26 janvier 2009

117. Vigo : Zéro de conduite

1001 films de Schneider : Zéro de conduite

Dans la liste des 1000 meilleurs films selon They Shoot Pictures...
238ème rang

Films français réalisé en 1933 par Jean Vigo
Avec Jean Dasté, (carrière sur 7 décennies) Gérard de Bédarieux (un seul film), Gilbert Pruchon (un seul film ), Louis Lefèvre (deux films)

"les enfants s'enfuient sur les toits, vers les cieux sereins, garants d'une nouvelle liberté."

Film interdit de projection publique en France pendant 12 ans, jusqu'à la Libération en 1945.

Vigo, c'était le grand péril pour l'ordre bourgeois.
Dans ce film, les figures de l'autorité passent à la casserole : des surveillants de collège au préfet, en passant par les professeurs, le principal et le curé.

Il est vrai que son père, dont le pseudonyme Miguel Almeyreda, anagramme de "y a la merde", fut incarcéré pendant la Grande guerre à cause de ses idées anarchistes. Ça la foutait mal pour la progéniture aux yeux des autorités. Alors, avec Zéro de conduite, grande tarte à la crème au visage des institutions républicaines, il était certain que Vigo serait immédiatement mis au pilori par l'ordre établi.

En tout et pour tout, Vigo, décédé à 29 ans, n'a réalisé que 165 minutes de cinéma : seulement deux œuvres de fiction et un seul long métrage, L'Atalante. Pourtant, Vigo est devenu une majestueuse icône de la cinématographie française en plus de tracer la voie à tous ceux qui allaient aborder l'univers concentrationnaire des pensionnats scolaires.

Deux exemples : Dans le film de Truffaut, Les 400 coups, un clin d'œil à Vigo, dans la séquence où les élèves, qui suivent leur professeur qui les guide dans les rues du quartier, progressivement l'abandonne et prennent la clé des champs.

Dans le film de Lindsay Anderson, If, la conclusion du film, dans laquelle des étudiants se réfugient sur le toit de l'école et canarde la troupe des dignitaires de la ville réunie pour célébrer la fin de l'année scolaire, est un vrai plagiat de la conclusion de Zéro de conduite.

Caméraman : Boris Kaufman.
Il commence sa carrière avec Vigo dont il tourne tous les films.
Récipiendaire d'un oscar pour On the Waterfront.
Frère de Dziga Vertov, pseudonyme de Denis Kaufman.

En préparation (ce qui n'a rien à voir avec ce blog) : trekking dans les Alpes italo-suisse. Le tour du mont Cervin : 180 kilomètres de randonnée avec trois cols au-delà de 3000 mètres.

Visionné, la première fois, en 1975 à la télévision à Montréal
Mon 117ème film visionné des 1001 films du livre de Schneider

20 janvier 2009

116. Schaffner : Papillon

1001 films de Schneider : Papillon

Au 3467ème rang selon la liste They Shoot Pictures...

Film américain réalisé en 1973 par Franklin J. Schaffner
Avec Steve McQueen et Dustin Hoffman

Que de belles choses dans ce film :
Une histoire d'amitié, d'amour? (entre deux hommes (Papillon et Dega) qui se développe sur une période de 14 ans.
Une superbe balade en voilier dans une des plus belles mers du monde (les Caraïbes)
Des lépreux avec le cœur sur la main-à-prendre-avec-des-pincettes.
Une île tropicale (l'île du Diable) à la végétation luxuriante comme prison.
Bon, d'accord, quelques gardiens de prison assez chiants viennent régulièrement ruiner le party mais ils sont les entubés de l'affaire. À la fin, Papillon s'échappe et Dega coule des jours heureux dans sa maison au cœur d'un des plus beaux paysages maritimes qui soient.

J'aime bien cette phrase de Roger Ebert qui résume mon point de vue sur ce film : "When Steve McQueen finally escapes from Devil's Island we're happy more for ourselves than for him : Finally we can leave, too." Il est vrai qu'il est tentant, quelquefois, aux dépends de l'objectivité, de céder aux fleurs de la rhétorique; le grand spécialiste en la matière étant le réputé chroniqueur du quotidien La Presse, Pierre Foglia. On n'est pas toujours d'accord avec ce qu'il affirme mais on (disons, je) s'amuse toujours de la façon péremptoire dont il le dit.

