26 février 2007

22. Wajda : Cendres et diamants



Film polonais réalisé en 1958 par Andrzej Wajda
Avec Zbigniew Cybulski, Ewa Krzyzewska, Adam Pawlikowski

Le cinéma de l'Europe de l'Est dans les années 50, c'est d'abord le cinéma polonais. Et parmi les cinéastes polonais, Andrzej Wajda sera le pionnier qui ouvrira les portes à cette nouvelle cinématographie, ignorée jusque-là à l'Ouest.

Le 8 mai 1945, jour de la reddition de l'Allemagne nazie, c'est la fin de la guerre en Europe de l'Ouest. Mais, en Pologne, une autre bataille prend forme : la lutte entre les résistants nationalistes et les communistes appuyés bientôt par le régime soviétique. C'est dans ce contexte que se déroule Cendres et diamants sur une période de 24 heures du 8 au 9 mai 1945.

Mais ce n'est pas dans le traitement du contexte politique de cette période que réside l'intérêt de ce film. C'est le parcours chaotique de Maciek (Zbigniew Cybulski) au cours de cette nuit de festivités qui nous intéresse. Ce personnage, totalement antipathique au début du film, devient de plus en plus attachant au cours de cette nuit où tout se joue pour lui.

Cybulski défonce littéralement l'écran. Avec sa dégaine à la James Dean (dont il a vu le film Rebel Without a Cause, à Paris) , ses cheveux gominés et ses lunettes noires, il se démarque totalement de tous les autres personnages qui, eux, vivent en 1945, alors que lui est un jeune adulte à la mode de 1956. Il est bien clair qu'attifé de cette façon, Maciek ne peut pas être un résistant polonais de 1945. Cet anachronisme qui pourrait enlever de la crédibilité au film ne gêne pas : la performance de Cybulski est telle qu'on oublie cet accroc à l'histoire.

Des scènes fortes et inoubliables (ça c'est de la rhétorique parce que je ne me souvenais absolument pas de ce film que j'avais vu au ciné-club de Radio-Canada, il y a 40 ans!), foisonnent tout au long du film : la scène de tendresse et de désespoir entre Maciek et la serveuse du bar; ces deux-là discutant dans une église dévastée, séparée par un immense crucifix, la tête en bas; le commissaire, tué par balle qui vient mourir dans les bras de son assassin (Maciek) alors que les feux d'artifice commémorant la fin de la guerre fusent dans le ciel; la danse de mort de Maciek dans le dépotoir qui marque la fin du film.

Wajda dit qu'il a été beaucoup influencé par les films policiers américains, ce que nous appelons le film noir. Il salue Asphalt Jungle de John Huston en faisant intervenir d'une manière un peu surréaliste un cheval blanc au milieu de la nuit. Référence à la fin tout à fait époustouflante de Asphalt Jungle où l'on retrouve la mort du personnage principal au milieu d'un champ entouré de chevaux.

Tour de force : Dans un film polonais traitant de la 2ème guerre mondiale, il n'y aucune mention du génocide juif, ni de l'élimination du ghetto de Varsovie.

Zbigniew Cybulski, acteur lancé par Wajda, fut comparé à James Dean. Sa carrière fut également écourtée quand il tomba sous un wagon de train en marche. Il n'avait que 39 ans.

Venise 1959. Prix de la critique internationale.

Visionné, la première fois, en 1967 à la télévision à Québec
Mon 22ème film visionné des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 30 janvier 2023

22 février 2007

21. Antonioni : L' Avventura



Film italien réalisé en 1960 par Michelangelo Antonioni
Avec Gabrielle Ferzetti, Monica Vitti, Lea Massari, Dominique Blanchar, Renzo Ricci.

Bienvenue dans les années 60.
En parallèle avec la Nouvelle Vague française, le nouveau cinéma italien fait faire un bond en avant à l'histoire du cinéma. L'histoire du 7ème art procède par seuils. Pendant des années, tout le monde répète les mêmes formes pour illustrer les mêmes contenus puis, tout à coup, sans consensus pré-établi, de nouvelles formes apparaissent et les contenus sont dépoussiérés et traités sous un tout nouvel angle.

L'Avventura est seul en avant de l'avant-garde.
Le soir de la première au festival de Cannes de 1960, les spectateurs ont ri pendant toute la durée du film et l'ont hué copieusement à la fin. Monica Vitti sort de la projection en pleurs. L'équipe d'Antonioni est au désespoir. Mais au matin, Antonioni trouve à la porte de sa chambre une pétition de dizaines de personnalités du cinéma (acteurs, réalisateurs, critiques, producteurs) qui acclament le film en le qualifiant de plus grand film jamais réalisé jusqu'à ce jour. Le film devint rapidement reconnu comme étant un des grands chef-d'œuvre de l'histoire du cinéma.

Quand j'ai vu ce film, un soir, très tard, au ciné-club de Radio-Canada, je n'avais pas du tout le goût de rire. J'avais plutôt l'impression de mourir d'ennui. Les longs plans-séquences en noir et blanc étaient une vraie torture. (Des "méchants" ont inventé le terme "Antonioniennui".) De plus, à l'instar des spectateurs de Cannes, je ne comprenais pas vraiment l'histoire qui se déroulait à l'écran. Un sentiment de colère se développait en parallèle avec le déroulement de l'action, si on peut dire. Qu'est devenue le personnage principal (Anna) qui disparaît définitivement de l'écran à la 27ème minute (encore deux heures de film à venir) ?

Je ne crois pas qu'aucun réalisateur ait oser, à ce jour, conter une histoire qu'il abandonnait graduellement en cours de route et qui se terminait sans aucune référence à l'événement dramatique qui semblait le cœur de l'œuvre. J'eus l'impression qu'on avait abusé de ma bonne foi alors qu'Antonioni se tuait à nous montrer que la seule et vraie histoire du film résidait dans son illustration de l'impossibilité du couple.

En revoyant ce film plusieurs années plus tard, j'ai pu enfin me réconcilier avec lui.

