22 août 2008

97. Peckinpah : Pat Garrett and Billy the Kid



Film américain réalisé en 1973 par Sam Peckinpah 
Avec James Coburn, Kris Kristofferson, Bob Dylan

Comme je l'ai déjà dit quelque part sur ce site, je n'ai jamais vraiment beaucoup aimé les westerns. À part les films de Leone qui ont mis une parenthèse dans ma détestation des westerns, je fuyais ce type de production. Et cette haine du western était encore plus forte durant ma vingtaine. Alors, normalement, je n'aurais pas dû aller voir ce film ce soir de juin 1973, esseulé au cœur de l'ennui fait ville, Toronto.

MAIS, il y avait Bob Dylan sur l'affiche : acteur (sic) et auteur-compositeur (ô merveille!).

Et comment dire... Dylan fut la plus belle rencontre culturelle de toute ma vie. Rencontre qui s'est faite, durant l'hiver 1973, sur les chemins poussiéreux de la campagne mexicaine au volant de ma jeep en écoutant The Greatest Hits vol.2 sur un magnétophone de poche. Ce fut un coup de foudre. Dylan chantait depuis 10 ans (nous étions en 1973) et je ne savais rien de lui hormis le hit Blowin' in the Wind; comment avais-je pu passer à côté d'une telle œuvre ?

Il y a de ces cécités culturelles qui nous semblent incompréhensibles après coup. J'allais reprendre le temps perdu. À mon retour à Montréal, j'allais me plonger pendant des années dans l'oeuvre de Dylan. 
Dylan, carrément nobélisable (ce qui fut fait en 2016, je n'en croyais pas mes yeux lorsque je l'appris durant un voyage au Japon). Parce qu'il faut lire Dylan autant qu'écouter sa musique, une des plus éclectiques qui soient.

Alors, laissez vos dvd sur la tablette pour un bout de temps et mettez vous à l'étude de Dylan.

Ah oui, le film!

Un bon qui est méchant (James Coburn-Pat Garrett avec une tête patibulaire) à la poursuite d'un méchant qui est bon (Kris Kristofferson-Billy the Kid with his angel face). Bon, d'accord, je simplifie, comme d'habitude. J'ai peut-être trop vu de westerns.

Et Dylan acteur? Nullissime dans le rôle d'un personnage insipide qui semble arrivé d'une autre planète.

Roger Ebert, un des plus célèbres critiques de cinéma américain, nous donne son appréciation plutôt désopilante, de la performance de Dylan :"His screen presence makes him look as if he's the victim of a practical jokes involving itching powder."

Point fort du film : L'émouvante ballade Knockin' on Heaven's Door lors d'une des mes séquences préférées du film. Dans cet extrait, regardez le ciel derrière le type qui agonise devant son épouse. Trop courte la scène qui nous prive d'une expérience émotionnelle intense surtout après la classique et interminable scène de tuerie. Si la séquence avait été plus longue on aurait entendu Dylan, dans le deuxième couplet, chanter "that long black cloud is coming down". Comment a-t-on pu couper une telle séquence? Ça m'a bousillé le visionnement du reste du film.



Visionné, la première fois, en juin 1973 au cinéma à Toronto
Mon 97ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 25 janvier 2023

14 août 2008

96. Coppola : The Godfather


Le Parrain

Film américain réalisé en 1972 par Francis Ford Coppola
Avec Marlon Brando, Al Pacino, James Caan, Richard S. Castellano, Robert Duvall, Richard Conte, Diane Keaton, Talia Shire, Sterling Hayden, John Cazale, Simonetta Stefanelli et Sofia Coppola sur les fonts baptismaux.

Pour moi, si The Godfather est un film si marquant et s'il mérite d'être en haut des palmarès c'est qu'il s'inscrit dans une trilogie dont l'élément majeur est le deuxième film de la saga.

Le premier volet de la trilogie souffre d'un déficit majeur de crédibilité. Les maffiosi au grand coeur dont les seules victimes sont d'autres maffiosi, jamais de civils, et qui refusent d'entrer dans le marché lucratif de la drogue parce que ça pourrait être néfaste pour les familles (et le jeu, et la prostitution, et le racket de la protection ce sont des passe-temps pour fillettes?) et pour qui la famille passe avant tout, c'est pas très crédible; ça me fait penser à la chanson insupportable d'Aznavour La Mamma. 

Je n'avais pas très aimé ce film à l'époque. Je l'aime beaucoup plus aujourd'hui parce que je m'arrête moins à la crédibilité du scénario et m'attache plus au jeu des comédiens (qu'est-ce que j'adore ce Marlon Brando!) et que je sais que le Parrain II va suivre et me plonger dans une histoire qui est imbriquée dans celle des États-Unis : sénateurs véreux, complot menant à l'assassinat de Kennedy, la chute de Batista et l'arrivée des "barbudos" à La Havane, la commission sur le crime organisé dirigée par Robert Kennedy avec en prime la naissance d'un maffioso, Vito Corleone, au cœur de Little Italy de New York au début du vingtième siècle.

"I Believe in America"
Vous rappelez-vous de la première séquence du film qui commence par cette phrase prononcée par Amerigo (c'est pas une blague) Bonasera, le directeur funéraire, que nous ne verrons plus que pendant 10 autres secondes dans la suite de la saga. Un des "zoom out" les plus déroutants de l'histoire du cinéma.
À qui parle Bonasera?

Aberration sur IMDB, The Sawshank Redemption (1er) dépasse The Godfather (2ème) au sommet des 250 meilleurs films.

Autre aberration, aucune critique du film dans les Cahiers du Cinéma. C'est qu'ils étaient dans leur période maoïste. Pour eux, à cette époque, pas de cinéma hors Godard, Straub et Eisenstein. Un grande période désertique pour nous, pauvres abonnés.

L'art de passer à côté d'un chef-d'œuvre. Jean-Louis Bory, critique de cinéma au Nouvel Observateur, intitule sa chronique du 16 octobre 1972, à propos du Parrain : Trois heures de sauce tomate. Le reste de la chronique est à l'avenant.

Oscars 1973. Trois statuettes : Film, acteur à Marlon Brando, scénario

Visionné, la première fois, en février 1973, au cinéma à Mexico
En regardant Beijing lors des Jeux olympiques d'été de 2008, j'ai l'impression de me retrouver à Mexico à l'hiver de 1973. Pollution de l'air extrême. Je reconnais bien ce smog qui bouche l'horizon à moins de 3 rues et qui oblitère le Soleil pendant des semaines. Mexico se trouve sur un haut plateau à 2250 mètres d'altitude entouré de hauts sommets. Pendant l'hiver, saison sèche, l'air reste prisonnier dans ce bassin où habitent 30 millions d'habitants et circulent 5 millions de véhicules : un désastre environnemental.
De novembre à mai, j'ai habité dans un petit hôtel au cœur de Mexico. C'était mon camp de base entre les multiples tournées que je faisais en jeep pour aller visiter les petits villages où résidaient les participants du programme Jeunesse Canada Monde dont j'étais le coordonnateur.
Je crois que je n'ai pas vu cinq films pendant toute cette période.
Mon 96ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 24 janvier 2023

03 août 2008

95. Godard : Alphaville, une étrange aventure de Lemmy Caution



Film français réalisé en 1965 par Jean-Luc Godard 
Avec Eddie Constantine et Anna Karina

Le Metropolis de Godard
Godard s'amuse à parachuter un détective (Eddie Constantine), mélange de Humphrey Bogart et de James Bond, dans un monde à la George Orwell, conjuguant ainsi film noir et science-fiction.

