16 juillet 2010

181. Spielberg : Close Encounters of the Third Kind


Rencontres du troisième type

Film américain réalisé en 1977 par Steven Spielberg
Avec Richard Dreyfuss, Melinda Dillon, François Truffaut, Teri Garr, Carey Guffey

Mon film d'extraterrestres préféré. Les autres, pour moi, ne sont que des variations mineures sur ce même thème, le 2001 de Kubrick, mis à part, bien entendu, qui surpasse, de loin, le Spielberg, un Disney pour grand enfant.

Toujours beaucoup de plaisir à revoir ce film.

En vrac :
À tout coup, je suis ravi par la séquence durant laquelle les phares de la voiture qui suit le camion de Dreyfuss s'élèvent quand il fait signe au conducteur de le doubler.

Je suis toujours surpris de voir Dreyfuss abandonner femme et enfants pour l'inconnu. Exceptionnel dans un film américain qui s'adresse à l'auditoire familial. On dit que Spielberg avait regretté d'avoir fait ce choix - carton jaune pour ce remords.

Mère monoparentale, seule cellule familiale connue par l'enfant Spielberg, donc hommage, comme dans E.T.

Truffaut, touchant, un peu perdu dans cet univers américain - réminiscence de son rôle de réalisateur dans La nuit américaine dans lequel il est aussi un peu "space". (comprenne qui pourra !)

Tiré des trivia de IMDB : " When Truffaut delivered the line "They belong here more than we", several crew members thought that he had said "Zey belong here, Mozambique." Several T-shirts were printed with this quote as a joke."

Devil's Tower (ma copine entendait Devil Star Wars, ce que je trouvais, par ailleurs, très pertinent) : j'ai campé au pied de ce formidable monolithe en juillet 2004. Partout la plaine et, tout à coup, cette énorme masse rocheuse, tel le monolithe de 2001, Odyssée de l'espace.

Chris Carter, l'auteur de la célèbre série des années 90, X-Files, a dû carburer au CE3K pendant plusieurs années avant d'accoucher de sa série.

Lecture cinéphilique
Godard par Antoine de Baecque.
Une coïncidence ahurissante lors des premières lignes du livre : " Écrire une vie de Godard fait partie de ces projets impossibles dont j'ai toujours voulu me dire : " Je m'y risquerai un jour ". Il faut, à la fois du temps, un certain entêtement et suffisamment d'énergie comme marcher le long du GR5 durant un mois, traverser les Alpes du lac Léman à Nice...",  ce que j'ai fait en septembre 2006. 
Cette lecture augure bien malgré  ma "détestation" du gars Godard. Mais ce monument du cinéma est incontournable...j'y plonge. Baecque a aussi écrit, avec Serge Toubiana, une très belle biographie de Truffaut pour lequel, je crois, il a une tendresse certaine.

Oscars 1978 : Caméra

Visionné, la première fois, le 15 novembre 1981 à la télévision à St-Antoine-sur-Richelieu 
Mon 181ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 10 mars 2023

05 juillet 2010

180. Fassbinder : Le Mariage de Maria Braun



Film allemand réalisé en 1978 par Rainer Werner Fassbinder
Avec Hanna Schygulla, Klaus Löwitsch, Ivan Desny

Commençons par la fin. 
Sur les dernières images de l'explosion de la maison de Maria (Zabriskie Point, dans nos mémoires) on entend à la radio la victoire de l'Allemagne en coupe du monde de football. C'était en 1954. C'est la fin de l'après-guerre en Allemagne. Fassbinder indique peut-être ainsi que l'Allemagne tourne le dos à son passé et que la reconstruction est en marche. 

Tourne le dos, oui, mais à jamais hanté par les camps de la mort qui, comme un retour du refoulé, constamment, au cours des décennies suivantes, viendront assombrir l'éclatante réussite économique de la République Fédérale d'Allemagne.

Reprenons au début. 
Maria se marie avec Herman Braun qui doit partir le lendemain pour le front russe. Considéré mort au combat, puis ressuscité et revenu de l'enfer russe, il se retrouve en prison pour un crime commis par Maria. Le pauvre Herman n'aura jamais de vie conjugale. 

Pendant ce temps, Maria perd son âme. Pour pasticher un titre précédent de Fassbinder, Ali : Fear Eats Soul, on pourrait intituler ce film Maria : Money Eats Soul que les images aux saveurs de studio hollywoodien ne démentent certainement pas.

La trame mélodramatique du film est un clin d'œil à Douglas Sirk (d'origine allemande et qu'on retient surtout pour son œuvre marquée au coin du mélodrame, j'aime All That Heaven Allows), un des cinéastes préférés de Fassbinder et dont il avoue son influence.

J'ai déjà vu Hanna Schygulla dans un spectacle intime il y a une quinzaine d'années à Montréal, au collège Maisonneuve où j'enseignais. Elle était divine. J'avais eu l'impression de voir une réplique de Dietrich vieillissante dont elle a interprété, d'ailleurs, quelques-unes de ses chansons. 

Ce qui nous amène à mettre en parallèle deux grandes machines du cinéma : Sternberg-Dietrich (6 films) et Fassbinder-Schygulla (20 films ensemble). La même passion de deux réalisateurs pour leur actrice fétiche. Dans Le mariage de Maria Braun, Fassbinder élève Schygulla au niveau du monument. Probablement la plus grande performance de Schygulla en carrière.