Le roman Papillon de Henri Charrière est la source à partir de laquelle Dalton Trumbo et Lorenzo Semple Jr. ont élaboré le scénario du film.
Henri "Papillon" Charrière fut expédié au pénitencier de St-Laurent en Guyane française en 1931. Après plusieurs tentatives, il réussit à s'en évader en 1941.
Mais, dès la sortie du livre en 1969, l'aspect autobiographique a été contesté. Le véritable Papillon s'appellerait Charles Brunier, né le 31 mai 1901 (décédé en 2007 à l'âge de 105 ans!). Henri Charrière aurait amalgamé dans son roman plusieurs épisodes d'évasion de différents prisonniers dont les siennes mais le personnage principal serait ce Charles Brunier.


Hutte de Alfred Dreyfus à l'île du Diable. Il y séjournera de 1895 à 1899

Ayez une pensée pour Dalton Trumbo, un des dix d'Hollywood, qui fut banni du cinéma pendant 13 ans suite à son refus de témoigner "correctement" à la House Committee on Un-American Activities. À la première occasion, visionnez le seul film qu'il réalisa, Johnny Got His Gun, le film le plus anti-guerre qu'il m'ait été donné de voir (frissons garantis).

Lecture cinéphilique en cours
Godard et la société française des années 1960 par Jean-Pierre Esquenazi.
Livre "savant" qui aborde les 15 films que Godard a tourné entre 1959 (À bout de souffle) et 1968 (Week-end) à partir d'une grille d'analyse à 4 entrées :
1. L'espace social dans lequel évolue l'auteur de films
2. Les ressources disponibles pour la production du film
3. Le dessein du cinéaste, son projet.
4. L'interprétation du film par les différents publics : critiques et spectateurs.
Les habitués de ce blog doivent se demander ce qui me prend tout à coup de m'intéresser à Godard, lui que j'ai toujours aimé détester.

Premièrement, peut-être pour me conformer à l'adage qu'un de mes amis répétaient souvent : "What you hate is what you need" (Je cherche toujours cet adage. Si vous le trouvez, faites-moi signe).
Deuxièmement, les années 60 c'est la plus formidable décennie du 20ème siècle en plus d'être celle de mes 20 ans.

Troisièmement, par le premier chapitre qui me séduit par sa critique de l'idéologie anti-américaine de l'intelligentsia française qui ronronne depuis 80 ans. On pense souvent que cet anti-américanisme est apparu à l'époque de la guerre froide mais, déjà, en 1931, un des plus grands philosophes français de ce siècle, Robert Aron, publiait, Le Cancer Américain.

Évaluation IMDB : 8,0 sur 10 par 22 932 votants.
Visionné, la première fois, en 1975 au cinéma à Montréal
Mon 116ème film visionné des 1001 films du livre de Schneider

15 janvier 2009

115. Lang : M

1001 films de Schneider : M
Titre français : M le maudit

Dans la liste des 1000 meilleurs films selon They Shoot Pictures...
56ème rang

Film allemand réalisé en 1931 par Fritz Lang
Avec Peter Lorre, Otto Wernicke, Theodor Loos

En vrac
M = mörder = meurtrier
Seule musique du film : un extrait de Peer Gynt (Dans l'antre du roi de la montagne) de Edvard Grieg sifflé par le meurtrier (en fait, par Fritz Lang lui-même)
Peter Lorre : à partir de ce film, à jamais associé à la marginalité, à la psychopathologie.
Plan inusité, incongru, très surprenant: à partir du dessous de son bureau, une vue en contre-plongée de l'entre-jambe du commissaire !!!


Visionné, la première fois, en 1975 à l'hôpital psychiatrique Mastaï à Québec
Ça ne s'invente pas.
Non, je n'étais pas patient, ça viendra peut-être, plus tard, comme me dit ma conjointe, vue la quantité industrielle de films que je visionne depuis que j'ai commencé ce blog, il y a deux ans.
En fait, seulement 475 films, l'année dernière, même pas 1000 heures de cinéma en une année, y a pas de quoi péter les plombs. Si?
Mon 115ème film visionné des 1001 films du livre de Schneider

07 janvier 2009

114. Demy : Les Demoiselles de Rochefort

1001 films de Schneider : Les Demoiselles de Rochefort

Dans la liste des 1000 meilleurs films selon They Shoot Pictures...
372ème rang

Film français réalisé en 1966 par Jacques Demy
Avec Catherine Deneuve, Françoise Dorléac, George Chakiris, Jacques Perrin, Michel Piccoli, Gene Kelly, Danielle Darrieux

