11 mai 2009

132. Renoir : Boudu, sauvé des eaux



Film français réalisé en 1931 par Jean Renoir
Avec Michel Simon (Priape Boudu), Charles Granval (Édouard Lestingois), Marcelle Hainia (Emma Lestingois), Sévérine Lerczinska (Chloé Anne-Marie)

D'abord, parlons de Paris.
Boudu, sauvé des eaux, c'est le Paris de René Clair, revu et corrigé par Jean Renoir.

Lors du message sur le film Le million, je parlais de ma tristesse de ne pas voir, dans ce film de René Clair, le Paris des années 30, ayant plutôt à me farcir, à la place des vraies rues de Paris, des maquettes et du carton-pâte
.
Le hasard a voulu, en 1976, que je vois le film de Renoir seulement 4 jours après celui de Clair. Alors, voilà, Renoir me donne le Paris dont je rêvais en voyant le film de René Clair.

Lorsque je ne ne suis pas scotché à mon écran de télé ou de portable, je donne des conférences et des cours : Venise, ville médiévale en péril; Les changements climatiques; Tremblements de terre, tsunami et volcans; La Traversée des Alpes françaises à pied et L'histoire de la ville : de Babylone à New York. Je termine toujours ce dernier cours en présentant un diaporama de photos sur Paris, ce qui permet de faire une synthèse de l'histoire de l'urbanisme en Occident.

Alors, Paris, pour moi, c'est la Ville; Hemingway ne disait-il pas Paris est une fête. (J'ai toujours pensé jusqu'à aujourd'hui que le titre était Paris est mille fêtes - pour vous dire mon préjugé pro-Paris). Livre incontournable pour les amoureux de Paris. Expérience urbaine à jamais inoubliable - mes six mois à Paris en 1988.

Tout ça pour dire que j'ai été fasciné par ce Paris de 1931 que Renoir nous présente. Mais, surtout, impressionné par cette séquence où l'on voit Michel Simon, en clochard, déambuler sur les quais de la Seine, passant devant les bouquinistes, complètement noyé dans la foule anonyme. Un faux documentaire plus vrai que vrai.

Boudu, mais c'est Néandertal dans votre salon.
C'est le surmoi en vacances.
Quand le surmoi n'y est pas, le Ça danse.
(Droits d'auteur enregistrés pour ces 3 phrases.)

Deux séquences avaient causé des émeutes lors de la sortie du film au point d'en suspendre la projection 
Boudu, mangeant avec ses doigts des sardines dégoulinantes et Boudu, essuyant le cirage encore frais de ses chaussures avec les draps en satin de la bourgeoise.

En fait, tout le film est une immense tarte à la crème lancée à la figure de la bonne société.

La finale du film, c'est Boudu, sauvé des autres.
Dans le deuxième scénario de noyade, Boudu n'est pas sauvé des eaux mais, plutôt, il se sauve des autres, de l'encadrement trop serré de la société et, tel un poème de Prévert, il bondit hors de l'École (qui dit École avec une majuscule, dit dogmatisme, n'est-ce pas ?) et, déguisé en épouvantail (ce qu'il est, de fait, pour la société), s'en va parcourir les chemins de France.

Visionné, la première fois, le 6 juin 1976 à la télévision à Montréal
Mon 132ème film visionné des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 28 décembre 2022

03 mai 2009

131. Clair : Le Million



Film français réalisé en 1931 par René Clair
Avec René Lefebvre, Annabella, Jean-Louis Allibert, Paul Ollivier, Vanda Gréville

Charmant, mignon, sentant le printemps, mais une comédie musicale du pauvre, quand même, surtout quand on sait ce qui se fait et ce qui se prépare, à ce moment-là, aux USA, côté comédies musicales (42nd Street, Footlight Parade, Gold Diggers of 33).

On peut aimer, mais pardi que ça fait piécette de salle paroissiale. Je sais, c'est du réalisme poétique. Mais me crée une grosse fatigue, le réalisme poétique. J'ai trop donné lors de ma tendre adolescence dans Cocteau et compagnie. Alors, maintenant autre chose.

Pourquoi donc Paris en carton-pâte ? D'accord, des décors magnifiques - les toits de Paris sont remarquables même si les cheminées tanguent dangereusement lors des poursuites. C'est un poème, ce décor. (Alexandre Trautner, le plus grand décorateur de cinéma s'y trouve à ses débuts). 

Mais peut-on vraiment ne pas être chagriné par toute cette vie parisienne qui se déroule en dehors des studios de Joinville-le-Pont (je crois) et qui nous échappe à jamais. Le Paris de 1930, mais si, on en veut.

Je suis en train de visionner les dix épisodes de la magistrale série de Louis Feuillade, Les Vampires, tournée en 1915 : un monument. Très surpris par la vivacité des différentes histoires. D'habitude, les films muets, sauf quelques trop rares exceptions, m'assomment d'ennui même si j'y trouve un certain plaisir intellectuel à découvrir l'histoire du cinéma en marche. Mais ici, chaque épisode nous réserve des surprises quant au déroulement de l'histoire, mais, surtout, ce qui surprend, plus particulièrement, c'est l'abondance des plans et des séquences tournés en extérieur.

Toujours Les Vampires. Pas de Paris en carton-pâte mais Paris live; entre autres, une séquence merveilleuse où l'on voit les personnages montés à Montmartre en passant près du Sacré-Cœur, avec en arrière-plan, Amélie Poulain (je vous jure!). J'aurais aimé que Carné emprunte la même voie pour Le Million au lieu de revenir au Paris de studio des débuts du cinéma.

Tiré de DVD Toile : "Quand sortit Les Temps modernes de Charles Chaplin, Tobis, le distributeur du film de René Clair voulut engager une action judiciaire pour plagiat. Le réalisateur ne souhaita pas s'y associer, déclarant que c'était pour lui un compliment si le film de l'artiste américain était inspiré du sien. L'affaire, plaidée en France et aux Etats-Unis, dura jusqu'à la veille de la Seconde Guerre mondiale. Sur la pression de ses avocats, Chaplin accepta une transaction. Lui et Clair restèrent amis."

Chaplin a piqué une autre idée de René Clair. La séquence de rugby sur la scène de l'Opéra se retrouve, presqu'à l'identique (un poulet au lieu d'un blouson), dans la scène de la salle de bal dans Les Temps modernes

Deux perles de René Clair :
1. Il prédit la fin du cinéma avec l'arrivée du parlant - difficile de se planter plus que ça.
2. Laurel et Hardy ? " Personne ne les trouve drôles, sauf le public. " 
Du pré-Yogi Berra. Vous ne connaissez pas ce fameux receveur des Yankees de New York des années 1950 ? C'est lui qui disait des trucs comme : "C'est pas fini tant que ce n'est pas fini". Ou bien "This place is too crowded, nobody goes there anymore".

Visionné, la première fois, le 2 juin 1976 à la télévision à Montréal
Mon 131ème film visionné des 1001 films du livre de Schneider
Retiré de la liste de Schneider en 2013.
Mis à jour le 28 décembre 2022

26 avril 2009

130. Fassbinder : Fox et ses amis



Film allemand réalisé en 1975 par Rainer Werner Fassbinder
Avec Rainer Werner Fassbinder (Fox) , Peter Chatel, Karlheinz Böhm, Harry Baer, Ingrid Caven.

Lutte des classes 101.
Que l'histoire se déroule dans la communauté gaie de Munich n'est qu'accessoire. Ce qui, d'ailleurs, attira les foudres de la dite communauté sur le jeune réalisateur allemand.

En effet, pas de combat pour les droits des homosexuels, ni apologie de leur mode de vie, ce film présente un conflit entre des représentants de deux classes sociales différentes, leur orientation sexuelle n'étant à aucun moment un élément important de la problématique. En faisant l'impasse sur la difficulté d'intégration des gais dans la société, Fassbinder ne rendait pas un très bon service à la lutte des homosexuels pour la reconnaissance de leurs droits - d'où les foudres qu'il s'attira.

