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09 septembre 2023

337. Spielberg : Saving Private Ryan



Film américain réalisé en 1998 par Steven Spielberg
Avec Tom Hanks (capitaine Miller), Edward Burns(Reiben), Tom Sizemore (seegent Horvath), Matt Damon (Ryan), Jeremy Davies (caporal Upham), Adam Goldberg (Mellish), Barry Pepper (sniper, Giovanni Ribisi, Vin Diesel, (Caparzo) 

D'abord ceci pour se mettre dans l'ambiance du film : On n'a pas sauvé les cinq marins Sullivan. Cinq membres d'une même fratrie périrent dans le naufrage du USS Juneau coulé par des sous-marins japonais le 13 novembre 1942.

Joseph 24 ans, Francis 26 ans, Albert 20 ans, Madison 23 ans, Georges 27 ans
   
Le scénario du film s'inspire d'une histoire réelle. Celle des frères Niland de Tonawanda de l'État de New York. Quelques jours après le débarquement, on constata  que deux frères y avaient été tués. On pensait également qu'un troisième frère était mort dans la guerre du Pacifique (en fait, il était prisonnier des Japonais).  On décida alors de retirer le 4ème frère du front de Normandie.      
Les frères Niland

Scène du débarquement inoubliable. Je ne sais pas si on arrivera à faire plus réaliste. En superproduction, c'est l'équivalent du naufrage du Titanic dans le film de Cameron.

Inoubliable aussi : la mère des Ryan qui s'écroule en voyant arriver un officier de l'armée accompagné d'un prêtre venant lui annoncer le décès de trois de ses fils.

Autre scène inoubliable (je pourrais en rajouter une dizaine, mais arrêtons-nous à celle-ci) : avant la  bataille finale, l'attente paisible des soldats dans les décombres d'un village de Normandie pendant qu'Édith Piaf chante Tu es partout et C'était une histoire d'amour. 

Piaf chante dans le cornet en attendant l'arrivée de la colonne allemande

Cette main droite du capitaine Miller, professeur de lettres de lycée, qui tremble nous rappelle constamment l'incroyable anxiété que doivent affronter les militaires en zone de combat. À moins que ce ne soit tout simplement que le syndrome du tremblement essentiel qui affecte généralement une seule main. Trouble qui affecte ma main gauche - étant gaucher, c'est un peu emmerdant.

Le caporal Upham, (éduqué, polyglotte, cultivé) je n'ai jamais vu un personnage d'une telle veulerie dans aucun film de guerre qu'il m'ait été donné de voir.

Capitaine Miller : ''Chaque fois que je tue un homme, je m'éloigne un peu plus de chez-moi''

Oscars 1999. Cinq statuettes : réalisation, photographie, effets spéciaux sonores, montage, son

Visionné, la première fois, le 11 aout 1998 au cinéma Quartier Latin à Montréal. 
Mon 337ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider


09 juillet 2023

315. Spielberg : Schindler's List



Film américain réalisé en 1983 par Steven Spielberg
Avec Liam Neeson, (Oscar Schindler), Ben Kingsley (le contremaitre), Ralph Fiennes (le directeur du camp), Caroline Goodall, Jonathan Sagall, Embeth Davidtz, Malgoscha Gebel, Shmulik Lev, Mark Ivanir, Béatrice Macol

Après avoir vu ce film, on a le goût de se coucher en rond et de pleurer. Pleurer des larmes de rage sur l'ignominie des comportements nazis.

Mais pleurer aussi de gratitude sur le comportement d'un rare allemand qui a beaucoup risqué pour sauver 1100 Juifs en les faisant travailler dans son usine, les sauvant par le fait même des fours crématoires.

Oscar Schindler a reçu le titre de Justes parmi les Nations en 1967. Les Justes parmi les Nations, sont des non-juifs qui ont mis leur vie en danger pour sauver des Juifs de la Shoah.

Le directeur du camp de travail (Ralph Fiennes) dit à peu près en ces mots : '' Les Juifs ont mis 600 ans pour faire Cracovie telle qu'on la connaît. À partir de ce jour, on va effacer cette présence de 600 ans.'' En une phrase, l'idéologie de la solution finale juive.

Un petit manteau rouge (seule couleur du film) qui apparaît de temps à autre, comme le fil rouge de la psychanalyse, illustre le cheminement qu'ont dû suivre 6 millions de Juifs vers les fours crématoires.

