29 juin 2007

43. Bresson : Au hasard Balthazar


1001 films de Schneider : Au hasard Balthazar

Au 34ème rang de la liste des films de They Shoot Pictures...



Film français réalisé en 1966 par Robert Bresson 
Avec Anne Wiazemsky, François Lafarge, Philippe Asselin, Nathalie Joyaut.

Comme d'habitude, tous les acteurs du film de Bresson sont des non-professionnels et sont à leur première présence à l'écran. De plus, pendant toute la durée du tournage, les interprètes n'ont pas accès aux rushes afin d'éviter toute corruption de leur prestation.

Bresson s'oppose à l'emploi de comédiens professionnels parce qu'il veut éviter de faire du théâtre filmé. Il croit que ses interprètes sont plus proches de la vie que des comédiens professionnels qui ont appris à imiter la vie. En ce sens, l'âne est finalement le meilleur interprète.

À charge pour le spectateur de s'habituer aux répliques froides et automatiques de ses interprètes. Ce théâtre déclamé est insupportable. On a l'impression d'assister au spectacle de fin d'année d'une troupe d'étudiants. Mais, progressivement, on se laisse prendre par cette interprétation brutale. La magie opère et Bresson nous fait oublier qu'il y a une caméra et des techniciens. Nous sommes de plein pied dans la vie des personnages.

Au hasard Balthazar, c'est l'histoire, en parallèle, de deux destinées marquées par la méchanceté du monde : Marie (Anne Wiazemsky) et Balthazar (l'âne).

Godard qui, la plupart du temps, me tombe royalement sur les nerfs quand il est interviewé, touche au cœur du film lorsqu'il dit qu'Au hasard Balthazar, c'est tout le mal du monde ressenti avec une douceur évangélique à travers l'âne Balthazar.

Moment de sainteté : l'échange de regards entre Balthazar et des animaux de cirque en cage, un tigre, un ours blanc et un chimpanzé.

Anne Wiazemsky : Contrairement aux autres interprètes qui n'auront pas de carrière cinématographique, Anne Wiazemsky tournera dans 43 autres films. Une performance inoubliable dans La Chinoise de Jean-Luc Godard. Elle arrêtera sa carrière de comédienne en 1988 pour se dédier à l'écriture. Petite-fille de François Mauriac, elle écrira 7 romans à partir de 1989.

Critique : Cahiers du Cinéma. Septembre 1966. Numéro 182. '' Mon Dieu, me quitterez-vous '' par René Gilson.
Les 300 premiers numéros des Cahiers du Cinéma sur Archive.org

Venise 1966. Quatre prix à Robert Bresson mais pas le Lion d'or
Cahiers du Cinéma : Dans la liste des 10 meilleurs films de l'année 1966

Visionné, la première fois, au cinéma à Québec en 1969
Mon 43ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 15 janvier 2023

18 juin 2007

42. Ford : The Quiet Man

1001 films de Schneider : The Quiet Man
Titre français : L'Homme tranquille

Au 222ème rang de la liste des films de They Shoot Pictures...



Film américain réalisé en 1952 par John Ford
Avec John Wayne, Maureen O'Hara, Barry Fitzgerald, Ward Bond et Victor McLaglen

Il n'est pas nécessaire d'avoir suivi le cours Féminisme 101 pour hurler à la manière dont le puissant et réfléchi Sean Thorton (John Wayne) traite l'insensée Mary Kate Danaher (Maureen O'Hara). On y retrouve le classique Non qui veut dire Oui de la femme qui ignore ses vrais désirs et la force brutale du mâle qui traîne (au sens propre) sa femelle jusque dans sa tanière.

Les paysages irlandais sont un délice. Mais pourquoi fallait-il donc les entrecoupés de scènes tournées dans des décors d'un kitsch désolant.

Notez le nombre de fois que John Wayne jette sa cigarette à peine entamée dans ses moments d'intenses réflexions. C'est le signal de l'arrivée d'une idée dans ce grand désert qui lui sert de cerveau.

Une pièce du dialogue :"He'll regret it till his dying day, if ever he lives that long."
De l'authentique Yogi Berra avant son ère.

Critique : Cahiers du Cinéma. Octobre 1952. Numéro 16. Par Lo Duca. Novembre 1952. Numéro 17. Paix et tradition par Jacques Doniol-Valcroze.
Les 300 premiers numéros des Cahiers du Cinéma sur Archive.org

Oscars 1953. Deux statuettes : Réalisation et caméra.
Venise 1953. Trois prix à John Ford

Visionné, la première fois, en 1969 à la télévision, à Québec
Mon 42ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 14 janvier 2023

13 juin 2007

41. Murnau : Le Dernier des hommes


1001 films de Schneider : Der Letzte Mann
Titre français : Le Dernier des hommes
Titre anglais qui n'a rien à voir : The Last Laugh

Au 177ème rang de la liste des films de  They Shoot Pictures...