En concentrant mon attention sur l'expérience amoureuse de Claudia, mettant ainsi en arrière-plan l'épiphénomène de la disparition d'Anna, j'ai découvert l'itinéraire amoureux d'une femme qui voit croître, dans la culpabilité, une passion amoureuse pour l'ex-amant de son amie. "Il y a trois jours j'avais peur qu'elle (Anna) soit morte. J'aurais pu mourir aussi. Maintenant, j'ai peur qu'elle soit vivante".

On reste estomaqué par la photographie des scènes sur l'île Lisca Bianca près de la Sicile, plus particulièrement les images du changement du temps. D'ensoleillée et calme, la mer devient houleuse sous l'orage et la tornade. Monica Vitti (que je préfère en brune, voir la scène où elle porte une perruque foncée) est une révélation dans les scènes sur l'île. Antonioni la révèle dans des plans qui montrent tout l'amour qu'il porte à son actrice préférée.

Tout le film se passe en Sicile. Antonioni s'amuse à souligner le caractère très machiste des Siciliens. On assiste à une émeute de mâles lors de l'arrivée d'une pin-up dans une petite ville. Plus tard, lorsque Claudia (Vitti) est seule sur une place d'un village alors que son amoureux Sandro (Ferzetti) est entré à la pharmacie, on voit graduellement un attroupement d'hommes qui la regardent de plus en plus près. Hitchcock s'est peut-être inspiré de cette scène pour montrer la montée d'angoisse de ses principaux personnages dans The Birds lorsque les oiseaux s'attroupent graduellement autour d'eux.

Cannes 1960. Prix du jury
Cahiers du Cinéma : Dans la liste des 10 meilleurs films de l'année 1960

Visionné, la première fois, en 1967 à la télévision à Québec
Mon 21ème film visionné des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 11 janvier 2023

20 février 2007

20. Sturges : The Great Escape


La Grande évasion

Film américain réalisé en 1963 par John Sturges
Avec Steve McQueen, James Garner, Richard Attenborough, Charles Bronson, James Coburn, Donald Pleasance

Basé sur une histoire vraie qui s'est passée dans le Stalag Luft III en Allemagne au cours de la seconde guerre mondiale, ce film raconte la réussite partielle d'une tentative d'évasion de 250 prisonniers, le 24 mars 1944. En fait, seulement 76 prisonniers réussirent à sortir du camp, une dizaine furent pris et ramenés au camp tandis qu'une cinquantaine d'autres furent abattus par la Gestapo. Seulement 3 prisonniers ont pu s'échapper définitivement.

Le massacre des 50 évadés a été considéré comme un crime de guerre pendant les procès de Nuremberg.

Le film est intéressant sur le plan des techniques mises en œuvre pour accomplir une évasion massive, quoique je préfère la tension dramatique du creusage du tunnel dans le film Le trou de Jacques Becker.

Mais, ce qui est le plus frappant, c'est la qualité de vie qu'on retrouvait dans un tel camp. C'est vraiment le Hilton des camps de prisonniers en Allemagne. On reste pantois devant ce spectacle presqu'indécent alors que dans les régions avoisinantes, la Shoah était en marche depuis au moins 4 ans dans des conditions autrement plus éprouvantes, si on me passe cet euphémisme.

Comment pouvait-on tourner un tel film alors qu'on venait d'apprendre par le procès de Eichmann qui s'était terminé en juin 1961, un an avant le début du tournage du film, l'immonde génocide juif.

Le film ne montre à aucun moment la difficulté de la vie de prisonniers. On a l'impression d'assister à une partie de cache-cache entre les prisonniers et leurs gardiens. Les barbelés dorés d'Hollywood !

Le clou du spectacle : la poursuite en moto du personnage joué par Steve McQueen qui est le seul épisode non historique du film. Scène exigée par McQueen lui-même qui désirait démontrer son habileté. On croit rêver. MGM utilisa un photomontage de cette poursuite pour faire l'affiche du film dénaturant ainsi tout le propos du film.

Au festival international du film de Moscou, le film provoqua un scandale : le public russe fut choqué de voir la manière dont étaient traités les prisonniers des troupes de l'Ouest.

Visionné, la première fois, en 1967 à Québec
Mon 20ème film visionné des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 11 janvier 2023

17 février 2007

19. Truffaut : Jules et Jim




Film français réalisé en 1962 par François Truffaut
Avec Jeanne Moreau, Oskar Werner, Henri Serre

Jules et Jim d'accord, je veux bien, mais, en fait, surtout Catherine, non?

La caméra et le Truffaut n'en ont que pour elle. Elle est le vrai tourbillon de la chanson du film.

Jeanne Moreau, déjà 34 ans, inonde le film de sa présence. Les deux acteurs masculins sont périphériques et on a l'impression qu'ils sont encore plus médusés par les qualités d'actrice de Moreau que leur personnage ne le sont par l'insaisissable Catherine.

La révolution de ce film repose sur une nouvelle approche du triangle amoureux. Nous étions habitués depuis belle lurette tant dans les films d'Hollywood que dans les films du cinéma français-à-papa à voir les compétiteurs du triangle s'entre-déchirer. Ici, l'amitié est plus forte que la compétition amoureuse. Les deux amis, Jules et Jim (il faut prononcer Djim), ne sont jamais en conflit au sujet de Catherine. Élégamment, ils cèdent à tour de rôle leur place dans le cœur de leur belle amoureuse.

C'est une nouvelle éthique amoureuse. C'est la Nouvelle Vague en marche. On ne réinvente pas seulement le cinéma mais aussi la vie.

Mais, à 20 ans, j'ai eu de la difficulté à entrer dans cette nouvelle éthique. Je me souviens que le personnage de Catherine m'avait mis en colère. J'avais de la difficulté à accepter qu'une femme puisse à ce point manipuler les sentiments amoureux de deux amis. Et l'amour libre pour une femme, comme pour le personnage féminin de la pièce de Strindberg que les deux amis détestent, était insupportable pour la morale conservatrice des jeunes provinciaux de Québec dont j'étais. En plus, je n'étais pas un fan de Jeanne Moreau dont je trouvais le visage trop vulgaire. J'étais encore marqué par le rôle de pute que Jeanne Moreau avait joué dans le film de Joseph Losey, Eva, que j'avais vu quelques années auparavant. Je préférais les beaux visages de "jeunes filles pures" de Catherine Deneuve (Les Parapluies de Cherbourg) ou de Claude Jade (Baisers volés, Domicile conjugal).

