22 septembre 2010

186. Herzog : Fitzcarraldo



Film allemand réalisé en 1982 par Werner Herzog
Avec Klaus Kinski, Claudia Cardinale, José Lewgoy, Paul Hittscher et une impressionnante cohorte de figurants amérindiens.

Quand j'ai vu ce film, la première fois, il y a près de 30 ans, j'ai été complètement soufflé. Pas tellement par l'entreprise du bateau à travers la montagne, quoique..., mais par Klaus Kinski que je connaissais peu à cette époque. Un visage de folie mais ambivalent : fureur et angélisme se côtoient à tour de rôle. On est transporté par la folie de ce personnage improbable. Je n'ai vu que récemment Aguirre, colère de Dieu du même Herzog, on peut y voir une autre performance monumentale de Kinski et ne pas comprendre que Herzog n'ait pas fait appel à lui, en premier, pour le personnage de Fitzcarraldo.
  
Mick Jagger et Jason Robarts avaient été pressentis pour personnifier Fitzcarraldo; ils ont décliné l'offre pour notre plus grand bonheur. Qui pourrait imaginer Fitzcarralo sans Klaus Kinski ?

Au début du film, Fitzcarraldo est traité de "conquérant de l'inutile" par un ponte local à Iquitos. Impossible, pour moi, de ne pas penser au livre de Lionel Terray, Les conquérants de l'inutile, que j'ai lu avidement il y a une trentaine d'années quand je me rêvais en train de grimper les hauts sommets alpins. Le titre, évidemment, réfère aux alpinistes. Dans ce bouquin, Terray nous raconte sa vie d'alpiniste. Je me souviens d'un passage cocasse. Lors d'un séjour qu'il fit au Québec en tant que moniteur de ski alpin dans les années 40, il remarqua la beauté des Québécoises mais il ne put établir de relations avec elles parce que, en plus de ne pas les comprendre, leur accent lui donnait le fou rire.

Voir l'épique Burden of Dreams de Les Blank : le "making of" de Fitzcarraldo. On est complètement bluffé de voir que Herzog a vraiment essayé de grimper un bateau sur une montagne. Ce film nous montre la folie d'un réalisateur et de son alter ego, Kinski.

Pour les rapports orageux (un euphémisme) entre Kinski et Herzog, voir le film tourné par Herzog en 1999, Mon ennemi intime. Film troublant que j'ai vu au défunt Ex-Centris (une des plus belles salles pour cinéphiles) à Montréal.

À l'heure de la disparition de la Géographie dans l'enseignement secondaire et collégial au Québec, j'adore cette phrase de Fitzcarraldo : "I'm planning something geographical".

Cannes 1982. Réalisation.

Visionné, la première fois, le 7 janvier 1983 au cinéma Dauphin à Montréal
Mon 186ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 11 mars 2023

15 septembre 2010

185. Beatty : Reds



Film américain réalisé en 1981 par Warren Beatty
Avec Warren Beatty, Diane Keaton, Jack Nicholson, Maureen Stapleton, Paul Sorvino, Jerzy Kosinski, Gene Hackman

Reds, c'est le Docteur Zhivago de la Gauche.

J'avais oublié que ce film est, avant tout, l'histoire d'une relation amoureuse, le titre, en ce sens, est assez abusif. Des "Rouges", il en est question, mais en mode mineur. En fait, on assiste plutôt à l'histoire d'amour très tumultueuse entre John Reed (journaliste et militant communiste américain du début du 20ème siècle) et Louise Bryant (socialiste et féministe américaine).

La partie documentaire du film est présentée par une vingtaine de témoins de l'époque qui apparaissent à l'écran de temps à autre pour dire en quelques lignes leurs souvenirs à propos  de Reed et Bryant. Mais, comme Beatty ne voulait pas détruire l'aspect Zhivago du film, il s'organise pour enlever l'aspect documentaire en n'identifiant pas les témoins à l'écran. On a l'impression que ce sont des acteurs qui récitent des textes soumis par le réalisateur, donc on nage un peu dans la confusion. En regardant les extras accompagnant ce film, on apprend que les témoins sont vraiment des gens qui ont connu les protagonistes du film. Beatty les a enregistrés au début des années 1970; heureusement, parce que la plupart était décédé à la sortie du film en 1981.

Diane Keaton dans le rôle de sa vie. Jamais vu un Nicholson tiède comme dans ce rôle - il avait bouffé des benzo quoi !

Après cette séquence, vous n'oublierez plus jamais l'air de l'Internationale. 
Mais, malheureusement, vous n'oublierez jamais, non plus, l'arrivée de Lénine, le dictateur rouge, qui a détruit ce rêve à jamais.


Et comme dit Roger Ebert, le célèbre critique de cinéma américain : "at the end of the credits, a wonderful line that reads: Copyright copy MCMLXXXI Barclays Mercantile Industrial Finance Limited".  Je ne suis pas sûr que John Reed aurait apprécié.

Un tel film, glorifiant la Révolution russe, produit par un major d'Hollywood et sorti sous la présidence ultra-conservatrice de Ronald Reagan fut un sacré pied-de-nez aux Soviétiques enferrés dans la censure jusqu'au cou.

Le film soviétique Red Bells (1982) de Sergui Bondarchuk, avec Franco Nero dans le rôle de John Reed, est une autre adaptation de sa vie.