Berlin 1979 : Ours d'argent à Hanna Schygulla, prix du jury à Fassbinder

Visionné, la première fois, le 1er novembre 1981 à la télévision à St-Antoine-sur-Richelieu
Mon 180ème film visionné des 1001 films de la liste du livre de Schneider
Mis à jour le 10 mars 2023

27 juin 2010

179. Arnold : The Incredible Shrinking Man


L'homme qui rétrécit

Film américain réalisé en 1957 par Jack Arnold
Avec Grant Williams et Randy Stuart

Un bon film de science-fiction des années 50 à mettre dans votre parcours de cinéphile. J'ai un faible pour ceux-ci.

C'était l'époque la plus dramatique de la Guerre froide, le péril nucléaire planait sur l'Occident, sur la planète, en fait. La Bombe traversait toutes les consciences. 

Je me souviens que ma mère nous disait quand la météo pétait les plombs que c'était à cause de la Bombe, aujourd'hui on dit que c'est à cause des changements climatiques, un tantinet plus crédible, quoique le scepticisme reste de mise. Pas scepticisme dans le sens que ce n'est pas vrai, mais le scepticisme scientifique, celui qui continue à questionner et à compiler les données scientifiques avant d'hurler constamment que la fin de notre monde est proche.

Alors pour expliquer l'impossible, on avait la Bombe. Quelle aubaine pour la science-fiction.

Deux parties dans ce film :

La première, banale, décrit la progression de la maladie et ses conséquences sur l'environnement social de notre héros. Convenu.

La deuxième est magique.
Après sa lutte avec le chat (vous ne verrez plus jamais minou de la même manière) qui est un des grands moments de mise en scène de ce film, le petit bonhomme qui, par inadvertance, se retrouve dans le sous-sol abandonné de tous, commence une nouvelle vie dont le but est de survivre dans cet environnement hostile où une araignée est King Kong et une aiguille, l'épée qui pourra l'abattre. Un travail remarquable, pour l'époque, afin de transformer les objets de la vie quotidienne dans des dimensions vertigineuses.

Évidemment, on ne pouvait pas y échapper. Il existe une Incredible Shrinking Woman (1981) de Joel Schumacher avec Lily Tomlin. 5,5/10 sur IMDB. Pas vu, pas envie de voir 

Visionné, la première fois, le 24 août 1981 à la télévision à St-Antoine-sur-Richelieu
Mon 179ème film de la liste des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 10 mars 2023

21 juin 2010

178. Hawks : To Have and Have Not


Le Port de l'angoisse
Une autre traduction bizarre qui dénature le contenu du film. Pourtant, ce titre existait déjà en français dans la traduction du roman de Ernest Hemingway à partir duquel 
William Faulkner (excusez du peu) a bâti le scénario du film : En avoir ou pas.

Film américain réalisé en 1944 par Howard Hawks
Avec Humphrey Bogart, Lauren Bacall, Walter Brennan, Marcel Dalio

Gaspillage de talent : Hemingway et Faulkner (deux Nobels, pardi !) pour arriver à ce petit scénario. Mais le scénario importe peu.

Ce qui importe, c'est Lauren Bacall, 19 ans, qui arrive au cinéma chargée d'une telle quantité de répliques sur les relations hommes-femmes que Bogart en reste pantois. Pour remédier à cet état, il tombera amoureux de la fille et l'épousera, pas dans le film, à la ville.

Lauren Bacall brûle l'écran dans ce film plutôt ordinaire.

D'un autre côté, Humphrey Bogart la joue encore "à celui qui est revenu de tout" et Walter Brennan, en "side-kick" de Bogie, en tartine un peu trop épais à mon goût. Donc, il faut voir ce film pour l'entrée en scène de la belle aux yeux de chat. Sa première réplique, culte évidemment : "Anybody got a match?" Une gamine de 19 ans qui s'adresse ainsi au mythique Bogart - un sacré culot.



Dans ce film dont l'action se passe à la Martinique au début de la Seconde guerre mondiale, ce qui saute aux yeux c'est le peu d'intérêt sinon l'ignorance dans laquelle demeure probablement l'ensemble de la société américaine face au conflit européen (en tenant pour acquis que le personnage de Bogart en est un parfait représentant). Ignorance mais surtout condescendance, ce qui est agaçant.

Dans ce film, l'essence : 28 cents le gallon américain, ce qui convertit en litre et en euro donne...taratata - 6 centimes d'euro le litre. Moins chère que l'eau pour votre pastis.

Visionné, la première fois, le 25 juillet 1981 à la télévision à St-Antoine-sur-Richelieu
Mon 178ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 10 mars 2023

12 juin 2010

177. Truffaut : Le Dernier métro



Film français réalisé en 1980 par François Truffaut
Avec Catherine Deneuve, Gérard Depardieu, Jean-Louis Richard, Jean Poiret, Heinz Bennent, Andréa Ferréol, Paulette Dubost (qui aura 100 ans cette année; son premier rôle dans Nana de Jean Renoir en 1926).

Quand j'ai commencé ce site il y a plus de trois ans, Truffaut était mon cinéaste préféré, presqu'une religion pour moi. Après avoir vu plus de 500 films, parmi les meilleurs de l'histoire du cinéma, une remise en question s'est graduellement imposée à moi.

Truffaut est un réalisateur intéressant avec quelques coups de génie (Les quatre cents coups, Jules et Jim) mais sa production globale demeure une coche (deux?) sous celles des grands du cinéma tels que Bergman, Tarkovski, Kurosawa, Hitchcock, pour n'en nommer que quatre. 

Opinion que confirme le visionnement à nouveau de Le dernier métro que le jeune Truffaut des Cahiers du Cinéma des années 1950 aurait qualifié de cinéma à papa et qu'il aurait conspué.

Que Truffaut ait remporté dix Césars en 1981 pour Le dernier métro a plus à voir avec un hommage à sa carrière qui allait abruptement se terminer en 1984 qu'à une récompense pour ce film.