Jules et Jim étaient-ils gais ? Voilà une question de notre temps que je n'ai jamais vu aborder nulle part. Le seul indice du film : Jim raconte à Jules qu'il écrit un roman à propos de deux amis dont les voisins trouvent qu'ils ont des mœurs un peu spéciales. Serait-ce l'explication à leur tolérance mutuelle vis-à-vis l'amour qu'ils portent à Catherine qui, normalement, les ferait d'entre-déchirer?

Scène cocasse : Thérèse (Marie Dubois) qui fait le train à vapeur avec le bout allumé de la cigarette dans la bouche.

Une citation de Truffaut résume ce film : "Je commence un film croyant qu'on s'amusera pour me rendre compte, en chemin, que finalement seule la tristesse le sauvera"

Une brise des années 60 :
"Elle avait des bagues à chaque doigt,
Des tas de bracelets autour des poignets,
Et puis elle chantait avec une voix
Qui, sitôt, m'enjôla."
Le tourbillon, chanson de Cyrus Bassiak, interprétée par Jeanne Moreau.

Cahiers du Cinéma. Dans la liste des dix meilleurs films de l'année 1962

Visionné, la première fois, en 1967 à Québec
Mon 19ème film visionné des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 11 janvier 2023

12 février 2007

18. Dreyer : Ordet


La Parole

Film danois réalisé en 1955 par Carl Theodor Dreyer
Avec Henrik Malberg, Emil Hass Christiansen, Birgitte Federspiel, Preben Lerdoff Rye

Film réputé pour avoir présenté la plus fameuse scène de miracle de l'histoire du cinéma.

Comme pour plusieurs de ses films, Dreyer nous entraîne dans un monde où la foi est une problématique quotidienne. Dans ce monde noir et blanc, plus blanc que noir contrairement aux films de l'expressionnisme allemand plus portés sur le noir, la croyance en Dieu est au cœur de la vie des personnages.

Pendant une grande partie du film, on se laisse porter un peu insensiblement par ce scénario à la sauce chrétienne dans un décor nordique épuré. Puis, tout à coup, après le décès de la jeune femme lors de son accouchement, on nous assène cette formidable scène qui nous perturbe, tout non-croyant que nous sommes.

Parlons de cette scène : la jeune femme, étendue dans son cercueil, les mains croisées sur sa robe blanche. Nous voyons son visage en contreplongée, derrière lequel, tout habillé en noir sauf pour la collerette blanche, se trouve, debout, son non-croyant de mari. Près du cercueil, le frère du mari, considéré comme fou à cause de ses délires mystiques. Il demande à la petite fille de la défunte si elle croit qu'il peut ressusciter sa mère. "Oui, mon oncle". Il lui dit alors : "Ta foi est grande. Qu'il soit fait comme tu le veux. Regarde ta mère, quand je prononcerai le nom de Jésus, elle se lèvera." Nous ne voyons d'abord ce miracle de la résurrection que grâce au visage de la petite fille qui se détend et qui se met à sourire : un direct au cœur!

Résurrection miraculeuse ou retour de catalepsie. Dreyer nous laisse le choix et nous abandonne dans cette secousse émotive peu banale.

C'était ma période ciné-club de Radio-Canada. Les mardis soir, à 23 heures, commençait le film d'art et d'essai : en noir et blanc, peu ou pas d'intrigue, sous-titrage souvent blanc sur fond blanc (misère!), questionnement existentiel, autrement dit, du gros boulot qui s'étendait parfois jusqu'à 2 heures du matin. Mais, heureusement avec, quelquefois en prime, des scènes érotiques osées, en dehors des standards des films américains qui inondaient nos écrans d'alors.

Venise 1955. Lion d'or
Cahiers du Cinéma. Dans la liste des 10 meilleurs films de l'année 1955

Visionné, la première fois, en 1967, à l'émission du ciné-club de Radio-Canada à Québec
Mon 18ème film visionné des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 11 janvier 2023

10 février 2007

17. Truffaut : Les Quatre cents coups




Film français réalisé en 1959 par François Truffaut
Avec Jean-Pierre Léaud, Claire Maurier, Albert Rémy, Guy Decomble
Apparitions furtives de célébrités de la Nouvelle Vague : Jean-Claude Brialy, Jeanne Moreau, Philippe de Broca, Jacques Demy, Jean Douchet.

François Truffaut, en apparaissant dans son propre film, rend hommage à son maître de tout temps, Alfred Hitchcock, qui avait cette habitude d'apparaître très discrètement dans chacun de ses films.

Cette année 1959, marquera le début d'une révolution dans le cinéma français. Ce qu'on appellera la Nouvelle Vague vient au monde. Les films ne seront plus jamais tournés de la même façon, pense-t-on. Le film, tel un roman, est l'œuvre d'une seule personne. Le réalisateur devient l'auteur de son film. Deux films annoncent cette nouvelle approche en cette année 1959 : Les Quatre cents coups de François Truffaut et À bout de souffle de Jean-Luc Godard.

Les Quatre cents coups, c'est le film d'adolescent en difficulté le plus touchant qu'il m'ait été donné de voir. Quand on sait que c'est un film d'autofiction, on en est encore plus chamboulé. En effet, cet Antoine Doinel incarné par Jean-Pierre Léaud, c'est François Truffaut à 13 ans. Suite à la sortie de ce film, sa mère et son père adoptif ont coupé tout contact avec lui pendant 3 ans. 

Débute avec ce film, le cycle Antoine Doinel : quatre autres films suivront dans lesquels on accompagnera Doinel dans son cheminement amoureux aux côtés de l'actrice Claude Jade.

J'ai revu, à quelques reprises, ce film et, à chaque fois, je restais surpris de voir que ce film ne vieillissait pas. Ma fille de 13 ans, férue de Matrix et autres Harry Potter, a adoré lorsque nous l'avons vu ensemble il y a 2 ans.

Des moments inoubliables : le vol de la machine à écrire, l'interview avec la psychologue (Léaud improvise), les déambulations dans Paris en hiver, la justification de l'absence scolaire d'Antoine "C'est ma mère...m'sieur, elle est morte", sa mère entrevue dans la rue au bras d'un amant.