Affiche du film : belle application du concept wysiwyg (what you see is what you get).
Des couleurs "coco de Pâques", des chanteuses, des danseurs, de la bonne humeur, une blonde, une brune, un Demy avec ça?
Une comédie musicale française à son meilleur.
Demy joue la carte du bonheur à tout prix.
Une comédie musicale à son meilleur? Pas sûr.
C'est dommage, mais quand je vois George Chakiris danser dans les Demoiselles, je ne peux pas m'empêcher de penser à West Side Story et là, ça dérape. J'ai le goût de changer de galette et de me replonger dans ma comédie musicale préférée.
Constat : Musique et danse des Demoiselles sont un cran ou deux plus bas que celles de West Side Story.

Bon, vite, pour me réconcilier avec beaucoup de spécialistes du cinéma (quand même au 80ème rang de mon classement des 1000 meilleurs films de tous les temps, ce qui ne veut pas dire qu'il se situerait à ce rang quand je ferai ma sélection des 1000 films préférés). Allons voir ce qu'en dit mon critique préféré des années 60-70, Jean-Louis Bory. Un vrai feu d'artifice que cette critique, intitulée Tutti frutti (clin d'œil à Little Richard), paru dans le Nouvel Observateur du 8 mars 1967. Courez aux archives de votre bibliothèque préférée et régalez-vous ; bon, je sais y a plus rigolo qu'un sous-sol empoussiéré d'une bibliothèque.

Un extrait pour se faire plaisir :
"Rochefort! C'est à ne pas croire. Je connaissais un peu Rochefort avant ce cyclone de ripolin et je ne voudrais faire à quiconque nulle peine, même légère, mais enfin Rochefort, oui, bon, je veux bien, je connais plus joli même en Beauce. Or merveilles! ô saisons ô châteaux! La baguette de Merlin l'Enchanteur est passée par là ; Rochefort, c'est le palais de Dame Tartine où l'on navigue entre un sorbet à la fraise et une cassate napolitaine."

En gros, Bory aime bien à cause de cette bouffée de joie que ce film apporte dans un monde en perdition. (En fait, le monde est toujours en perdition, et çà, depuis des lustres; demandez à votre dinosaure favori.). Mais comme la majorité des critiques, il souligne la faiblesse de la chorégraphie de Norma Maen (une pâle imitation de celle de Jerome Robbins dans West Side Story) ainsi que la monotonie générale des chansons.

Projet initial : Brigitte Bardot et Audrey Hepburn avaient été approchées pour jouer les rôles interprétés par les presque-jumelles Dorléac (un an les sépare). Merci Audrey Hepburn d'avoir refusé ce rôle nous permettant ainsi de voir, une dernière fois à l'écran, la pétillante François Dorléac qui allait mourir dans un accident d'auto le 26 juin 1967 au début de ce qu'on a appelé le Summer of Love que Les demoiselles de Rochefort annonçait si bien.

Cinéphilie
Reçu en cadeau : The Ingmar Bergman Archives
La totale. Sept kilogrammes de Bergman : un festin pour les fans finis de Bergman.



Visionné, la première fois, en 1975 au cinéma à Montréal
Borne biographique. En août de cette année, début de ma carrière d'enseignant en Géographie dans un collège (équivalent Classes terminales dans le système français) de Montréal.
Mon 114ème film visionné des 1001 films du livre de Schneider

04 janvier 2009

113. Pontecorvo : La Bataille d'Alger

1001 films de Schneider : La Battaglia di Algeri
Titre français : La Bataille d'Alger

Dans la liste des 1000 meilleurs films selon They Shoot Pictures...
75ème rang

Film italo-algérien réalisé en 1965 par Gillo Pontecorvo
Avec Brahim Hadjadj, Jean Martin, Yacef Saâdi (rédacteur du récit à l'origine du film), Sarnia Kerbash

C'était le temps des certitudes pour les progressistes de ce monde.
D'un côté, un pays colonisateur, la France, qui n'hésite pas à se mettre à l'école nazie pour étouffer toute velléité d'indépendance politique.
D'un autre côté, un peuple dominé et exploité depuis plus d'un siècle, les Musulmans Algérie, qui essaie, avec des moyens restreints mais qui annoncent des décennies d'horreur, d'atteindre20 la libération politique. Alors, le choix était simple si on n'était pas Français. Vive l'Algérie. Mort aux colonialistes.