Hormis quelques scènes de nudité intégrale qui m'avaient ému à l'époque, on oublie rapidement que toute cette histoire se passe dans un milieu homosexuel. Jamais, l'orientation sexuelle des personnages ne semble poser problème - par exemple, les parents des deux protagonistes n'y trouvent rien à redire. Il semblerait, en regardant ce film, que la société civile de l'Allemagne de 1975 était complètement ouverte à l'expression de la diversité sexuelle, ce qui n'était certainement pas le cas.

Merci de nous enseigner que les gais sont tout à fait comme les straights quant à leur comportement en société. L'orientation sexuelle n'a aucun incident sur la gestion de la relation des classes, sur l'exploitation de l'homme par l'homme, sur l'incapacité à gérer adéquatement le pouvoir. Alors, ne pas se cacher derrière une fausse apparence d'ouverture à l'autre parce que notre pratique sexuelle n'est pas celle de la majorité. Le substantif "straight" (conservateur, réactionnaire, esprit obtus) transcende tous les groupes sociaux, gais inclus. 

À mettre dans le même bain que cette bluette qui date des années 1970 qui essaie de nous faire croire que le monde serait meilleur s'il était dirigé par des femmes. Le monde est tel parce qu'il y a diversité de valeurs, d'intérêts et d'opinions plus pas mal d'autres choses. Il n'y a pas une telle chose que la femme une et universelle dispensatrice d'amour et de paix.

Visionné, la première fois, le 26 mai 1976 au cinéma St-Denis à Montréal
Mon premier film à thématique gai depuis... Blanche-Neige et les sept nains.
Mon 130ème film visionné des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 28 décembre 2022

19 avril 2009

129. Renoir : Partie de campagne



Film français réalisé en 1936 par Jean Renoir
Avec Sylvia Bataille, Georges Darnoux, Jane Marken, André Gabriello, Jacques Brunius, Paul Temps

Quarante minutes de pure merveille.

La Symphonie pastorale de Beethoven, mise en images.

1936. Le Front Populaire, les vacances, l'insouciance, l'été sur le bord de l'eau, quelque diable poussant la belle, un baiser en gros plan (très gros plan - rare), mouillé d'une larme pour le bonheur impossible, l'orage, puis, bientôt, les bottes allemandes aux portes de Paris.



Victoire du Front populaire. 3 mai 1936

Tourné du 15 juillet au 25 août 1936, près de Marlotte et Montigny-sur-Loing, sur les berges de l'Essonne et au pont des Sorques sur le Loing. À cause de dissensions entre le réalisateur et le producteur, Pierre Braunberger, le film ne sortit que 10 ans plus tard à Paris.

Les horreurs de la distribution du film classique français au Québec : j'avais une copie VHS détériorée repiquée d'un original abimé avec des sous-titres en anglais blanc sur blanc - un horrible produit. Parce que nous, en région 1 (Amérique du Nord), on n'a pas encore droit à une copie numérisée sur dvd. Il faut attendre que Criterion ou Kino introduise ce titre dans leur collection; comme ils sont pratiquement les seuls à faire ce boulot, on souffre.

Lecture cinéphilique
Cahiers du Cinéma numéro 634. Mai 2008
Entretien avec Col Nedham, le fondateur de Internet Movie Database.
On y fait l'historique de la plus grande banque de données cinématographiques au monde.
Si, au départ, IMDB était britannique, elle est maintenant américaine depuis son rachat par Amazon

Visionné, la première fois, le 19 mai 1976 à la télévision à Montréal
Mon 129ème film visionné des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 7 février 2023

12 avril 2009

128. Coppola : The Godfather : Part II



Film américain réalisé en 1974 par Francis Ford Coppola
Avec Al Pacino, Robert Duvall, Diane Keaton, Robert de Niro, John Cazale, Talia Shire, Lee Strasberg (professeur d'art dramatique à l'Actor's Studio pendant 30 ans - professeur de Pacino, de De Niro et de Brando - autant dire que sans lui Godfather aurait été tout autre). 

Des moments forts qui expliquent pourquoi c'est mon film préféré de la saga des Godfather :

1. D'abord l'arrivée à Ellis Island de Vito Andolini.

2. La Havana, le 31 décembre 1958 : l'entrée des "barbudos" dans la capitale pendant que le système pourri de Batista se délite à vue d'œil.
Castro et Guevara qui amassent un maximum de capital de sympathie du monde entier; capital que Castro va dilapider lentement au cours de son règne entaché par l'équarrissage des droits de l'homme.
Le partage du pouvoir : le grand échec de tous les systèmes communistes du 20ème siècle. Pas un n'a pu résister à la dictature. Peut-être que le chilien Allende y serait arrivé, ayant été le premier (le seul?) dirigeant communiste élu lors d'un scrutin électoral.

3. Michael Corleone qui corrige le détestable Comment se faire des amis de Dale Carnegie, (j'ai toujours détesté ce livre, ce titre, que, par ailleurs, je n'ai jamais lu. Mais le mandat du livre m'horripilait au plus haut niveau. ).
Alors voilà la version des Corleone de Comment se faire des amis : Lire en continuité la scène durant laquelle le sénateur de l'Utah dit à Michael son profond mépris des ritals mafieux et celle, quelques jours plus tard, dans la chambre d'un motel appartenant aux Corleone, alors que le même gouverneur se retrouve au lit à côté d'une fille brutalement assassinée, implorant l'amitié de ces même ritals pour le sortir de cet horrible cauchemar.

4. La solitude du "tueur" de fond.
Michael, pour assurer et affermir son pouvoir, fait le vide autour de lui. D'où la dernière séquence où l'on voit Michael qui, à l'instar de Charles Foster Kane, se retrouve seul dans son Xanadu du lac Tahoe au Nevada. Sombre et triste.

Ellis Island



De 1892 à 1954, le port d'arrivée de millions d'immigrants européens.

On n'oubliera jamais dans Titanic de James Cameron, l'image de Kate Winslet, sur le bateau qui a rescapé les naufragés du Titanic, regardant la Statue de la Liberté lorsque le bateau entre dans la baie de New York.

Quel moment émouvant pour moi lorsqu'il y a quelques années, j'ai trouvé dans la banque de données de Ellis Island le nom de ma grand-mère, Matilde Mauri. L'histoire familiale avait toujours été confuse à propos de son arrivée au Canada et là, j'avais sous les yeux, le registre du bateau sur lequel elle s'était embarquée au Havre le 13 avril 1913 avec sa sœur, Rachele et sa mère. Je pouvais presque imaginer le fonctionnaire lui demandant son nom, son âge (19 ans), sa provenance (Carlazzo, Lombardia, Italia) et sa destination (Montréal, Canada).

On peut imaginer les frissons de ma grand-mère en voyant la Statue de la liberté après une traversée durant laquelle on a du commémorer le naufrage du Titanic qui avait eu lieu tout juste un an auparavant.


Mais c'est à mon grand-père que je pensais en voyant le jeune Vito Andolini arrivé seul à Ellis Island.
Mon grand-père, provenant de Lucca en Toscane, avait quitté, seul, son village à l'âge de 13 ans (1904) avec une pancarte autour du cou, indiquant son identité. Il se rendit, seul, à Gênes et prit, seul, le bateau l'amenant à Halifax au Canada puis en train jusqu'à Montréal où l'attendait son père. Sur le bateau, il devint l'ami d'un Italien de son âge provenant de Carlazzo (Carlo Mauri) et qui allait devenir, en 1915, son beau-frère, en mariant sa sœur Matilde Mauri

J'ai lu chez David Thomson dans son bouquin "Have You Seen...?" (Les 1000 meilleurs films de Thomson commentés sur 1000 pages) qu'il existe un remontage chronologique des deux premiers Godfather - expérience que je nous souhaite tous.

Oscars 1975 : Six statuettes : film, réalisation, scénario, acteur de soutien à Robert DeNiro, direction artistique, musique.