Le regard-caméra : le film se termine sur l'arrêt de l'image d'Antoine qui se retourne et nous regarde, nous demandant presque : "Et vous, que feriez-vous, à ma place?" Rappel d'une technique déjà utilisée par Ingmar Bergman dans
Un été avec Monika (1953) : histoire d'une fuite également, celle de Monika, interprétée par la jeune Harriet Andersson, 21 ans.

Lecture cinéphilique : Le dictionnaire Truffaut, éditions de la Martinière. 2004.

Cannes 1959. Deux prix dont celui du meilleur réalisateur.
Cahiers du Cinéma : Dans la liste des 10 meilleurs films de l'année 1959

Visionné, la première fois, en 1967 à Québec
Mon 17ème film visionné des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 11 janvier 2023

07 février 2007

16. Demy : Les Parapluies de Cherbourg




Film français réalisé en 1964 par Jacques Demy
Avec Catherine Deneuve, Nino Castelnuovo, Anne Vernon
Musique : Michel Legrand

Œuvre déconcertante mais combien attachante.
Déconcertante parce qu'œuvre si différente des comédies musicales américaines dans lesquelles l'action est ponctuée de chansons et de danses.
Ici, pas de danse; tout le dialogue est chanté, même la partie à la station-service durant laquelle un personnage choisit son type d'essence en chantant. Si l'on ne s'intrique pas dans le déroulement de ce mélodrame larmoyant, l'on poufferait de rire.

On se surprend à aimer ce film qui a toutes les allures d'un roman-photo. Mais comment résister à cet himalaya (on se calme!) de tendresse qui baigne le si beau visage de Catherine Deneuve, 
20 ans, la Grace Kelly du cinéma français, pour les adorateurs de la princesse de Monaco.

"Has there ever been an actress in the history of the movies who has changed as little and aged as slowly as Catherine Deneuve? (Robert Ebert, critique et admirateur éperdu). Des méchants, dont je suis, pourraient abonder dans ce sens en disant, qu'en effet, Deneuve n'a jamais changé; elle joue toujours de la même façon quelque soit le personnage qu'elle interprète.

Les Parapluies de Cherbourg est seulement le 2ème film musical français. Seul Abel Gance s'était risqué à réaliser un film musical auparavant : il s'agissait de Louise, réalisé en 1939 à partir d'un opéra-comique de Gustave Charpentier.

J'ai vu ce film au Cinéma de Paris à Québec. C'était un édifice qui avait été conçu pour le théâtre au début du siècle (le XXème) mais converti en cinéma : beaucoup de plâtre, des rideaux cramoisis, balcon et corbeilles, rosaces au plafond, fauteuils; à l'antipode des cinémas d'art et d'essai qui commençaient à pousser à cette époque. J'ai vu ce film avec mon premier amour (durée : 2 mois (la relation pas le film). C'est ce qu'on appelle loving on the fast track). 
Elle n'a jamais pu se faire à ce film chanté; elle riait la plupart du temps. J'en fus terriblement mortifié; on n'est jamais retourné au cinoche ensemble, ni nulle part, d'ailleurs.

Cannes 1964. Palme d'or et deux autres prix.

Visionné, la première fois, en juillet 1966, au Cinéma de Paris à Québec


Mon 16ème film visionné des 1001 films du livre de Schneider
 Mis à jour le 28 janvier 2023

05 février 2007

15. Fellini : Juliette des esprits



Film italien réalisé en 1965 par Federico Fellini
Avec Giulietta Masina, Sandra Milo, Mario Pisu, Valentina Cortese

Fellini plonge dans la couleur. Elle est éclaboussante, cette couleur. Trop peut-être.

L'univers de Fellini se couche définitivement sur l'écran.

Beaucoup des films qui suivront, referont le même chemin de l'exubérance, de l'outrance, de l'onirisme et de l'érotisme un peu caricatural.

La beauté de ce film, il faut la trouver dans cette petite bonne femme, pas très intéressante, pas très jolie mais combien touchante, combien attachante, du personnage jouée par Giulietta Masina, l'épouse du réalisateur. On ne peut s'empêcher de voir dans le regard triste de Giulietta, toute la difficulté d'être l'épouse de cet énorme ego.


Giulietta, opposée à Sandra Milo, la fontaine à fantasmes de Fellini, déjà présente dans 8½, nous arracherait presque les larmes par son comportement de midinette dans cet immense cirque fellinien.

Omniprésence de la musique de Nino Rota qui fera la musique de presque tous les films de Fellini, jusqu'à sa mort en 1979.

J'ai vu ce film au cinéma Empire sur la rue de la Fabrique dans le Vieux-Québec. Ce cinéma était le seul endroit à Québec où l'on retrouvait les films de la Nouvelle Vague française et ceux des grands réalisateurs italiens, espagnols ou suédois. Il disparut au cours des années 1970 pour laisser la place à une sorte de musée sur les costumes de Madame Bellay, une extravagante dame qui se présentait à tous les spectacles des grandes salles de Québec déguisée en Madame d'un autre siècle; un vrai personnage échappé d'un film de Fellini.

Entre 1970 et 1972, j'ai eu la chance d'habiter à deux pas du cinéma Empire sur la rue de la Fabrique dans le premier édifice de la compagnie Bell Téléphone à Québec : a fortiori, beaucoup de cinéma dans ma vie à cette époque.

Visionné, la première fois, en 1966 au cinéma Empire à Québec
Mon 15ème film visionné des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 28 janvier 2023

04 février 2007

14. Godard : Le Mépris



Film français réalisé en 1965 par Jean-Luc Godard
Avec Brigitte Bardot, Michel Piccoli, Jack Palance, Fritz Lang

Des couleurs plein l'écran, Brigitte Bardot, l'île de Capri, une affiche bête à pleurer, est-on vraiment dans un film de Jean-Luc Godard? Pourtant, si.

Godard met le pied dans le cinéma commercial. Une production dix fois plus coûteuse qu'À bout de souffle, tourné 3 ans auparavant. On est loin des budgets falots de la Nouvelle Vague.

Film produit par le tycoon Carlo Ponti, Le Mépris, si on avait écouté Godard, aurait eu Frank Sinatra et Kim Novak, pour acteurs principaux.

