelques temps mes ardeurs cinéphiliques.
Mon 95ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider

27 juillet 2008

94. Lumet : 12 Angry Men

1001 films de Schneider : 12 Angry Men
Titre français : Douze hommes en colère

Dans la liste des 1000 meilleurs films selon They Shoot Pictures...
519ème rang

Film américain réalisé en 1957 par Sidney Lumet (1924)
Avec
1er juré : Martin Balsam,
2ème : John Fiedler,
3ème : Lee J. Cobb,
4ème : E.G. Marshall,
5ème : Jack Klugman,
6ème : Ed Binns,
7ème : Jack Warden,
8ème : Henry Fonda,
9ème : Joseph Sweeney,
10ème : Ed Begley,
11ème : George Voskovec,
12ème : Robert Webber.

Hormis les deux premiers plans, superbement amenés par Lumet, on est plus en présence de théâtre filmé que de cinéma proprement dit. Mais quelles magistrales mise en scène et direction d'acteurs. Le moins intéressant de ceux-ci étant , oh sacrilège, Henry Fonda, jouant le rôle de "monsieur parfait" auquel, tour à tour, les 11 autres jurés viennent se mesurer découvrant ainsi que, malgré leurs faiblesses et leurs blessures profondes, au fond d'eux, sommeille un être foncièrement juste et sensible.

Un des chef d'œuvres de ce qu'on appelle les "good-feeling movies". Critères absolus : "happy end", "les bons gagnent et les méchants perdent, se convertissent ou s'autocritiquent" et les spectateurs sortent du cinéma avec un baume au cœur.

Voir ce film en se mettant à la place de la caméra. Au début, la caméra domine les personnages puis elle se place à leur niveau pour finir en contre-plongée créant ainsi à développer lentement mais irrémédiablement une sensation de claustrophobie.

Beaucoup de choses ont changé dans le contenu de cette pièce où sont enfermés les jurés du système judiciaire américain : il y a maintenant des femmes et aussi des membres d'autres groupes ethniques. On porte probablement moins le veston-cravatte; la cigarette est bannie et le baseball a perdu son importance. Mais une chose n'a pas changé, 50 ans plus tard : encore 37 États appliquent ou peuvent appliquer la peine de mort.

Lecture en cours :
Tu vois, je n'ai pas oublié de Hervé Hamon et Patrick Rotman.
Biographie d'Yves Montand. Brique de 800 pages dont le dernier tiers est consacré à la carrière cinématographique du chanteur.

Je n'aime pas les biographies. Je ne me souviens pas d'une biographie dont j'ai terminé la lecture tellement cet exercice littéraire tout orienté sur un seul ego finit toujours par m'ennuyer. Une seule exception, Albert Camus par Olivier Todd; mais il faut savoir que Camus fait partie de mon panthéon personnel.

Mais ici, exception. Les auteurs inscrivent la biographie de Montand dans le courant de l'histoire française des années 1930 à 1980. Comme on dit, ils fauchent large. C'est ce qui décuple l'intérêt porté à cette biographie. Parcourir Montand, c'est aussi parcourir une partie fascinante de l'histoire du vingtième siècle.

Du Front Populaire au mouvement d'extrême-gauche des années 70, en passant par l'histoire du communisme français et de sa débandade suite à son entêtement stalinien, le maccarthysme américain, le mini-maccarthysme français suite au "manifeste des 121", Mai-68 avec en prime des plongées intimes au cœur de la vie de deux "monstres" de la vie artistique du milieu du siècle : Édith Piaf et Marylin Monroe.