Visionné, la première fois, le 15 mai 1976 au ciné-parc de St-Bruno, banlieue de Montréal
C'est quoi ces conneries d'aller voir un tel film dans un ciné-parc.
Mon 128ème film visionné des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 5 février 2023

05 avril 2009

127. Cassavetes : A Woman Under the Influence


Une Femme sous influence

Film américain réalisé en 1974 par John Cassavetes
Avec Gena Rowlands, Peter Falk, Lady Rowlands, Katherine Cassavetes.

Mon titre sous-jacent :
La folie en tant que mode de gestion de la violence conjugale.

Allez, un peu de psychologie-maison pour sortir d'une première impression que j'estime fausse.

Pour moi, la personne la plus dysfonctionnelle de ce couple n'est pas celle qui porte le symptôme. Cette folie apparente de l'épouse n'est là que pour canaliser la violence refoulée du mari qui trouve ainsi un exutoire socialement acceptable. En effet, quel mari pourrait supporter calmement un tel désordre émotionnel chez sa femme - d'où la compassion qu'il attire de la part de ses partenaires de travail et des spectateurs (et de la plupart des critiques de cinéma) mais pas de la famille immédiate qui a une vision plus juste et plus nuancée du drame familial.

Les accès colériques et, quelquefois, très violents du mari ne sont pas le fait d'un homme déboussolé par la folie de sa femme. Il faut inverser la relation causale. C'est la folie de la femme qui est la conséquence de la violence potentielle du mari. C'est sa façon de survivre dans ce couple. C'est un classique de la violence conjugale.

Cette phrase du mari, venue de nulle part, est lourde de sens :
" Ma femme n'est pas cinglée. D'accord, elle pourrait se jeter sous une voiture ou mettre le feu à la maison mais elle n'est pas cinglée ". En fait, le mari parle de lui-même parce que l'on voit bien que ces comportements ne font pas partie de la folie de sa femme mais de la sienne propre - folie potentiellement violente (voir la dernière séquence du film).

Je sais, je n'ai vu nulle part une telle analyse. Mais je persiste quand même.

Avec Cassavetes, on est à des années-lumière de Hollywood. Son œuvre, qui commence au début des années 60, est à mettre en parallèle avec la production de la Nouvelle vague. On sort des studios et des scénarios taillés au couteau pour investir les personnages, donner de la place à l'intimité et mettre la caméra en liberté.

Cassavetes, le plus français des réalisateurs américains, ne serait-ce que par son habileté à gérer les scènes de table : le petit déjeuner au spaghetti est une œuvre d'anthologie.

Visionné, la première fois, le 14 mai 1976 au cinéma Élysée à Montréal
Je venais d'emménager (le 1er mai) dans un appartement de la rue Bourbonnière à Montréal (mon 8ème déménagement en 7 ans) où je verrai, à la télé, les Jeux olympiques de Montréal sans mettre les pieds au stade qui est à 500 mètres de chez-moi. C'était une décision politique : boycotter les jeux du maire Drapeau, le "roi" de Montréal depuis 16 ans et boycotter un stade qui nous coutera finalement 1,2 milliard de dollars : quelles aberrations ! - le stade et me priver de participer à la fête olympique.
Huit déménagements en 7 ans et un objet fidèle à travers toutes ses pérégrinations - ma boite de fiches de cinéma qui allait aboutir dans ce site, 30 ans plus tard.
Mon 127ème film visionné des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 5 décembre 2022

29 mars 2009

126. Welles : Citizen Kane



Film américain réalisé en 1941 par Orson Welles
Avec Orson Welles, Dorothy Comingore, Joseph Cotten, Everett Sloane, William Alland

D'abord, ceci :
Devant une telle œuvre, co-écrite, réalisée et jouée par un jeune homme de 25 ans, on reste pantois. Œuvre de génie.
En fait, le génie c'est le scénariste Herman J. Mankiewicz. À ce sujet, voir le film capital de David Fincher, Mank, réalisé par David Fincher.

Rosebud - probablement le mot le plus célèbre de l'histoire du cinéma - avec sûrement une dizaine d'autres que j'oublie, lesquels? Le dernier mot prononcé par Charles Foster Kane juste avant de mourir sera l'objet de l'histoire du film. Un journaliste partira à la recherche de la signification de ce mot en interviewant toutes les personnes significatives dans la vie de Kane.

La réponse, à la fin du film, dans la fournaise où brûle les milliers d'objets inutiles et sans valeur économique de la vie de Kane - une luge, dont la marque de commerce est "rosebud". Tout l'abîme émotionnel de Kane dans ce symbole : la luge avec laquelle il jouait le jour où sa mère (et son père, accessoirement) va l'abandonner définitivement en le remettant entre les mains d'un tuteur "bancaire". Toute sa vie à combler le trou laissé par cette blessure narcissique.

Mais parle-t-on de Kane ou de Welles? On a trop vu Hearst sous Kane, alors qu'il faudrait y chercher aussi Welles.

Autre signification plus prosaïque, en fait plus poétique, de Rosebud. C'est un secret intime extirpé de la vie privée de William Randolph Hearst. C'est le nom qu'il donnait au clitoris de sa maîtresse Marion Davies, par ailleurs actrice à Hollywood. On peut imaginer la colère herculéenne qu'a dû subir Welles - en fait presque fin de carrière pour monsieur Welles qui ne s'en ai jamais remis financièrement.

Recherchez ce type d'images, construite spécialement pour ce film par l'opérateur Greg Toland. Elle foisonne dans le film. Tout le champ au foyer. Aurait mérité tous les oscars pour la cinématographie pour toute la décennie 1940.


Si vous avez déjà vu Citizen Kane et avant de le revoir pour une énième fois, je vous conseille de visionner un documentaire tiré de l'émission de la télévision publique américaine, The American Experience, The Battle Over Citizen Kane. On retrouve ce document dans les suppléments de ce dvd double (Zone 1)


Un documentaire de 2 heures, en anglais et sous-titré en anglais, retrace, en montage parallèle, les carrières de William Randolph Hearst (une part importante du personnage de Kane) et de Orson Welles. L'hypothèse des auteurs, audacieuse, est de faire ressortir les similitudes entre les deux hommes : génie de la communication et de la manipulation, mégalomanie, des carrières qui atteignent rapidement leur sommet pour s'écraser dans un long decrescendo vers une fin détestable.

À l'été 2004, durant un long périple en voiture à travers les USA, de Montréal à Los Angeles en passant par les grands parcs nationaux américains (17 000 kilomètres en 6 semaines), j'ai visité le fameux château construit à San Simeon le long de la Highway One, la plus belle route de Californie, par le grand magnat de la presse américaine de la 1ère moitié du 20ème siècle, Willam Randolph Hearst, sujet du film de Orson Welles. C'était une façon de prendre la mesure de la mégalomanie de cet américain qui réussit à rassembler sur sa personne tout ce qu'on déteste le plus des grands capitalistes omnipotents. Il a créé le 4ème pouvoir : contrôle de la presse donc contrôle et manipulation de l'opinion publique. Mais le pouvoir politique lui échappa : battu à tous les paliers de gouvernement. Le pire n'est pas toujours sûr.

Le plus célèbre duo de critiques de cinéma américain, Gene Siskel et Roger Ebert, critiquent Citizen Kane . Sur le site At the Movies, on peut avoir accès à plus de 5000 critiques de film extraits de leur célèbre émission qui a eu différents animateurs après le décès de Siskel en 1999.

Oscars 1942 : Scénario à Herman J. Mankiewicz. C'est tout ? Hearst veillait à la déconfiture de Welles.

Visionné, la première fois, le 14 avril 1976 à la télévision à Montréal
Mon 126ème film visionné des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 4 février 2023

22 mars 2009

125. Bertolucci : Le Dernier tango à Paris



Film italien réalisé en 1972 par Bernardo Bertolucci 
Avec Marlon Brando, Maria Schneider, Jean-Pierre Léaud, Catherine Allégret, Catherine Breillat

J'avais commencé à lire, il y a plus de dix ans, "la biographie non autorisée" de Marlon Brando par Peter Manso. Je n'ai jamais complété cette lecture, bloquée à l'année 1965, à peine la moitié de la brique parcourue - vaincu par l'énorme champ de batailles parsemé de cadavres que constitue la vie privée de Brando. Mais je suis demeuré convaincu, depuis cette lecture et le visionnement de presque tous ses films, que Brando est peut-être le plus grand acteur de toute l'histoire du cinéma et ce n'est sûrement pas Le dernier tango à Paris qui remettra en question cette opinion.