Mais, finalement, c'est Brigitte Bardot que Godard finit par convaincre qui jouera le rôle de la femme du scénariste joué par Michel Piccoli.

Notons la présence de Fritz Lang dans le rôle du réalisateur. Cet immense homme de cinéma (46 films réalisés) apparaît pour la première fois à l'écran depuis....1919.

Ce film est empreint de l'atmosphère cinéphilique des Cahiers du cinéma auquel Godard a collaboré pendant une dizaine d'années en tant que critique. Tout au long du film, il y a des indices de la culture cinéphilique de Godard : Chaplin, Griffith, Hawks, Ray, Minnelli et autres idoles de l'équipe des Cahiers. À vous de les trouver?

Deux phrases à méditer autour de son thé vert.
Godard : "Le Mépris prouve en 149 plans que dans le cinéma comme dans la vie, il n'y a rien de secret, rien à élucider, il n'y a qu'à vivre et à filmer."
Dans le générique du début, Godard dit : "Le cinéma, disait André Bazin, substitue à notre regard un monde qui s'accorde à nos désirs. Le Mépris est l'histoire de ce monde."
Ce fut, pour moi, une parenthèse ludique dans mon long cheminement douloureux mais essentiel à travers l'œuvre de Godard.

Dans le film, Godard s'amuse à déguiser B.B. en Anna Karina (voir Vivre sa vie)


















Coquinade érotique et légende cinéphilique : Jean-Luc Godard a eu l'idée de poser sur les fesses de Brigitte Bardot un roman de la Série noire intitulé Entrez sans frapper. Piccoli, trouvant probablement ce geste abusif, a fait retourner le livre pour ne pas que l'on puisse en lire le titre à l'écran. Maintenant, la réalité. Le titre du roman policier de John Godey, publié en 1961, est plutôt Frappez sans entrer. 

Cahiers du Cinéma. Dans la liste des 10 meilleurs films de l'année 1963.

Visionné, la première fois, en 1966 au cinéma à Québec
Mon 14ème film visionné des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 11 janvier 2023

02 février 2007

13. Ford : How Green Was My Valley


Qu'elle était verte ma vallée

Film américain réalisé en 1941 par John Ford
Avec Walter Pidgeon, Maureen O'Hara, Anna Lee, Donald Crisp, Sara Allgood, Roddy McDowall (271 présences au cinéma et à la télévision), Welsh Singers. 
Basé sur le roman How Green Was my Valley de Richard Llewellyn.

Pour être honnête, je n'avais pas vraiment de souvenir de ce film vu il y a 40 ans. Alors que je me souviens de nombreux films vus dans les années 60, cette "vallée verte" était perdue dans le brouillard d'une multitude de films hollywoodiens de cette époque.

Il semblerait que j'ai mal compris ce film puisque les membres de l'Academy Award lui ont donné l'Oscar du meilleur film de l'année 1941, le préférant à deux des plus grands films de l'histoire du cinéma, rien de moins que Citizen Kane et The Maltese Falcon. Ce pire choix de toute l'histoire des Oscars est probablement ce qui contribue le plus à la notoriété de How Green Was My Valley.

Elle était verte ma vallée avant l'arrivée de la révolution industrielle sous la forme d'une mine de charbon qui détruisit irrémédiablement l'environnement rurale traditionnel. 

L'histoire du film se passe aux Pays de Galles mais, comme la Grande-Bretagne essuyait le feu des avions allemands à cette époque, on a dû tourner le film en Californie près de Malibu dans un décor de 80 acres reproduisant le village et la mine.

Un beau regard ethnologique sur la chanson folklorique galloise. De beaux chants qui nous font oublier Malibu.

Oscars 1942. Cinq statuettes : film, acteur de soutien à Donald Crisp, réalisation, caméra, décor. 

Visionné, la première fois, en 1966 à Québec
Mon 13ème film visionné des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 13 janvier 2023

30 janvier 2007

12. Eisenstein : Le Cuirassé Potemkine




Film soviétique réalisé en 1925 par Sergui M. Eisenstein
Avec Alexandr Antonov, Vladimir Barsky, Grigori Alexandrov

Propagande marxiste 101.
Le plus grand film de l'histoire du cinéma soviétique. Un film banni, à différentes périodes, par la censure américaine, française, britannique et soviétique (sous Staline). Certes, on ne peut rester indifférent vis-à-vis ce film.

Sur le plan strictement cinématographique on assiste à un exploit : la théorie eisensteinienne du montage est à l'œuvre. Cette théorie énonce que l'impact d'un film réside dans la juxtaposition d'images contrastantes. Par exemple, le montage en parallèle des figures apeurées des citoyens sans armes en opposition avec les troupes armées sans visage.

J'avais 20 ans, je me promenais avec le Petit Livre Rouge de Mao, je passais mes après-midi autour d'un café à discuter de révolution avec des collègues du collège que je fréquentais. Ce film ne pouvait pas mieux tomber pour nourrir mes aspirations révolutionnaires de salon et, ainsi, devenir membre de la troupe des idiots utiles du communisme.

Je me souviens de la colère ressentie en voyant ces images qui montraient les populations écrasées par le système répressif du tsar Nicolas II. Cette colère venait nourrir mon indignation contre l'impérialisme américain qui, à l'instar du régime tsariste, faisait tant de victimes en appuyant tous les régimes politiques répressifs d'Amérique latine et d'ailleurs.

Ce film a été sacré, à deux reprises (1952 et 1958), meilleur film du monde par une assemblée internationale de cinéastes et de critiques.
Présence dans le film de Julia Eisenstein, la mère du réalisateur.

Visionné, la première fois, en 1966, à la télévision à Québec
Mon 12ème film visionné des 1001 films de Schneider
Mis à jour le 10 janvier 2023

28 janvier 2007

11. Cukor : My Fair Lady



Film américain réalisé en 1964 par George Cukor
Avec Audrey Hepburn, Rex Harrison, Stanley Holloway, Wilfrid Hyde-White, Gladys Cooper, Theodore Bikel

Encore une histoire de Pygmalion. J'ai l'impression qu'à chaque décennie, il faut s'en farcir une.