Une scène mémorable : les femmes qui, après avoir été tondues et dépouillées de leur vêtement, sont poussées dans ce qu'elles croient être une chambre à gaz et qui s'avère, après des minutes d'angoisse, être une simple salle de douches qui propulsent de l'eau et non pas du Zyklon B.

Surprenant d'entendre chantée Billie Holiday dans le contexte de ce film. Elle chante God Bless the Child, mais il me semble que Strange Fruit aurait été plus appropriée.

En 1993, les descendants des Juifs de Schindler (6000) étaient plus nombreux que le nombre de Juifs qui vivaient en Pologne (4000)

Oscars 1994. Sept statuettes : film, réalisateur, scénario, direction artistique, photographie, montage et musique à John Williams.
Césars 1994. Meilleur film étranger

Visionné, la première fois, le 19 avril 1994 au cinéma de la Place Desjardins à Montréal.
Mon 315ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider


08 juin 2023

311. Spielberg : Jurassic Park



Film américain réalisé en 1993 par Steven Spielberg
Avec Sam Neill, Laura Dern, Jeff Goldblum, Richard Attenborough, Bob Peck, Martin Ferrero et les enfants Tim (Joseph Mazzello) et Lex (Ariana Richards) 
D'après le roman de Michael Crichton.

Finalement, c'est Jaws au parc Jurassique.

L'arrivée, en sourdine, du gros méchant Tyrannosaure est, sans aucun doute, le meilleur moment du film. Pour le reste, un film-catastrophe ''as usual''.

Le professeur de mathématiques interprété par Jeff Godblum essaie bien de nous expliquer la théorie du chaos mais il faudra encore attendre avant d'y comprendre quoi que ce soit tant il s'emberlificote dans sa démonstration.

Pour un professeur de Géographie comme moi qui enseignait les Sciences de la Terre, on a une dette énorme à Spielberg qui a rendu le terme jurassique accessible à tous nos étudiants. Enfin, je pouvais parler des trois périodes de l'ère secondaire Trias, Jurassique et Crétacé sans avoir l'air de sortir d'un mauvais film de science-fiction.

Oscars 1994. Trois statuettes pour les effets spéciaux.

Visionné, la première fois, le 8 juillet 1993 au cinéma Le Berri à Montréal.
Mon 311ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider

13 mai 2012

226. Spielberg : The Color Purple



Film américain réalisé en 1985 par Steven Spielberg 
Tiré du roman éponyme d'Alice Walker publié en 1982 et gagnant d'un prix Pulitzer.
Avec Whoopi Goldberg (Celie) (son 1er film), Danny Glover (Albert), Margaret Avary, Oprah Winfrey, Willard Pugh

Personnages caricaturaux (surtout Celie et Alfred) qui souffrent d'un déficit de crédibilité, ce qui rend un peu risible cette histoire qui méritait une meilleure réalisation et surtout, bon sens, un peu moins de sucre et de nanane dans la direction artistique. 

Et cette tendance, pratique que je déteste au plus au point mais tellement courante dans le cinéma "mainstream", à toujours parsemer l'histoire de farces et attrapes afin de permettre aux spectateurs de ne pas trop s'enfoncer dans la problématique douloureuse de cette histoire :  l'abus des femmes par les hommes.

Problématique résumée par cette phrase d'Albert qu'il adresse à sa femme, Celie : "T'es noire, t'es pauvre, t'es moche, t'es une femme, t'es rien".

Mais le problème avec ce film c'est qu'il correspond trop bien à cet adage de Talleyrand : Tout ce qui est exagéré est insignifiant

Bon, comme me le disent certains commentateurs de temps à autre, il est possible que je sois passé à côté de ce film. Mais de là dire, comme Roger Ebert, qu'il fut le meilleur film de l'année 1985, il y a quand même une sacrée marge.

Oscars 1986. En nomination pour 11 oscars - solde : 0 prix.

Visionné, la première fois, en octobre 1987 au cinéma Outremont à Montréal
Mon 226ème visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 29 mars 2023

30 août 2010

184. Spielberg : E.T. : The Extra-Terrestrial



Film américain réalisé en 1982 par Steven Spielberg
Avec Henry Thomas, Robert MacNaughton, Drew Barrymore à 6 ans, Dee Wallace, Peter Coyote

Ne boudons pas notre plaisir. À sa sortie en 1982, j'ai eu beaucoup de plaisir à voir ce film. C'était la période de Noël ce qui contribuait à ramollir les cœurs et rendre mon regard plus indulgent vis-à-vis cette gentille bluette. On a tous vu que ce "pied" descendu du ciel dans la "suburbia" chère à Spielberg était un clin d'œil à l'histoire du gus de Bethléem : même résurrection, même ascension, avec des moyens technologiques différents, soit.