Festival de Berlin de 1957 : Ours d'or.
Visionné la première fois, en 1972 à la télévision à Québec
Mon 94ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider

15 juin 2008

93. Cocteau : Orphée

1001 films de Schneider  : Orphée

Dans la liste des 1000 meilleurs films selon They Shoot Pictures
349ème rang

Film français réalisé en 1949 par Jean Cocteau
Avec Jean Marais, François Périer, Maria Casarès, Marie Déa, Juliette Gréco

Bon sang que cette œuvre que j'avais beaucoup aimée au sortir de l'adolescence m'apparaît aujourd'hui mineure. Malaise devant ce film dont le traitement des thèmes (la vie, l'amour, la mort) a plusieurs fois des résonances de théâtre amateur; le jeu des acteurs amplifiant souvent cette perception. Quant aux effets spéciaux qui en feraient une œuvre-phare aux dires de certains, ils sont plutôt contemporains de l'époque du cinéma muet.

Le poète, cet être surdoué qui flotte au-dessus du marécage dans lequel se débat le commun des mortels : plus capable de supporter cela. Allez Cocteau, on remballe sa panoplie du parfait poète et on saute à pied joint dans la misère du monde.

Durant mon adolescence, Cocteau fut pendant un certain temps mon idole. Cet éternel adolescent avait créé un univers qui ne pouvait que plaire à la jeunesse rebelle à laquelle je voulais tellement appartenir. Che Guevara, quelques années plus tard, allait renvoyer Cocteau et son monde fantasmagorique rejoindre les costumes et les déguisements dans les coffres qui s'empoussiéraient dans les greniers de mon enfance.

J'aime beaucoup la première séquence au café qui nous plonge au coeur du St-Germain-des-Prés des existentialistes d'après-guerre. On y retrouve même la muse germanopratine, Juliette Gréco que, malheureusement, on ne reconnaît pas (c'était avant le remodelage de son nez).
Unique présence au cinéma de Claude Mauriac, un auteur que j'affectionne particulièrement pour son insurpassable œuvre sur le temps qui passe, Le temps immobile

Lecture cinéphilique : Liv Ullmann : Devenir.

Devenir : Mouvement progressif par lequel les choses (les êtres?) se transforment
J'ai longtemps hésité avant de mettre cette photo. J'adore tellement Liv Ullmann; j'avais l'impression de la trahir, de la blesser en soulignant cruellement le passage du temps sur son merveilleux visage. Et qu'on ne vienne surtout pas me dire qu'elle a acquis de la maturité, de la sagesse. Liv les échangerait illico pour retrouver son visage à la B.B. de 1972. De Gaulle disait : "La vieillesse est un lent naufrage". Naufrage, d'accord. Lent, pas sûr.

Devenir : premier de ses trois volumes consacrés à ses mémoires.
Ses études, ses débuts de comédienne, sa solitude, sa souffrance suite à l'échec de sa relation amoureuse avec Ingmar Bergman et son échec hollywoodien au plus grand plaisir de ses admirateurs. Un peu décousu tout ça mais lire Liv Ullmann c'est un baume au cœur. 

Visionné, la première fois, en 1972 à la télévision à Québec
Mon 93ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider

09 juin 2008

92. Biberman : Le Sel de la terre

1001 films de Schneider : Salt of the Earth
Titre français : Le Sel de la terre

Au 2291ème rang de la liste de They Shoot Pictures...

Film américain réalisé en 1954 par Herbert J. Biberman
Avec Rosaura Revueltas, Will Geer, Juan Chacon

Premier et seul (?) film communiste de l'histoire des USA; film communiste dans le sens de "réalisé et produit par des personnes appartenant ou ayant appartenus au parti communiste des USA."
Le Sel de la terre est une réponse au House Committee on Un-American Activities (HCUA) qui avait fait emprisonner (de 6 mois à 1 an) avant de les bannir d'Hollywood dix membres ou sympathisants du parti communiste qui avaient refusé de collaborer aux enquêtes menées en 1947 par le comité sur les activités des membres du milieu cinématographique qui pouvaient mettre en péril la sécurité des USA.

Les dix d'Hollywood : Herbert Biberman, Alvah Bessie, Lester Cole, Edward Dmytrick (réalisateur d'une cinquantaine de films qui sera réhabilité après avoir décidé de collaborer avec la commission), Ring Lardner, John Howard Larson, Albert Maltz, Samuel Ornitz, Adrian Scott et Dalton Trumbo dont le film Johnny Got His Gun peut être considéré comme le plus sombre et le plus effrayant plaidoyer contre la guerre.