Quand j'ai vu ce film, la première fois, 10 années après sa réalisation, les choses étaient encore simples ; les Américains remplaçant les anciens colonialistes européens dans le rôle du méchant. Puis, au cours des décennies suivantes, les certitudes allaient se liquéfier surtout avec la découverte des catastrophes humanitaires de tous ces régimes qui nous promettaient des "lendemains qui chantent".

Lorsque j'ai vu La bataille d'Alger, je connaissais peu de choses de la guerre d'Algérie; alors vous dire le choc reçu lors du visionnement de ce film. S'ensuivit un appétit insatiable pour tout ce qui concernait l'Algérie. Je me suis jeté sur l'œuvre d'Yves Courrière, La guerre d'Algérie (4 tomes en livre de poche) que j'ai dévoré en quelques semaines. (On peut voir sur You Tube un documentaire de Yves Courrière intitulé La guerre d'Algérie). Puis, un projet de voyage en Algérie prit forme.

Pendant l'été 1977, avec ma conjointe, nous sommes partis pour Paris où nous avons loué une voiture puis, après avoir traversé la France, l'Espagne et le nord marocain (le superbe Rif) nous avons parcouru tout le nord de l'Algérie pendant deux semaines (limite du visa) : peu de touristes, un accueil sympathique, le Sahara, l'Aurès (découverte du chanteur Idir, inoubliable A Vava Inouva, sur les bords d'un oued), la Kabylie, Oran, la Casbah d'Alger, visitée avec un moudjahidine à la retraite.

Le film : la guérilla urbaine, mode d'emploi.
Utilisé à titre de formation politique par des groupes aussi divers que les Black Panthers, l'IRA irlandaise, la bande à Baader et même le Pentagone. Ce dernier organisa une projection pour son Directorate for Special Operations le 27 août 2003.
Un document accompagnant cette projection se lisait comme suit :
"How to win a battle against terrorism and lose the war of ideas. Children shoot soldiers at point-blank range. Women plant bombs in cafes. Soon the entire Arab population builds to a mad fervor. Sound familiar? The French have a plan. It succeeds tactically, but fails strategically. To understand why, come to a rare showing of this film."

Le film que la France ne voulait pas voir
Le gouvernement français a tout fait pour empêcher, sans succès, que ce film fasse partie de la sélection officielle du Festival de Venise de 1966.
Un extrait d'une chronique de mon critique préféré, Jean-Louis Bory, publié dans le Nouvel Observateur du 14 septembre 1970 :
" On mesure la stupidité de l'interdiction qui pèse depuis 1966 sur ce film. Il faut avoir la cervelle coincée par une médaille militaire ou par des nostalgies compréhensibles mais désormais anachroniques pour étiqueter ce film comme francophobe. "
Banni pendant 5 ans en France, ce n'est qu'en 1971 qu'il a pu être visionné grâce aux efforts de Louis Malle.

À quand des films français critiques sur la guerre d'Algérie équivalents à ceux que les Américains ont réalisé sur la guerre du Vietnam ? À quand un " Né un 1(4) juillet" ou autre "Platoon" ? Ils me semblent assez discrets, les producteurs et les réalisateurs français au sujet de cette époque sombre de l'histoire de France.

Un film de Laurent Heinemann, La question, traitant de la torture pratiquée pendant la guerre d'Algérie et tiré du livre de Henri Alleg, réalisé en 1977, est-il accessible en France ?

" Dans La Question, Henri Alleg raconte sa période de détention et les sévices qu'il y subit, en pleine guerre d'Algérie. Tout d'abord publié en France aux Éditions de Minuit, l'ouvrage est immédiatement interdit. Nils Andersson le réédite en Suisse, quatorze jours après l'interdiction le frappant en France en mars 1958. Malgré son interdiction en France, ce livre contribue considérablement à révéler le phénomène de la torture en Algérie " Wikipédia.

Festival de Venise 1966 : Lion d'or et Prix Fipresci.
Visionné, la première fois, le 13 octobre 1975 à la télévision à Montréal
Mon 113ème film visionné des 1001 films du livre de Schneider