En utilisant Constantine (mais qui d'autre pouvait jouer un clone de Bogart), acteur popularisée dans des films de série B, dans le rôle principal, Godard fait un pied-de-nez aux cinéphiles de la Nouvelle vague mais surtout crée, chez le spectateur, un sentiment de dissonance cognitive. En gros, en revoyant ce film, j'avais souvent l'impression que Constantine ne jouait pas dans le même film que Karina. Difficile à expliquer : une impression, c'est tout. En fait, c'est l'objet du film : ils n'habitent pas la même planète.

Voir le début de la période urbanistique appelé "urban renewal" dans le Paris de 1965 est émouvant : le périphérique, le début de la construction du quartier de la Défense, l'autoroute en bord de Seine. On disait, à cette époque, que c'était le futur. Et c'est ce futur que Godard utilise pour illustrer son Alphaville.

Alphaville, c'est aussi, Raoul Coutard, à la caméra, qui fait du visage d'Anna Karina, un des plus beaux visages filmés de l'histoire du cinéma.
Jean-Louis Bory dans son recueil de critiques Des yeux pour voir : "...jamais Godard ne peint si bien l'amour que lorsqu'il lui donne le visage d'Anna Karina" Il faut tout lire Bory : chaque article est une joie.

Lecture cinéphilique
La monumentale biographie in ingliche de Jean-Luc Godard par Richard Brody du New Yorker.
Je ne l'ai pas encore lu. Si je survis à Les bienveillantes de Jonathan Littell dans lequel je suis immergé jusqu'aux oreilles, j'irai peut-être du côté de Brody.

Berlin 1965. Ours d'or
Cahiers du Cinéma : Dans la liste des 10 meilleurs films de l'année 1965

Visionné, la première fois, en 1972 à la télévision à Québec
Coup de tonnerre dans ma biographie.
En juillet 1972, fin de mon baccalauréat en Géographie à l'Université Laval de Québec.
En août, déménagement à Montréal avec ma conjointe pour poursuivre des études en urbanisme mais un merveilleux chemin de traverse (bonjour, Nicolas Hulot) s'est présenté et nous ne pouvions pas ne pas l'emprunter malgré les grands chambardements que cela entraînerait dans nos vies. Pendant un an, nous allions vivre dans nos valises. Employés à titre de coordonnateurs d'un échange de jeunes entre le Canada et le Mexique par un organisme qui venait de naître, Jeunesse Canada Monde, nous allions bourlinguer à travers le Canada de Toronto à Vancouver et, pendant six mois, vivre au cœur de plusieurs communautés paysannes du Mexique que nous allions aussi parcourir en tout sens avec notre jeep Volkswagen.
Expérience marquante, bouleversante qui temporisera pendant quelques temps mes ardeurs cinéphiliques.
Mon 95ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 24 janvier 2023

27 juillet 2008

94. Lumet : 12 Angry Men


Douze hommes en colère

Film américain réalisé en 1957 par Sidney Lumet (1924)
Avec
1er jury : Martin Balsam †1996
2ème : John Fiedler †2005
3ème : Lee J. Cobb †1976
4ème : E.G. Marshall †1998
5ème : Jack Klugman †2012
6ème : 
Ed Binns †1990
7ème : Jack Warden †2006
8ème : Henry Fonda †1982
9ème : Joseph Sweeney †1963
10ème : Ed Begley †1970
11ème : George Voskovec 
†1981
12ème : Robert Webber  †1989

Hormis les deux premiers plans, superbement amenés par Lumet, on est plus en présence de théâtre filmé que de cinéma proprement dit. Mais quelles magistrales mise en scène et direction d'acteurs. Le moins intéressant de ceux-ci étant , oh sacrilège, Henry Fonda, jouant le rôle de "monsieur parfait" auquel, tour à tour, les 11 autres jurés viennent se mesurer découvrant ainsi que, malgré leurs faiblesses et leurs blessures profondes, au fond d'eux, sommeille un être foncièrement juste et sensible.

Un des chef-d'œuvres de ce qu'on appelle les "good-feeling movies". Critères absolus : "happy end", "les bons gagnent et les méchants perdent, se convertissent ou s'autocritiquent" et les spectateurs sortent du cinéma avec un baume au cœur.

Voir ce film en se mettant à la place de la caméra. Au début, la caméra domine les personnages puis elle se place à leur niveau pour finir en contre-plongée créant ainsi à développer lentement mais irrémédiablement une sensation de claustrophobie.

Beaucoup de choses ont changé dans le contenu de cette pièce où sont enfermés les jurés du système judiciaire américain : il y a maintenant des femmes et aussi des membres d'autres groupes ethniques. On porte probablement moins le veston-cravatte; la cigarette est bannie et le baseball a perdu son importance. Mais une chose n'a pas changé, 50 ans plus tard : encore 37 États appliquent ou peuvent appliquer la peine de mort.

Lecture cinéphilique
Tu vois, je n'ai pas oublié de Hervé Hamon et Patrick Rotman.
Biographie d'Yves Montand. Brique de 800 pages dont le dernier tiers est consacré à la carrière cinématographique du chanteur.

Je n'aime pas les biographies. Je ne me souviens pas d'une biographie dont j'ai terminé la lecture tellement cet exercice littéraire tout orienté sur un seul ego finit toujours par m'ennuyer. Une seule exception, Albert Camus par Olivier Todd; mais il faut savoir que Camus fait partie de mon panthéon personnel.

Mais ici, exception. Les auteurs inscrivent la biographie de Montand dans le courant de l'histoire française des années 1930 à 1980. Comme on dit, ils fauchent large. C'est ce qui décuple l'intérêt porté à cette biographie. Parcourir Montand, c'est aussi parcourir une partie fascinante de l'histoire du vingtième siècle.

Du Front Populaire au mouvement d'extrême-gauche des années 70, en passant par l'histoire du communisme français et de sa débandade suite à son entêtement stalinien, le maccarthysme américain, le mini-maccarthysme français suite au "manifeste des 121", Mai-68 avec en prime des plongées intimes au cœur de la vie de deux "monstres" de la vie artistique du milieu du siècle : Édith Piaf et Marylin Monroe.

Cahiers du Cinéma : Dans la liste des 10 meilleurs films de l'année 1957
Berlin 1957. Ours d'or

Visionné la première fois, en 1972, à la télévision à Québec
Mon 94ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 23 janvier 2023

15 juin 2008

93. Cocteau : Orphée



Film français réalisé en 1949 par Jean Cocteau
Avec Jean Marais, François Périer, Maria Casarès, Marie Déa, Juliette Gréco

Bon sang que cette œuvre que j'avais beaucoup aimée au sortir de l'adolescence m'apparaît aujourd'hui mineure. Malaise devant ce film dont le traitement des thèmes (la vie, l'amour, la mort) a plusieurs fois des résonances de théâtre amateur; le jeu des acteurs amplifiant souvent cette perception. Quant aux effets spéciaux qui en feraient une œuvre phare aux dires de certains, ils sont plutôt contemporains de l'époque du cinéma muet.

