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12 septembre 2022

276. Welles : Touch of Evil


La soif du Mal (on dirait un titre de Guy des Cars)

Film américain réalisé en 1958 par Orson Welles
Avec Charlton Heston (Vargas), Orson Welles, Janet Leigh, Dennis Weaver (fameux pour sa prestation dans Duel de Spielberg), Akim Tamiroff, Joseph Calleia, Marlene Dietrich, Zsa Zsa Gabor (courte séquence de danse). 

Oubliez l'intrigue emberlificotée. L'image : là réside un chef-d'œuvre historique.
Le film noir atteint son Walhalla. Tous les éléments du film noir sont exploités à leur extrême limite. Plus un film noir ne pourra résister à certains emprunts.

Un plan-séquence anthologique : la scène initiale. Un plan-séquence de 3,5 minutes tourné à l'aide d'une grue, en plongée puis au niveau du sol, qui suit le déroulement de 2 actions en parallèle : le couple vedette du film (le détective mexicain Vargas et son épouse) traversant la frontière et l'événement dramatique qui déclenche la chasse au coupable.

Intrigue : presqu'aussi incompréhensible que The Big Sleep (1946) d'Howard Hawks. Seulement, vers la fin, fait-elle du sens.

De quel côté de la frontière USA-Mexique sommes-nous ? Welles nous promène d'un côté et de l'autre continuellement. La frontière de cette époque était une véritable passoire. On est loin du mur d'Obama (eh oui, 160 km construit sous son administration) et de Trump (plus de 600 km).

Dialogue chouette... 

Quinlan (Orson Welles, sous 25 kilos de maquillage et de prosthétique) : Come on, read my future for me.

Tanya (Marlène Dietrich, tireuse de carte maquillée en mexicaine) : You haven't got any.

Quinlan: Hmm? What do you mean?

Tanya: Your future's all used up.

Hitchcock plagie Welles ?
Hitchcock reprend des éléments importants des séquences du motel de Touch of Evil pour les intégrer dans Psycho.
D'abord, le personnage féminin interprétée par Janet Leigh dans les deux films. On ne peut pas croire à une coïncidence.
Le personnage, s'installant, comme seule cliente, dans un motel sur une route peu fréquentée depuis la construction de l'autoroute.
Le gardien du motel, à l'instar d'Anthony Perkins dans Psycho, présente des comportements pour le moins inquiétants.
Attaque de la cliente dans sa chambre avec des conséquences, heureusement différentes, pour l'épouse de Vargas. Mais Janet Leigh ne perd rien pour attendre, Hitchcock y verra.


Oscars 1959.  Aucune nomination.  C'est ce qu'on appelle un lynchage idéologique.
Cahiers du Cinéma. Dans la liste des 10 meilleurs films de l'année 1958.

Visionné, la première fois, le 18 novembre 1989 à la télévision à Montréal.
Mon 276ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider.

Aujourd'hui (12 septembre 2022), mon premier millionième clics, pour ce que ça vaut!!

Mis à jour le 12 mai 2023

29 mars 2009

126. Welles : Citizen Kane



Film américain réalisé en 1941 par Orson Welles
Avec Orson Welles, Dorothy Comingore, Joseph Cotten, Everett Sloane, William Alland

D'abord, ceci :
Devant une telle œuvre, co-écrite, réalisée et jouée par un jeune homme de 25 ans, on reste pantois. Œuvre de génie.
En fait, le génie c'est le scénariste Herman J. Mankiewicz. À ce sujet, voir le film capital de David Fincher, Mank, réalisé par David Fincher.

Rosebud - probablement le mot le plus célèbre de l'histoire du cinéma - avec sûrement une dizaine d'autres que j'oublie, lesquels? Le dernier mot prononcé par Charles Foster Kane juste avant de mourir sera l'objet de l'histoire du film. Un journaliste partira à la recherche de la signification de ce mot en interviewant toutes les personnes significatives dans la vie de Kane.

La réponse, à la fin du film, dans la fournaise où brûle les milliers d'objets inutiles et sans valeur économique de la vie de Kane - une luge, dont la marque de commerce est "rosebud". Tout l'abîme émotionnel de Kane dans ce symbole : la luge avec laquelle il jouait le jour où sa mère (et son père, accessoirement) va l'abandonner définitivement en le remettant entre les mains d'un tuteur "bancaire". Toute sa vie à combler le trou laissé par cette blessure narcissique.

Mais parle-t-on de Kane ou de Welles? On a trop vu Hearst sous Kane, alors qu'il faudrait y chercher aussi Welles.