Oscars 1981. Trois statuettes : réalisation, caméra et Maureen Stapleton pour l'actrice de soutien

Visionné, la première fois, le 6 janvier 1983 au cinéma Parisien à Montréal
1983 :  grosse année. Acquisition d'un appartement à Outremont ; à cause de la précarité de mon emploi, entreprise d'un baccalauréat en Psychologie à l'Université du Québec à Montréal ; début d'une nouvelle relation amoureuse ; plus grande activité sur le front cinéphilique, profitant de la proximité de mon domicile du Cinéma Outremont. 
Mon 185ème visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 11 mars 2023

30 août 2010

184. Spielberg : E.T. : The Extra-Terrestrial



Film américain réalisé en 1982 par Steven Spielberg
Avec Henry Thomas, Robert MacNaughton, Drew Barrymore à 6 ans, Dee Wallace, Peter Coyote

Ne boudons pas notre plaisir. À sa sortie en 1982, j'ai eu beaucoup de plaisir à voir ce film. C'était la période de Noël ce qui contribuait à ramollir les cœurs et rendre mon regard plus indulgent vis-à-vis cette gentille bluette. On a tous vu que ce "pied" descendu du ciel dans la "suburbia" chère à Spielberg était un clin d'œil à l'histoire du gus de Bethléem : même résurrection, même ascension, avec des moyens technologiques différents, soit.

Mais quelle tarte à la crème quand même. Des clichés et stéréotypes à la tonne, dont celui qui me donne une grande fatigue : les bons enfants contre les méchants adultes qui ont perdu leur cœur d'enfant. Gros sanglot !

Ce que j'aime bien de ce film c'est la mise en scène de la famille monoparentale dans une banlieue américaine typique. La banlieue, c'est le nouveau studio de la production cinématographique américaine. Plein de films d'ado des années 80 et 90 se dérouleront dans ce cadre à l'instar des films noirs des années 30 et 40 qui, eux, se déroulaient dans la ville-centre.

Suburbia (mixture de suburb (banlieue) et utopia), c'est la nouvelle planète qu'ont commencé à occuper de bizarres humanoïdes à la limite des villes-centres à partir des années 1930 en Amérique du Nord dont les deux  éléments essentiels étaient le bungalow et l'automobile.

J'aime bien  les premières séquences dans lesquelles l'on voit un plan aérien de la ville illuminé à partir d'une colline boisée marquant la limite entre la ville et la campagne. E.T., oublié sur la colline, ne pouvait donc entrer en contact qu'avec les plus récents banlieusards. 

J'aime aussi cette illustration de l'interface entre le monde mystérieux de la forêt voué prochainement à être déboisé et la limite de l'extension urbaine sous forme de bungalows et de rues sans trottoirs. La rencontre ne pouvait que se faire là. 

Lecture cinéphilique
Godard par Antoine de Baecque.
Mon armure anti-Godard (personnalité s'entend) s'effrite lentement. Par ailleurs, quand on découvre le "making of" de ses différents films, on ne peut que saluer le génie qui est à l'œuvre. Le produit, ainsi décortiqué, se présente à nous sous un angle totalement différent ce qui entraîne une ré-évaluation de l'œuvre qui, autrement, nous apparaît souvent rébarbative.

Je dois avouer que cette citation de Quentin Tarantino (quand on connaît ma passion éperdue pour l'œuvre de Dylan) m'a aidé à reconsidérer l'œuvre de Godard : " Il a réussi au cinéma ce qu'a réussi Bob Dylan en matière musicale : ils ont tous les deux révolutionné la forme et explosé les conventions et les limites, en libérant l'expression ". Ce qui me rend encore plus sympathique...Tarantino.

Oscars 1983. Quatre statuettes pour la musique, le son, les effets visuels, les effets sonores
Césars 1983. Meilleur film étranger

Visionné, la première fois, en décembre 1982 au cinéma Champlain à Montréal
Mon 184ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 11 mars 2023

17 août 2010

183. Coppola : Apocalypse Now



Film américain réalisé en 1979 par Francis Ford Coppola
Avec Martin Sheen, Marlon Brando, Robert Duvall, Frederic Forrest, Sam Bottoms, Laurence Fishburne, Albert Hall, Dennis Hopper, Harrison Ford, Christian Marquand, Aurore Clément.

Coppola nous transporte au royaume de la démesure et de l'horreur que fut la guerre du Vietnam.
 
Cette espèce de "road movie", cette longue remontée du fleuve, est un voyage aux confins de la déraison.

"Apocalypse Now n'est pas un film sur le Vietnam, c'est le Vietnam." (Coppola)

Je reste sans voix devant ce film. Je ne sais qu'écrire.

Bon, d'abord ceci. À quand un Apocalypse Now sur la guerre d'Algérie ? Comment se fait-il que le cinéma français n'arrive toujours pas à faire une œuvre critique majeure sur la guerre d'Algérie comme certains cinéastes américains l'ont si bien fait à propos de la guerre du Vietnam et comme ils le font présentement avec l'intervention en Irak ?