Le poète, cet être surdoué qui flotte au-dessus du marécage dans lequel se débat le commun des mortels : plus capable de supporter cela. Allez Cocteau, on remballe sa panoplie du parfait poète et on saute à pied joint dans la misère du monde.

Durant mon adolescence, Cocteau fut pendant un certain temps mon idole. Cet éternel adolescent avait créé un univers qui ne pouvait que plaire à la jeunesse rebelle à laquelle je voulais tellement appartenir. Che Guevara, quelques années plus tard, allait renvoyer Cocteau et son monde fantasmagorique rejoindre les costumes et les déguisements dans les coffres qui s'empoussiéraient dans les greniers de mon enfance.

J'aime beaucoup la première séquence au café qui nous plonge au cœur du St-Germain-des-Prés des existentialistes d'après-guerre. On y retrouve même la muse germanopratine, Juliette Gréco que, malheureusement, on ne reconnaît pas (c'était avant le remodelage de son nez).
Unique présence au cinéma de Claude Mauriac, un auteur que j'affectionne particulièrement pour son insurpassable œuvre sur le temps qui passe, Le temps immobile

Lecture cinéphilique : Liv Ullmann : Devenir.

Devenir : Mouvement progressif par lequel les choses (les êtres?) se transforment
J'ai longtemps hésité avant de mettre cette photo. J'adore tellement Liv Ullmann; j'avais l'impression de la trahir, de la blesser en soulignant cruellement le passage du temps sur son merveilleux visage. Mais les yeux sont ceux de ses 17 ans. Et qu'on ne vienne surtout pas me dire qu'elle a acquis de la maturité, de la sagesse. Liv les échangerait illico pour retrouver son visage à la B.B. de 1972. De Gaulle disait : "La vieillesse est un lent naufrage". Naufrage, d'accord. Lent, pas sûr.

Devenir : premier de ses trois volumes consacrés à ses mémoires.
Ses études, ses débuts de comédienne, sa solitude, sa souffrance suite à l'échec de sa relation amoureuse avec Ingmar Bergman et son échec hollywoodien au plus grand plaisir de ses admirateurs. Un peu décousu tout ça mais lire Liv Ullmann c'est un baume au cœur. 

Visionné, la première fois, en 1972 à la télévision à Québec
Mon 93ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 23 janvier 2023

09 juin 2008

92. Biberman : Salt of the Earth


Le Sel de la terre

Film américain réalisé en 1954 par Herbert J. Biberman
Avec Rosaura Revueltas, Will Geer, Juan Chacon

Premier et seul (?) film communiste de l'histoire des USA; film communiste dans le sens de "réalisé et produit par des personnes appartenant ou ayant appartenus au parti communiste des USA."

Le Sel de la terre est une réponse au House Committee on Un-American Activities (HCUA) qui avait fait emprisonner (de 6 mois à 1 an) avant de les bannir d'Hollywood dix membres ou sympathisants du parti communiste qui avaient refusé de collaborer aux enquêtes menées en 1947 par le comité sur les activités des membres du milieu cinématographique qui pouvaient mettre en péril la sécurité des USA.

Les dix d'Hollywood : Herbert Biberman, Alvah Bessie, Lester Cole, Edward Dmytrick (réalisateur d'une cinquantaine de films qui sera réhabilité après avoir décidé de collaborer avec la commission), Ring Lardner, John Howard Larson, Albert Maltz, Samuel Ornitz, Adrian Scott et Dalton Trumbo dont le film Johnny Got His Gun peut être considéré comme le plus sombre et le plus effrayant plaidoyer contre la guerre.

En 1947, manifestation du Comité du "premier amendement" contre le déroulement de l'enquête de l'HCUA. À la tête de la manif : Lauren Bacall et Humphrey Bogart.

The Salt of the Earth
Interdit aux USA jusqu'en 1965
Même si vous détestez les films pesamment didactiques dans la lignée des films soviétiques à vocation révolutionnaire de la période stalinienne, il faut quand même voir ce film. Bizarre de formulation mais qui correspond à mon ambivalence face à ce film. 

Oublions le côté "solidarité mes frères et mes sœurs, ensemble nous vaincrons" qui relève plus de l'utopie du "grand soir" que de la réalité sociale dans laquelle se vit quotidiennement la lutte des classes. Zola, dans Germinal, près de 100 ans auparavant, avait déjà souligné les illusions de ce type de solidarité et surtout l'échec des masses face au Capital. Qui peut vraiment croire à la victoire finale des travailleurs de la mine dans le film de Biberman ?

Cependant, grand film très à l'avant-garde sur la lutte des femmes pour obtenir l'égalité entre les sexes. Dix ans avant les grands combats du féminisme, ce film pose les jalons de ces combats à venir. Je suis resté estomaqué par la justesse de l'analyse mais surtout par son avant-gardisme.
.
Solidarity Forever : chant syndical créé en 1915 par Ralph Chaplin pour l'Industrial Workers of the World. Chant que j'ai retrouvé dans toutes les grèves (au moins une quinzaine) auxquelles j'ai participé. Chant tellement galvaudé qu'il en est devenu une source de moquerie.

Au début du film, on entend dans le village la sirène de la mine qui annonce qu'il y a eu un accident. Ça m'a rappelé mon enfance dans le quartier ouvrier de Limoilou à Québec, lorsqu'on entendait la sirène de la plus grosse entreprise, une papetière, l'Anglo Pulp Company, appelant les secours ambulanciers mais aussi semant la panique parmi les gens de ma rue dont la plupart des hommes y travaillaient.

Lecture cinéphilique
Éric Neuhoff, La séance du mercredi à 14 heures
Un tout petit livre. Bien tassé, il ferait moins de 100 pages. Un cadeau pour cinéphile amoureux fou de cinéma mais aussi un peu compulsif. L'auteur s'amuse au "name droppings" à mon plus grand plaisir. Des tonnes d'anecdotes, des jugements à l'emporte-pièce et à l'emporte cœur, qui quelquefois me font sursauter. Exemple : "...qui aurait envie de se déplacer pour détailler les mollets de Juliette Binoche..." (méchant, non?). Mais aussi des phrases à la Truffaut, telle "Le problème fut longtemps de trouver autre choses à aimer dans la vie. Le cinéma est tellement mieux que tout le reste." (Éric Neuhoff a aussi écrit Lettre ouverte à François Truffaut, pour les inconditionnels de Frank Truff.) Deux belles pages qui commencent par "Mettons. François Truffaut n'est pas mort."

Mais, malheureusement, on n'y échappe pas. Quand un cinéphile parle ou écrit, il s'empêtre toujours les deux pieds dans la nostalgie et ça finit, immanquablement, par "Le cinéma que nous aimions était en train de mourir" ou bien "Bientôt, personne n'ira plus au cinéma, sauf les acteurs les soirs de première." Ils sont souvent comme ça : des passionnés qui roulent à 200 à l'heure, le regard dans le rétroviseur.

Visionné, la première fois, le 4 avril 1972 à la télévision à Québec
Montréal, capitale mondiale du terrorisme??? 

