26 février 2008

75. Rohmer : Ma nuit chez Maud



Film français réalisé en 1969 par Éric Rohmer
Avec Jean-Louis Trintignant, Françoise Fabian, Marie-Christine Barrault, Antoine Vitez

Enfin un Rohmer. Il n'y en aura que deux sur la liste de Schneider. Triste.

Je sais que Rohmer peut en horripiler plus d'un, voire des centaines de milliers, mais, moi, je suis un "fan fini" de Rohmer, un inconditionnel. Tous ses films, j'aime. Alors, n'avoir à commenter que deux films sur ce site contre huit pour Godard que j'adore détester, je hurle à l'injustice.

Pourquoi j'aime Rohmer? Dialogues, dialogues, dialogues.

Ce sont de purs produits d'orfèvrerie. Quand ils sortent de la main du maître, ils sont inaltérables. L'acteur ne peut en changer une virgule. Dans une entrevue que Jean-Louis Trintignant donnait en 1974 au sujet de Ma Nuit chez Maud, il confirmait cette dictature du texte qui s'étendait jusqu'aux onomatopées; quand c'était écrit heu! heu! heu! dans le texte, eh bien l'acteur était tenu de les reproduire intégralement.

Tour de force de Rohmer. En pleine révolution sexuelle des années 60 et 6 mois après Mai-68, présenter un film dans lequel l'on voit un homme (Trintignant) dormir à côté d'une femme, nue sous les draps (Fabian) et refuser de lui faire l'amour au nom de principes moraux inspirés de sa foi chrétienne. Il n'y a pas film plus anachronique en 1969 que ce Ma Nuit chez Maud. Trintignant a vraiment l'air d'un martien avec son catholicisme, ses discussions sur les Pensées de Pascal et ses phrases du genre " Ce qu'il faut c'est la pureté du cœur ".

Mais, comme l'on voit souvent, un film qui est peu tributaire des modes et de l'idéologie dominante de son époque, vieillit bien et demeure toujours actuel. C'est un plaisir immense de revoir ce film et d'écouter à nouveau ces joutes oratoires entre les différents personnages. A contrario, la majorité des films de Godard des années 1960, marqués par l'idéologie gauchiste de son époque, ont très mal vieillis.

Ce film fait partie du cycle Les Contes moraux tournés entre 1962 et 1972.
1. La Boulangère de Monceau
2. La Carrière de Suzanne
3. Ma Nuit chez Maud
4. La Collectionneuse
5. Le Genou de Claire
6. L'Amour, l'après-midi
Thème commun à tous les films de ce cycle : le choix de la femme, la tentation de l'infidélité puis le retour vers l'élue.

Lecture cinéphilique.
Itinéraire d'un ciné-fils de Serge Daney. Propos recueillis par Régis Debray. 1999. Abondante iconographie tirée de dizaines de films.
Daney : ex-rédacteur-en-chef au Cahiers du Cinéma et chroniqueur de cinéma à Libération dans les années 1980.
"J'ai été très libéré le jour où je me suis rendu compte que ce que j'avais attendu du cinéma, ce que j'avais aimé dans le cinéma et ce que le cinéma m'avait donné, c'était l'invention du temps, à commencer par le mien." S. Daney.
Un film extraordinaire, sous-évalué, qu'il faut voir, selon Daney: Le Ciel est à vous de Jean Grémillon. Pour moi, inconnu au bataillon.

Visionné, la première fois, le 22 juin 1971 à la télévision à Québec
Mon 75ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 19 janvier 2023

23 février 2008

74. Carné : Le Jour se lève



Film français réalisé en 1939 par Marcel Carné
Avec Jean Gabin, Jacqueline Laurent, Jules Berry, Arletty.

Sorti en France le 9 juin 1939, moins de deux mois avant le déclenchement de la grande marée brune nazie. Le Jour se lève, jamais titre ne fut plus mal à propos, si peu synchrone avec la réalité sociopolitique de son époque. Le jour se lève, en effet, mais sur six ans de "nuits et brouillards".