Bon, c'est bien injuste pour un film qui a récolté tous les honneurs d'Hollywood. Voilà, c'était peut-être son plus grand défaut : plaire à tous.

Ce style de cinéma était à des années-lumière de mes intérêts de cette époque.
Une comédie musicale charmante avec de si belles chansons; qu'est-ce que ça pouvait m'emmerder alors!

Je l'ai bien revu, ce film, au moins à deux reprises, mais il était trop tard pour que je l'apprécie à sa juste valeur. Je le trouvais suranné.

J'ai toujours eu beaucoup de difficultés avec le cinéma-divertissement. C'est comme pour la lecture. Je lis pour apprendre et non pour me divertir. J'ai toujours approché le cinéma de la même manière. C'était encore plus vrai à cette époque de mes grandes remises en question.

Même si ce film a remporté huit oscars, Audrey Hepburn est sortie les mains vides de la cérémonie. Les électeurs de l'Académie n'ont pas apprécié qu'elle soit doublée pour 90% des chansons. Doublée par Marni Nixon que je ne connais pas. Mais je vais réparer cela et aller voir Internet Movie Database.

Je reviens d'IMDB. Horreur! Comment ai-je pu ne pas savoir qu'elle avait aussi doublé la voix de Natalie Wood dans West Side Story, la plus grande comédie musicale de ce côté-ci de la galaxie ?

Oscars 65. Huit statuettes : Film, acteur à Rex Harrison, réalisateur, caméra, décor, costumes, son, musique.

Visionné, la première fois, en 1965 au cinéma à Québec
Mon 11ème film visionné des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 10 janvier 2023

27 janvier 2007

10. Ray : Rebel Without a Cause


La Fureur de vivre

Film américain réalisé en 1955 par Nicholas Ray
Avec James Dean, Natalie Wood, Sal Mineo, Dennis Hopper

Ce film marqua à jamais la conscience populaire vis-à-vis la délinquance juvénile et il introduisit dans le cinéma américain une manière nouvelle de traiter ce phénomène peu abordé auparavant.

Mais ce qu'on retient de ce film, c'est la performance poignante de James Dean, inévitablement magnifiée par le fait qu'il soit décédé dans un accident d'auto un mois avant que le film ne sorte en salle. Il n'en faut pas plus, habituellement, pour que naisse une légende.

Marlon Brando, Elvis Presley et James Dean furent des icônes marquantes pour la jeunesse américaine des années 1950. Mais à cause de son bref passage, l'image de James Dean n'a jamais subi la dégradation qu'eut à subir l'image des deux autres. Il est demeuré à jamais le symbole du mal de vivre de l'adolescence.

Mais pour nous, les beatniks du milieu des années 60, auxquels je prétendais appartenir, James Dean ne symbolisait pas ce mal de vivre. Ses valeurs étaient très éloignées des nôtres qui se nourrissaient des écrits des beats américains (Kerouack, Ginsberg), de ceux des écrivains français (Camus, Sartre), ainsi que des chansons des folksingers (Dylan, Baez) et celles des chansonniers français (Brel, Ferré).

Sal Mineo, qui personnifiait Plato, a probablement interprété le premier gay adolescent de l'histoire du cinéma américain.

Les trois principaux acteurs sont morts de manière accidentelle : Dean, dans un accident de voiture à 24 ans, Mineo, assassiné à 37 ans et Wood, noyage accidentelle et aux facteur indéterminés à 43 ans. Son mari, Robert Wagner, est désigné, en 2018, comme personne d'intérêt, stade qui précède celui de suspect.

Natalie Wood jouera dans un autre film célèbre qui traitera de la délinquance : West Side Story.

Première présence au cinéma de Dennis "Easy Rider" Hopper.

Cahiers du Cinéma : Dans la liste des 10 meilleurs films de l'année 1955

Visionné, la première fois, à la télévision en 1965 à Québec.
Mon 10ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de  Schneider
Mis à jour le 31 janvier 2023

26 janvier 2007

9. Kurosawa : Les Sept samouraïs



Film japonais réalisé en 1954 par Akira Kurosawa
Avec Takashi Shimura, Toshirô Mifune, Yoshio Inaba

J'ai eu la chance de rencontrer ce monument du cinéma grâce au ciné-club que Radio-Canada présentait dans les années 60. Ce fut, pour moi, une période intensive de visionnements de films sous-titrés, inaccessibles dans les cinémas de la ville de Québec.
Alors, tous les mardis soir à 23 heures, je me plongeais dans le cinéma d'auteur international : les films des Bergman, Pasolini, Bunuel, Rossellini, Dreyer et autres réalisateurs peu populaires, tous films en noir et blanc et sous-titrés.

Les Sept samouraïs, c'est l'histoire d'un village qui, constamment ravagé par des hordes de bandits, engage des samouraïs pour protéger ses habitants.

La majorité des amateurs de cinéma connaisse ce film même s'ils ne l'ont jamais vu. En effet, le remake américain de ce film, The Magnificent Seven, a toujours été, depuis sa sortie en 1960, un film très populaire.

Attention: il faut voir la version originale de 207 minutes et non celle décrite dans le livre de Schneider qui n'a que 155 minutes et qui donne la part belle aux actions guerrières au détriment de l'approfondissement psychologique de la personnalité des différents samouraïs.

Un élément du scénario est agaçant sinon révoltant pour nous, spectateur occidentaux du 20ème siècle : la méfiance des villageois envers les samouraïs même après qu'ils aient mis leur vie en jeu pour les protéger. Ce comportement s'explique par le système de castes qui existaient dans le Japon du 17ème siècle et qui interdit toutes interrelations entre de simples villageois et l'ordre des samouraïs.

Soulignons dans le rôle du jeune samouraï, Toshiro Mifune, qui deviendra l'acteur japonais le plus connu en Occident.

Venise 1954. Lion d'argent.

Visionné, la première fois, en 1965 à la télévision à Québec
Mon 9ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 8 janvier 2023

23 janvier 2007

8. Zinnemann : High Noon


Le Train sifflera trois fois

Film américain réalisé en 1952 par Fred Zinnemann
Avec Gary Cooper, Lloyd Bridges, Grace Kelly, Lon Chaney jr, Lee Van Cleef

Le plus grand western de tous les temps avant que Sergio Leone ne réinvente complètement le western à partir du milieu des années soixante.