Mais quelle tarte à la crème quand même. Des clichés et stéréotypes à la tonne, dont celui qui me donne une grande fatigue : les bons enfants contre les méchants adultes qui ont perdu leur cœur d'enfant. Gros sanglot !

Ce que j'aime bien de ce film c'est la mise en scène de la famille monoparentale dans une banlieue américaine typique. La banlieue, c'est le nouveau studio de la production cinématographique américaine. Plein de films d'ado des années 80 et 90 se dérouleront dans ce cadre à l'instar des films noirs des années 30 et 40 qui, eux, se déroulaient dans la ville-centre.

Suburbia (mixture de suburb (banlieue) et utopia), c'est la nouvelle planète qu'ont commencé à occuper de bizarres humanoïdes à la limite des villes-centres à partir des années 1930 en Amérique du Nord dont les deux  éléments essentiels étaient le bungalow et l'automobile.

J'aime bien  les premières séquences dans lesquelles l'on voit un plan aérien de la ville illuminé à partir d'une colline boisée marquant la limite entre la ville et la campagne. E.T., oublié sur la colline, ne pouvait donc entrer en contact qu'avec les plus récents banlieusards. 

J'aime aussi cette illustration de l'interface entre le monde mystérieux de la forêt voué prochainement à être déboisé et la limite de l'extension urbaine sous forme de bungalows et de rues sans trottoirs. La rencontre ne pouvait que se faire là. 

Lecture cinéphilique
Godard par Antoine de Baecque.
Mon armure anti-Godard (personnalité s'entend) s'effrite lentement. Par ailleurs, quand on découvre le "making of" de ses différents films, on ne peut que saluer le génie qui est à l'œuvre. Le produit, ainsi décortiqué, se présente à nous sous un angle totalement différent ce qui entraîne une ré-évaluation de l'œuvre qui, autrement, nous apparaît souvent rébarbative.

Je dois avouer que cette citation de Quentin Tarantino (quand on connaît ma passion éperdue pour l'œuvre de Dylan) m'a aidé à reconsidérer l'œuvre de Godard : " Il a réussi au cinéma ce qu'a réussi Bob Dylan en matière musicale : ils ont tous les deux révolutionné la forme et explosé les conventions et les limites, en libérant l'expression ". Ce qui me rend encore plus sympathique...Tarantino.

Oscars 1983. Quatre statuettes pour la musique, le son, les effets visuels, les effets sonores
Césars 1983. Meilleur film étranger

Visionné, la première fois, en décembre 1982 au cinéma Champlain à Montréal
Mon 184ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 11 mars 2023

25 juillet 2010

182. Spielberg : Raiders of the Lost Ark


Les Aventuriers de l'Arche perdue

Film américain réalisé en 1981 par Steven Spielberg
Avec Harrison Ford, Karen Allen, Paul Freeman, John Rhys-Davies

Dans une interview accompagnant le film, Spielberg explique qu'il rêvait de faire un film lui rappelant les séances de cinéma du samedi après-midi de son enfance : un film d'aventures de série B.

J'ai fréquenté, à la même époque que Spielberg (les années 50), ces salles paroissiales dans les sous-sols  d'église (St-Fidèle ou St-François d'Assise dans le quartier Limoilou de mon enfance à Québec), où l'on présentait ces films de série B qui avaient terminé, depuis longtemps, leur carrière dans les salles de cinéma. Ce qu'on y présentait c'était, invariablement des westerns de Hopalong Cassidy, de Gene Autry ou autres redresseurs de torts ou bien des films sur les méchants allemands, en retard de dix ans, sur les méchants de l'époque, les communistes. 

À propos, une excellente chanson satirique de Dylan sur la succession des méchants que les USA ont affrontée au cours de leur histoire, With God On Our Side.

En 1981, Indiana Jones, c'était un bon moment à passer. Cet archétype du film d'aventures avait fière allure. La remise en question, par l'humour, des stéréotypes afférant à ce type de film a contribué à en faire un grand succès populaire.  

Mais, depuis, nos écrans sont inondés de ce type de films - jusqu'à plus soif.  Alors, revoir ce film en 2010 c'est lui asséner un sacré coup de massue. Évidemment, la nostalgie peut jouer un peu mais c'est loin d'être suffisant. Alors, on en est à attendre impatiemment les quelques passages les plus célèbres i.e. le duel entre Indiana Jones et le gars qui mouline son sabre - scène toujours aussi désopilante.