Pour ce commentaire, j'ai vu la version longue qui s'intitule Apocalypse Now Redux (version longue de 202 minutes éditée en 2001). Il est impératif de voir cette version ne serait-ce que pour l'importante partie (absente de la 1ère version) sur la colonie française qui vit hors du temps, dans un monde fantomatique. On a l'impression d'une séquence onirique comme l'on en retrouve, d'ailleurs, à quelques reprises tout au long du film (la séquence initiale dans la chambre avec la musique de The Doors, celle des playmates sur la rivière, toute la partie dans le camp du colonel Kurtz).

À voir, évidemment : Hearts of Darkness : A Filmmaker's Apocalypse de Eleanor Coppola.

Il paraît qu'il faut lire Apocalyse Now : journal de Eleanor Coppola. "one of the best and saddest books on the making of a film" (David Thomson)

Je sais, c'est décousu. Mais je n'arrive pas à pondre un texte cohérent sur ce film. C'est comme si la masse filmique était une sorte de tsunami - trop de tout en même temps. Exemple, la scène de l'attaque en hélico. On est carrément "blasté" (anglicisme québécois) par ce type de mise en scène.

Le surchargé pondéral (on ne fait pas mieux comme rectitude politique, non ?) de la fin du film, eh bien, c'est mon acteur masculin préféré : Forever Marlon Brando. Vous connaissez déjà mon choix féminin : Liv Ullman.

Oscars 1980. Deux statuettes pour la photographie et le son. En nomination pour l'Oscar du meilleur film qui est allé à Kramer vs Kramer - wow !
Cannes 1979. Palme d'or et prix de la critique internationale.

Visionné, la première fois, en août 1982 à L'Autre Cinéma à Montréal
Après un séjour de 4 années dans la campagne québécoise, retour définitif à Montréal en février de cette année 1982 à la suite à une modification importante de parcours dans ma carte de Tendre !
Mon 183ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 10 mars 2023

25 juillet 2010

182. Spielberg : Raiders of the Lost Ark


Les Aventuriers de l'Arche perdue

Film américain réalisé en 1981 par Steven Spielberg
Avec Harrison Ford, Karen Allen, Paul Freeman, John Rhys-Davies

Dans une interview accompagnant le film, Spielberg explique qu'il rêvait de faire un film lui rappelant les séances de cinéma du samedi après-midi de son enfance : un film d'aventures de série B.

J'ai fréquenté, à la même époque que Spielberg (les années 50), ces salles paroissiales dans les sous-sols  d'église (St-Fidèle ou St-François d'Assise dans le quartier Limoilou de mon enfance à Québec), où l'on présentait ces films de série B qui avaient terminé, depuis longtemps, leur carrière dans les salles de cinéma. Ce qu'on y présentait c'était, invariablement des westerns de Hopalong Cassidy, de Gene Autry ou autres redresseurs de torts ou bien des films sur les méchants allemands, en retard de dix ans, sur les méchants de l'époque, les communistes. 

À propos, une excellente chanson satirique de Dylan sur la succession des méchants que les USA ont affrontée au cours de leur histoire, With God On Our Side.

En 1981, Indiana Jones, c'était un bon moment à passer. Cet archétype du film d'aventures avait fière allure. La remise en question, par l'humour, des stéréotypes afférant à ce type de film a contribué à en faire un grand succès populaire.  

Mais, depuis, nos écrans sont inondés de ce type de films - jusqu'à plus soif.  Alors, revoir ce film en 2010 c'est lui asséner un sacré coup de massue. Évidemment, la nostalgie peut jouer un peu mais c'est loin d'être suffisant. Alors, on en est à attendre impatiemment les quelques passages les plus célèbres i.e. le duel entre Indiana Jones et le gars qui mouline son sabre - scène toujours aussi désopilante.

Ce n'est pas aux films d'aventures de mon enfance que renvoie ce film mais plutôt à ma lecture des Bob Morane de Henri Vernes dans la collection Marabout Junior.

Prenez, par exemple, le titre La Vallée infernale. On y retrouve tout l'univers d'Indiana Jones. Les titres  suffisaient à nous faire faire le tour du monde : L'empereur de Macao, Tempête sur les Andes, Le secret des Mayas, Terreur à la Manicouagan (ça, c'est chez-nous), Mission à Orly, Le secret de l'Antarctique, etc. Que de voyages faits, simplement en regardant la page couverture. Bob Morane, c'était un hybride de Indiana Jones et de James Bond.

J'aime bien : "...it's not that Raiders of the Lost Ark wasn't fun. But did we need three of them?" (David Thompson, critique de cinéma britannique)

Budget : 20M$. Revenus : 384M$. Parlez-moi d'un bon retour sur investissement !

Oscars 1982. Quatre statuettes : direction artistique, effets visuels, son, montage.

Visionné, la première fois, le 21 décembre 1981 au cinéma Impérial à Montréal
Mon 182ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 10 mars 2023

16 juillet 2010

181. Spielberg : Close Encounters of the Third Kind


Rencontres du troisième type

Film américain réalisé en 1977 par Steven Spielberg
Avec Richard Dreyfuss, Melinda Dillon, François Truffaut, Teri Garr, Carey Guffey

Mon film d'extraterrestres préféré. Les autres, pour moi, ne sont que des variations mineures sur ce même thème, le 2001 de Kubrick, mis à part, bien entendu, qui surpasse, de loin, le Spielberg, un Disney pour grand enfant.