J'ai replongé dans le livre de Manso au chapitre traitant du Dernier tango à Paris pour y découvrir que Brando y donne la plus intimiste performance de toute sa carrière. Brando ne compose plus. Le film, en fait, par l'entremise d'un Bertolucci toutes voiles psychanalytiques dehors, nous présente un Brando plongeant dans les douleurs de son enfance et de sa vie dissolue pour nous présenter un personnage aux limites de la décompensation psychotique.

Trop de choses à dire sur ce film. Et comme je déteste lire les blogs qui sont trop longs, je ne vais quand même pas tomber dans ce piège. Je suis abonné à plein de blogs que je lis rarement, finalement. Je les trouve toujours trop longs et plutôt que de n'en lire qu'une partie, je ne les consulte presque plus. Ils sont là, poussés par Netvibes sur ma page d'accueil, abandonnés à leur sort.

Il faut voir ce film pour Brando - le reste, les autres, qu'accessoires.
Premier plan inoubliable : Brando, de dos, les mains sur les oreilles, hurlant à la mort au passage du métro aérien. Tout l'abime du film dans ce cri primal.

Une énigme demeure : Mais qu'est donc venu faire cette fille (presque une gamine) de 19 ans au visage poupin, Maria Schneider , sans expérience, dans une telle partition cinématographique. Il fallait l'innocence et l'imprudence de son âge pour aller se jeter en pâture au pied du monstre sacré du cinéma. Elle en sortira éclopée pour la vie tant au niveau personnel qu'au niveau de sa carrière. Qui eût cru qu'après un tel rôle, sa carrière ne réussirait jamais à prendre son envol. Marquée à jamais, Maria.

Pourquoi Antoine Doinel (personnage interprété par Jean-Pierre Léaud dans les films de Truffaut) dans cette histoire? Imbuvables toutes ces séquences, en mode mineur, nous présentant le déroulement d'un tournage étudiant. Allez, tout ça dans la corbeille de la salle de montage. Léaud, que j'ai tant aimé au temps de ma jeunesse cinéphilique, pas capable de le voir dans ce film. Un freluquet à côté de Brando. On dit qu'il était tellement impressionné par Brando qu'il aurait demandé à Bertolucci de tourner ses scènes les jours où Brando était absent du tournage.

Avril 1976. J'étais vraiment téméraire ou inconscient (mettons inconscient) d'aller voir ce film (un sommet du machisme masculin mais aussi de la détresse individuelle) au temps du féminisme rugissant avec ma conjointe d'alors qui était une pasionaria de la lutte des femmes. Je vous dis pas le séisme qui s'ensuivit.

Probablement, le seul texte sur Le dernier tango à Paris dans lequel il n'est pas question de produits laitiers....

Visionné, la première fois, le 4 avril 1976 au cinéma Outremont à Montréal
Mon 125ème film visionné des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 4 février 2023

15 mars 2009

124. Hitchcock : Psycho



Film américain réalisé en 1960 par Alfred Hitchcock
Avec Anthony Perkins, Janet Leigh, Vera Miles, John Gavin, Martin Balsam

Point de vue un peu iconoclaste et outrageant pour l'œuvre de Hitchcock.

Attention, on coupe
(Oui, je sais, vous regardez l'affiche, et vous vous dites qu'il y a sûrement une erreur graphique. On a planté le buste de Marilyn sur la poitrine de la petite Janet; mais c'est bien pour marquer que ce film est aussi une histoire de soutifs - blancs, noirs - et de voyeurisme.)


The End
On aurait pu arrêter le film sur cette image fulgurante, juste après l'assassinat de Marion Crane (Janet Leigh).

Imaginez, un film d'une durée de 45 minutes et, en plus, qui nous laisse complètement dans le cirage quant aux motifs du meurtrier! (quoique le dialogue entre Marion et Norman Bates allumait tous les marqueurs de la psychopathologie). Il n'en faut pas plus, habituellement, pour faire un film-culte.

Mais le pauvre Hitchcock aurait été expédié pieds et poings liés outre-atlantique par son producteur hollywoodien.

Tout le reste, l'enquête et le "si on retournait sur les lieux du crime pour se donner des frissons", c'est la concession (excusez M. Hitch.) à Hollywood et au grand public. Admettons que cette 2ème partie nous relance dans un deuxième film avec de nouveaux personnages : mais film beaucoup moins intéressant si l'on excepte le magnifique plan de la chute du détective dans l'escalier après avoir été poignardé par Norman Mamie Bates. Film dont le final est affreux. Avait-on vraiment besoin de cette séquence de psycho-blabla?

Faites un essai : Visionnez les 45 premières minutes du film jusqu'au plan de l'œil, puis éteignez et allez prendre votre douche. Je vous garantis que vous allez siffler ou chantonner dans la douche - d'où l'expression "siffler en traversant un cimetière".

En pensant à Kieslowski, on pourrait intituler ce nouveau film amputé de sa deuxième partie : A Short Film About Killing.

Un marketing du tonnerre!

Hitchcock avait demandé aux gérants des cinémas de ne laisser entrer personne après le début du film. Tout le monde joua le jeu. Ce fut suffisant pour jeter des queues interminables aux portes de tous les cinémas des USA pendant des semaines. Réussite totale au box-office même si les critiques ont boudé le film. On a dit que les critiques avaient gardé rancune à Hitchcock d'avoir annuler les projections de presse et de les avoir obligé à découvrir le film en même temps que le public. 


En voyant cette annonce, je ne pouvais pas m'empêcher de penser au livre d'un mes auteurs humoristiques préférés, Bill Bryson - The Lost Continent: Travels in Small-Town America - traduit en français sous le titre Motel Blues (1989). À lire absolument en anglais, si possible. C'est la chronique d'un itinéraire improvisé à travers l'Amérique profonde des années 1980. Dans sa bagnole, l'auteur court les routes d'arrière-pays; parcours balisé de motels plus pourris les uns que les autres.

Un autre livre du même Bryson, aussi délirant et passionnant pour un amateur de randonnée en montagne comme moi, A Walk in the Woods, qui raconte sa tentative avortée de parcourir l'Appalachian Trail - sentier pédestre de plus de 3400 kilomètres qui part de la Georgie et se termine au nord du Maine en suivant les sommets des Appalaches.

Curiosité : Gus Van Sant a fait un remake en couleur shot-by-shot de Psycho en 1998. Je ne l'ai pas encore vu mais il semble que Van Sant a reproduit à l'identique le film original (mêmes cadrages, mêmes angles de prises de vue, mêmes dialogues, même musique). La critique est, par contre, dévastatrice. Évaluation IMDB : 4,6 sur 10.

Cahiers du Cinéma : Dans la liste des 10 meilleurs films de l'année 1960

1961. Aucun Oscar et aucune nomination pour Psycho. L'Académie est passé complètement à côté de ce chef-d'œuvre, à preuve la liste des nominés et du gagnant du meilleur film de l'année 1960 :
The Apartment - Billy Wilder, gagnant
The Alamo - John Wayne
Elmer Gantry - Bernard Smith
Sons and Lovers - Jerry Wald
The Sundowners - Fred Zinnemann
O.K. pour The Apartment, mais pour le reste, ça vaut pas de la roupie de sansonnet (ça faisait longtemps que je voulais la placer celle-là; en souvenir du gros Georges !)