Pour un Québécois tel que moi dont la formation scolaire a été beaucoup imprégnée par la culture française (littérature, chanson, histoire) ce film résume toute la nostalgie et la tristesse de la vieille France des années difficiles d'avant-guerre.

Dès le premier plan, on entre à pieds joints dans le Paris des classes laborieuses, comme on disait à l'époque : bistrots, meublés, rues noires et sales et en toile de fond (on est quand même dans les studios de Joinville) une grue, des immeubles et un ciel lourd. Le décor est jeté (celui dessiné par Alexandre Trauner, le plus grand décorateur de l'histoire du cinéma français). C'est là que, pendant toute une nuit, faisant échez à l'assaut des policiers, l'ouvrier François revivra son passé récent qui le mènera, au point du jour, à se suicider.

L'utilisation de trois flashbacks pour décrire le passé de François, technique peu connue du public à l'époque, dérouta le public à un tel point qu'il fallut lui expliquer avant le début du film qu'il s'agissait de l'histoire d'un meurtrier qui se souvenait de son passé.

François (Gabin) dit à Françoise (Jacqueline Laurent) qui le rencontre à l'usine : "Le travail, c'est la liberté". Sarcastique (se souvenir de l'échec du Front populaire et du recul de la condition ouvrière) mais aussi prémonitoire (slogan sur les portes d'entrée des camps de concentration nazis "Arbeit macht frei", le travail rend libre).

Pour notre plus grand plaisir, on retrouve Arletty avec sa gouaille habituelle et sa voix à la limite du supportable. Elle nous sort encore une de ses fameuses réparties qui demeurent inoubliables : " Est-ce que j'ai une gueule à faire l'amour avec des souvenirs? " Arletty est aussi fameuse pour ses "one-liners". On peut en voir une liste sur le site de Wikipédia consacrée à sa carrière.

Lecture cinéphilique
Persévérance de Serge Daney, ancien rédacteur en chef des Cahiers du cinéma, décédé en 1992 à l'âge de 48 ans. "Pour Serge Daney, il s'agit d'envisager enfin sa ciné-biographie, il s'agit de prendre à bras-le-corps le matériau de sa vie même de ciné-fils et de boucler sa propre histoire, son itinéraire d'enfant né en 1944 puis d'adolescent et de jeune homme qui, à travers l'amour du cinéma, allait écrire sa vie, c'est-à-dire la confondre avec une certaine histoire du cinéma.". Évidemment, cette lecture me rejoint au plus haut point, moi qui tente, bien maladroitement, de faire de ce site une sorte d'autobiographie à travers les films de Schneider.

Il y de ces hasards (pas le premier observé sur ce site) touchants. La première phrase du livre de Daney : "Au nombre des films que je n'ai jamais vus, il n'y a pas seulement Octobre, Le Jour se lève ou Bambi..."

Technique intéressante utilisée par Daney. Pour développer un regard plus critique sur la forme des films, il s'efforce de reconnaître les 20 premiers plans du film. Et pour chacun des plans, il essaie d'identifier les éléments suivants : sorte de plan, longueur, éclairage, position des personnages, etc.

Venise 1939. Meilleur film étranger
.
Visionné, la première fois, le 11 juin 1971 à la télévision à Québec
Cette année 1971, je l'ai passée au 32 rue de la Fabrique à Québec en plein cœur du Vieux-Québec à deux pas du cinéma Empire, lieu de mes premières fréquentations des réalisateurs de la Nouvelle Vague. Lieu mythique entre toutes dans mes pérégrinations résidentielles.
Mon 74ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 19 janvier 2023

11 février 2008

73. Godard : Pierrot le fou



Film français réalisé en 1965 par Jean-Luc Godard
Avec Jean-Paul Belmondo et Anna Karina

Un immense collage verbomoteur sur une trame narrative furtive, chaotique et, finalement, sans importance. Pour moi, le chef d'œuvre de Godard. Tout Godard se retrouve dans ce film. Plusieurs de ses films suivants ne feront que développer les contenus et la forme de ce film.