Dans l'actualité du jour : Deux bombes faisant un mort explosent à la mission commerciale cubaine à Montréal. Depuis 10 ans (1962), à Montréal : une douzaine de bombes faisant 5 morts et deux prises d'otages dont une avec mort d'homme (un ministre du gouvernement québécois). Front de Libération du Québec.
Mon 92ème film visionné de la liste des 1001 films de Schneider
Mis à jour le 23 janvier 2023

28 mai 2008

91. Melville : Le Samouraï



Film français réalisé en 1967 par Jean-Pierre Melville
Avec Alain Delon, François Périer, Nathalie Delon et Cathy Rosier.

D'abord, le titre : le monsieur Melville, il exagère quelque peu. On est plus en présence d'un "film noir" que d'un film de samouraï. Le dénuement, la solitude, l'absence d'émotion apparente de Jeff Costello (Alain Delon) peuvent peut-être faire illusion mais celui-ci fait plus partie de l'univers amoral des tueurs à gage solitaires que du monde des samouraïs. Un samouraï n'accepterait jamais de tuer pour de l'argent. On est à des années-lumière du bushido.

Le samouraï a dû apparaître comme un drôle d'ovni dans le ciel de la production cinématographique française des années 60 qui était caractérisée par la prise de parole politique (pensons au cinéma de Godard). Quand le film sort sur les écrans, on est aux portes de l'année 68 où toute la vie sera évaluée à l'aune de la lutte des classes. Slogans : "Tout est politique" "Si tu ne t'intéresses pas à la politique; la politique, elle, s'intéresse à toi". Melville tombait bien mal avec son Jeff Costello aux préoccupations bassement individualistes. Toute la presse de gauche lui "fera sa fête". Les Cahiers du Cinéma (numéro 196, décembre 1967) ne lui accorderont que quelques lignes, ravageuses et frôlant le mépris.

Jeff Costello est un personnage échappé d'un film de Robert Bresson; il pourrait être le grand frère de Michel du film Pickpocket. Même impassibilité, même absence d'émotion, même visage de marbre; tous les deux aux marges de la psychose.

Le film de Frank Tuttle, This Gun for Hire, réalisé en 1942, un modèle du film noir, est souvent cité à titre de références de Melville pour la réalisation de Le samouraï .

  
Alan Ladd et Veronica Lake dans This Gun for Hire.
La ressemblance (physionomie et costume) entre Alan Ladd et Alain Delon est sidérante

L'affiche du film me fait penser à une couverture d'un roman de San Antonio. Le titre serait Les amours, aïe! aie! aie!...

Visionné, la première fois, en 1971 à la télévision à Québec
Mon 91ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 23 janvier 2023

22 mai 2008

90. Kurosawa : Rashômon



Film japonais réalisé en 1950 par Akira Kurosawa
Avec Toshiro Mifune, Machiko Kyô, Masayuki Mori, Takashi Shimura.

Un film japonais.
Je perds tout sens critique quand je vois un film japonais tourné durant cette période (1930-1970). Je suis un inconditionnel des Kurosawa, Mizoguchi, Kobayashi, Shindo, Ozu, Teshigahara
.
Déjà, à 20 ans, lors de mes nuits de ciné-club de la télévision de Radio-Canada, fin des années 60, sur une télé en tons de gris (les noirs et les blancs s'étant fait la valise depuis belle lurette), je m'extasiais devant tous ces films de samouraïs à la lame justicière. Harakiri de Masaki Kobayashi fut le premier à m'initier à cette passion!

Rashômon : la porte du dieu Rasho à Kyoto au 12ème siècle
Assis sous le portique de cette porte délabrée, à l'abri d'une pluie diluvienne comme on n'en voit que dans les films japonais (et dans la série Lost!!!), trois personnes racontent les quatre versions entendues d'un crime impliquant un samouraï, son épouse (superbe interprétation de Machiko Kyô, oubliée à cause de la présence de Mifune) et un bandit de grand chemin (Toshiro Mifune, plus grand acteur japonais de tous les temps avec 186 films à son actif) Sa prestation, trop marquée, à la limite du cinéma muet, m'a assez agacé jusqu'à ce que je lise que Kurosawa lui avait demandé de modeler son interprétation sur celle d'un lion.)

Le génie du film est dans la narration : confuse à souhait par l'utilisation de flashbacks qui se contredisent et qui ne permettent pas aux spectateurs de trouver une solution à l'histoire racontée.

Mais pour moi, le coup de génie de ce film réside dans les dernières séquences qui, oubliant les péripéties de l'histoire, plongent au coeur de la condition humaine.

Une fin de film comme un Envoi : Sous le marécage de la vanité, de l'égoïsme, du mensonge et de la haine, la petite flamme de la bonté humaine vacille mais tient bon.


Une réplique de la porte de Rashomon telle que construite pour le film Rashomon. La porte originale est disparue depuis des centaines d'années. Une pierre commémorative indiquant son site se retrouve à Kyoto.

Que vient faire le Boléro de Maurice Ravel dans cette forêt du 12ème siècle???
Assez déconcertant. Dissonance certaine entre deux époques que dis-je entre deux civilisations. 
Le Boléro
Répétées cent-soixante neuf fois par la caisse claire (soit 4056 battements), ces deux mesures d’ostinato donnent au Boléro de Ravel son rythme uniforme et invariable.

Le Boléro au cinéma
1936 : One in a Million de Sidney Lanfield
1950 : Rashōmon de Akira Kurosawa
1957 : El Bolero de Raquel de Miguel M. Delgado
1977 : Allegro non troppo de Bruno Bozzetto
1979 : Elle de Blake Edwards
1979 : Stalker d'Andrei Tarkovsky
1981 : Les Uns et les Autres de Claude Lelouch. Séquence magistrale.
1992 : Le Batteur du Boléro, court-métrage de Patrice Leconte avec Jacques Villeret dans le rôle du batteur
2002 : Femme fatale de Brian de Palma
2003 : Basic de John McTiernan
2004-2006 : Cashback de Sean Ellis

Venise 1961. Lion d'or et prix des critiques italiens.

Visionné, la première fois, en 1971 à la télévision à Québec
Mon 90ème film de la liste des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 23 janvier 2023

18 mai 2008

89. Dreyer : La Passion de Jeanne d'Arc



Film français réalisé en 1928 par Carl Theodor Dreyer
Avec Maria (Renée) Falconetti, Eugène Silvain, André Berley, Maurice Schutz, Antonin Artaud

Un des plus formidables huis-clos de l'histoire du cinéma. Sensation d'étouffement tellement les plans rapprochés se succédant à un rythme rapide nous emprisonnent dans cet univers inquisitorial. Jamais, pendant tout l'interrogatoire, n'avons-nous une vue d'ensemble de ce tribunal qui s'acharne sur la Jeanne. Étouffement tel que la sortie de Jeanne de la prison en direction de l'échafaud nous apparaît comme un immense soulagement. Enfin, un espace ouvert. Le bûcher libérateur.

Dreyer a monté le film en 1500 plans. Parmi ceux-ci, j'ai compté 403 très gros plans du visage de Jeanne.

Une prestation de comédienne qui n'a que le visage (sans voix, sans corps) pour exprimer toute la gamme des émotions vécue par un personnage soumis à un tribunal d'Inquisition. Falconetti accomplit une prouesse jamais égalée dans toute l'histoire du cinéma.