Visionné, la première fois, le 2 avril 1976 à la télévision à Montréal
Mon 124ième film visionné des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 3 février 2023

08 mars 2009

123. Lumet : Dog Day Afternoon


Un après-midi de chien

Film américain réalisé en 1975 par Sydney Lumet.
Avec Al Pacino, John Cazale, Charles Durning (amoureux involontaire de Dustin Hoffman dans Tootsie), Chris Sarandon, Lance Henriksen (début de carrière du fameux et touchant Frank Black de la série Millenium)

Encore une traduction de titre qui ne rend pas l'esprit du film.
Dog days of summer signifie les jours les plus chauds de l'été. En français, on pourrait traduire dog days par jours de canicule. Donc le titre en français devrait être "Un après-midi de canicule"; évidemment, ç'est moins frappant que "Un après-midi de chien" mais comme la chaleur joue un rôle important dans ce film, du sens est perdu par cette dernière traduction.

Attica ! Attica !
Une séquence qui contribua à faire de la performance de Al Pacino dans Dog Day Afternoon une des plus grandes performances de l'histoire du cinéma américain; même pas oscarisé.

La prison d'Attica, dans le nord de l'état de New York, fut le lieu d'une des plus terribles émeutes en milieu carcéral de l'histoire des USA. Durant 4 jours, entre le 9 et le 13 septembre 1971, des prisonniers ont tenu en otage une dizaine de gardiens. L'assaut final du corps policier fit 39 morts dont 10 policiers. La sauvagerie de cet assaut a marqué la population et a contribué à discréditer encore plus les forces policières. Moins d'un an après cette sauvagerie sanglante, Sonny (Pacino) a beau jeu de faire un parallèle entre sa prise d'otages et celle d'Attica, au grand plaisir de la foule, en s'attaquant à la présence massive des policiers qui entourent la banque.

J'adore cette réplique. : "Je suis avec un gars qui ne sait pas que le Wyoming n'est pas un pays et tu penses que tu as des problèmes ". Sonny (Pacino) avait demandé auparavant à son partenaire (Sal) dans quel pays il voulait aller avec l'avion qu'ils obtiendront en échange des otages; celui-ci avait répondu, le Wyoming.

Commémoration : Mort à 42 ans, John Cazale, interprète de Sal, n'a tourné que dans 5 films, tous marquants.

Oscars 1976. Meilleur scénario

Visionné, la première fois, le 22 mars 1976 au cinéma à Montréal
Mon 123ème film visionné des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 1er février 2023

01 mars 2009

122. Welles : The Lady from Shanghai


La Femme de Shanghai

Film américain réalisé en 1947 par Orson Welles
Avec Rita Hayworth, Orson Welles, Everett Sloane, Glenn Anders

L'histoire ? Mais on s'en fout.
Elle est complètement tordue. Un vrai labyrinthe. De retournement en retournement, on ne s'y retrouve plus. On jette la serviette, carrément. J'ai même l'impression que Welles, lui-même, à un certain moment, y perd tout intérêt.

À classer avec The Big Sleep de Howard Hawks, dans la catégorie des films noirs au scénario complexe, à la limite de l'entendement. Dans The Big Sleep, même le scénariste ne pouvait expliquer au réalisateur où était passé un tel personnage à la fin du film, alors vous imaginez les pauvres spectateurs. Mais, en fait, ces derniers n'en avaient rien à faire de l'intrigue parce que ce qui les avaient attirés vers ce film c'était le couple vedette de l'heure, Humphrey Bogart et Lauren Bacall.

Moi, je vous suggère, lorsque vous visionnerez ce film de ne pas trop prêter attention au déroulement de l'intrigue, sans intérêt de toute manière, et de concentrer votre attention sur les aspects qu'on néglige habituellement dans ce type de film : le regard des personnages, la photographie (cadrage et raccords), les lieux de l'action, les éléments qui parasitent l'histoire (par exemple, lors du procès, éternuements, ricanements, etc.).

Le film noir : genre cinématographique
Une expression née en 1946 dans un article du critique français Nino Frank dans lequel il regroupe sous cette appellation cinq films qui viennent de sortir sur les écrans parisiens après la Libération - The Maltese Falcon (1941), Murder, My Sweet (1944), Double Indemnity (1944), Laura (1944) et The Lost Weekend (1945). C'est ainsi qu'il qualifie ce nouveau type de film policier.

Les éléments constituants du film noir : scénario complexe dont la fin est obligatoirement tragique; une femme fatale (habituellement blonde et "gorgeous") qui manipule tout le monde; un bon gars (le détective), un tas de méchants (les arnaqueurs, les avocats, etc); tout ça baigne dans la corruption, le chantage; une esthétique particulière : beaucoup de scènes de nuit dans des environnements urbains glauques, des noirs et blancs fortement contrastés, des angles de prises de vue bizarres, des ombres qui vous terrorisent.

Welles fait prendre l'air au film noir. The Lady of Shanghai a tous les attributs du film noir sauf pour l'environnement. À l'exception de la première séquence dans Central Park la nuit et la fin du film dans l'univers claustrophobique de la salle des miroirs (une des séquences les plus mémorables de l'histoire du cinéma, juste après la douche dans Psycho de Hitchcock), presque toute l'histoire se déroule en plein air.

Alors beaucoup d'extérieurs
1. Rita Hayworth se faisant bronzer, étendue, sur des rochers. Pas film noir, du tout.
2. Les falaises d'Acapulco vues en plongée. On est loin des bas-fonds de New York.
Et cette séquence à couper le souffle lorsqu'un personnage, en pleine dépression, après avoir évoqué la fin prochaine du monde à cause de la prolifération de l'armement nucléaire, nous donne l'impression de sauter en bas de la falaise. Tout surpris de voir réapparaître le type en question dans une séquence ultérieure, il faut retourner en arrière pour voir la subtilité du jeu de la caméra qui nous a induit en erreur.
3. La partouze sur la plage mexicaine.
4. Les fameuses rues en pente de San Francisco. Dans un flash-forward de notre cru, on peut presque voir Sharon Stone, dévalant les rues de Frisco dans Basic Instinct.

Sujet à développer :
Michael O'Hara, le personnage joué par Orson Welles : "You can't escape it or fight it. Get along with it." Synthétiser en une phrase, la théorie de Henri Laborit : quand on ne peut s'échapper d'une situation insoutenable ou la combattre efficacement, l'anxiété devient reine. Belle illustration de cette théorie dans le film d'Alain Resnais, Mon oncle d'Amérique

Visionné, la première fois, le 14 mars 1976 à la télévision à Montréal
Visionné le même jour, au cinéma Outremont, le film de Claude Jutra, Pour le meilleur et pour le pire. Claude Jutra, un des cinq cinéastes au panthéon du cinéma québécois, avec Pierre Perreault, Jean-Pierre Lefevre, Denys Arcand; le 5ème vous appartient.
Mon 122ème film visionné des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 1er février 2023

22 février 2009

121. Jewison : In the Heat of the Night


Dans la chaleur de la nuit

Film américain réalisé en 1967 par Norman Jewison
Avec Sidney Poitier, Rod Steiger, Warren Oates

Revu le jour de la visite de Barak Obama à Ottawa.
Quel est le lien possible entre Obama et Virgil Tibbs, le détective afro-américain (quel affreux mot, en français) de In the Heat of the Night?

Le concept d'Oréo
Une partie de la communauté noire accuse Obama d'être un "oréo" (biscuits au chocolat dont le centre est fourré d'un suspect produit blanc appelé crème) ou un "whippet" (même explication). En gros, un noir très scolarisé qui a réussi à faire son chemin dans les arcanes de l'administration publique, de l'éducation ou de la finance (qui a réussi socialement, quoi!). À cause de cette réussite, on le considère comme un traître à sa race.

Une scène du film nous montre clairement cette situation : Le regard des travailleurs noirs d'un champ de coton dirigé avec animosité vers Tibbs, en complet veston, qui passent près d'eux, assis en avant (voilà l'abîme entre eux et Tibbs) dans la voiture du sheriff blanc.

Sur le même sujet :
La veille de la visite d'Obama, Spike Lee avait donné une conférence à l'université Concordia de Montréal au cours de laquelle il a dénoncé vigoureusement cette mentalité de dénigrement de la réussite.