Quand je veux me réconcilier avec Godard dont plusieurs films me tombent royalement sur les nerfs par leur narcissisme inqualifiable, je regarde Pierrot le fou et je me calme... je déguste tout le côté cinéphilique qu'il a développé au contact des Cahiers du cinéma dont il fut un important rédacteur dans les années 50, à l'époque où les Cahiers ne juraient que par le cinéma américain. D'où beaucoup de références au cinéma (les films Johnny Guitar et Pepe le Moko, la présence de Samuel Fuller qui veut tourner Les fleurs du mal (!!!) à Paris, petit caméo de Jean Seberg, etc.) et à la société américaine avec laquelle il entretient une relation amour/haine qui transcende tous ses films. Il est vrai que plus on avancera dans les années 60, plus la partie amour se fera discrète au profit de la haine suscitée par l'impérialisme américain et la puissance destructrice du grand capitalisme.

J'adore la fin du film lorsque Ferdinand (Belmondo), qui s'est entouré de dynamite pour se faire sauter le caisson, change d'idée à la dernière seconde et cherche à éteindre la mèche... mais trop tard. On a comme l'impression qu'il en a marre de son rôle et qu'il veut sortir de ce film au plus coupant. Mais, finalement, il est piégé, à l'instar des spectateurs condamnés à l'époque à aimer ce film pour éviter d'être traités de réactionnaires, de conservateurs ou de béotiens du cinéma.

Souvent oublié parce que l'intrigue du film est tellement secondaire. Le scénario original a été élaboré par François Truffaut qu'il a tiré d'un fait divers judiciaire de novembre 1952 : L'affaire Michel Portail.

Le regard-caméra.
Unité stylistique fondatrice de la Nouvelle vague. Belmondo, au volant de sa Ford Galaxie décapotable, se retourne et s'adresse à l'audience. Puis, à trois reprises, Anna Karina regarde la caméra et nous interpelle.

Ce procédé, que nous retrouverons dans les films de la Nouvelle vague, pensons à la dernière scène de Les Quatre cents coups de Truffaut ou bien à différentes séquences d'À bout de souffle de Godard, a été initié par Ingmar Bergman dans le film Monika réalisé en 1953. Il devint, après un très mauvais accueil sur les écrans français, un des films-phares des jeunes réalisateurs de la Nouvelle vague.

Le regard-caméra de Harriet Andersson dans Monika.

Ce regard-caméra a eu un puissant impact que Godard résume bien dans cet extrait d'un article qu'il publia dans la revue Arts, le 30 juillet 1958: "Il faut avoir vu Monika rien que pour ces extraordinaires minutes où Harriet Andersson, avant de recoucher avec un type, regarde fixement la caméra, ses yeux embués de désarroi, prenant le spectateur à témoin du mépris qu'elle a d'elle-même d'opter pour l'enfer contre le ciel. C'est le plan le plus triste de l'histoire du cinéma." 

Vous devez voir ce film toutes affaires cessantes. La modernité de ce film par rapport à tout ce qui se faisait au cinéma à cette époque est surprenante et bouleversante.

Une très belle chanson d'Antoine Duhamel et de Cyrus Bassiak (compositeur de Le tourbillon chantée par Jeanne Moreau dans Jules et Jim) : Ma ligne de chance, interprétée par Anna Karina que Ferdinand-Belmondo rebaptise Ta ligne de hanche.

"Pourquoi tu m'appelles Pierrot?" et Marianne (Karina) de répondre :"On ne peut pas chanter mon ami Ferdinand." Et imperturbable, Ferdinand (Belmondo), tout au long du film, à chaque fois que Marianne l'appellera Pierrot, il répondra : "je ne m'appelle pas Pierrot; je m'appelle Ferdinand". Et voilà pour le titre.

Cahiers du Cinéma : Dans la liste des 10 meilleurs films de l'année 1965

Visionné, la première fois, le 6 juin 1971, à la télévision à Québec
Mon 73ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 19 janvier 2023

05 février 2008

72. Altman : MASH




Film américain réalisé en 1970 par Robert Altman
Avec Donald Sutherland, Elliott Gould, Tom Skerritt, Sally Kellerman, Robert Duvall

C'est probablement un film-culte pour ceux de ma génération, celle des "baby devenus papy-boomers".