Je suis en amour avec Falconetti : ses yeux, sa bouche, sa détresse; aucune actrice à cette époque (que dis-je toutes les époques) n'offre une telle prestation. Une si grande détresse avec une telle retenue, c'est inoubliable.

Si vous n'êtes pas touchés, c'est parce que, comme dirait Amélie Poulain, vous êtes moins qu'un légume car même les artichauts ont un cœur.

Falconetti est morte, oubliée, à Buenos Aires en 1946.

Lecture cinéphilique : Hitchcock/Truffaut.
Hitchcock a beaucoup adapté d'œuvres littéraires. Alors la sempiternelle question de la détérioration de l'œuvre littéraire lors de son adaptation cinématographique est revenue le hanter tout au long de sa carrière. Lorsque Truffaut soulève cette question, il répond par cette amusante petite histoire :
"Deux chèvres sont en train de brouter les bobines d'un film. Lorsque l'une demande à l'autre si elle se régale; cette dernière lui répond qu'elle aimait mieux le livre."

Visionné, la première fois, en 1971 à la télévision à Québec
La version visionnée en 1971 était bien étriquée (70 minutes au lieu de 82). Ce n'est qu'en 1981 qu'on trouva dans un asile psychiatrique (!!!) de Norvège la version originale qu'on croyait avoir perdu dans les flammes au début des années 30. La bande sonore qui accompagne cette version, Voices of Light, composée en 1985 par Richard Einhorn, est un oratorio inspiré par le film : magistral.
Mon 89ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 22 janvier 2023

09 mai 2008

88. Lang : Metropolis



Film allemand réalisé en 1927 par Fritz Lang
Avec Alfred Abel, Gustav Fröhlich, Rudolf Klein-Rogge, Brigitte Helm
D'après le roman de Thea von Harbou, Metropolis.

Quel feu d'artifice!
Les spectateurs ont dû être complètement pétrifiés par la démesure de cette œuvre. Pas de précédents dans une telle démesure. Birth of a Nation de Griffith qui pourrait s'en approcher est maintenue à distance par son scénario connu par tous à travers les livres d'histoire. Avec Metropolis, on sort du temps et de l'espace connu. Le scénario, assez simple, s'efface derrière le gigantisme des décors et de la figuration (37,000 personnes). Coût de la production converti en dollars d'aujourd'hui : 200 millions$

Metropolis fait partie de cette vision idéologique récurrente du progrès et de la science : ceux-ci nous mènent tout droit vers l'enfer. Metropolis a ouvert la voie à une pléthore de films qui nous dépeindront la ville comme un lieu dantesque : Blade Runner, Dark City, The Fifth Element, Solyent Green (Titre français: Soleil vert, film sous-estimé), etc. On aime bien se faire peur. 

On a cru un moment que les villes occidentales se dirigeaient vers cette destinée (pensons à New York des années 1970; je me souviens, lors de ma première visite à New York en 1979, être arrivé dans la ville par le tunnel Lincoln qui aboutit sur la 42ème rue, découvrant une dizaine de voitures désossées et criblées de balles) mais, dans un sursaut salutaire, les villes occidentales, même les plus grandes, sont redevenus des lieux de désirabilité résidentielle. La ville-centre qui, pendant des décennies, s'est vidée de sa population au profit des banlieues (surtout dans les villes nord-américaines) devenant des lieux de désolation et de criminalité élevée est à nouveau réinvestie par les populations. Renaissance de la ville : les industries ont quitté le cœur des villes, les espaces résidentiels ont été rénovés, les cours d'eau ont été dépollués, des parcs ont été aménagés, les rues piétonnes se sont développées, la rue principale a repris vie. Il fait bon, à nouveau, habiter au cœur des villes; l'augmentation exorbitante du prix des logements en fait foi. Comme quoi, le pire n'est pas toujours certain.

Metropolis : la ville de 2006 (année indiquée dans le roman).


En réalité, cette photo me fait plus penser aux villes d'Amérique du Nord des années 1960-1970, à l'époque de ce qu'on appelait le "urban renewal" (démolir la ville ancienne obsolète afin d'y reconstruire une ville à la Le Corbusier : tours à bureau, tours résidentielles, reliées par des autoroutes qui pénètrent au cœur de la cité). Voir ci-dessous un projet pour le quartier médiéval du Marais à Paris qui devait disparaître pour laisser place au Plan Voisin, œuvre de Le Corbusier.


Heureusement, Paris a échappé à ce massacre. Le futur, d'accord, mais ailleurs, pas au détriment de l'histoire de la ville. Et c'est bien ailleurs, à La Défense, que les promoteurs de ce type de développement ont appliqué les grandes théories urbanistiques de Le Corbusier

Si je m'emballe tellement à chaque fois que la question urbaine apparaît c'est qu'on entre au cœur de ma vie professionnelle : 31 ans d'enseignement consacré au Monde urbain. Ça laisse des traces indélébiles.

Grande faille dans ma cinéphilie : je n'ai jamais vu Metropolis sur grand écran. 

Octobre et Metropolis résolvent la lutte des classes !
Deux films tournés en 1927 par deux des plus grands réalisateurs de cette époque : Eisenstein et Lang
Deux films qui traitent de la même thématique : la lutte des classes et sa résolution.

Coïncidence jamais soulignée dans les articles lus consacrés à ces deux films.
Si la résolution de la lutte des classes par le renversement du pouvoir en place par la population (thèse défendue par Eisenstein dans Octobre) nous apparaît pratiquement incontournable dans un régime dictatorial, comment regarder sans rire la résolution de la lutte des classes proposée par Lang dans Metropolis. 

Dans la thèse défendue par Lang et, incidemment, par le régime nazi qui s'apprête à prendre le pouvoir, le capital (la bourgeoisie vivant au sommet de Metropolis) et le travail (la masse obscure des travailleurs dont les quartiers sont enfouis dans les catacombes de la ville) apprennent à collaborer dans l'harmonie et l'amour pour le bon fonctionnement de Metropolis.

Visionné, la première fois, en 1971 à la télévision à Québec.
Mon 88ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 22 janvier 2023

01 mai 2008

87. Eisenstein et Alexandrov : Octobre



Film soviétique réalisé en 1927 par Sergei M. Eisenstein et Gregori Alexandrov
Avec Vladimir Popov, Vassili Nikandrov, Layaschenko

Propagande 101
On ne s'attardera pas sur le contenu de cette oeuvre de commande pour commémorer le 10ème anniversaire de la prise de Petrograd-Leningrad-St-Pétersbourg par les Bolchéviques. La valeur historique de ce document est totalement compromise par l'ombre omniprésente du petit père des peuples (Staline) qui impose autocensure d'abord puis, on n'est jamais mieux servi que par soi-même, taille dans le produit fini pour le rendre plus conforme à la vision du pouvoir en place; par exemple, de nombreux plans où on retrouvait le personnage de Trotski ont été supprimés.

J'ai lu certaines analyses qui traitaient d'Octobre comme si c'était un documentaire; on en est à des années-lumière. Il faudrait parler plutôt de docu-menteur ou de documen-taire.