Truffaut demeure, quand même, pour moi, un grand du cinéma ne serait-ce que parce qu'il est le plus grand des cinéphiles. Sa biographie, écrite par Antoine de Baecque et Serge Toubiana, qu'il faut lire, toutes affaires cessantes, est un des plus émouvants récits de cinéphilie qu'il m'ait été donné de lire. Et pour faire le compte, pourquoi ne pas ajouter la lecture de sa correspondance, une sorte d'itinéraire d'un cinéphile.

Le dernier métro, une sorte de remake de La nuit américaine pour le théâtre (apparemment le 2ème volet d'une trilogie sur les arts du spectacle), est du théâtre filmé. Tourné en studio avec des décors qui sentent tellement le carton-pâte, en éclairage terriblement artificiel, Le dernier métro abonde de bons mots, de propos intelligents, de clins d'œil au cinéma et à la culture populaire de l'Occupation. MAIS tout ça sent le pastiche ou le faux-semblant. De plus, après Le chagrin et la pitié de Marcel Ophuls ou Lacombe Lucien de Louis Malle, comment peut-on nous servir à nouveau cette bluette sur l'Occupation comme il y en a tant eu dans le cinéma français
.
Du cinéma sympathique qui ronronne, qui se consomme comme un sorbet à l'orange.
On peut être très dur quand on a beaucoup aimé. Revoir Les quatre cents coups, au plus vite.

César 1981. Dix prix : film, acteur à Gérard Depardieu, actrice à Catherine Deneuve, réalisateur, scénario, musique, caméra, direction artistique, montage, son.

Visionné, la première fois, au cinéma à Beloeil en mars 1981
Mon 177ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 10 mars 2023

09 juin 2010

176. Malle : Atlantic City



Film franco-américano-québécois réalisé en 1980 par Louis Malle
Avec Burt Lancaster, Susan Sarandon, Kate Reid, Michel Piccoli

Je demeure perplexe sinon indifférent face à ce film. On a l'impression d'un patchwork; de plusieurs éléments d'histoire qui s'articulent mal entre eux et qui nous entraînent dans une intrigue qui tient mal la route.

On se dit que ça doit être bon, qu'il y a quelque chose qu'on saisit mal ; après tout, il s'agit d'un film de Louis Malle dont l'acteur principal, Burt Lancaster, est à l'apogée de sa carrière. Mais non, ça tombe à plat malgré une grande prestation de Lancaster dont on a l'impression qu'il est le petit-fils dévoyé du Prince Fabrizio Salina dit le Guépard (film de Visconti), interprété magistralement également par Lancaster dans le rôle de sa carrière.

Ce qui surnage après avoir vu ce film, c'est Atlantic City, ville décatie, qui essaie de renaître de ses cendres grâce à une nouvelle loi sur le gambling votée par le gouvernement du New Jersey. Ville que j'ai toujours détestée sans jamais l'avoir visitée. Mais j'ai visité sa grande sœur, Las Vegas, et ça suffit pour nourrir ma détestation de ces villes-casinos ; l'abysse du capitalisme pourri.

J'aime beaucoup la première séquence où l'on voit un grand hôtel des années 40, dynamité. Toute l'essence de ces villes-bidons (Las Vegas en est le cas extrême) réside dans cette manie de raser l'ancien pour faire place au nouveau dont l'espérance de vie sera encore plus courte


Ville-casino, ville-bidon : Le Taj Mahal d'Atlantic City

Venise 1980. Lion d'or. Ex-aequo avec Gloria de John Cassavetes

Visionné, la première fois, au cinéma à Montréal en 1980
Mon 176ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 1er janvier 2023

05 juin 2010

175. De Palma : Carrie


Carrie au bal du diable
Un autre beau fleuron pour les "faiseurs" de titre français.

Film américain réalisé en 1976 par Brian de Palma
Avec Sissy Spacek, Piper Laurie, Amy Irving, William Katt, Betty Buckley, Nancy Allen, John Travolta

Tous les "rejects" de la Terre seront vengés par la Cendrillon de De Palma qui cartonne à la psychokinésie. Qui a dit que la vengeance est un plat qui se mangeait froid - plutôt carbonisé celui-là.

Que dire d'autre sur ce film franchement surévalué ? Sinon qu'il est un des premiers d'une suite interminable de films d'horreur impliquant toujours les mêmes ados clonés sur ceux de Carrie.

Rien à voir avec d'autres adolescents de films tels que The Last Picture Show de Peter Bogdanovich, par exemple.

Ne boudons pas notre plaisir, très agréable à voir et même à revoir, ne serait-ce que pour les grandes performances de Sissy Spacek et de Piper Laurie qui sauvent le film.

Visionné, la première fois, à la télévision à St-Antoine-sur-Richelieu le 13 novembre 1980
Mon 175ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 1er janvier 2023

30 mai 2010

174. Fosse : All That Jazz


Que le spectacle commence

Film américain réalisé en 1979 par Bob Fosse
Avec Roy Scheider, Jessica Lange, Leland Palmer, Ann Reinking

Je n'avais pas vraiment aimé ce film il y a trente ans et idem pour aujourd'hui.

Je n'aime pas beaucoup ces films au personnage central ultra-narcissique, surtout en sachant que ce Joe Gideon est la personnification du réalisateur Bob Fosse. On ne peut pas toujours réussir à rejouer Huit et demi et s'en tirer aussi magistralement que Fellini.

Toute l'histoire du film est fortement teintée par l'expérience de mort imminente vécue par le réalisateur 4 ans auparavant lors d'une opération à cœur ouvert. Dans le film, Fosse a tout simplement décidé de pousser l'expérience au point de non-retour. Ce qui nous vaut, pour conclure le film, un bon mais interminable numéro de "musical" intitulé Bye Bye Life que vous pouvez voir sur YouTube.