Mais, pour moi, ce film m'a toujours laissé indifférent. J'ai toujours trouvé sa réputation surfaite. Et un visionnement récent a confirmé ma perception d'alors. C'est un gros vaudeville machiste, homophobe et misogyne qui patauge... On a l'impression de voir une énorme séance de bizutage pour adolescents.

Il est vrai que ce film qui dépeint la vie quotidienne d'un hôpital militaire près d'un champ de bataille (en Corée mais tout le monde pense au Vietnam) où les chirurgiens opèrent à cœur ouvert tout en fumant un joint a dû beaucoup impressionner à l'époque : quel pied-de-nez à l'establishment médical et quel coup de pied-au-cul à la hiérarchie militaire. Mais, comme tout ça a bien mal vieilli.

Quand même, quelques séquences d'anthologie :
La douche de "Hot Lips" (Sally Kellerman).
Le dernier souper de "Painless" (John Schuck) avant son suicide : reproduction de la Dernière Scène de Leonardo Da Vinci.
Une trouvaille géniale ajoutée en post-production : les annonces complètement farfelues à travers les haut-parleurs du camp.

Altman a réussi à faire ce film parce que les producteurs de la 20th Century Fox étaient trop occupés à superviser deux gros blockbusters : Patton et Tora! Tora! Tora!. et qu'ils n'étaient pas vraiment préoccupés par le film à petit budget réalisé par Altman. Un autre pied-de-nez à l'establishment. Ce qui fit dire à Altman : "This film wasn't released - it escaped."

MASH : Mobile Army Surgical Hospital. Unités chirurgicales installées près des zones de combat mises en services pendant la guerre de Corée et utilisées lors des conflits suivants jusqu'en 2006.

Je viens de lire que plus de personnes ont vu le match du Super Bowl XLII (un des derniers endroits où l'on utilise encore les chiffres romains), le dimanche dernier 3 février, que toute autre émission de télévision aux États-Unis, à l'exception du dernier épisode de la série M.A.S.H. (256 épisodes de 1972 à 1983) en 1983 qui avait attiré 106 millions de téléspectateurs.

Oscars 1971. Scénario
Cannes 1970. Palme d'or

Visionné, la première fois, le 16 mai 1971 au cinéma Le Dauphin à Québec

Petit exercice futile mais combien cinéphilique. Effectuons cet exercice pour une première et dernière fois.
Que voyons-nous dans les cinémas de Québec en ce mois de mai 1971?

The Fabulous Bastard from Chicago de Greg Coparito (4.7/10 imdb)

La Maison des Bories de Jacques Doniol-Valcroze.  J'avais bien aimé

Les Mâles de Gilles Carle, film québécois avec les renommés frères Pilon (Daniel et Donald)

Mourir d'aimer d'André Cayatte. J'avais aussi bien aimé

Rosemary's Baby de Roman Polansky. Texte publié au numéro 56.

La Fille au pistolet de Mario Monicelli

De Sade de Cy Endfield (4,2/10 imdb)

Love Story d'Arthur Hiller

Trois Fauves déchaînés de Bruce Kessler (4,7/10 imdb)
Formule 1 de Guido Malatesta

El Condor de John Guillermin

Riot de Buzz Kulik

Obsessions de Pim de la Parra, un réalisateur du Surinam réalisant un film allemand!!! Que vient faire dans ce four la montréalaise Alexandra Stewart. (5,6/10 imdb)

28 Minutes d'angoisse (28 minuti per 3 milioni di dollari) de Maurizio Padreaux, encore un super-navet (5.3/10 imdb)

Skidoo de Otto Preminger!!! (4,7/10 imdb)

Un Monde psychédélique de Richard Rush (5,9/10 imdb). Jack Nicholson y joue le personnage de Stoney; c'est sûrement à voir.