Pour prendre la mesure de la situation, imaginez Bush commandant à Spielberg de faire un film commémorant le cinquième anniversaire de la prise de Bagdad par les Américains; le dit film étant évidemment supervisé par les néo-cons(ervateurs) de Washington. On parlerait du canular du siècle dans les salles de rédaction tant une telle situation serait impensable.

Octobre est un poème symphonique, un oratorio, une épopée "à la Chanson de Roland", n'y cherchons pas une analyse historique scientifique de la Révolution d'Octobre.

Si Octobre est un chef-d'œuvre de l'histoire du cinéma c'est, évidemment, au traitement cinématographique qu'il le doit. Une grande partie de l'art cinématographique d'Eisenstein est rassemblé dans cette œuvre. Il définit une forme de langage cinématographique qui caractérisera toute son œuvre. Selon Eisenstein, un film devrait pouvoir se passer d'intertitres (voir Le Dernier des hommes de Murnau) ou du moins les utiliser au minimum; certains éléments stylistiques du langage cinématographique devraient compenser la parole ou le texte. C'est ce que Eisenstein veut démontrer et Octobre est une complète réussite à ce niveau.

Deux éléments stylistiques retenus :
1. Montage rapide et saccadé des plans.
Au début du film, 60 secondes, 20 plans. Impression d'urgence; insurrection du peuple comme une débâcle au printemps.
Pour demeurer fidèle à la comparaison mentionnée plus haut, vous ne pourrez pas vous empêcher de faire le parallèle entre la destruction de la statue du Tsar et celle de Saddam Hussein, un certain 9 avril 2003.
2. Le "montage intellectuel"
Créer une signification nouvelle par la juxtaposition de deux images ou de deux plans successifs qui, pris séparément, n'ont pas cette signification. C'est la juxtaposition qui crée le sens.
Par exemple, un plan de Kerensky, chef du gouvernement provisoire que veulent renverser les bolchéviques parce qu'il reproduit à nouveau l'ancien pouvoir impérial tsariste, est suivi d'une image de Napoléon. Reçu 10 sur 10 mon capitaine!

Aujourd'hui, cette technique fait les beaux jours de la caricature ou de la pancarte de manifestation; c'est probablement pour ça que les films d'Eisenstein nous apparaissent souvent comme d'énormes caricatures d'autant plus qu'ils étaient la plupart du temps des commandes du pouvoir en place.

Lecture cinéphilique
Hitchcock/Truffaut.
Probablement, le plus célèbre livre sur le cinéma jamais écrit. Entre 1962 et 1966, tous les étés, Truffaut rencontre Hitchcock à Universal City à Hollywood et lui pose des questions (plus de 500) sur son œuvre. Chacun de ses films est analysé.

Contrairement au milieu cinématographique européen où Hitchcock est considéré comme un des plus grands réalisateurs de l'histoire du cinéma, l'ensemble des critiques américains le considérait plutôt comme un cabotin qui développait une œuvre facile destinée au grand public. Ce qui faisait dire à un de ses critiques s'adressant à Truffaut : "Ce livre fera plus de mal à votre réputation en Amérique que votre plus mauvais film" Truffaut ajoute : "Heureusement, Charles Thomas Samuels se trompait et il se suicida un ou deux ans plus tard, pour de meilleures raisons, j'espère."

Visionné, la première fois, le 14 décembre 1971 à la télévision à Québec

Mon 87ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 22 janvier 2023

26 avril 2008

86. Lewis : The Nutty Professor


Docteur Jerry et Mister Love

Film américain réalisé en 1963 par Jerry Lewis
Avec Jerry Lewis, Stella Stevens, Del Moore

"Jerry Lewis est fort peu apprécié dans son pays. Il suscitera toutefois une grande admiration de la part de certains critiques français qui voient en lui le continuateur des gloires burlesques de la grande époque." Monsieur Cinéma, Nos films de toujours. 

Je dois avouer que je fais partie de ceux qui sont médusés par l'affection portée à Jerry Lewis par les Français. Jerry Lewis a toujours été, pour moi, le cancre de la comédie. Son humour m'a toujours royalement tombé sur les nerfs. C'est peut-être parce que le burlesque me laisse, au mieux, la plupart du temps indifférent. Par exemple, si vous m'invitez à voir un film de Mel Brooks, prévoyez quelques psychotropes hilarants; quelques bières pourraient aussi faire l'affaire.

Ce qui me fascine par-dessus tout dans ce film, c'est l'utilisation de la couleur. Le flamboiement des rouges, des bleus, des jaunes posés en a-plat traverse le film. La plus grande costumière de l'histoire du cinéma américain, Edith Head, les reproduit sur les vêtements de Stella.


Edith Head est tout simplement la reine de la création des costumes du cinéma américain. Elle participa à ce titre à 431 films de 1927 à 1982 et remporta 8 oscars en cours de route.

La scène la plus célèbre de ce film. La scène finale lors du bal de promotion : la descente aux enfers du professeur Kelt qui voit son personnage charismatique de Buddy Love se métamorphoser graduellement en professeur Nigaud devant tous les élèves de la promotion.


C'est probablement à cause de cette scène (du moins je l'espère, parce que pour le reste, non vraiment pas) que ce film mérite sa place dans beaucoup de palmarès. Brian de Palma s'en serait-il inspiré pour l'épisode du bal de finissants de Carrie qui, également se métamorphose, passant d'ange à démon.


John Travolta dans Saturday Night Fever est, en fait, un clone de Buddy Love (Jerry Lewis)


Pas de lecture cinéphilique en cours. Je suis immergé dans Millénium de Stieg Larsson. Pourtant, je suis toujours déçu par ces "coup-de-cœurs" médiatiques. Non, c'est faux, j'ai adoré Le Seigneur des anneaux de Tolkien.

Cahiers du Cinéma : Dans la liste des 10 meilleurs films de l'année 1963. Impossible à comprendre cette passion des critiques des Cahiers du Cinéma pour Jerry Lewis. Ils sont la risée des critiques américains, en fait, de tous les critiques de cinéma.

Visionné, la première fois, le 8 décembre 1971 à la télévision à Québec
Mon 86ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 22 janvier 2023

21 avril 2008

85. Rocha : Terre en transe



Film brésilien réalisé en 1967 par Glauber Rocha
Avec Jardel Filho, Paulo Autran, José Lewgoy, Glauce Rocha

Un film coup-de-poing...sur la gueule de tous les manipulateurs politiques qui récupèrent les révoltes citoyennes contre de méchants dictateurs afin d'installer un pouvoir tout aussi totalitaire caché sous le maquillage du populisme. Ce film est à désespérer des belles causes qui, toujours, finissent dans le lit de petits potentats.
"Un film opéra-mitrailleuse" dit Jean-Louis Bory dans La nuit complice. Un critique dont il faut lire les textes dès qu'il s'agit d'un film des années 60 ou 70.

Film-désespoir. Réalisé dans le courant des années soixante, période durant laquelle l'Amérique latine a été profondément marquée par les révoltes paysannes et par le développement de nombreux mouvements de libération, ce film nous envoie en pleine gueule un des slogans de la gauche soixante-et-huitarde, "Élections, piège à cons". 