Autre ratage : les séquences avec l'ange de la mort (Jessica Lange)... d'un cucu !

Ma séquence préférée du film : le numéro de danse du père et de la fille - un rare moment de tendresse dans ce monument d'égocentrisme.

Oscars 1980 : Quatre statuettes : décor, musique, costume, montage
Cannes 1980 : Palme d'or du meilleur film ex-aequo avec Kagemusha de Akira Kurosawa

Visionné, la première fois, au cinéma Berri à Montréal le 30 octobre 1980
Deux semaines avant de voir ce film, j'avais fait ma première visite à New York durant laquelle j'ai vu, sur Broadway, au Ambassador Theatre, la comédie musicale de Bob Fosse, Dancin' dont certains éléments ont été repris dans All That Jazz. Dancin' est une comédie musicale qui retrace l'histoire de la danse aux USA. A contribué à développer mon engouement pour la danse au point où j'ai commencé à suivre des cours de danse  Contact Improvisation qu'on appelait à Montréal en ce temps-là la "danse contact". Très brève carrière.
Mon 174ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 9 mars 2023

24 mai 2010

173. Duvivier : Pépé le Moko



Film français réalisé en 1937 par Julien Duvivier
Avec Jean Gabin, Mireille Balin (destin tragique), Gabriel Gabrio, Fernand Charpin, Lucas Gridoux, Marcel Dalio, Fréhel

Après avoir vu le film en 1980, je l'ai immédiatement recyclé dans mon cours sur L'histoire de la forme urbaine que j'ai donné pendant 30 ans au Collège de Maisonneuve à Montréal  (l'équivalent québécois de Classes Terminales), cours que je donne toujours à l'Université du Troisième Âge de l'Université de Sherbrooke. Ma passion pour la ville y trouve son exutoire.

Donc recyclage de ce film ? Dans un chapitre de mon cours, j'abordais la question de la forme de la ville arabe (casbah, médina, mosquée, ruelles, toit-terrasses), et je ne pouvais mieux trouver à l'époque antédiluvienne d'avant Internet et de son Google que d'utiliser ce film pour illustrer ce phénomène urbain. Alors, imaginez la tronche d'étudiants de 18 ans à qui l'on recommande de visionner un film tourné en 1937,  aussi bien dire au Moyen Age - le prof, il débloque complètement, quoi!. Combien de mes étudiants (autour de 5000) ont vu ce film ?

Pépé le Moko annonce, par son thème - la Casbah en tant que lieu impénétrable par l'autorité française -  la future bataille d'Alger (1957) durant laquelle les chefs du Front de Libération Nationale (FLN) ont tenu tête à l'armée française pendant des mois en se réfugiant dans la Casbah, les troupes et le matériel militaire étant incapable d'y circuler. 

Voir, à ce titre, le formidable film de Gillo Pontecorvo, La Bataille d'Alger, recensé plus tôt sur ce site. Encore mieux, lire les 4 tomes sur la Guerre d'Algérie d'Yves Courrière. Ce que je m'étais forcé de faire avant mon périple en Algérie en 1977. Monumental.

Deux photos prises lors de ma visite de la Casbah d'Alger en juillet 1977.
Un dédale complexe de rues, inéquat à toutes manœuvres militaires



















Le film : Après le déroulement de la liste des crédits à la mode des années 30 où l'on ne se préoccupe pas de fournir les prénoms pour certains acteurs, on a une convaincante présentation de la forme urbaine de la Casbah, appelée à juste titre, dans le cadre de ce film, le maquis. Les images de l'intérieur de la Casbah proviennent de l'œuvre de Jacques Krauss qui a reconstruit une partie de la Casbah dans les Studios Joinville en banlieue de Paris.

Il est beaucoup question de Paris dans ce film. Pour Pépé, c'est le lieu de la grande nostalgie du temps passé, vers lequel il ne peut retourner.  Et qui mieux que Fréhel, chanteuse de l'entre-deux-guerres, pouvait le mieux nous en transmette toute la poignante tristesse lorsqu'elle chante Où est-il donc ? Fréhel, qui joue une chanteuse oubliée et qui, en fait, l'est au moment du film, qui écoute cette chanson dans Pepe le Moko. 


Est-ce le plus grand rôle de Gabin ? Je ne sais pas mais c'est probablement celui qui a le plus contribué à définir le style Gabin.

Un remake a été fait juste un an après l'original, c'est dire l'attrait au box office de Pépé le Moko. Algiers de John Cromwell avec Charles Boyer (le Français d'Hollywood) dans le rôle de Pépé est une réplique presque plan pour plan du film de Duvivier. La petite histoire dit que le producteur de ce film a cherché à récupérer toutes les copies du film original pour les détruire.

Visionné, la première fois, à la télévision à St-Antoine-sur-Richelieu en octobre 1980
Mon 173ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 9 mars 2023

13 mai 2010

172. Avildsen : Rocky



Film américain réalisé en 1976 par John G. Avildsen
Avec Sylvester Stallone, Talia Shire, Burt Young, Carl Weathers, Burgess Meredith

J'avais gardé de ce film un mauvais souvenir - un très mauvais souvenir. Probablement parce que je n'avais retenu que le combat de boxe qui n'arrive, pourtant, qu'après 75 minutes, reléguant à la partie congrue la mignonne histoire d'amour.
 
Le petit plaisir :  cette histoire d'amour improbable entre deux "losers", un boxeur à la limite de la déficience intellectuelle (il sera carrément dedans dans le rôle à venir de John Rambo, pourtant Silvester aurait un Q.I de 141; il le cache bien, le coquin !) et une vendeuse de tortues dans une animalerie, me remémorant le couple Ernest Borgnine et Betsy Blair dans Marty de Delbert Mann, film largement supérieur, quand même.