Ce n'est pas aux films d'aventures de mon enfance que renvoie ce film mais plutôt à ma lecture des Bob Morane de Henri Vernes dans la collection Marabout Junior.

Prenez, par exemple, le titre La Vallée infernale. On y retrouve tout l'univers d'Indiana Jones. Les titres  suffisaient à nous faire faire le tour du monde : L'empereur de Macao, Tempête sur les Andes, Le secret des Mayas, Terreur à la Manicouagan (ça, c'est chez-nous), Mission à Orly, Le secret de l'Antarctique, etc. Que de voyages faits, simplement en regardant la page couverture. Bob Morane, c'était un hybride de Indiana Jones et de James Bond.

J'aime bien : "...it's not that Raiders of the Lost Ark wasn't fun. But did we need three of them?" (David Thompson, critique de cinéma britannique)

Budget : 20M$. Revenus : 384M$. Parlez-moi d'un bon retour sur investissement !

Oscars 1982. Quatre statuettes : direction artistique, effets visuels, son, montage.

Visionné, la première fois, le 21 décembre 1981 au cinéma Impérial à Montréal
Mon 182ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 10 mars 2023

16 juillet 2010

181. Spielberg : Close Encounters of the Third Kind


Rencontres du troisième type

Film américain réalisé en 1977 par Steven Spielberg
Avec Richard Dreyfuss, Melinda Dillon, François Truffaut, Teri Garr, Carey Guffey

Mon film d'extraterrestres préféré. Les autres, pour moi, ne sont que des variations mineures sur ce même thème, le 2001 de Kubrick, mis à part, bien entendu, qui surpasse, de loin, le Spielberg, un Disney pour grand enfant.

Toujours beaucoup de plaisir à revoir ce film.

En vrac :
À tout coup, je suis ravi par la séquence durant laquelle les phares de la voiture qui suit le camion de Dreyfuss s'élèvent quand il fait signe au conducteur de le doubler.

Je suis toujours surpris de voir Dreyfuss abandonner femme et enfants pour l'inconnu. Exceptionnel dans un film américain qui s'adresse à l'auditoire familial. On dit que Spielberg avait regretté d'avoir fait ce choix - carton jaune pour ce remords.

Mère monoparentale, seule cellule familiale connue par l'enfant Spielberg, donc hommage, comme dans E.T.

Truffaut, touchant, un peu perdu dans cet univers américain - réminiscence de son rôle de réalisateur dans La nuit américaine dans lequel il est aussi un peu "space". (comprenne qui pourra !)

Tiré des trivia de IMDB : " When Truffaut delivered the line "They belong here more than we", several crew members thought that he had said "Zey belong here, Mozambique." Several T-shirts were printed with this quote as a joke."

Devil's Tower (ma copine entendait Devil Star Wars, ce que je trouvais, par ailleurs, très pertinent) : j'ai campé au pied de ce formidable monolithe en juillet 2004. Partout la plaine et, tout à coup, cette énorme masse rocheuse, tel le monolithe de 2001, Odyssée de l'espace.

Chris Carter, l'auteur de la célèbre série des années 90, X-Files, a dû carburer au CE3K pendant plusieurs années avant d'accoucher de sa série.

Lecture cinéphilique
Godard par Antoine de Baecque.
Une coïncidence ahurissante lors des premières lignes du livre : " Écrire une vie de Godard fait partie de ces projets impossibles dont j'ai toujours voulu me dire : " Je m'y risquerai un jour ". Il faut, à la fois du temps, un certain entêtement et suffisamment d'énergie comme marcher le long du GR5 durant un mois, traverser les Alpes du lac Léman à Nice...",  ce que j'ai fait en septembre 2006. 
Cette lecture augure bien malgré  ma "détestation" du gars Godard. Mais ce monument du cinéma est incontournable...j'y plonge. Baecque a aussi écrit, avec Serge Toubiana, une très belle biographie de Truffaut pour lequel, je crois, il a une tendresse certaine.