Je me souviens que ce film m'avait complètement bouleversé quand je l'ai vu en 1965. Une telle tension dramatique atteignant un niveau presque insupportable.

La solitude du personnage de Gary Cooper abandonné par ses concitoyens poltrons faisait mal à voir.

On a souvent dit que ce film était une allégorie représentant la solitude des USA dans sa lutte contre l'extension du communisme en Europe et en Asie, dans cette période qui marquait le début de la guerre froide. Une Amérique abandonnée par ses alliés européens qui, pourtant, n'avaient pas refusé son aide pour se débarrasser du fascisme italo-allemand.

La vie de Cooper était complètement chamboulée au moment du tournage du film : il souffrait de plusieurs problèmes de santé et il venait de vivre une rupture amoureuse. Tout ça transparaissait dans le visage naufragé de cet homme de 51 ans.

La chanson-thème amplifie la tension dramatique de ce film.

The Ballad of High Noon chantée par Tex Ritter (extrait)
Do not forsake me O my darlin' On this our wedding day.
Do not forsake me O my darlin' Wait, wait along.
The noonday train will bring Frank Miller.
If I'm a man I must be brave
And I must face that deadly killer
Or lie a coward, a craven coward,
Or lie a coward in my grave.


Une des chansons les plus célèbres de toute l'histoire du cinéma américain.

Et pour terminer, ce morceau d'anthologie écrit par Jacques Doniol-Valcroze dans les Cahiers du cinéma d'octobre 1952.
"À midi quinze, la fin tombe comme un couperet. Sans un mot, sans un reproche aux fripouilles qui, le danger passé, ressortent de leurs cachettes, après avoir jeté à ses pieds le dérisoire insigne de la justice, accompagné de sa petite blondinette "quaker", blessé dans sa chair et dans son cœur, raidi dans une sorte d'indicible révolte morale contre la bassesse, l'homme s'en va."
Durée de l'action du film : 105 minutes. Durée du film : 85 minutes.
Première présence au cinéma de Lee Van Cleef qui allait devenir un acteur fétiche des westerns de Leone.


Affiche du syndicat polonais Solidarnosc pour les élections du 4 juin 1989.
Gary Cooper a un bulletin de vote dans la main droite

Oscars 1953. Quatre statuettes : Acteur à Gary Cooper, montage, musique, chanson.

Visionné, la première fois, en 1965 à la télévision à Québec
Mon 8ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider

Mis à jour le 8 janvier 2023

21 janvier 2007

7. Godard : Vivre sa vie : Film en douze tableaux



Film français réalisé en 1962 par Jean-Luc Godard 
Avec Anna Karina, Sady Rebbot, André S. Labarthe, Guylaine Schlumberger, Gérard Hoffman, Monique Messine, Paul Pavel, Henri Attal, Brice Parain. 
Godard : Ce film est dédié aux films de série B.

Vivre sa vie, c'est la perdre ? C'est la destinée d'Anna dont l'on présente le visage en gros plan à l'entrée du film : d'abord le profil gauche, de face, puis le profil droit et transition dans un bistrot où on voit le derrière de sa tête. Godard s'amuse. 

Le film pourrait s'intituler Anna sous toutes ses coutures.

Ce film, c'est une ode au visage d'Anna Karina, bellissima. Tellement troublante lorsqu'elle regarde la caméra pendant la chanson de Jean Ferrat, Ma môme. Ferrat qu'on voit devant un jukebox.


Avec ce film, allait commencer mon chemin de croix godardien. Ce que j'ai donc souffert dans ce cheminement de cinéphile habitué aux films de fiction avec trame narrative. Pourtant, il n'était pas question d'éviter Godard même si, après chaque projection, j'en ressortais la plupart du temps en colère.

J'ai vu ce film alors que je fréquentais le Collège Universitaire Garneau dans le Quartier Latin du Vieux-Québec. Pendant cette période de mes études préuniversitaires. de 1963 à 1967, j'ai vu, au cinéma Empire de la rue de la Fabrique, à quelques pas du collège, une grande quantité de films de la Nouvelle Vague française : des Godard, des Truffaut et des Chabrol mais aussi des Fellini et des Bunuel.

Quand je relis des textes décrivant ce film, une seule image est dominante : le beau visage d'Anna Karina, (coupe Louise Brooks) tellement loin des stéréotypes féminins du cinéma hollywoodien.

Anna, au cinéma, durant le visionnement de la Jeanne d'Arc de Carl Th. Dreyer.
Ce visage d'Anna Karina, en larmes, en réaction à l'image du visage de Falconetti lorsqu'elle apprend qu'elle est condamnée au bucher.


Avant la grande chicane sans résurrection, Godard salue Truffaut, à la fin du film, en incluant dans un plan la marquise d'un cinéma annonçant Jules et Jim.

Venise 1962. Prix Pasinetti, prix spécial du jury.
Cahiers du Cinéma : Dans la liste des 10 meilleurs films de l'année 1962

Visionné, la première fois, en 1964 au cinéma Empire à Québec
Mon 7ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de  Schneider
Mis à jour le 11 janvier 2023

18 janvier 2007

6. Resnais : L' Année dernière à Marienbad



Film français réalisé en 1961 par Alain Resnais
Avec Delphine Seyrig, Giorgio Albertazzi, Sacha Pitoëff

Quel choc! Mon premier vrai contact avec ce qu'on appelait le cinéma d'art et d'essai qui allait devenir pour moi, dans les années suivantes, une source d'angoisse existentielle.

Ces films, sans contenu narratif, impérativement orientés vers l'expression formelle, allaient définir une nouvelle classe de cinéphiles planant au-dessus de la masse, les analphabètes du 7ème art, ceux qui vont au cinéma pour se divertir.

Pour appartenir à cette nouvelle classe, il fallait aimer les films de Godard, lire les Cahiers du cinéma et citer des extraits du petit livre rouge de Mao et surtout se démarquer des autres productions de la Nouvelle vague (Truffaut, Chabrol, etc.).