Toujours beaucoup de plaisir à revoir ce film.

En vrac :
À tout coup, je suis ravi par la séquence durant laquelle les phares de la voiture qui suit le camion de Dreyfuss s'élèvent quand il fait signe au conducteur de le doubler.

Je suis toujours surpris de voir Dreyfuss abandonner femme et enfants pour l'inconnu. Exceptionnel dans un film américain qui s'adresse à l'auditoire familial. On dit que Spielberg avait regretté d'avoir fait ce choix - carton jaune pour ce remords.

Mère monoparentale, seule cellule familiale connue par l'enfant Spielberg, donc hommage, comme dans E.T.

Truffaut, touchant, un peu perdu dans cet univers américain - réminiscence de son rôle de réalisateur dans La nuit américaine dans lequel il est aussi un peu "space". (comprenne qui pourra !)

Tiré des trivia de IMDB : " When Truffaut delivered the line "They belong here more than we", several crew members thought that he had said "Zey belong here, Mozambique." Several T-shirts were printed with this quote as a joke."

Devil's Tower (ma copine entendait Devil Star Wars, ce que je trouvais, par ailleurs, très pertinent) : j'ai campé au pied de ce formidable monolithe en juillet 2004. Partout la plaine et, tout à coup, cette énorme masse rocheuse, tel le monolithe de 2001, Odyssée de l'espace.

Chris Carter, l'auteur de la célèbre série des années 90, X-Files, a dû carburer au CE3K pendant plusieurs années avant d'accoucher de sa série.

Lecture cinéphilique
Godard par Antoine de Baecque.
Une coïncidence ahurissante lors des premières lignes du livre : " Écrire une vie de Godard fait partie de ces projets impossibles dont j'ai toujours voulu me dire : " Je m'y risquerai un jour ". Il faut, à la fois du temps, un certain entêtement et suffisamment d'énergie comme marcher le long du GR5 durant un mois, traverser les Alpes du lac Léman à Nice...",  ce que j'ai fait en septembre 2006. 
Cette lecture augure bien malgré  ma "détestation" du gars Godard. Mais ce monument du cinéma est incontournable...j'y plonge. Baecque a aussi écrit, avec Serge Toubiana, une très belle biographie de Truffaut pour lequel, je crois, il a une tendresse certaine.

Oscars 1978 : Caméra

Visionné, la première fois, le 15 novembre 1981 à la télévision à St-Antoine-sur-Richelieu 
Mon 181ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 10 mars 2023

05 juillet 2010

180. Fassbinder : Le Mariage de Maria Braun



Film allemand réalisé en 1978 par Rainer Werner Fassbinder
Avec Hanna Schygulla, Klaus Löwitsch, Ivan Desny

Commençons par la fin. 
Sur les dernières images de l'explosion de la maison de Maria (Zabriskie Point, dans nos mémoires) on entend à la radio la victoire de l'Allemagne en coupe du monde de football. C'était en 1954. C'est la fin de l'après-guerre en Allemagne. Fassbinder indique peut-être ainsi que l'Allemagne tourne le dos à son passé et que la reconstruction est en marche. 

Tourne le dos, oui, mais à jamais hanté par les camps de la mort qui, comme un retour du refoulé, constamment, au cours des décennies suivantes, viendront assombrir l'éclatante réussite économique de la République Fédérale d'Allemagne.

Reprenons au début. 
Maria se marie avec Herman Braun qui doit partir le lendemain pour le front russe. Considéré mort au combat, puis ressuscité et revenu de l'enfer russe, il se retrouve en prison pour un crime commis par Maria. Le pauvre Herman n'aura jamais de vie conjugale. 

Pendant ce temps, Maria perd son âme. Pour pasticher un titre précédent de Fassbinder, Ali : Fear Eats Soul, on pourrait intituler ce film Maria : Money Eats Soul que les images aux saveurs de studio hollywoodien ne démentent certainement pas.

La trame mélodramatique du film est un clin d'œil à Douglas Sirk (d'origine allemande et qu'on retient surtout pour son œuvre marquée au coin du mélodrame, j'aime All That Heaven Allows), un des cinéastes préférés de Fassbinder et dont il avoue son influence.

J'ai déjà vu Hanna Schygulla dans un spectacle intime il y a une quinzaine d'années à Montréal, au collège Maisonneuve où j'enseignais. Elle était divine. J'avais eu l'impression de voir une réplique de Dietrich vieillissante dont elle a interprété, d'ailleurs, quelques-unes de ses chansons. 

Ce qui nous amène à mettre en parallèle deux grandes machines du cinéma : Sternberg-Dietrich (6 films) et Fassbinder-Schygulla (20 films ensemble). La même passion de deux réalisateurs pour leur actrice fétiche. Dans Le mariage de Maria Braun, Fassbinder élève Schygulla au niveau du monument. Probablement la plus grande performance de Schygulla en carrière.

Berlin 1979 : Ours d'argent à Hanna Schygulla, prix du jury à Fassbinder

Visionné, la première fois, le 1er novembre 1981 à la télévision à St-Antoine-sur-Richelieu
Mon 180ème film visionné des 1001 films de la liste du livre de Schneider
Mis à jour le 10 mars 2023

27 juin 2010

179. Arnold : The Incredible Shrinking Man


L'homme qui rétrécit

Film américain réalisé en 1957 par Jack Arnold
Avec Grant Williams et Randy Stuart

Un bon film de science-fiction des années 50 à mettre dans votre parcours de cinéphile. J'ai un faible pour ceux-ci.