Autre signification plus prosaïque, en fait plus poétique, de Rosebud. C'est un secret intime extirpé de la vie privée de William Randolph Hearst. C'est le nom qu'il donnait au clitoris de sa maîtresse Marion Davies, par ailleurs actrice à Hollywood. On peut imaginer la colère herculéenne qu'a dû subir Welles - en fait presque fin de carrière pour monsieur Welles qui ne s'en ai jamais remis financièrement.

Recherchez ce type d'images, construite spécialement pour ce film par l'opérateur Greg Toland. Elle foisonne dans le film. Tout le champ au foyer. Aurait mérité tous les oscars pour la cinématographie pour toute la décennie 1940.


Si vous avez déjà vu Citizen Kane et avant de le revoir pour une énième fois, je vous conseille de visionner un documentaire tiré de l'émission de la télévision publique américaine, The American Experience, The Battle Over Citizen Kane. On retrouve ce document dans les suppléments de ce dvd double (Zone 1)


Un documentaire de 2 heures, en anglais et sous-titré en anglais, retrace, en montage parallèle, les carrières de William Randolph Hearst (une part importante du personnage de Kane) et de Orson Welles. L'hypothèse des auteurs, audacieuse, est de faire ressortir les similitudes entre les deux hommes : génie de la communication et de la manipulation, mégalomanie, des carrières qui atteignent rapidement leur sommet pour s'écraser dans un long decrescendo vers une fin détestable.

À l'été 2004, durant un long périple en voiture à travers les USA, de Montréal à Los Angeles en passant par les grands parcs nationaux américains (17 000 kilomètres en 6 semaines), j'ai visité le fameux château construit à San Simeon le long de la Highway One, la plus belle route de Californie, par le grand magnat de la presse américaine de la 1ère moitié du 20ème siècle, Willam Randolph Hearst, sujet du film de Orson Welles. C'était une façon de prendre la mesure de la mégalomanie de cet américain qui réussit à rassembler sur sa personne tout ce qu'on déteste le plus des grands capitalistes omnipotents. Il a créé le 4ème pouvoir : contrôle de la presse donc contrôle et manipulation de l'opinion publique. Mais le pouvoir politique lui échappa : battu à tous les paliers de gouvernement. Le pire n'est pas toujours sûr.

Le plus célèbre duo de critiques de cinéma américain, Gene Siskel et Roger Ebert, critiquent Citizen Kane . Sur le site At the Movies, on peut avoir accès à plus de 5000 critiques de film extraits de leur célèbre émission qui a eu différents animateurs après le décès de Siskel en 1999.

Oscars 1942 : Scénario à Herman J. Mankiewicz. C'est tout ? Hearst veillait à la déconfiture de Welles.

Visionné, la première fois, le 14 avril 1976 à la télévision à Montréal
Mon 126ème film visionné des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 4 février 2023

01 mars 2009

122. Welles : The Lady from Shanghai


La Femme de Shanghai

Film américain réalisé en 1947 par Orson Welles
Avec Rita Hayworth, Orson Welles, Everett Sloane, Glenn Anders

L'histoire ? Mais on s'en fout.
Elle est complètement tordue. Un vrai labyrinthe. De retournement en retournement, on ne s'y retrouve plus. On jette la serviette, carrément. J'ai même l'impression que Welles, lui-même, à un certain moment, y perd tout intérêt.

À classer avec The Big Sleep de Howard Hawks, dans la catégorie des films noirs au scénario complexe, à la limite de l'entendement. Dans The Big Sleep, même le scénariste ne pouvait expliquer au réalisateur où était passé un tel personnage à la fin du film, alors vous imaginez les pauvres spectateurs. Mais, en fait, ces derniers n'en avaient rien à faire de l'intrigue parce que ce qui les avaient attirés vers ce film c'était le couple vedette de l'heure, Humphrey Bogart et Lauren Bacall.

Moi, je vous suggère, lorsque vous visionnerez ce film de ne pas trop prêter attention au déroulement de l'intrigue, sans intérêt de toute manière, et de concentrer votre attention sur les aspects qu'on néglige habituellement dans ce type de film : le regard des personnages, la photographie (cadrage et raccords), les lieux de l'action, les éléments qui parasitent l'histoire (par exemple, lors du procès, éternuements, ricanements, etc.).