Autre petit plaisir : une plongée au cœur du désastre urbain de Philadelphie, typique de toutes les villes nordaméricaines de cette époque, au moment où le centre des villes était déserté par la classe moyenne à la poursuite du bonheur urbain dans le grand désert culturel de la banlieue. Aussi une description sensible des quartiers de blancs pauvres de l'Amérique des perdants, terrain fertile pour le Parti Républicain.

Autre autre petit plaisir : un classique du genre "feel-good movie". J'aime bien les "feel good movie", moi qui ai facilement la larme à l'œil au cinéma.

Anecdote : Le scénario du film écrit par Sylvester Stallone s'inspire directement du boxeur Chuck Wepner, notamment célèbre pour avoir tenu 15 rounds face à Mohamed Ali, le 24 mars 1975, avant de finalement s'incliner par K.O. technique.

Talia Shire (frangine de Francis Ford Coppola), une des plus mignonnes et touchantes laiderons de l'histoire du cinéma.

Oscars 1977 : Trois statuettes pour le film (oh ! horreur, il a battu Taxi Driver), le réalisateur (horreur bis ! Ingmar Bergman était en nomination) et le montage

Visionné, la première fois, le 27 septembre 1980 à la télévision à  St-Antoine-sur-Richelieu
Mon 172ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 9 mars 2023

04 mai 2010

171. Schlöndorff : Le Tambour



Film allemand réalisé en 1979 par Volker Schlöndorff 
Avec David Bennent (Oskar), Angela Winkler, Mario Adorf, Daniel Olbrychski, Andréa Ferréol, Charles Aznavour

Au début, le nabot (Oskar), avec son tambour et ses cris à la Castafiore, me tombe royalement sur les rognons, comme dirait ma mère. Puis, lentement, il vieillit même s'il ne grandit pas, because complexe d'Œdipe à la puissance mille. Alors, il devient un peu moins antipathique au cours du déroulement de la saga qui nous mène de l'entre-deux-guerres (1927) à la libération (pas sûr) de l'Allemagne par les troupes russes.

Il y a quelque chose que je trouve tordu dans ce film. À chaque visionnement, le même mal à l'aise. L'histoire d'Oskar ne colle tout simplement pas avec l'Histoire. Ces deux histoires fonctionnent en parallèle. On est constamment ballotté entre les deux et le lien qui les unirait ne fonctionne pas.

Si l'on opte pour l'histoire d'Oskar, on a une belle histoire de complexe d'Œdipe qui se dénoue par la mort du père. On a une histoire captivante qui se suffit à elle-même. Pour le reste, l'histoire de la montée du nazisme et des quelques faits d'armes de la guerre, on s'en balance - du tellement déjà vu, d'un tel racolage. Ce ne sont surtout pas les séquences felliniennes des petites personnes qui nous convaincront du contraire.

En voyant Angela Winkler (la mère d'Oskar), constamment en mémoire, un autre film de Schlöndorff, celui-là terrible, L'honneur perdu de Katharina Blum, réalisé en 1975

Cannes 1979 : Palme d'or ex-aequo avec Apocalypse Now.
Oscars 1980 : Meilleur film en langue étrangère

Visionné, la première fois, au cinéma à Montréal, en août 1980
Été 1980. Je travaille à la rénovation de ma maison sur les bords du Richelieu en essayant d'oublier l'échec douloureux du référendum du 10 mai 1980 lors duquel 60% de la population québécoise refusa au gouvernement du Parti Québécois, dirigé par René Lévesque, d'entamer des démarches vers la souveraineté du Québec. Peu d'exemples, dans l'Histoire, d'un peuple qui refuse plus de souveraineté. Triste. La même population allait maintenir au pouvoir ce même gouvernement lors d'élections générales en 1981. Essayez de comprendre !
Mon 171ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 9 mars 2023

27 avril 2010

170. Antonioni : Zabriskie Point



Film américain réalisé en 1970 par Michelangelo Antonioni
Avec Mark Frechette, Daria Halprin et, apparemment, je ne l'ai pas vu, Harrison Ford

Triste de voir un si grand réalisateur se ridiculiser.

L'Amérique a souvent cet effet chez les Européens qu'elle attire. Ils arrivent avec une telle somme d'images d'Épinal, de préjugés et de stéréotypes qu'ils mettent un temps fou à décoder adéquatement ce nouveau monde. Mais ils y arrivent tous (l'Amérique est construite sur ce melting pot) s'il y a le temps ce que Antonioni n'a pas eu, apparemment, avant de se lancer dans la réalisation de Zabriskie Point. 

Antonioni en Amérique c'est comme un Américain à Paris, au sens littéral et au sens cinématographique - An American in Paris de Vincente Minnelli.

Alors, il nous livre une belle bluette stéréotypée sur une jeunesse américaine pétrie de justice sociale et d'amour, dont les corps, caramélisés au soleil californien, sont tout droit sortis d'une pub pour chewing gum. Ah oui, j'oubliais : À bas la société de consommation, mère de tous les vices et de la dégradation de l'homo sapiens sapiens.

Évidemment, on a droit à ces grands espaces désertiques de l'Amérique qui font tant rêver l'Européen. Ce qui nous vaut de très belles séances photos - il y a un plaisir certain à se laisser porter par les séquences du désert.

Je ne sais pas si, comme on dit, Zabriskie Point dans le Death Valley National Park est le lieu le plus bas en altitude des USA, mais il est certainement le point le plus bas de la carrière d'Antonioni - facile, je sais, mais je ne pouvais pas y résister.