C'était l'époque la plus dramatique de la Guerre froide, le péril nucléaire planait sur l'Occident, sur la planète, en fait. La Bombe traversait toutes les consciences. 

Je me souviens que ma mère nous disait quand la météo pétait les plombs que c'était à cause de la Bombe, aujourd'hui on dit que c'est à cause des changements climatiques, un tantinet plus crédible, quoique le scepticisme reste de mise. Pas scepticisme dans le sens que ce n'est pas vrai, mais le scepticisme scientifique, celui qui continue à questionner et à compiler les données scientifiques avant d'hurler constamment que la fin de notre monde est proche.

Alors pour expliquer l'impossible, on avait la Bombe. Quelle aubaine pour la science-fiction.

Deux parties dans ce film :

La première, banale, décrit la progression de la maladie et ses conséquences sur l'environnement social de notre héros. Convenu.

La deuxième est magique.
Après sa lutte avec le chat (vous ne verrez plus jamais minou de la même manière) qui est un des grands moments de mise en scène de ce film, le petit bonhomme qui, par inadvertance, se retrouve dans le sous-sol abandonné de tous, commence une nouvelle vie dont le but est de survivre dans cet environnement hostile où une araignée est King Kong et une aiguille, l'épée qui pourra l'abattre. Un travail remarquable, pour l'époque, afin de transformer les objets de la vie quotidienne dans des dimensions vertigineuses.

Évidemment, on ne pouvait pas y échapper. Il existe une Incredible Shrinking Woman (1981) de Joel Schumacher avec Lily Tomlin. 5,5/10 sur IMDB. Pas vu, pas envie de voir 

Visionné, la première fois, le 24 août 1981 à la télévision à St-Antoine-sur-Richelieu
Mon 179ème film de la liste des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 10 mars 2023

21 juin 2010

178. Hawks : To Have and Have Not


Le Port de l'angoisse
Une autre traduction bizarre qui dénature le contenu du film. Pourtant, ce titre existait déjà en français dans la traduction du roman de Ernest Hemingway à partir duquel 
William Faulkner (excusez du peu) a bâti le scénario du film : En avoir ou pas.

Film américain réalisé en 1944 par Howard Hawks
Avec Humphrey Bogart, Lauren Bacall, Walter Brennan, Marcel Dalio

Gaspillage de talent : Hemingway et Faulkner (deux Nobels, pardi !) pour arriver à ce petit scénario. Mais le scénario importe peu.

Ce qui importe, c'est Lauren Bacall, 19 ans, qui arrive au cinéma chargée d'une telle quantité de répliques sur les relations hommes-femmes que Bogart en reste pantois. Pour remédier à cet état, il tombera amoureux de la fille et l'épousera, pas dans le film, à la ville.

Lauren Bacall brûle l'écran dans ce film plutôt ordinaire.

D'un autre côté, Humphrey Bogart la joue encore "à celui qui est revenu de tout" et Walter Brennan, en "side-kick" de Bogie, en tartine un peu trop épais à mon goût. Donc, il faut voir ce film pour l'entrée en scène de la belle aux yeux de chat. Sa première réplique, culte évidemment : "Anybody got a match?" Une gamine de 19 ans qui s'adresse ainsi au mythique Bogart - un sacré culot.



Dans ce film dont l'action se passe à la Martinique au début de la Seconde guerre mondiale, ce qui saute aux yeux c'est le peu d'intérêt sinon l'ignorance dans laquelle demeure probablement l'ensemble de la société américaine face au conflit européen (en tenant pour acquis que le personnage de Bogart en est un parfait représentant). Ignorance mais surtout condescendance, ce qui est agaçant.

Dans ce film, l'essence : 28 cents le gallon américain, ce qui convertit en litre et en euro donne...taratata - 6 centimes d'euro le litre. Moins chère que l'eau pour votre pastis.

Visionné, la première fois, le 25 juillet 1981 à la télévision à St-Antoine-sur-Richelieu
Mon 178ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 10 mars 2023

12 juin 2010

177. Truffaut : Le Dernier métro



Film français réalisé en 1980 par François Truffaut
Avec Catherine Deneuve, Gérard Depardieu, Jean-Louis Richard, Jean Poiret, Heinz Bennent, Andréa Ferréol, Paulette Dubost (qui aura 100 ans cette année; son premier rôle dans Nana de Jean Renoir en 1926).

Quand j'ai commencé ce site il y a plus de trois ans, Truffaut était mon cinéaste préféré, presqu'une religion pour moi. Après avoir vu plus de 500 films, parmi les meilleurs de l'histoire du cinéma, une remise en question s'est graduellement imposée à moi.

Truffaut est un réalisateur intéressant avec quelques coups de génie (Les quatre cents coups, Jules et Jim) mais sa production globale demeure une coche (deux?) sous celles des grands du cinéma tels que Bergman, Tarkovski, Kurosawa, Hitchcock, pour n'en nommer que quatre. 