Une Femme libre de Claude Pierson. Qu'est-ce que le beau-frère du président Mitterrand (Roger Hanin) vient faire dans ce film de cul ? Pierson, le grand spécialiste des films porno aux titres si juteux...(5.0/10 imdb)

Les Rêves érotiques de Paula Schultz de George Marshall (4,4/10 imdb)

Tarzan et l'enfant de la jungle de Robert Gordon (5.2/10 imdb)

L'Amour physique de Tiziano Longo. (5.8/10 imdb)

Après-ski de Roger Cardinal, film de cul québécois. On y retrouve René Angélil le futur imprésario et mari de Céline Dion (3.6/10 imdb)

Sous les caresses du vent nu de Gunnar Hoglund (3.7/10 imdb). Quelle tristesse de voir Birger Malmstem, le premier grand acteur de Bergman (10 films), jouer dans ce navet.

Bilan : 8 films visionnables et 13 navets.

Mon 72ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 19 janvier 2023

01 février 2008

71. Fellini : Fellini-Satyricon




Film italien réalisé en 1969 par Federico Fellini
Avec Martin Potter, Hiram Keller, Max Born, Salvo Randone, Magali Noël, Alain Cuny, Lucia Bosé.

Fellini, c'est mille fêtes.
Et Fellini-Satyricon, c'est la passion fellinienne dans toute son apothéose. Tous les excès felliniens s'y trouvent. Le Satyricon de Pétrone, librement adapté, est un fantastique prétexte pour monter cette immense fresque festive de la Rome antique, non sans parallèle avec l'époque des années 1960.

"Monstrueuses pieuvres vaginales, felliniformes" (Critique de la revue Elle). On se calme!

Ingmar Bergman, qui a visité Fellini pendant le tournage du film, exprime bien le gigantisme de cette œuvre lorsqu'il dit qu'il avait l'impression de faire un voyage au centre de la terre, de revenir aux débuts de la création. (Cahiers du cinéma 215, septembre 1969).

Je crois qu'on retrouve dans ce film le plus grand rassemblement de "freaks" depuis le film Freaks que Tod Browning a tourné en 1932. Toute la ménagerie de Fellini s'y retrouve, une vraie Cour des Miracles : bossus, nains, obèses, homme-tronc, albinos, hermaphrodite, un géant de 2m.40, infirmes de toutes sortes. On dit que Fellini, pour développer son casting de "monstres", avait ouvert un petit bureau à Rome pour accueillir toutes les personnes qui avaient des particularités physiques anormales. Fellini puisera souvent dans ce bassin d'acteurs amateurs pour leur faire faire de la figuration dans plusieurs de ses films

Au début du film l'on voit une sorte d'habitation qui s'écroule. C'est l'insula : cloaque résidentiel bâti sur plusieurs étages; l'ancêtre de nos HLM. Ces bâtiments, mal bâtis, s'élevant jusqu'à 8 étages, s'écroulaient régulièrement. On dit qu'il y avait 46 000 insulae à Rome (probablement une erreur typographique - ce serait plutôt 4600).

Fellini, précurseur du président iranien Ahmadinejad ? Quand on lui a demandé pourquoi les deux rôles principaux n'étaient pas tenus par des Italiens, Fellini a répondu que c'était parce qu'il n'y avait pas d'Italiens homosexuels!!! Eh bien!

Certains diront que le Satyricon fait partie des chefs-d’œuvre de Fellini; je n'en suis pas. Je n'ai jamais beaucoup aimé les films de Fellini dans lesquels l'écran semble être l'exutoire du Ça freudien. Même quand l'époque (le mouvement hippie des années 60) valorisait ce type d'expression artistique, ça me tombait royalement sur les nerfs et les psychotropes ne pouvaient rien y faire.

Venise 1969. Meilleur film italien

Visionné, la première fois, le 5 avril 1971 au cinéma de l'Université Laval à Québec
Immense moment politique en France ce jour-là : Le manifeste des 343 Pétition pour demander la libéralisation de l'avortement en France, publiée par le Nouvel Observateur. 343 femmes connues qui disent avoir déjà avorté.
Mon 71ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 19 janvier 2023

29 janvier 2008

70. Hopper : Easy Rider



Film américain réalisé en 1969 par Dennis Hopper
Avec Peter Fonda, Dennis Hopper, Jack Nicholson

Le road-movie for ever.
Je ne connais pas de films qui correspondent, avec une telle perfection, au concept de road-movie.