Pour son film, Antonioni voulait des acteurs non professionnels :
Mark Fréchette, (avec un accent puisque c'est un franco-américain) l'acteur d'un seul film, mort en prison à l'âge de 27 ans.

Daria Halprin, l'actrice d'un seul film, a vécu, après le film, en commune à Boston avec Mark Fréchette puis étudia avec Fritz Perl, le père de la Gestalt thérapie dont je fus un adepte au début des années 1980 lors de ma formation en Gestalt thérapie.

Visionné, la première fois, à la télévision à St-Antoine-sur-Richelieu en août 1980
Mon 170ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 9 mars 2023

21 avril 2010

169. Benton : Kramer vs Kramer



Film américain réalisé en 1979 par Robert Benton
Avec Dustin Hoffman, Meryl Streep, Justin Henry, Jane Alexander

Film à thèse.
Ce film résume bien les défauts que l'on retrouve dans ce type de film. Puisqu'on veut prouver telle thèse, tous les arguments sont mis dans la balance en faveur de la thèse à prouver.

Ici, il s'agit de prouver que les pères font d'excellentes mères et que, conséquemment, la garde de l'enfant à la suite à une séparation ne devrait pas aller automatiquement à la mère comme le prétendent systématiquement et, souvent, injustement, les juges.

Après une décennie (celle de 1970) de luttes pour l'émancipation féminine, il fallait bien qu'on commence à en voir les conséquences dans le monde des hommes. On a vu apparaître à cette époque un nouvel élément dans la typologie masculine - l'homme rose. Ted Kramer (Dustin Hoffmann) en esquisse quelques traits : la vie familiale avant le boulot, beaucoup de culpabilité, "je veux partager mon vécu", beaucoup de tendresse pour son ex. qui l'a plaqué là - pas de rancune chez l'homme rose, que de la compréhension.

Ce qu'on obtient : une guimauve autour d'un couple "upper middle class" de Manhattan qui se termine avec procès de divorce édulcoré et un dernier plan tout ce qu'il y a de plus hollywoodien. On s'amuse bien quand même et il est tellement mignon le petit garçon.

Performances convaincantes de Dustin Hoffmann et de Meryl Streep. On peut penser que leur situation personnelle (Hoffmann au milieu d'un divorce et Streep en deuil de la disparition de son amant, John Cazale) a teinté leur personnage.

En une phrase, Serge Toubiana résume bien le tout :
Un cinéma ringard, genre "dossiers de l'écran", mon cœur mis à nu, "cher téléspectateur, téléphonez-nous pour essayer de trouver avec nous une solution au drame que vit le personnage que sa femme a quitté, laissé en plan avec le petit." Cahiers du Cinéma numéro 311. Mai 1980

Oscars 1980. Cinq statuettes : film, réalisation, scénario, acteur à Hoffmann, actrice de soutien à Streep.

Visionné, la première fois, au cinéma à Beloeil en avril 1980
Mon 169ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 9 mars 2023

12 avril 2010

168. De Sica : Le Voleur de bicyclette


Ladri di biciclette se traduit par Voleurs de bicyclettes
Erreur de traduction et détournement de la signification du film. Le vol de bicyclettes est une entreprise (voleur, complices, recycleur, marché, etc.) qui souligne la détresse économique de l'Italie d'après-guerre. En anglais, on a compris : Bicycle Thieves.

Film italien réalisé en 1948 par Vittorio De Sica
Avec Lamberto Maggiorani, Enzo Staiola, Lianella Carell et Sergio Leone en séminariste.

Quand j'avais 8-10 ans, il m'arrivait souvent de partir en auto avec mon père qui était, alors, voyageur de commerce. On allait parcourir la campagne québécoise où il s'arrêtait dans des presbytères pour essayer de vendre aux curés des statues de plâtre fabriquées dans l'atelier - on disait "la shop" - de mon grand-père italien à Québec. (C'était avant le concile de Vatican II qui a, entre autres choses, sorti les statues des églises ce qui amena rapidement la faillite de l'entreprise de mon aïeul.) Des journées à circuler sur des petites routes de campagne dans le silence mais dans une touchante connivence.

Quand j'ai vu Le voleur de bicyclette, une vingtaine d'années plus tard, ce qui m'a le plus ému c'est la relation père-fils - dans la complicité et le silence, tout ce dimanche passé ensemble à rechercher la bicyclette volée. Un écho de ce temps enfoui au fond de ma mémoire sensorielle.

Le néo-réalisme italien à son meilleur. Ce que j'entends de cette école, c'est que l'histoire, souvent ténue, peu importante, n'est qu'un prétexte pour illustrer la société italienne, plus particulièrement les milieux défavorisés de l'après-guerre.

Le film de De Sica dont l'histoire repose sur la poursuite d'un évasif voleur de bicyclettes est, en fait, un prétexte pour montrer différents quartiers de Rome et leurs habitants sous forme de tableaux successifs, chacun illustrant un pan de la difficulté de vivre dans l'immédiat après-guerre : le mont-de-piété et ses étages de draps en consigne, le marché de pièces de bicyclette, les itinérants attirés à l'église sous une vague promesse d'y être nourris, la diseuse de bonne aventure, dernier recours contre la misère.

C'est en posant une immense affiche de Rita Hayworth annonçant Gilda de Charles Vidor que l'ouvrier se fait voler son vélo Fidès 1935.

La fin dans le style Modern Times de Chaplin mais sans l'espoir.