Opinion que confirme le visionnement à nouveau de Le dernier métro que le jeune Truffaut des Cahiers du Cinéma des années 1950 aurait qualifié de cinéma à papa et qu'il aurait conspué.

Que Truffaut ait remporté dix Césars en 1981 pour Le dernier métro a plus à voir avec un hommage à sa carrière qui allait abruptement se terminer en 1984 qu'à une récompense pour ce film.

Truffaut demeure, quand même, pour moi, un grand du cinéma ne serait-ce que parce qu'il est le plus grand des cinéphiles. Sa biographie, écrite par Antoine de Baecque et Serge Toubiana, qu'il faut lire, toutes affaires cessantes, est un des plus émouvants récits de cinéphilie qu'il m'ait été donné de lire. Et pour faire le compte, pourquoi ne pas ajouter la lecture de sa correspondance, une sorte d'itinéraire d'un cinéphile.

Le dernier métro, une sorte de remake de La nuit américaine pour le théâtre (apparemment le 2ème volet d'une trilogie sur les arts du spectacle), est du théâtre filmé. Tourné en studio avec des décors qui sentent tellement le carton-pâte, en éclairage terriblement artificiel, Le dernier métro abonde de bons mots, de propos intelligents, de clins d'œil au cinéma et à la culture populaire de l'Occupation. MAIS tout ça sent le pastiche ou le faux-semblant. De plus, après Le chagrin et la pitié de Marcel Ophuls ou Lacombe Lucien de Louis Malle, comment peut-on nous servir à nouveau cette bluette sur l'Occupation comme il y en a tant eu dans le cinéma français
.
Du cinéma sympathique qui ronronne, qui se consomme comme un sorbet à l'orange.
On peut être très dur quand on a beaucoup aimé. Revoir Les quatre cents coups, au plus vite.

César 1981. Dix prix : film, acteur à Gérard Depardieu, actrice à Catherine Deneuve, réalisateur, scénario, musique, caméra, direction artistique, montage, son.

Visionné, la première fois, au cinéma à Beloeil en mars 1981
Mon 177ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 10 mars 2023

09 juin 2010

176. Malle : Atlantic City



Film franco-américano-québécois réalisé en 1980 par Louis Malle
Avec Burt Lancaster, Susan Sarandon, Kate Reid, Michel Piccoli

Je demeure perplexe sinon indifférent face à ce film. On a l'impression d'un patchwork; de plusieurs éléments d'histoire qui s'articulent mal entre eux et qui nous entraînent dans une intrigue qui tient mal la route.

On se dit que ça doit être bon, qu'il y a quelque chose qu'on saisit mal ; après tout, il s'agit d'un film de Louis Malle dont l'acteur principal, Burt Lancaster, est à l'apogée de sa carrière. Mais non, ça tombe à plat malgré une grande prestation de Lancaster dont on a l'impression qu'il est le petit-fils dévoyé du Prince Fabrizio Salina dit le Guépard (film de Visconti), interprété magistralement également par Lancaster dans le rôle de sa carrière.

Ce qui surnage après avoir vu ce film, c'est Atlantic City, ville décatie, qui essaie de renaître de ses cendres grâce à une nouvelle loi sur le gambling votée par le gouvernement du New Jersey. Ville que j'ai toujours détestée sans jamais l'avoir visitée. Mais j'ai visité sa grande sœur, Las Vegas, et ça suffit pour nourrir ma détestation de ces villes-casinos ; l'abysse du capitalisme pourri.

J'aime beaucoup la première séquence où l'on voit un grand hôtel des années 40, dynamité. Toute l'essence de ces villes-bidons (Las Vegas en est le cas extrême) réside dans cette manie de raser l'ancien pour faire place au nouveau dont l'espérance de vie sera encore plus courte


Ville-casino, ville-bidon : Le Taj Mahal d'Atlantic City

Venise 1980. Lion d'or. Ex-aequo avec Gloria de John Cassavetes

Visionné, la première fois, au cinéma à Montréal en 1980
Mon 176ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 1er janvier 2023

05 juin 2010

175. De Palma : Carrie


Carrie au bal du diable
Un autre beau fleuron pour les "faiseurs" de titre français.

Film américain réalisé en 1976 par Brian de Palma
Avec Sissy Spacek, Piper Laurie, Amy Irving, William Katt, Betty Buckley, Nancy Allen, John Travolta

Tous les "rejects" de la Terre seront vengés par la Cendrillon de De Palma qui cartonne à la psychokinésie. Qui a dit que la vengeance est un plat qui se mangeait froid - plutôt carbonisé celui-là.

Que dire d'autre sur ce film franchement surévalué ? Sinon qu'il est un des premiers d'une suite interminable de films d'horreur impliquant toujours les mêmes ados clonés sur ceux de Carrie.

Rien à voir avec d'autres adolescents de films tels que The Last Picture Show de Peter Bogdanovich, par exemple.

Ne boudons pas notre plaisir, très agréable à voir et même à revoir, ne serait-ce que pour les grandes performances de Sissy Spacek et de Piper Laurie qui sauvent le film.