Le film noir : genre cinématographique
Une expression née en 1946 dans un article du critique français Nino Frank dans lequel il regroupe sous cette appellation cinq films qui viennent de sortir sur les écrans parisiens après la Libération - The Maltese Falcon (1941), Murder, My Sweet (1944), Double Indemnity (1944), Laura (1944) et The Lost Weekend (1945). C'est ainsi qu'il qualifie ce nouveau type de film policier.

Les éléments constituants du film noir : scénario complexe dont la fin est obligatoirement tragique; une femme fatale (habituellement blonde et "gorgeous") qui manipule tout le monde; un bon gars (le détective), un tas de méchants (les arnaqueurs, les avocats, etc); tout ça baigne dans la corruption, le chantage; une esthétique particulière : beaucoup de scènes de nuit dans des environnements urbains glauques, des noirs et blancs fortement contrastés, des angles de prises de vue bizarres, des ombres qui vous terrorisent.

Welles fait prendre l'air au film noir. The Lady of Shanghai a tous les attributs du film noir sauf pour l'environnement. À l'exception de la première séquence dans Central Park la nuit et la fin du film dans l'univers claustrophobique de la salle des miroirs (une des séquences les plus mémorables de l'histoire du cinéma, juste après la douche dans Psycho de Hitchcock), presque toute l'histoire se déroule en plein air.

Alors beaucoup d'extérieurs
1. Rita Hayworth se faisant bronzer, étendue, sur des rochers. Pas film noir, du tout.
2. Les falaises d'Acapulco vues en plongée. On est loin des bas-fonds de New York.
Et cette séquence à couper le souffle lorsqu'un personnage, en pleine dépression, après avoir évoqué la fin prochaine du monde à cause de la prolifération de l'armement nucléaire, nous donne l'impression de sauter en bas de la falaise. Tout surpris de voir réapparaître le type en question dans une séquence ultérieure, il faut retourner en arrière pour voir la subtilité du jeu de la caméra qui nous a induit en erreur.
3. La partouze sur la plage mexicaine.
4. Les fameuses rues en pente de San Francisco. Dans un flash-forward de notre cru, on peut presque voir Sharon Stone, dévalant les rues de Frisco dans Basic Instinct.

Sujet à développer :
Michael O'Hara, le personnage joué par Orson Welles : "You can't escape it or fight it. Get along with it." Synthétiser en une phrase, la théorie de Henri Laborit : quand on ne peut s'échapper d'une situation insoutenable ou la combattre efficacement, l'anxiété devient reine. Belle illustration de cette théorie dans le film d'Alain Resnais, Mon oncle d'Amérique

Visionné, la première fois, le 14 mars 1976 à la télévision à Montréal
Visionné le même jour, au cinéma Outremont, le film de Claude Jutra, Pour le meilleur et pour le pire. Claude Jutra, un des cinq cinéastes au panthéon du cinéma québécois, avec Pierre Perreault, Jean-Pierre Lefevre, Denys Arcand; le 5ème vous appartient.
Mon 122ème film visionné des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 1er février 2023

05 décembre 2007

61. Welles : Falstaff




Film espagnol réalisé en 1965 par Orson Welles 
Avec Orson Welles, Keith Baxter, Jeanne Moreau, Margaret Rutherford, John Gielgud, Marina Vlady, Norkman Rodway, Walter Chiari, Michael Aldridge, Alan Webb et Beatrice Welles (10 ans) la fille d'Orson Welles.

J'ai écouté ce film en version originale anglaise avec sous-titres en anglais. Je lis parfaitement l'anglais mais je comprends l'anglais shakespearien. En fait je n'ai rien compris aux dialogues de ce film très théâtral si l'on excepte les scènes de bataille, parmi les plus sombres qu'il m'ait été donné de voir.

Déjà, les pièces de Shakespeare en français au cinéma m'amène dans mes dernières extrémités au niveau de la compréhension du texte, alors, imaginez mon désarroi devant cette mixture de Henry IV, Henry V, Richard III et les Joyeuses Commères de Windsor réunis dans ce Falstaff.

En 1939, Welles avait écrit Five Kings, une pièce de théâtre dans laquelle apparaissait cette histoire de John Falstaff, personnage créé par Shakespeare. C'est à partir de cette pièce qu'il a construit le scénario du film.

Histoire d'amour improbable entre un homme de 50 ans, bouffon, gourmand, menteur et le jeune prince de Galles qui à son investiture en tant qu'Henry V, le rejettera.


Cannes 1966. Prix du 20ème anniversaire et Grand prix technique.

Visionné, la première fois, le 2 octobre 1969 au théâtre L'Estoc à Québec


Mon 61ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 19 janvier 2023