Film allemand réalisé en 1924 par Friedrich Wilhelm Murnau
Avec Emil Jannings, Maly Delschaft et Max Hiller.

Les 75 premières minutes sont un pur chef-d'œuvre de cinématographie.

Un scénario banal, voire simpliste : le portier d'un grand hôtel est rétrogradé au rang de monsieur-pipi à cause de l'arrivée à grand pas de sa retraite.

Ce qui donne tant d'ampleur à ce scénario, c'est le traitement fait par la caméra de Karl Freund : inventive et dynamique. Lors de la scène initiale, on assiste à une première historique au sujet du maniement de la caméra. Jusqu'alors, la caméra était statique, au mieux, on l'utilisait pour faire des travellings. Mais, ici, Freund se débarrasse du trépied et attache la caméra à sa poitrine et circule dans le lobby de l'hôtel.

Emil Jannings est considéré comme le plus grand acteur du cinéma muet allemand. Mais après avoir vu sa prestation ridicule d'amoureux transi et jaloux dans L'Ange bleue de Josef von Sternberg avec Marlene Dietrich, je me suis mis à le détester. 

J'ai toujours l'impression qu'il surjoue. Il exagère outrageusement ses expressions faciales en plus de se délecter dans ses pitreries. Ce n'est pas sa prestation dans Le dernier des hommes qui me fera changer d'idée quoiqu'il en fait moins que dans le film de Sternberg. 

Ce grand acteur ne réussira pas sa carrière américaine à cause de l'arrivée du "parlant", son accent allemand étant insupportable pour les producteurs. Il retournera en Allemagne pour terminer sa carrière dans la disgrâce après avoir appuyé le régime nazi : un remake live du film de Le dernier des hommes. Finalement, comme son personnage, Jannings termine sa vie dans les toilettes de l'histoire.

Dans toutes les critiques, on souligne toujours l'exploit du réalisateur qui a su faire un film sans aucun intertitre. Pourtant, ce qui est le plus étonnant, c'est le happy-end ajouté à la fin du film qui en fait une comédie burlesque. Cet happy-end ajouté à la demande des producteurs allemands est une des plus grosses énormités de l'histoire du cinéma. En fait, on ne devrait jamais parler de happy-end hollywoodien mais, plutôt, de happy-end allemand.

Cette entreprise d'édulcoration du film ne s'arrêtera pas à la modification de la fin. On changera aussi le titre afin de le rendre plus conforme à cette nouvelle version, d'où le titre anglais The Last Laugh.

Voici le seul intertitre du film qui apparaît à la 76ème minute :
"Here our story should really end, for in actual life the forlorn old man
would have little to look forward to but death.
The author took pity on him, however, and provided quite an improbable epilogue."
En souvenir de Romi Schneider, décédée il y a 25 ans, le 29 mai.
En 1955, le réalisateur allemand Harald Braun a fait un remake du film de Murnau qui s'intitule également Der Letzte Mann dans lequel, Romi Schneider, peu connue, fait une apparition. 

Romi Schneider à 16 ans

Visionné, la première fois, au cinéma, en novembre 1968 au Collège des Jésuites de Québec
Mon 41ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 14 janvier 2023

07 juin 2007

40. Kazan : Splendor in the Grass

1001 films de Schneider : Splendor in the Grass
Titre français : La Fièvre dans le sang

Au 464ème rang de la liste des films de They Shoot Pictures...




Film américain réalisé en 1961 par Elia Kazan
Avec Natalie Wood, Warren Beatty, Pat Hingle, Audrey Christie et Barbara Loden

Le titre du film et son message proviennent du poème Ode on Intimations of Immortality de William Wordsworth (1770-1850) :
"Though nothing can bring back the hour
Of splendour in the grass, of glory in the flower;
We will grieve not, rather find
Strength in what remains behind; "
Ce qui peut être résumé par cette partie du dialogue entre Bud (Warren Beatty) et Deanie (Natalie Wood) qui signe la conclusion du film.
Deanie : "Like you, Bud, I don't think too much about happiness"
Bud : "You gotta take what comes"

Une fin à la Casablanca.

Cette fin mérite à elle seule de voir cette histoire un peu banale d'un jeune couple dont l'amour est brisé par les forces conservatrices de cette société rurale du Kansas des années 1930.