Alors, pour un certain temps, ne voulant pas être traité de béotien du cinéma parmi mon petit groupe de collègues de collège, j'ai fait semblant d'appartenir à cette classe de cinéphiles. Aimer Godard était un prérequis incontournable. Misère!

Venise : Lion d'or
Cahiers du  Cinéma : Dans la liste des 10 meilleurs films de l'année 1961

Visionné, la première fois, en 1964 à la télévision à Québec
Mon 6ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 8 janvier 2023

17 janvier 2007

5. Ford : Stagecoach


La Chevauchée fantastique

Film américain réalisé en 1939 par John Ford
Avec John Wayne, Claire Trevor, Andy Devine, John Carradine, Thomas Mitchell, Louise Platt, George Bancroft, Donald Meek, Berton Churchill.

Un début classique : présentation des huit personnages qui se trouveront dans le huis-clos d'une diligence traversant un territoire hostile. Mais pas de John Wayne. Puis, après vingt minutes, boom, un gros plan sur le visage de John Wayne, avec en arrière-plan le désert de l'Arizona, qui chevauche en direction de la diligence. John Wayne, l'image du western.

Autre image du western, les paysages de Monument Valley avec les célèbres Mitten Buttes.


 À l'époque où j'ai vu ce film (les années '60), j'étais dans ma période anti-américaine. Je ne considérais pas les westerns comme étant du vrai cinéma; au mieux, un divertissement de samedi après-midi confiné aux salles paroissiales de mon quartier.

Après avoir joué des petits rôles sans envergure dans plus de 70 films, John Wayne vit sa carrière se transformer radicalement après Stagecoach. À partir de ce film, il devint le prototype du bon cowboy qu'on retrouvera dans la majorité des westerns des 20 années suivantes. Merci à Sergio Leone de nous en avoir libéré.

Oscars 1940. Deux statuettes : Acteur de second rôle à Thomas Mitchell et musique.

Visionné, la première fois en 1964 à la télévision à Québec

Mon 5ème film des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 11  janvier 2023


16 janvier 2007

4. Wyler : Ben-Hur




Film américain réalisé en 1959 par William Wyler
Avec Charlton Heston, Jack Hawkins, Stephen Boyd, Hugh Griffith,  Haya Harareet.

J'avais 14 ans quand j'ai vu ce film. Ce fut une expérience cinématographique complètement bouleversante.

Des mois à revoir dans ma tête des scènes inoubliables : les galériens qui essaient de se libérer de leur chaine au moment du naufrage de la galère; la découverte par Ben-Hur de sa mère et de sa sœur atteintes de la lèpre; la jambe ensanglantée comme du jell'o de Messala après la course de chars.

Mais aussi une scène tellement touchante : Jésus donnant de l'eau au prisonnier Ben-Hur.

Premier film à développer le merchandising.

Gore Vidal, romancier américain qui a participé au scénario, aurait mis l'accent sur les relations homosexuelles entre Ben-Hur et Messala. Karen Krizanovich nous invite à revoir le film en prêtant attention au jeu de Stephen Boyd dans le rôle de Messala.

Déshonneur pour Michael Moore qui abuse d'une personne en perte d'autonomie en interviewant Charlton Heston pour son film Bowling for Columbine

Oscars 1960. Onze statuettes : Film, acteur à Charles Heston, second rôle à Hugh Griffith, réalisation, caméra, décor, costumes, son, montage, effets spéciaux, musique

Visionné, la première fois, en 1960, au cinéma Lairet à Québec.
Mon 4ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 8 janvier 2023

14 janvier 2007

3. Lean : The Bridge on the River Kwai



Le Pont de la rivière Kwaï

Film anglais réalisé en 1957 par David Lean
Avec: Alec Guinness, William Holden et Sessue Hayakawa

Ce film a été tourné à l'époque où les Japonais étaient devenus les nouveaux méchants des films de guerre après que les Allemands eurent joué ce rôle pendant les 10 années antérieures.

Ce qui m'avait beaucoup dérangé, la première fois que j'ai vu ce film à l'âge de 11 ans, c'était que le supposé "bon" (le colonel Nicholson joué par Alec Guinness) devenait de plus en plus désagréable, au cours du film, au point de devenir un "méchant" face au "bon" américain joué par William Holden.

Ce que j'ai reproché le plus à ce film à l'époque, c'était d'avoir rendu populaire, à la limite de l'exaspération, le sifflotement. Je suis certain que vous n'avez pas oublié La marche du colonel Bogey.

Le pont de la rivière Kwaï tel que construit dans le film est une copie presque conforme du pont de Québec construit au début du 20ème siècle. Le pont de Québec, construit en 1904, est le plus long pont cantilever au monde.

Oscars 1958. Sept statuettes. Film, acteur à Alec Guinness, réalisation à David Lean, scénario, caméra, musique, montage. 

Visionné, la première fois, en 1957 au cinéma Lairet à Québec
Mon 3ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 8 janvier 2023

11 janvier 2007

2. DeMille : The Ten Commandments



Les Dix commandements

Film américain réalisé en 1957 par Cecil B. DeMille
Avec Charlton Heston, Yul Brynner, Anne Baxter, Edward G. Robinson, Yvonne De Carlo

Grande superproduction, blockbuster hollywoodien avant l'heure, présentée au cinéma Lairet de mon enfance.

Des passages m'avaient marqué profondément : l'anéantissement de l'armée égyptienne dans les eaux de la mer Rouge; le bâton qui se transforme en serpent; les sept plaies d'Egypte.

Une grande question demeure : si Dieu, pour sauver son peuple, a été capable de tracer un passage à sec au milieu de la mer Rouge, pourquoi n'a-t-il pas été capable de détourner les trains de la Shoah des camps de la mort ? On comprend pourquoi Primo Levi, un rescapé des camps de la mort, a dit un jour que Dieu était mort à Auschwitz.

Le cinéaste est rebaptisé Cecil Billets de Mille.

Il avait déjà réalisé en 1923 une version muette avec quelques scènes en couleur et une suite moderne située à San Francisco (tremblement de terre de 1906), montrant ce qu'il en coûtait de ne pas respecter la loi divine.

Oscars 1957. Pour les effets spéciaux

Visionné, la première fois, en 1957 au cinéma Lairet à Québec
Mon 2ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 8 janvier 2023