Visionné, la première fois, à la télévision à St-Antoine-sur-Richelieu le 13 novembre 1980
Mon 175ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 1er janvier 2023

30 mai 2010

174. Fosse : All That Jazz


Que le spectacle commence

Film américain réalisé en 1979 par Bob Fosse
Avec Roy Scheider, Jessica Lange, Leland Palmer, Ann Reinking

Je n'avais pas vraiment aimé ce film il y a trente ans et idem pour aujourd'hui.

Je n'aime pas beaucoup ces films au personnage central ultra-narcissique, surtout en sachant que ce Joe Gideon est la personnification du réalisateur Bob Fosse. On ne peut pas toujours réussir à rejouer Huit et demi et s'en tirer aussi magistralement que Fellini.

Toute l'histoire du film est fortement teintée par l'expérience de mort imminente vécue par le réalisateur 4 ans auparavant lors d'une opération à cœur ouvert. Dans le film, Fosse a tout simplement décidé de pousser l'expérience au point de non-retour. Ce qui nous vaut, pour conclure le film, un bon mais interminable numéro de "musical" intitulé Bye Bye Life que vous pouvez voir sur YouTube.

Autre ratage : les séquences avec l'ange de la mort (Jessica Lange)... d'un cucu !

Ma séquence préférée du film : le numéro de danse du père et de la fille - un rare moment de tendresse dans ce monument d'égocentrisme.

Oscars 1980 : Quatre statuettes : décor, musique, costume, montage
Cannes 1980 : Palme d'or du meilleur film ex-aequo avec Kagemusha de Akira Kurosawa

Visionné, la première fois, au cinéma Berri à Montréal le 30 octobre 1980
Deux semaines avant de voir ce film, j'avais fait ma première visite à New York durant laquelle j'ai vu, sur Broadway, au Ambassador Theatre, la comédie musicale de Bob Fosse, Dancin' dont certains éléments ont été repris dans All That Jazz. Dancin' est une comédie musicale qui retrace l'histoire de la danse aux USA. A contribué à développer mon engouement pour la danse au point où j'ai commencé à suivre des cours de danse  Contact Improvisation qu'on appelait à Montréal en ce temps-là la "danse contact". Très brève carrière.
Mon 174ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 9 mars 2023

24 mai 2010

173. Duvivier : Pépé le Moko



Film français réalisé en 1937 par Julien Duvivier
Avec Jean Gabin, Mireille Balin (destin tragique), Gabriel Gabrio, Fernand Charpin, Lucas Gridoux, Marcel Dalio, Fréhel

Après avoir vu le film en 1980, je l'ai immédiatement recyclé dans mon cours sur L'histoire de la forme urbaine que j'ai donné pendant 30 ans au Collège de Maisonneuve à Montréal  (l'équivalent québécois de Classes Terminales), cours que je donne toujours à l'Université du Troisième Âge de l'Université de Sherbrooke. Ma passion pour la ville y trouve son exutoire.

Donc recyclage de ce film ? Dans un chapitre de mon cours, j'abordais la question de la forme de la ville arabe (casbah, médina, mosquée, ruelles, toit-terrasses), et je ne pouvais mieux trouver à l'époque antédiluvienne d'avant Internet et de son Google que d'utiliser ce film pour illustrer ce phénomène urbain. Alors, imaginez la tronche d'étudiants de 18 ans à qui l'on recommande de visionner un film tourné en 1937,  aussi bien dire au Moyen Age - le prof, il débloque complètement, quoi!. Combien de mes étudiants (autour de 5000) ont vu ce film ?

Pépé le Moko annonce, par son thème - la Casbah en tant que lieu impénétrable par l'autorité française -  la future bataille d'Alger (1957) durant laquelle les chefs du Front de Libération Nationale (FLN) ont tenu tête à l'armée française pendant des mois en se réfugiant dans la Casbah, les troupes et le matériel militaire étant incapable d'y circuler. 

Voir, à ce titre, le formidable film de Gillo Pontecorvo, La Bataille d'Alger, recensé plus tôt sur ce site. Encore mieux, lire les 4 tomes sur la Guerre d'Algérie d'Yves Courrière. Ce que je m'étais forcé de faire avant mon périple en Algérie en 1977. Monumental.

Deux photos prises lors de ma visite de la Casbah d'Alger en juillet 1977.
Un dédale complexe de rues, inéquat à toutes manœuvres militaires



















Le film : Après le déroulement de la liste des crédits à la mode des années 30 où l'on ne se préoccupe pas de fournir les prénoms pour certains acteurs, on a une convaincante présentation de la forme urbaine de la Casbah, appelée à juste titre, dans le cadre de ce film, le maquis. Les images de l'intérieur de la Casbah proviennent de l'œuvre de Jacques Krauss qui a reconstruit une partie de la Casbah dans les Studios Joinville en banlieue de Paris.

Il est beaucoup question de Paris dans ce film. Pour Pépé, c'est le lieu de la grande nostalgie du temps passé, vers lequel il ne peut retourner.  Et qui mieux que Fréhel, chanteuse de l'entre-deux-guerres, pouvait le mieux nous en transmette toute la poignante tristesse lorsqu'elle chante Où est-il donc ? Fréhel, qui joue une chanteuse oubliée et qui, en fait, l'est au moment du film, qui écoute cette chanson dans Pepe le Moko. 


Est-ce le plus grand rôle de Gabin ? Je ne sais pas mais c'est probablement celui qui a le plus contribué à définir le style Gabin.