Extrait de la conférence de Spike Lee :
« Si tu parles un bon anglais et que tu obtiens de bonnes notes, on t'ostracise, déplore Spike Lee. On te traite de vendu, d'Oreo. Mais si tu fumes un gros joint, si tu bois un 40 onces en tâtant tes couilles et en criant Bitch!, t'es un gangsta, un vrai. Ce que ces gens oublient, c'est qu'ils restent des putains d'ignorants. »

Lorsque Lee habitait à Brooklyn, la réussite scolaire était perçue positivement. La chose aurait changé avec l'épidémie de crack, soutient le réalisateur. Il blâme aussi une certaine mouvance hip-hop. Cela constitue à ses yeux une trahison «criminelle» des générations précédentes.

« Durant l'esclavage, si on te surprenait à lire ou à enseigner, on te fouettait, castrait ou pendait. Les mauvais jours, on faisait les trois en même temps. Malgré tout, des esclaves risquaient leur vie. L'éducation était la clé de leur libération, ils le savaient. Alors pourquoi l'abandonne-t-on aujourd'hui? »

Revenons au film :
"They call me Mister Tibbs."
En 2005, considérée la 16ème réplique la plus célèbre de l'histoire du cinéma américain par American Film Institute entre "E.T. phone home" et "Rosebud".

Pour des raisons géopolitiques, le film dont l'action se passe dans la petite ville de Sparta au Mississippi a été, plutôt tourné, à Sparta, Illinois, durant l'automne de 1967 après le fameux Hot Summer de 1967 durant lequel il y eut plusieurs émeutes dans les ghettos noirs dont, plus particulièrement, ceux de Newark et de Détroit qui firent 69 morts. Après cet été turbulent et, surtout, connaissant l'attitude franchement hostile des Blancs du Sud vis-à-vis l'émancipation des Noirs, il était hors de question de tourner ce film dans le "Deep South".

Deux films sur le racisme en compétition pour les Oscars de 1968, l'autre étant Guess Who's Coming to Dinner de Stanley Kramer dans lequel joue également Sydney Poitier. C'est quand même bizarre que Poitier ne fut même pas mis en nomination comme meilleur acteur dans aucun des deux films. Une belle occasion ratée de montrer que la discrimination raciale n'était le fait que des "rednecks" du "Deep South". J'exagère peut-être un peu pour faire de la rhétorique. En fait, Sydney Poitier avait déjà gagné l'Oscar du meilleur acteur 4 ans auparavant dans le film Lilies of the Field et Rod (chewing gum) Steiger défonce carrément l'écran dans In the Heat of the Night, ce qui lui valut l'Oscar du meilleur acteur.

Mais la réalité est quand même du côté de la discrimination. En 80 ans de remise de Oscars : seulement 4 acteurs noirs ont obtenu l'Oscar du meilleur acteur : Sydney Poitier, Denzel Washington, Jamie Foxx et Forest Whittaker et une seule actrice noire : Halle Berry.

Suites à In the Heat of the Night :
They Call Me MISTER Tibbs! (1969) de Gordon Douglas. 6.0 sur 10 selon IMDB
The Organization (1971) de Don Medford. 6,0 sur 10 selon IMDB
Dans les deux films, on y retrouve Sydney Poitier en Virgil Tibbs.
Pas sûr que j'aie le goût de voir ça. Vous connaissez mon horreur des "suites".

Oscars 1968 : Cinq statuettes : Film. acteur (Rod Steiger). montage, son. scénario tiré d'un autre média.

Visionné, la première fois, le 6 mars 1976 à la télévision à Montréal.
Vu, au cinéma, le même jour, un film qui m'a beaucoup touché et auquel je repense régulièrement mais que j'ai peur de revoir. Il m'est arrivé si souvent de voir un de ces films marquants, démoli par un nouveau visionnement; je préfère ne pas les revoir et les laisser à l'abri, bien au chaud dans ma mémoire. L'important, c'est d'aimer d'Andrzej Zulawski est un de ces films dont le visionnement est attachée à une période très bouleversante de ma vie et le revoir dans une autre période, disons plus calme pour ne pas dire plus sage, le banaliserait peut-être.
Mon 121ème film visionné des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 1er février 2023

14 février 2009

120. Ashby : Harold and Maude


Film américain réalisé en 1971 par Hal Ashby
Avec Ruth Gordon, Bud Cort

Plein d'appréhensions avant de revoir ce film enterré depuis longtemps dans ma mémoire de cinéphile. Disons que l'affiche "flower power style" n'annonçait rien de bon, pour moi, qui n'ai aucunement la nostalgie de cette période à la réputation largement surfaite. Cette période, c'était mon adolescence, et comme disait Paul Nizan (qui n'a vraiment rien à voir avec le cinéma ) dans son célèbre ouvrage Aden Arabie:
« J'avais vingt ans. Je ne laisserai personne dire que c'est le plus bel âge de la vie. »

Mais, surprise, beaucoup de plaisir à revoir cette improbable histoire d'amour entre cette mémée shootée à l'EPO (ou tout simplement souffrant de démence sénile, selon le point de vue) et ce freluquet, amateur de suicides. On nous rejoue Love Story façon Six Feet Under avec le cirage mélodique de Cat Stevens (Yusuf Islam depuis 1978) comme toile de fond. 

En fait, l'utilisation de chansons pour enchaîner les séquences et faire du "métrage" est une reproduction presqu'à l'identique de ce qu'a fait Mike Nichols dans son Graduate, quatre ans auparavant, avec les chansons de Simon and Garfunkel. Technique que nous reverrons des milliers de fois dans beaucoup de comédies romantiques depuis cette époque et pendant les 150 prochaines années.

Amusant, sans plus. N'y cherchez surtout pas une critique percutante de la société américaine à l'ère Nixon comme plusieurs critiques de l'époque tentaient de nous faire croire. Le succès du film, à sa sortie, tenait plus à l'immoralité de la relation entre un adolescent et une grand-mère qu'à sa critique sociale; la suprématie des fleurs sur les militaires, c'était déjà d'un "ringard" !

La Volkswagen Beetle bleue poudre de Maud : c'est la réplique de ma première voiture, achetée d'occasion. Elle avait plus de 120 000 km au compteur et probablement beaucoup plus sous le capot parce qu'un piston a cramé quelques mois après son acquisition. Heureusement, j'ai pu la vendre à deux étudiants sans le sou qui débarquaient du Laos et qui parlaient à peine le français. Pas fier, mais vendue quand même. J'étais jeune et ma sensibilité au tiers-monde partait vraiment du mauvais pied. Heureusement, quelques années plus tard, j'allais être emporté intellectuellement par le courant tiersmondiste, fer de lance de la gauche occidentale dans son combat contre le néo-colonialisme et l'impérialisme. C'est pas beau ça !

Lecture cinéphilique
Godard et la société française des années 1960 de Jean-Pierre Esquenazi.
Enfin terminé. C'était un dernier effort pour me réconcilier avec Godard que j'ai toujours détesté, hormis quelques séquences dans quelques films et, évidemment, À bout de souffle. Ce livre m'a impressionné par son accessibilité, par sa clarté, par sa démarche structurée et hautement pédagogique. Œuvre rare dans le milieu de la cinéphilie qui traite de cette époque.

Ce livre ne m'a pas appris à aimer Godard, il m'a juste expliqué pourquoi je détestais son œuvre et je l'en remercie.

Une des démarches du livre est de décrire et d'expliquer la répudiation par Godard de la culture industrielle (la culture populaire) auquel il adhérait au début de sa carrière et son passage à la culture classique (celle de la future élite de gauche) qui réagit fortement à toutes les productions culturelles adoptées par la majorité de la population qui, évidemment, est décrétée aliénée par cette élite condescendante. C'est ce qu'on appelait en langage marxiste, l'avant-garde du prolétariat. Interdit de rire.

Que je n'aime pas le cinéma de Godard et encore moins le personnage public, carrément imbuvable, ne m'empêche pas de penser que sa démarche artistique fut une des plus importantes de toute l'histoire du cinéma. Il fallait Godard.