En 1947, manifestation du Comité du "premier amendement" contre le déroulement de l'enquête de l'HCUA. À la tête de la manif : Lauren Bacall et Humphrey Bogart.

The Salt of the Earth
Interdit aux USA jusqu'en 1965
Si vous détestez les films pesamment didactiques dans la lignée des films soviétiques à vocation révolutionnaire de la période stalinienne, il faut quand même voir ce film. Bizarre de formulation mais qui correspond à mon ambivalence face à ce film. Oublions le côté "solidarité mes frères et mes sœurs, ensemble nous vaincrons" qui relève plus de l'utopie du "grand soir" que de la réalité sociale dans laquelle se vit quotidiennement la lutte des classes. Zola, dans Germinal, près de 100 ans auparavant, avait déjà souligné les illusions de ce type de solidarité et surtout l'échec des masses face au Capital. Qui peut vraiment croire à la victoire finale des travailleurs de la mine dans le film de Biberman?

Par contre, grand film très à l'avant-garde sur la lutte des femmes pour obtenir l'égalité entre les sexes. Vingt ans avant les grands combats du féminisme, ce film pose les jalons de ces combats à venir. Je suis resté estomaqué par la justesse de l'analyse mais surtout par son avant-gardisme.
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Solidarity Forever : chant syndical créé en 1915 par Ralph Chaplin pour l'Industrial Workers of the World. Chant que j'ai retrouvé dans toutes les grèves (au moins une quinzaine) auxquelles j'ai participé. Chant tellement galvaudé qu'il en est devenu une source de moquerie.

Au début du film, on entend dans le village la sirène de la mine qui annonce qu'il y a eu un accident. Ça m'a rappelé mon enfance dans le quartier ouvrier de Limoilou à Québec, lorsqu'on entendait la sirène de la plus grosse entreprise, l'Anglo Pulp Company, appelant les secours ambulanciers mais aussi semant la panique parmi les gens de ma rue dont la plupart des hommes y travaillaient.

Lecture cinéphilique
Éric Neuhoff, La séance du mercredi à 14 heures
Un tout petit livre. Bien tassé, il ferait moins de 100 pages. Un cadeau pour cinéphile amoureux fou de cinéma mais aussi un peu compulsif. L'auteur s'amuse au "name droppings" à mon plus grand plaisir. Des tonnes d'anecdotes, des jugements à l'emporte-pièce et à l'emporte cœur, qui quelquefois me font sursauter. Exemple : "...qui aurait envie de se déplacer pour détailler les mollets de Juliette Binoche..." (méchant, non?). Mais aussi des phrases à la Truffaut, telle "Le problème fut longtemps de trouver autre choses à aimer dans la vie. Le cinéma est tellement mieux que tout le reste." (Éric Neuhoff a aussi écrit Lettre ouverte à François Truffaut, pour les inconditionnels de Frank Truff.) Deux belles pages qui commencent par "Mettons. François Truffaut n'est pas mort."

Mais, malheureusement, on n'y échappe pas. Quand un cinéphile parle ou écrit, il s'empêtre toujours les deux pieds dans la nostalgie et ça finit, immanquablement, par "Le cinéma que nous aimions était en train de mourir" ou bien "Bientôt, personne n'ira plus au cinéma, sauf les acteurs les soirs de première." Ils sont souvent comme ça : des passionnés qui roulent à 200 à l'heure, le regard dans le rétroviseur.

Visionné, la première fois, le 4 avril 1972 à la télévision à Québec
Montréal, capitale mondiale du terrorisme??? 

Dans l'actualité du jour : Deux bombes faisant un mort explosent à la mission commerciale cubaine à Montréal. Depuis 10 ans (1962), à Montréal : une douzaine de bombes faisant 5 morts et deux prises d'otages dont une avec mort d'homme (un ministre du gouvernement québécois). Front de Libération du Québec.
Mon 92ème film visionné de la liste des 1001 films de Schneider