Message : Pas de changement politique significatif sans faire table-rase du système politique en place. Donc, seule la prise des armes par les masses paysannes et ouvrières peut induire un changement significatif et permanent de la société dans une optique égalitaire. Voilà la leçon transmise par ce film de Glauber Rocha que l'on sent complètement désabusé suite à l'échec de l'aventure démocratique brésilienne qui s'est soldée par la prise du pouvoir des militaires en 1964; pouvoir qu'ils conserveront jusqu'en 1985.

Film au montage un peu confus, parfois difficile à suivre, mais œuvre des plus marquantes de cette période durant laquelle le cinéma latinoaméricain (pensons au bolivien Jorge Sanjines) se présente comme un outil de sensibilisation et de combat contre les régimes totalitaires pour la plupart soutenus par les États-Unis.

Je ne sais pas exactement quand a commencé ma passion pour l'Amérique Latine. Mais je me rappelle qu'en 1967, alors que j'avais 20 ans, je vouais une admiration insensée pour Che Guevara que j'avais appris à connaître à travers quelques rares articles de magazines français. J'étais surtout fasciné par son image : béret, barbe hirsute, cigare, toute la fierté du monde dans ses yeux, le plus séduisant des révolutionnaires. "Un, deux, trois, plusieurs Vietnam", son mot d'ordre le plus éclatant, c'était à peu près toute la connaissance que j'avais de sa pensée politique.

Cette passion allait se nourrir au cours des années suivantes de plusieurs événements : cours de Géographie sur l'Amérique latine à l'université Laval, voyage au Mexique à l'été 1970, élection de Salvador Allende au Chili en 1970, séjour de plusieurs mois au Mexique en 1972-1973, mon projet de doctorat en Géographie au Chili malheureusement avorté par le renversement du régime Allende le 11 septembre!!!1973; tout ça constamment nourri de lectures, de films, de musique à contenu latinoaméricain.

Bon, n'anticipons pas trop. Nous sommes en novembre 1971 et Allende est au pouvoir; le premier gouvernement communiste élu de l'histoire. Vraiment à l'avant-garde démocratique par rapport à tous les pays d'Amérique Latine dominés par des régimes dictatoriaux, militaires ou non. Il semblait donc, contrairement au message du film de Rocha, que les urnes pouvaient vraiment apporter une solution aux problèmes socioéconomiques de l'Amérique Latine. Mais deux ans plus tard, l'armée chilienne dirigée par le général Pinochet, largement soutenue par la CIA, allait mettre un couvercle étanche sur cette expérience unique de démocratie et faire rentrer le Chili dans le rang des dictatures militaires.

Il faudra attendre les années 2000 pour voir la mise en place démocratique de gouvernements sociaux-démocrates. Alors, presque tous les pays d'Amérique du Sud seront touchés par ce vent libérateur : Venezuela, Brésil, Bolivie, Chili, Uruguay et, depuis hier le 20 avril, le Paraguay.

Film introuvable en Amérique du Nord (avril 2008).
J'ai réussi à en dénicher une vieille copie sur VHS à la cinémathèque québécoise à Montréal que j'ai pu visionner sur leur antique magnétoscope.

Cannes 1967. Prix de la critique.

Visionné, la première fois, le 25 novembre 1971 au ciné-club de l'Université Laval à Québec
Quel beau dessin, typique de l'iconographie révolutionnaire de cette époque qui nous apparaît aujourd'hui dans toute son innocence et dans toute sa simplicité (dans le sens de simpliste, aussi).
Mon 85ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 22 janvier 2023

14 avril 2008

84. Malle : Le Souffle au cœur



Film français réalisé en 1971 par Louis Malle
Avec Léa Massari, Benoit Ferreux, Daniel Gélin

Coup de tonnerre dans les chaumières.
Malgré sa sortie en pleine révolution sexuelle du début des années 70, ce film a quand même créé un émoi certain chez beaucoup de spectateurs. Non seulement, l'inceste y est-il évoqué mais, de plus, l'auteur n'y apporte aucun jugement moral, comme si ce n'était pas un des plus grands tabous de la civilisation occidentale. 

Il faut dire que le glissement vers la relation incestueuse apparaît au spectateur comme l'aboutissement normal de la tendresse mère-enfant qu'on peut rencontrer habituellement dans une famille pas trop dysfonctionnelle. Si, en plus, la mère est la superbe Léa Massari, alors là, les tabous fondent dans ses yeux en amande comme neige au soleil qui, soit dit en passant, tarde à faire disparaître les congères accumulées dans ma cour arrière (encore 2 mètres de neige à certains endroits, on rigole pas!).

Avant la sortie du film, quelques remous au cœur de l'administration française : censurer ou non ce film. En tout cas, on l'empêchera d'être sélectionné pour représenter la France au Festival de Cannes de 1971.

Extrait des documents de Cannes 1971 : "Louis Malle aborde l’inceste. Le film est défendu par des artistes comme Jeanne Moreau, John Lennon et Milos Forman. Il ne sera pas censuré, ni primé. Juste un haut-le-coeur passager..."

Si la première partie du film (avant le séjour à l'Hôtel des Bains) nous donne le goût de hurler : "Pas encore un film d'ado !!!," la deuxième partie, toute proustienne (on pense souvent au séjour du narrateur à Balbec dans À l'ombre des jeunes filles en fleur), nous amène dans le confort douillet des ambiguïtés des premiers émois amoureux.

Malgré le lieu, Dijon, et l'année, 1954, c'est vraiment un extrait autobiographique authentique que nous présente Louis Malle, à l'exception de la scène de l'inceste, dit-il.

Beaucoup de références littéraires tout au long du film :
Boris Vian, J'irai cracher sur vos tombes
Saint-Exupéry, Le petit prince
Henry de Montherlant, Les jeunes filles
Goethe, Le roi des aulnes
Proust, l'œuvre en général
Tintin
Albert Camus, L'état de siège 
et la grande surprise : Pauline Réage (Dominique Aury, née Anne Desclos), Histoire d'O qui venait de paraître.

Lecture cinéphilique : La folle vie de Woody Allen par Marion Meade.
Habituellement, je ne raffole pas tellement des biographies, leur préférant, et de loin, des écritures du côté de l'autofiction : journaux, carnets, mémoires. Pour vous dire cette passion, j'ai lu dans la dernière décennie Le Temps immobile de Claude Mauriac, pas une mince affaire que cette recherche du temps perdu en 6000 pages; mais un immense voyage émouvant à travers le siècle.

Visionné, la première fois, le 17 novembre 1971 au cinéma Empire à Québec
Mon 84ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 21 janvier 2023

10 avril 2008

83. Leone : Le Bon, la Brute et le Truand



Film italien réalisé en 1966 par Sergio Leone
Avec Eli Wallach, Clint Eastwood, Lee Van Cleef

Ce qui surprend en visionnant Le Bon , la Brute et le Truand (1966) après avoir déjà vu Il Était une fois dans l'Ouest (1968) c'est de voir à quel point ce dernier est tributaire du premier. Plusieurs éléments clés, sans parler de toute la stylistique, étaient déjà présents dans BBT.