Visionné, la première fois, le 29 février 1976 au cinéma Outremont à Montréal
Mon 120ème film visionné des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 1er février 2023

07 février 2009

119. Spielberg : Jaws


Les Dents de la mer

Film américain réalisé en 1975 par Steven Spielberg
Avec Roy Scheider, Richard Dreyfuss, Robert Shaw, Lorraine Gary

J'ai le goût de commencer par ceci :
Vous connaissez ce que l'on appelle les romans d'été. Le bouquin qu'on apporte à la plage pour se donner l'impression de ne pas bronzer idiot et que, une fois terminé, l'on abandonne au camping ou bien que l'on enterre dans sa bibliothèque ou, encore mieux, que l'on va revendre à la boutique de livres usagés de la rue Mont-Royal (à Montréal, au cœur de la République du Plateau).

Alors, transposez cela pour Jaws.
Un sacré bon thriller. Mais une heure après le visionnement, une sensation de vide. Du moins, c'est l'impression qu'il m'est resté lorsque je l'ai revu dernièrement. C'est un film qui résiste mal à de multiples visionnements, contrairement, au premier film important de Spielberg, Duel, que je revois avec toujours autant d'excitation et qui, lui, "tient bien la route", si je peux dire.

Spielberg a employé la stratégie que Hitchcock a utilisé tout le long de sa carrière de maître du thriller psychologique. Hitchcock disait : "A bomb is under the table, and it explodes : That is surprise. The bomb is under the table but it does not explode : That is suspense". Alors Spielberg garde le requin au-dessous de la table pendant toute la première heure; alors, lorsqu'il apparaît inopinément pour attraper l'appât tenu négligemment par Hooper (Richard Dreyfuss) à l'arrière du bateau, un tsunami secoue les spectateurs.

Le premier blockbuster estival de l'histoire du cinéma mais un sale coup pour les plages américaines qui ont vécu une baisse de fréquentation momentanée.

Pendant l'été, dans un restaurant de Cape Cod (le film a été tourné à Martha's Vineyard), lieu de prédilection de mes vacances estivales lorsque ma fille était enfant (plus particulièrement au camping North of the Highland, à la pointe du cap, près de Provincetown) on pouvait voir sur le menu "Get even. Eat fish".

Jaws ou l'hystérie de l'interprétation 
Un tel requin ne pouvait pas être, tout simplement, un requin. Il fallait le surcharger de sens.
Un requin polysémique, rien de moins.

Liste (incomplète) : peur de la sexualité, la guerre du Vietnam, la terreur ancestrale, la mauvaise conscience, le vagin denté (les Cahiers du Cinéma, évidemment !), la société des Grands Blancs (encore les Cahiers), le capitalisme, l'impérialisme américain, le dieu Pan en colère. Sous l'eau calme de la Pax Americana se terrent tous les condamnés de la Terre.

Et pour finir, le chef d'œuvre : Tiré de Pascal Bonitzer, les Cahiers du Cinéma, mars-avril 1976. No.265. "De quoi s'agit-il en définitive? Jaws, c'est la morsure du sexe qu'il s'agit de conjurer, et de la grande secousse dont elle panique le corps." Alléluia !

L'histoire du USS Indianapolis ou "Jaws" en folie"
" Après avoir livré la première bombe atomique sur la base aérienne de l'île de Tinian le 26 juillet 1945, le USS Indianapolis repart aussitôt déchargé mais, afin de garder le voyage secret, il emprunte une route loin des caps habituels et n'a aucune escorte. L'Indianapolis est torpillé deux fois le 30 juillet par un sous-marin japonais en mer des Philippines, trois cents marins sur 1 196 périssent pendant l'attaque. L'US Navy met plusieurs jours à s'apercevoir du naufrage. Les rapports mentionnent que les requins attaquent les naufragés nuit et jour durant plusieurs jours. Sur les 900 survivants du naufrage seuls 316 sont sauvés." (Wikipédia)

Jaws fait des petits
Ce qui fit naître le Mouvement pour la Stérilisation des Films-Catastrophes.
Voyez l'évaluation de la descendance de Jaws telle qu'elle apparaît sur IMDB
Jaws 2. 1978. 5,6 sur 10
Jaws 3-D. 1983. 3,3 sur 10
Jaws : The Revenge. 1987. 2,5 sur 10
Cruel Jaws. 1995. 3,4/10
Etc,
Mais qu'est-ce que j'ai du temps à perdre !

Oscars 1976. Trois statuettes : John Williams pour la musique originale (sans quoi, le film perdait la moitié de son potentiel d'horreur), montage. son.

Visionné, la première fois, le 28 février 1976 au cinéma Champlain à Montréal
Mon 119ème film visionné des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 1er février 2023

02 février 2009

118. Schlesinger : Midnight Cowboy


Macadam cowboy

Film américain réalisé en 1969 par John Schlesinger
Avec Jon Voight, Dustin Hoffman, Sylvia Miles, Brenda Vaccaro

Texas-Bus-New York-Bus-Miami.
De pèquenot à urbain ou la perte de l'innocence.
Quand Joe Buck (on ne peut pas croire un nom pareil. Buck = orignal mâle et, aussi, dollar en argot américain), à la fin du film, jette à la poubelle ses bottes et ses vêtements de cow-boy quelque part lors d'un "bus stop" en Floride, la transformation est complétée. Ratso, (Dustin Hoffman qui, apparemment, a raté son mariage avec la belle Katharine Ross et se retrouve encore dans une histoire d'autobus, qui se termine mal cette fois-ci; voir la fin de The Graduate, pour celle qui se termine bien ou pas) peut mourir. Joe n'a plus besoin de tuteur pour affronter le monstre urbain.

Mais pour que la recette fût réussi, il a fallu y mettre les ingrédients suivants : les rues sales de New York, un appartement chic de la 5ème avenue (en fait, 72ème rue Est) avec madame-au-petit-chien-blanc-que-je-balancerais-par-la-fenêtre-vite-fait (le petit chien, pas la dame, quoique!), la 42ème rue (disparue à jamais) avec ses putes de tous les sexes, le squat dans un immeuble abandonné du Bronx, la partouze dans un chic appartement de Greenwich où on s'attendrait à rencontrer Andy Warhol sans oublier les séances de cinéphilie des après-midis glauques de novembre.

Notre Joe se farcit la totale mais il en ressort purgé de sa naïveté et urbanisé à jamais.

J'aime beaucoup toute la partie qui précède l'arrivée de Joe Buck à New York, les dix premières minutes du film.

Les villes nordaméricaines sont au milieu d'une des périodes les plus noires du développement urbain. Les années 50 et 60 sont la période du "urban renewal", période durant laquelle on laissait se dégrader le cœur des villes pour mieux les détruire afin d'y installer des tours à bureaux et des tours résidentielles ainsi que des voies rapides pour accélérer les transitions entre la ville et la banlieue. Une catastrophe urbaine visible dans la majorité des villes nord-américaines et qu'on peut voir à Paris avec la voie rapide de la rive droite et la tour Montparnasse (quartier qui l'a échappé belle dans les années 70 puisqu'on devait y faire passer une autoroute, la radiale Vercingétorix, afin de relier le Périphérique au cœur de la cité).

La main street est en perdition; partout elle est mise en échec par le développement des banlieues résidentielles et de ses shopping centers.

Dans cette première partie du film, si on scrute bien le paysage urbain que traverse Joe, on a une vue imprenable sur l'état délabré des petites villes américaines.

Avec le temps, on oublie un peu l'histoire de Midnight Cowboy, assez loufoque et mal fagotée (l'ambiguïté et l'utilité, par exemple, des flash-backs ?), mais pas les deux performances inoubliables de Jon Voight et de Dustin Hoffman, tous les deux nominés pour l'Oscar du meilleur acteur.

Le doublage en français de ce film atteint des profondeurs abyssales de niaiseries. De temps à autre, à titre de curiosité, je fais un tour du côté de la version doublée pour conforter mon choix de toujours visionner les films en version originale.

Ce que j'apprécie le plus pour les films de langue anglaise, quand c'est possible, c'est de sélectionner la version pour malentendants qui reproduit exactement la langue du film.