Pauvre Natalie-pas-d'chance : Dans les deux films qu'elle tourne en 1961, elle perd ses deux amants. Dans ce film, son amoureux s'est marié avec une serveuse de pizza (déjà introduite en banlieue de New York en 1929 (la pizza pas la serveuse), alors qu'elle n'arrivera à Québec que dans les années 1960) pendant qu'elle était en cure psychiatrique alors que dans West Side Story, son Tony meurt dans ses bras, assassiné. Ce fut une année difficile pour les happy-ends hollywoodiens.

Toujours Natalie-pas-d'chance : Dans Splendor in the Grass, le personnage de Deanie tente de se suicider en se jetant dans un lac. On se souvient que l'actrice mourra noyée le 29 novembre 1981 en tombant de son yacht, The Splendour, en référence au film de Kazan. Elle avait 43 ans.

Natalie Wood, de son vrai nom, Natalia Nikolaevna Zakharenko, était la fille d'émigrants russes.

J'ai vu ce film, pour la première fois, dans le cadre des activités d'une session de formation à l'étude du langage cinématographie dirigée par Léo Bonneville, le fondateur de la revue Séquences, la plus ancienne revue de cinéma du Québec. Léo Bonneville vient de décéder (24 juin 2007) à l'âge de 85 ans.

Assistant directeur : Ulu Grosbard, réalisateur de Falling in Love (1984) improbable histoire d'amour entre Robert De Niro et Meryl Streep.

Premier rôle au cinéma de Warren Beatty

Critique : Cahiers du Cinéma. Juin 1962. Numéro 132. L'Art du présent par Jacques Rivette.
Les 300 premiers numéros des Cahiers du Cinéma sur Archive.org

Oscars 1962. Meilleur scénario

Visionné, la première fois, en novembre 1968 au Collège des Jésuites de Québec
Mon 40ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 14 janvier 2023

01 juin 2007

39. Godard : Deux ou trois choses que je sais d'elle

1001 films de Schneider : Deux ou trois choses que je sais d'elle

Au 250ème rang de la liste des films de They Shoot Pictures...



Film français réalisé en 1967 par Jean-Luc Godard
Avec Marina Vlady, Roger Montsoret, Anny Duperey

Comme la plupart des films que Godard tournait à cette époque, Deux ou trois choses que je sais d'elle est un film documentaire.

Un documentaire sur Paris, mais aussi sur l'exploitation de la classe ouvrière qui, pour joindre les deux bouts, incite la ménagère à la prostitution. Sujet déjà traité dans Vivre sa vie. 

Comme dans la plupart des films de Godard, on y retrouve une logorrhée d'affiches, de slogans, de mots d'auteur, d'intertitres qui agacent infiniment le spectateur. On y retrouve également les méchants habituels : le capitalisme avilissant, les impérialistes américains au Vietnam, les bourgeois des grands quartiers (les totalitarismes communistes? ben non!). On reste pantois, aujourd'hui, devant ce type d'analyse qui relève plus de la caricature ou du slogan de manifestation que d'une plongée au cœur de la réalité sociologique et politique de cette société.

Le "elle" du titre, c'est Paris. Paris qu'on défigure pour y passer des voies rapides, le Paris des barres résidentielles de banlieue (exemple d'une barre à Lille qui sera bientôt démolie) où iront s'entasser les nouveaux immigrants ainsi que les classes pauvres expulsées du vieux-Paris par la spéculation foncière.

On dit que Godard a tourné ce film en même temps que Made in USA; l'un le matin, l'autre l'après-midi, tous les deux largement improvisés. Pas étonnant que la plupart de ses films de cette époque nous apparaissent comme un immense collage de plans et de séquences jeté en pâture aux spectateurs et surtout aux pauvres critiques qui s'épuiseront à la tâche de donner un sens à tout ça.

On est loin du cinéma de Truffaut ou de celui de Bergman qui, tous les deux, détestaient royalement Godard. Alors, si l'on connaît ma dévotion pour ces deux cinéastes, vous connaissez mes sentiments pour Godard.

Critique : Cahiers du Cinéma. Janvier 1967. Numéro 184. Notes sur Deux ou trois choses que je sais d'elle par Jean Narboni. Mai 1967. Numéro 190. Chemin principal et chemins latéraux par Sylvain Godet.
Les 300 premiers numéros des Cahiers du Cinéma sur Archive.org

Cahiers du Cinéma : Dans la liste des 10 meilleurs films de l'année 1967

Visionné, la première fois, en octobre 1968 au cinéma Empire à Québec
Mon 39ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 14 janvier 2023