Oscars 1950 : Meilleur film étranger

Visionné, la première fois, le 30 mars 1980 à la télévision à St-Antoine-sur-Richelieu.
Le sous-sol de ma maison au bord de la rivière Richelieu est inondé, à cette date-là, par le débordement de la rivière causé par une embâcle formée en aval.
Mon 168ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 8 mars 2023

03 avril 2010

167. Peckinpah : Straw Dogs


Les Chiens de paille

Film britannique réalisé en 1971 par Sam Peckinpah
Avec Dustin Hoffman, Susan George, Peter Vaughan, Del Henney

Peckinpah annonce ses couleurs dès la première séquence : un gros plan sur les seins de Susan George. Attachez votre ceinture, ça va donner un grand coup. Sexe et violence c'est toujours un cocktail explosif et on n'y échappera pas. The Wild Bunch débarque sur la côte de Cornouailles en Angleterre.

Cette Amy (Susan George), c'est une vraie bombe érotique dans ce film; on se demande comment David Sumner (Hoffman), ce mathématicien freluquet, a pu séduire une telle fille surtout lorsqu'on apprend qu'elle a été largué quelques années auparavant par Charlie (Del Henney) une pure brute, pilier de taverne, comme on disait quand j'étais petit. Passer de Charlie à David, il y a comme un gouffre infranchissable et ça m'agace, ça sent trop la manipulation du scénariste.

Ce qui m'amène à la controversée scène du viol qui a fait dire à plus d'un critique que Peckinpah avait ressorti le vieux stéréotype machiste : quand elle dit non, en fait, elle dit oui. En fait, Amy n'aime pas se faire violer, si elle jouit après s'être débattue quelque peu c'est qu'elle finit par céder à son ancienne passion pour David (le violeur de la séquence). Jouissance qu'elle ne retrouve pas lors du viol subséquent par un autre membre de la bande.

Revu 30 ans plus tard, la partie la plus spectaculaire, celle de la défense du foyer par Hoffman (ce mathématicien risquerait sa vie et celle de sa femme pour sauver celle de l'idiot du village ! total bullshit comme on dit dans les chaumières) s'est affadie. D'autres, après, ont revu ce scénario et l'ont monté en catastrophe. 

J'ai été plutôt séduit par toute la partie qui précède la scène du viol - la montée de la violence larvée. Comme dit Hitchcock, une bombe sous une table qui explose, c'est la peur mais une bombe sous une table qui n'explose pas, c'est la terreur.

Visionné, la première fois, en mars 1980 à la télévision à Montréal

Mon 167èm film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 30 décembre 2022

28 mars 2010

166. Allen : Sleeper


Woody et les robots

Film américain réalisé en 1973 par Woody Allen
Avec Woody Allen et Diane Keaton

Suite du bêtisier des traductions de titre de film : Encore une traduction ahurissante du titre d'un film américain. 
Connaissez-vous un autre film dans lequel l'on retrouve le prénom de l'acteur principal dans le titre ? Imaginons Il buono, il brutto, il cattivo de Sergio Leone traduit par Clint, la brute et le truand.

Allen fut tellement en colère contre ce titre (inventé par un distributeur québécois) qu'il a fait mettre dans tous les contrats de distribution de ses films l'interdiction d'utiliser son nom dans les titres de ses films.

Un film de science-fiction de Woody Allen, il fallait s'attendre à une satire de ce type de film. On n'est pas déçu. L'histoire, vaguement inspirée d'une œuvre de H.G. Wells, The Sleeper Awakes publiée en 1910, n'est qu'accessoire. C'est plutôt l'occasion pour Allen d'aligner une pléthore de gags à la manière d'un stand-up comic.

En voici trois que j'aime bien :

Keaton : C'est incroyable, vous n'avez pas fait l'amour depuis 200 ans ?
Allen : Plutôt 204, si on compte mon mariage.

Allen : Mon cerveau est mon deuxième organe favori.

Allen : J'ai manqué deux cents ans de rendez-vous avec mon psychanalyste. Si je ne les avais pas manqués, je serais probablement presque guéri aujourd'hui. Pauvres shrinks (slang qui signifie professionnels de la santé mentale), Allen les maltraitera régulièrement dans tous ses films des années 70.

J'aime bien aussi que dans ce film l'on prenne à contre-pied les tendances à diaboliser certains comportements de masse, par exemple, le tabac et le fast food. Après de nombreuses études faites au 22ème siècle, le tabac et le fast-food sont déclarés bénéfiques pour la santé.

Autre moment jouissif : Diane Keaton imitant Marlon Brando dans A Streetcar Named Desire.

Visionné, la première fois, en mars 1980 à la télévision à Montréal
Mon 166ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider
Mis à Jour le 30 décembre 2022

21 mars 2010

165. Allen : Manhattan



Film américain réalisé en 1979 par Woody Allen
Avec Woody Allen, Diane Keaton, Mariel Hemingway, Michael Murphy, Meryl Streep

Annie Hall puis Manhattan, c'est le festival New York - jamais cinéaste n'a démontré une telle passion pour cette ville.

Quelle belle entrée en matière pour Manhattan : sur le "Rhapsody in Blue" de Gershwin, 60 plans en noir et blanc de New York en 4 minutes - au 4ème plan, le titre du film sur une affiche lumineuse. En observant bien, on remarque que les tours du World Trade Center sont disparus du paysage newyorkais. 
Mais qu'on pourrait donc se passer du bavardage d'Allen pendant toute cette séquence. A pu être drôle à l'époque de la sortie du film mais d'une platitude désarmante aujourd'hui, en plus d'interférer avec la musique de Gershwin.

Un des plans les plus émouvants du film - le dernier - quand Isaac (Allen), 42 ans, découvre que Tracy (Hemingway), à 17 ans (Mariel Hemingway a réellement 17 ans, d'où ce visage qui sort à peine de l'enfance), a atteint une maturité émotionnelle qu'il ne soupçonnait pas et surtout que lui-même n'a toujours pas. D'où ce gros plan sur le visage presque enfantin d'Isaac.