"Midnight Cowboy" signifie prostitué mâle. Alors, comment en est-on arrivé à cet insignifiant tire français Macadam cowboy ? (l'Oscar de l'insignifiance des titres mal traduits étant attribué à Vol au-dessus d'un nid de coucous ex-aequo avec 400 Blows). Oui, oui, je sais, on voulait dire cowboy des villes... mais perte de sens, quand même.

À quand un site qui ferait le répertoire des horreurs de la traduction des titres de films ?

Oscars 1970 : Meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur scénario
Berlin 1969. Prix de l'Organisation internationale catholique du cinéma.

Visionné, la première fois, le 11 janvier 1976 au cinéma à Paris
Décembre 1975. Mon premier voyage en France. Paris en hiver : brouillards matinaux, nuageux, froid et humide, faibles chutes de neige et, surtout, jamais le soleil. Mais Paris est une fête surtout après en avoir si longtemps rêvé et y avoir vécu à travers mille personnages de roman. Un coup de foudre dont je ne me suis jamais remis. Mon premier chez-moi à Paris : l'hôtel St-André-des-Arts sur la rue du même nom dans le 5ème arrondissement : un hôtel culte, qu'on disait.
Mon 118ème film visionné des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 1er février 2023

26 janvier 2009

117. Vigo : Zéro de conduite



Films français réalisé en 1933 par Jean Vigo
Avec Jean Dasté, (carrière sur 7 décennies) Gérard de Bédarieux (un seul film), Gilbert Pruchon (un seul film ), Louis Lefèvre (deux films)

" Les enfants s'enfuient sur les toits, vers les cieux sereins, garants d'une nouvelle liberté. "

Film interdit de projection publique en France pendant 12 ans, jusqu'à la Libération en 1945.

Vigo, c'était le grand péril pour l'ordre bourgeois.
Dans ce film, les figures de l'autorité passent à la casserole, des surveillants de collège au préfet, en passant par les professeurs, le principal et le curé.

Il est vrai que son père, dont le pseudonyme Miguel Almeyreda, anagramme de "y a la merde", fut incarcéré pendant la Grande guerre à cause de ses idées anarchistes. Ça la foutait mal pour la progéniture aux yeux des autorités. Alors, avec Zéro de conduite, grande tarte à la crème au visage des institutions républicaines, il était certain que Vigo serait immédiatement mis au pilori par l'ordre établi.

En tout et pour tout, Vigo, décédé à 29 ans, n'a réalisé que 165 minutes de cinéma : seulement deux œuvres de fiction et un seul long métrage, L'Atalante. Pourtant, Vigo est devenu une majestueuse icône de la cinématographie française en plus de tracer la voie à tous ceux qui allaient aborder l'univers concentrationnaire des pensionnats scolaires.

Deux exemples : 
1. Dans le film de Truffaut, Les quatre cents coups, un clin d'œil à Vigo, dans la séquence où les élèves, qui suivent leur professeur qui les guide dans les rues du quartier, progressivement l'abandonne et prennent la clé des champs.

2. Dans le film de Lindsay Anderson, If, la conclusion du film, dans laquelle des étudiants se réfugient sur le toit de l'école et canarde la troupe des dignitaires de la ville réunie pour célébrer la fin de l'année scolaire, est un vrai plagiat de la conclusion de Zéro de conduite.

Caméraman : Boris Kaufman.
Il commence sa carrière avec Vigo dont il tourne tous les films.
Récipiendaire d'un oscar pour On the Waterfront.
Frère de Dziga Vertov, pseudonyme de Denis Kaufman.

Visionné, la première fois, en 1975 à la télévision à Montréal
En préparation (ce qui n'a rien à voir avec ce site) : trekking dans les Alpes italo-suisse. Le tour du mont Cervin : 180 kilomètres de randonnée avec trois cols au-dessus de 3000 mètres. En septembre 2009.
Mon 117ème film visionné des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 31 janvier 2023

20 janvier 2009

116. Schaffner : Papillon



Film américain réalisé en 1973 par Franklin J. Schaffner
Avec Steve McQueen et Dustin Hoffman

Que de belles choses dans ce film.
Une histoire d'amitié, d'amour (?) entre deux hommes (Papillon et Dega) qui se développe sur une période de 14 ans.

Une superbe balade en voilier dans une des plus belles mers du monde (les Caraïbes)

Des lépreux avec le cœur sur la main-à-prendre-avec-des-pincettes.

Une île tropicale (l'île du Diable) à la végétation luxuriante, comme prison.
Bon, d'accord, quelques gardiens de prison assez chiants viennent régulièrement ruiner le party mais ils sont les entubés de l'affaire. À la fin, Papillon s'échappe et Dega coule des jours heureux dans sa maison, au cœur d'un des plus beaux paysages maritimes qui soient.

J'aime bien cette phrase de Roger Ebert qui résume mon point de vue sur ce film : "When Steve McQueen finally escapes from Devil's Island we're happy more for ourselves than for him : Finally we can leave, too." Il est vrai qu'il est tentant, quelquefois, aux dépends de l'objectivité, de céder aux fleurs de la rhétorique; le grand spécialiste en la matière étant le réputé chroniqueur du quotidien La Presse, Pierre Foglia. On n'est pas toujours d'accord avec ce qu'il affirme mais on (disons, je) s'amuse toujours de la façon péremptoire dont il le dit.

Le roman Papillon d'Henri Charrière est la source à partir de laquelle Dalton Trumbo et Lorenzo Semple Jr. ont élaboré le scénario du film.

Henri "Papillon" Charrière fut expédié au pénitencier de St-Laurent en Guyane française en 1931. Après plusieurs tentatives, il réussit à s'en évader en 1941.

Mais, dès la sortie du livre en 1969, l'aspect autobiographique a été contesté. Le véritable Papillon s'appellerait Charles Brunier, né le 31 mai 1901 (décédé en 2007 à l'âge de 105 ans !). Henri Charrière aurait amalgamé dans son roman plusieurs épisodes d'évasion de différents prisonniers dont les siennes mais le personnage principal serait ce Charles Brunier.


Hutte d'Alfred Dreyfus à l'île du Diable. Il y séjournera de 1895 à 1899

Ayez une pensée pour Dalton Trumbo, un des dix d'Hollywood, qui fut banni du cinéma pendant 13 années suite à son refus de témoigner "correctement" à la House Committee on Un-American Activities. À la première occasion, visionnez le seul film qu'il réalisa, Johnny Got His Gun, le film le plus anti-guerre qu'il m'ait été donné de voir (frissons garantis).

Lecture cinéphilique en cours
Godard et la société française des années 1960 par Jean-Pierre Esquenazi.
Livre "savant" qui aborde les 15 films que Godard a tourné entre 1959 (À bout de souffle) et 1968 (Week-end) à partir d'une grille d'analyse à 4 entrées :
1. L'espace social dans lequel évolue l'auteur de films
2. Les ressources disponibles pour la production du film
3. Le dessein du cinéaste, son projet.
4. L'interprétation du film par les différents publics : critiques et spectateurs.

Les habitués de ce site doivent se demander ce qui me prend tout à coup de m'intéresser à Godard, lui que j'ai toujours aimé détester.

Premièrement, peut-être pour me conformer à l'adage qu'un de mes amis répétaient souvent : "What you hate is what you need" (Je cherche toujours l'origine de cet adage. Si vous le trouvez, faites-moi signe).

Deuxièmement, les années 1960 c'est la plus formidable décennie du 20ème siècle en plus d'être celle de mes 20 ans.

Troisièmement, par le premier chapitre qui me séduit par sa critique de l'idéologie anti-américaine de l'intelligentsia française qui ronronne depuis 80 ans. On pense souvent que cet anti-américanisme est apparu à l'époque de la guerre froide mais, déjà, en 1931, un des plus grands philosophes français de ce siècle, Robert Aron, publiait, Le Cancer Américain.

Visionné, la première fois, en 1975 au cinéma à Montréal
Mon 116ème film visionné des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 31 janvier 2023