Un remake a été fait juste un an après l'original, c'est dire l'attrait au box office de Pépé le Moko. Algiers de John Cromwell avec Charles Boyer (le Français d'Hollywood) dans le rôle de Pépé est une réplique presque plan pour plan du film de Duvivier. La petite histoire dit que le producteur de ce film a cherché à récupérer toutes les copies du film original pour les détruire.

Visionné, la première fois, à la télévision à St-Antoine-sur-Richelieu en octobre 1980
Mon 173ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 9 mars 2023

13 mai 2010

172. Avildsen : Rocky



Film américain réalisé en 1976 par John G. Avildsen
Avec Sylvester Stallone, Talia Shire, Burt Young, Carl Weathers, Burgess Meredith

J'avais gardé de ce film un mauvais souvenir - un très mauvais souvenir. Probablement parce que je n'avais retenu que le combat de boxe qui n'arrive, pourtant, qu'après 75 minutes, reléguant à la partie congrue la mignonne histoire d'amour.
 
Le petit plaisir :  cette histoire d'amour improbable entre deux "losers", un boxeur à la limite de la déficience intellectuelle (il sera carrément dedans dans le rôle à venir de John Rambo, pourtant Silvester aurait un Q.I de 141; il le cache bien, le coquin !) et une vendeuse de tortues dans une animalerie, me remémorant le couple Ernest Borgnine et Betsy Blair dans Marty de Delbert Mann, film largement supérieur, quand même.

Autre petit plaisir : une plongée au cœur du désastre urbain de Philadelphie, typique de toutes les villes nordaméricaines de cette époque, au moment où le centre des villes était déserté par la classe moyenne à la poursuite du bonheur urbain dans le grand désert culturel de la banlieue. Aussi une description sensible des quartiers de blancs pauvres de l'Amérique des perdants, terrain fertile pour le Parti Républicain.

Autre autre petit plaisir : un classique du genre "feel-good movie". J'aime bien les "feel good movie", moi qui ai facilement la larme à l'œil au cinéma.

Anecdote : Le scénario du film écrit par Sylvester Stallone s'inspire directement du boxeur Chuck Wepner, notamment célèbre pour avoir tenu 15 rounds face à Mohamed Ali, le 24 mars 1975, avant de finalement s'incliner par K.O. technique.

Talia Shire (frangine de Francis Ford Coppola), une des plus mignonnes et touchantes laiderons de l'histoire du cinéma.

Oscars 1977 : Trois statuettes pour le film (oh ! horreur, il a battu Taxi Driver), le réalisateur (horreur bis ! Ingmar Bergman était en nomination) et le montage

Visionné, la première fois, le 27 septembre 1980 à la télévision à  St-Antoine-sur-Richelieu
Mon 172ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 9 mars 2023

04 mai 2010

171. Schlöndorff : Le Tambour



Film allemand réalisé en 1979 par Volker Schlöndorff 
Avec David Bennent (Oskar), Angela Winkler, Mario Adorf, Daniel Olbrychski, Andréa Ferréol, Charles Aznavour

Au début, le nabot (Oskar), avec son tambour et ses cris à la Castafiore, me tombe royalement sur les rognons, comme dirait ma mère. Puis, lentement, il vieillit même s'il ne grandit pas, because complexe d'Œdipe à la puissance mille. Alors, il devient un peu moins antipathique au cours du déroulement de la saga qui nous mène de l'entre-deux-guerres (1927) à la libération (pas sûr) de l'Allemagne par les troupes russes.

Il y a quelque chose que je trouve tordu dans ce film. À chaque visionnement, le même mal à l'aise. L'histoire d'Oskar ne colle tout simplement pas avec l'Histoire. Ces deux histoires fonctionnent en parallèle. On est constamment ballotté entre les deux et le lien qui les unirait ne fonctionne pas.

Si l'on opte pour l'histoire d'Oskar, on a une belle histoire de complexe d'Œdipe qui se dénoue par la mort du père. On a une histoire captivante qui se suffit à elle-même. Pour le reste, l'histoire de la montée du nazisme et des quelques faits d'armes de la guerre, on s'en balance - du tellement déjà vu, d'un tel racolage. Ce ne sont surtout pas les séquences felliniennes des petites personnes qui nous convaincront du contraire.

En voyant Angela Winkler (la mère d'Oskar), constamment en mémoire, un autre film de Schlöndorff, celui-là terrible, L'honneur perdu de Katharina Blum, réalisé en 1975

Cannes 1979 : Palme d'or ex-aequo avec Apocalypse Now.
Oscars 1980 : Meilleur film en langue étrangère

Visionné, la première fois, au cinéma à Montréal, en août 1980
Été 1980. Je travaille à la rénovation de ma maison sur les bords du Richelieu en essayant d'oublier l'échec douloureux du référendum du 10 mai 1980 lors duquel 60% de la population québécoise refusa au gouvernement du Parti Québécois, dirigé par René Lévesque, d'entamer des démarches vers la souveraineté du Québec. Peu d'exemples, dans l'Histoire, d'un peuple qui refuse plus de souveraineté. Triste. La même population allait maintenir au pouvoir ce même gouvernement lors d'élections générales en 1981. Essayez de comprendre !
Mon 171ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 9 mars 2023