Oscars 1978 : Caméra

Visionné, la première fois, le 15 novembre 1981 à la télévision à St-Antoine-sur-Richelieu 
Mon 181ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 10 mars 2023

07 février 2009

119. Spielberg : Jaws


Les Dents de la mer

Film américain réalisé en 1975 par Steven Spielberg
Avec Roy Scheider, Richard Dreyfuss, Robert Shaw, Lorraine Gary

J'ai le goût de commencer par ceci :
Vous connaissez ce que l'on appelle les romans d'été. Le bouquin qu'on apporte à la plage pour se donner l'impression de ne pas bronzer idiot et que, une fois terminé, l'on abandonne au camping ou bien que l'on enterre dans sa bibliothèque ou, encore mieux, que l'on va revendre à la boutique de livres usagés de la rue Mont-Royal (à Montréal, au cœur de la République du Plateau).

Alors, transposez cela pour Jaws.
Un sacré bon thriller. Mais une heure après le visionnement, une sensation de vide. Du moins, c'est l'impression qu'il m'est resté lorsque je l'ai revu dernièrement. C'est un film qui résiste mal à de multiples visionnements, contrairement, au premier film important de Spielberg, Duel, que je revois avec toujours autant d'excitation et qui, lui, "tient bien la route", si je peux dire.

Spielberg a employé la stratégie que Hitchcock a utilisé tout le long de sa carrière de maître du thriller psychologique. Hitchcock disait : "A bomb is under the table, and it explodes : That is surprise. The bomb is under the table but it does not explode : That is suspense". Alors Spielberg garde le requin au-dessous de la table pendant toute la première heure; alors, lorsqu'il apparaît inopinément pour attraper l'appât tenu négligemment par Hooper (Richard Dreyfuss) à l'arrière du bateau, un tsunami secoue les spectateurs.

Le premier blockbuster estival de l'histoire du cinéma mais un sale coup pour les plages américaines qui ont vécu une baisse de fréquentation momentanée.

Pendant l'été, dans un restaurant de Cape Cod (le film a été tourné à Martha's Vineyard), lieu de prédilection de mes vacances estivales lorsque ma fille était enfant (plus particulièrement au camping North of the Highland, à la pointe du cap, près de Provincetown) on pouvait voir sur le menu "Get even. Eat fish".

Jaws ou l'hystérie de l'interprétation 
Un tel requin ne pouvait pas être, tout simplement, un requin. Il fallait le surcharger de sens.
Un requin polysémique, rien de moins.

Liste (incomplète) : peur de la sexualité, la guerre du Vietnam, la terreur ancestrale, la mauvaise conscience, le vagin denté (les Cahiers du Cinéma, évidemment !), la société des Grands Blancs (encore les Cahiers), le capitalisme, l'impérialisme américain, le dieu Pan en colère. Sous l'eau calme de la Pax Americana se terrent tous les condamnés de la Terre.

Et pour finir, le chef d'œuvre : Tiré de Pascal Bonitzer, les Cahiers du Cinéma, mars-avril 1976. No.265. "De quoi s'agit-il en définitive? Jaws, c'est la morsure du sexe qu'il s'agit de conjurer, et de la grande secousse dont elle panique le corps." Alléluia !

L'histoire du USS Indianapolis ou "Jaws" en folie"
" Après avoir livré la première bombe atomique sur la base aérienne de l'île de Tinian le 26 juillet 1945, le USS Indianapolis repart aussitôt déchargé mais, afin de garder le voyage secret, il emprunte une route loin des caps habituels et n'a aucune escorte. L'Indianapolis est torpillé deux fois le 30 juillet par un sous-marin japonais en mer des Philippines, trois cents marins sur 1 196 périssent pendant l'attaque. L'US Navy met plusieurs jours à s'apercevoir du naufrage. Les rapports mentionnent que les requins attaquent les naufragés nuit et jour durant plusieurs jours. Sur les 900 survivants du naufrage seuls 316 sont sauvés." (Wikipédia)

Jaws fait des petits
Ce qui fit naître le Mouvement pour la Stérilisation des Films-Catastrophes.
Voyez l'évaluation de la descendance de Jaws telle qu'elle apparaît sur IMDB
Jaws 2. 1978. 5,6 sur 10
Jaws 3-D. 1983. 3,3 sur 10
Jaws : The Revenge. 1987. 2,5 sur 10
Cruel Jaws. 1995. 3,4/10
Etc,
Mais qu'est-ce que j'ai du temps à perdre !

Oscars 1976. Trois statuettes : John Williams pour la musique originale (sans quoi, le film perdait la moitié de son potentiel d'horreur), montage. son.

Visionné, la première fois, le 28 février 1976 au cinéma Champlain à Montréal
Mon 119ème film visionné des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 1er février 2023