Quelques exemples :
1. La séquence du début est presque identique dans les deux films : trois malfrats (dont Al Mulock présent dans les deux films) s'apprêtent à attaquer un individu qui aura gain de cause sur eux.
2. La séquence du duel au soleil à la fin du film : même tension, même gros plans sur les regards, rythme musical identique, etc.
3. Le pendu, au bout de sa corde en déséquilibre; dans BBT sur une croix de bois, dans Il était une fois dans l'Ouest sur les épaules du petit frère.
4. L'imbrication de l'intrigue dans l'Histoire américaine.
5. Et la musique de Morricone...

Scène de mauvais goût pour ne pas dire carrément odieuse : Dans un camp nordiste, l'orchestre de prisonniers obligé de jouer pour enterrer les cris d'un prisonnier qu'on torture. L'analogie avec des scènes connues des camps de concentration nazis nous saute en pleine figure et nous salit un peu.

Eli Wallach : la plus importante prestation d'acteur du film. Clint "stone face" Eastwood est peut-être l'icone des westerns spaghettis mais, dans ce film, il est carrément laissé dans les "starting blocks" par Wallach. Quarante ans plus tard, ce même Wallach, à 91 ans, nous donne une savoureuse prestation d'acteur dans un rôle de scénariste en fin de vie, dans le film de Nancy Meyers, Holiday.


Eli Wallach, alors et maintenant

Lecture cinéphilique : Eisenstein, Le cinéma comme art total de Gérard Conio.
De 1929 à 1932, Eisenstein, accompagné de deux collègues du milieu du cinéma soviétique, séjourne en Occident : Suisse, France, USA et, enfin, Mexique où il essaiera de réaliser une grande fresque sur la société mexicaine. Que viva Mexico! ne sera jamais produit faute de financement adéquat. Des parties seulement de cette œuvre se retrouveront dans d'autres films tels que Thunder Over Mexico dont l'atrocité de certaines scènes en ferait, selon certaines critiques, le prédécesseur de la série Mondo Cane. 
Tout le financement du film reposait sur les épaules de Upton Sinclair (1878-1968), un écrivain américain communiste (si si, ça existait), dont une œuvre Oil vient d'apparaître sur nos écrans : There Will Be Blood de Paul Thomas Anderson.

Visionné, la première fois, le 22 octobre 1971 au cinéma Le Bijou (!!!) à Québec
Les noms de salle de cinéma à Québec au début des années 1970, à l'époque où il y avait encore des cinémas de quartier, reflétaient toute cette période des premières décennies du cinéma durant laquelle celui-ci représentait l'exotisme des pays lointains et le rêve inatteignable. À Québec, on retrouvait Paris (le cinéma de Paris, le Pigalle, l'Odéon), Venise (le Rialto, le Lido), l'Espagne (le Granada), Athènes (le Capitol).
Mon 83ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 21 janvier 2023

07 avril 2008

82. Eisenstein : Ivan le Terrible



Film soviétique réalisé en 1944-1946 par Sergei M. Eisenstein 
Avec Nikolai Cherkasov (Tsar Ivan IV), Serafima Bermann, Mikhail Nazvanov, Pavel Kadochnikov, Vsevolod Pudovkin
Musique : Sergei Prokofiev

À l'époque, je n'ai pas dû éprouver beaucoup de plaisir (autant dire que je m'étais royalement emmerdé) en visionnant ce film sur un petit écran de télé en début de nuit. J'étais entré dans ce film sans aucune connaissance de l'histoire russe; alors, tous ces complots de la cour impériale me laissèrent assez indifférents puisque je n'y comprenais rien. La présentation caricaturale d'Ivan et de son entourage, amplifiée par une prestation des comédiens qui semblaient avoir oublié que le cinéma parlant avait été inventé 15 ans auparavant tant leurs expressions faciales étaient chargées, ajoutèrent à mon désintérêt.

Ce qui saute aux yeux en visionnant à nouveau ce film, plus de 30 ans plus tard, c'est le parallèle qu'on ne peut éviter de faire entre la destinée d'Ivan le Terrible et celle de Staline.

Dans la première partie, on voit bien l'analogie entre la Russie d'avant Ivan et la Russie de Nicolas II du début du 20ème siècle. Cette partie se termine par la montée d'Ivan vers Moscou appuyée par le peuple. On ne peut s'empêcher d'y voir la prise du pouvoir par les bolchéviques avec Lénine à leur tête. Eisenstein a d'ailleurs remporté le prix Staline pour cette première partie de Ivan le Terrible.

C'est dans la deuxième partie que la référence à Staline est remarquable. Cet Ivan IV, tsar de toutes les Russie, qui installe un pouvoir totalitaire et tyrannique (excusez le pléonasme), s'attaquant même à ceux du peuple qui lui ont permis de s'emparer du pouvoir; cet Ivan, c'est la personnification même de Staline. Alors pas de deuxième prix Staline pour Eisenstein (dixit les Cahiers du Cinéma) mais plutôt le déshonneur, la censure et l'interdiction de représentation publique du film pendant 10 ans.

Par ailleurs, on s'est émerveillé et on a crié au chef-d'œuvre devant la mise en scène de cette œuvre. Mais ça me semble un tantinet exagéré (oui, je sais, je suis gonflé de mettre des bémols sur le cinéma de S.a M.ajesté Eisenstein) quand on voit comment Eisenstein joue de la caméra, des décors et des expressions corporelles comme on le faisait à la belle époque de l'expressionnisme allemand des années 20.

Par exemple, les ombres portées sur les murs qui inondent de nombreux plans étaient déjà une technique dont on avait abusé jusqu'à plus soif à l'époque des Lang, Wiene et Murnau.




M
(1931) de Fritz Lang

Un des nombreux plans de Ivan le Terrible avec des ombres portées


Lecture cinéphilique
Eisenstein, le cinéma comme art total de Gérard Conio.
Parcours de la biographie et de la production filmique d'Eisenstein en utilisant quelques documents inédits apparus après la "désoviétisation" de l'empire.
Extrait : Eisenstein: "Hier, j'étais chez Staline. Nous n'avons éprouvé aucune sympathie l'un pour l'autre."
Conio : "Eisenstein a obtenu ce qu'il voulait. Il pourra mourir tranquille puisqu'il a réussi à préserver cette deuxième partie de Ivan le Terrible qu'il considère comme son testament. Mais elle ne paraîtra qu'en 1958, dix ans après sa mort et 5 ans après celle de Staline. "

Conversation d'Eisenstein avec Staline à propos de Ivan le Terrible, tenue le 26 février 1947. En préambule à la conversation, des remarques du bureau politique justifiant la censure du deuxième volet de Ivan le Terrible.

Cette conversation nous montre le petit père des peuples donnant des leçons d'histoire à Eisenstein dans le but de lui faire corriger la deuxième partie de Ivan. Eisenstein, sarcastique, demande à Staline vers la fin de la conversation s'il a d'autres instructions à lui donner. Staline, accusant le coup, lui répond qu'il ne lui donne pas d'instructions mais seulement le point de vue des spectateurs (sic).
Délirant : Staline, demandant à Eisenstein de diminuer la longueur de la barbe d'Yvan ainsi que la durée des baisers que celui-ci donne à son épouse.

Cahiers du Cinéma : Dans la liste des 10 meilleurs films de l'année 1944

Visionné, la première fois, le 31 août 1971 à la télévision à Québec
Mon 82ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 21 janvier 2023