Prémonition que ce film : en 1997, Allen, 62 ans, va épouser la fille adoptive de sa conjointe Mia Farrow, Soon-Yi Previn, âgée de 27 ans. Dans le film Wild Man Blues de Barbara Kopple, traitant de la vie musicale d'Allen (clarinettiste), l'on constate que la relation amoureuse entre Allen et Previn était déjà inscrite dans Manhattan.

J'adore cette réplique brise-cœur de Tracy lorsqu'Isaac lui annonce la fin de leur relation : "Now, I don't feel so good". Mariel Hemingway, 17 ans, est criante de vérité. Je me suis rejoué cette séquence une dizaine de fois.

Connaissant mon amour inconditionnel pour Bergman vous ne serez pas surpris de mon bonheur à entendre Isaac mais, en fait, Woody Allen, dire que "Bergman is the only genius in cinema today" et de mettre le cinéma suédois dans sa liste des choses qui fait que la vie vaut la peine d'être vécue.

César 1980. Meilleur film étranger.

Visionné, la première fois, en janvier 1980 au cinéma Montparnasse à Paris
Court séjour de deux semaines à Paris pendant la période de Noël, marqué par l'invasion soviétique de l'Afghanistan.
Séjour un peu tristounet : froid, pluie, neige, terrasses fermées, pas vu le soleil pendant 15 jours, de quoi s'ennuyer des ciels bleus d'acier des hivers québécois... mais pas de ce qui vient avec, les -25C. Mais la météo, on s'en fout; Paris, ville que j'aime, est mille fêtes.
Mon 165ème film visionné des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 1er mai 2023

13 mars 2010

164. Hitchcock : Rear Window


Fenêtre sur cour

Film américain réalisé en 1954 par Alfred Hitchcock
Avec James Stewart, Grace Kelly, Thelma Ritter, Wendell Corey

Comme souvent chez Hitchcock, il ne se passe rien que du banal dans les 30 premières minutes (je pense, entre autres, à The Birds ou bien Psycho).

Fenêtre sur cour (titre plus intéressant que sa version anglophone, une fois n'est pas coutume) commence comme une histoire de célibataire endurci qui résiste, comment peut-il faire si ce n'est à cause d'un bon fond de misogynie, aux propositions de mariage de Grace Kelly, la divine. 

On surveille le moment où l'histoire va basculer vers le vrai propos du film ce qui prendra un bon 30 minutes. J'adore cette partie du scénario. Ça marche à tout coup pour moi. Comme dans The Birds, où je me prépare pendant 40 minutes à recevoir le plan où Tippi Hedren va se faire attaquer par un oiseau et permettre, enfin, à l'histoire de commencer.

Hitchcock invente le zapping : les fenêtres de l'immeuble comme autant de chaînes télévisées que James Stewart visite à tour de rôle à l'aide de sa lentille télescopique ; chacune des chaînes ou fenêtres présentant une variation sur le thème de la vie amoureuse.

On y retrouve l'un des plus beaux baisers de l'histoire du cinéma. Le visage de Grace Kelly qui plonge sur la bouche de James Stewart : divin.

Ce film me rappelle le roman de Georges Perec, La vie mode d'emploi, dans lequel Perec décrit la vie de tous les habitants d'un immeuble du 17ème arrondissement de Paris. Vous connaissez mon goût un peu pathologique pour les intégrales, listes et autres compilations, vous comprendrez pourquoi j'ai adoré ce livre d'un auteur qui a des passions semblables. Auteur au destin tragique que j'ai eu le bonheur de rencontrer chez des amis français à Montréal à peu près à l'époque de mon premier contact avec Rear Window.

Cahiers du Cinéma 
: Dans la liste des 10 meilleurs films de l'année 1955

Visionné, la première fois, en 1979 à la télévision à Montréal
Mon 164ème film visionné des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 30 décembre 2022

02 mars 2010

163. Cocteau : La Belle et la bête



Film français réalisé en 1946 par Jean Cocteau
Avec Jean Marais, Josette Day, Michel Auclair, Mila Parély, Nane Germon

Jean Cocteau, le prince.
J'ai voué un culte fou à Jean Cocteau au cours de ma vingtaine. Déjà la manie des intégrales était en marche, alors j'ai tout lu Cocteau. Le refus inconscient de quitter mon enfance était possiblement le fil rouge (terme psychanalytique; ça tombe bien, ce film est inondé par la symbolique freudienne) de cette passion. En tout cas, c'est ce qui nous touche chez Cocteau - l'enfance à jamais. Ah mourir noyée dans la fontaine de jouvence !

Quel beau film ! Je m'attendais (je ne me rappelais plus de ce film que ma mémoire confondait constamment avec Peau d'âne de Jacques Demy) à une fantasmagorie en noir et blanc truffé de trucs onirico-surréalistes alors qu'on se retrouve devant un chef-d'œuvre du cinéma fantastique.

Totalement emballé par la caméra d'Henri Alekan, un des plus grands opérateurs français avec Raoul Coutard.

Un conte pour enfants ? Surtout pas. La charge érotique de ce film les laissera de glace alors que nous ferons le décompte des symboles sexuels.

La transformation de la Bête en Prince charmant est décevante. On est immédiatement en deuil de la Bête. Le prince de pacotille ne fait carrément pas le poids. En y regardant bien, la Belle semble du même avis. 

On aurait le goût de dire comme Greta Garbo après avoir visionné le film : "Rendez-nous notre Bête".

Visionné, la première fois, en 1978 à la télévision
Mon 163ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 30 décembre 2022