Pas d'histoire dans cette traversée de l'Ouest américain, de Los Angeles à New Orleans. Seulement la route, deux gars vaguement hippies sur leur moto équipée de choppers (équipement associé plutôt aux gangs de motards, style Hell's Angels pas vraiment adeptes de la contre-culture!), peu de dialogues, des paysages dignes des plus beaux westerns (Monument Valley), des chansons sublimes (Steppenwolf, The Band, Roger McGuinn des Byrds chantant une chanson de Dylan, etc), et des rencontres marquantes. Tout ça joyeusement entremêlé de cannabis, de cocaïne et d'acide.

J'avais oublié (l'ai-je jamais su ?) à quel point le personnage de Peter Fonda (Wyatt) est touchant. Face au caractère mal dégrossi de Billy (Dennis Hopper), Wyatt est d'une douceur angélique malgré son attirail de Captain America. Il flotte sur les événements, peu sensibles à l'environnement. Ses rencontres sont toujours riches de tendresse et d'affection.

Un festival d'icônes de la contre-culture : la liberté les cheveux dans le vent, les psychotropes à volonté, la Commune où l'on pratique l'amour libre et où les filles s'offrent à tout venant, une VW Wesphalia déglinguée, la musique rock, les pays rednecks où les panneaux-réclames « Beautify America, Get a Haircut » côtoient les « Support Your Local Police ».

Hopper et Fonda ont été inspirés par le film italien Il Sorpasso (Le fanfaron) de Dino Risi qui raconte le voyage de deux types à travers l'Italie en décapotable. Avec Vittorio Gassman et Jean-Louis Trintignant. Film à voir, donc.

Je dois dire que ce type de films n'était pas vraiment mon bag pour utiliser une expression populaire à l'époque. Je carburais plus aux films engagés politiquement ou bien aux films intimistes à la Bergman. Easy Rider m'apparaissait plus comme un gros trip d'adolescents attardés, peu politisés, inconscients, flottants au-dessus de la réalité sociopolitique de l'époque.

Et je déteste que ce film soit perçu comme porte-étendard de cette époque, malencontreusement appelée Flower Power (encore un truc de médias !).

Cannes 1969. Meilleur premier film

Visionné, la première fois, le 28 février 1971 au cinéma à Québec
Mon 70ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 19 janvier 2023

23 janvier 2008

69. Buñuel : Los Olvidados


Les Réprouvés
Autre titre français : Pitié pour eux (ça fait ciné-club de Jésuites, non?)

Film mexicain réalisé en 1950 par Luis Buñuel
Avec Alfonso Mejia, Roberto Cobo, Estela India, Miguel Inclan, Alma Delia Fuentes.

Le titre est un peu ironique (les oubliés, en français) parce que s'il est un film qui risque de nous marquer à jamais, c'est bien celui-là.

Je viens de le revoir pour la première fois depuis 1971 et je n'avais rien oublié du décor des bidonvilles de Mexico, de la cruauté de ces enfants-des-rues abandonnés à leur sort, des séquences inoubliables où l'on voit ces enfants qui, à prime abord attireraient notre compassion, s'attaquer violemment à un vieillard aveugle, voler un homme sans jambes qui se déplace sur un plateau à roulettes, tuer sauvagement un des leurs. Rien n'est oublié.

Quand j'ai vu ce film pour la première fois, il tombait dans un terreau fertile. L'été précédent, j'avais eu mon premier contact avec le Mexique. Six semaines à parcourir le Mexique, du Rio Grande jusqu'à Isla Mujeres à la pointe du Yucatan après une traversée Québec-Laredo, Texas, entassés à quatre dans une Datsun 510 (Nissan, pour les moins de 50 ans), quatre jours de galère à 40°C.

Premier contact avec le sous-développement économique : un choc pour des jeunes "gringos" simili-hippie comme nous. La misère, partout. On n'avait d'yeux que pour elle : fascinés, traumatisés, scandalisés. Et ces enfants, des milliers, aux yeux tristes : insupportable vision. Voyage inoubliable. Toujours près du cœur.

Los Olvidados, c'est aussi le film dont j'ai parlé le plus souvent au cours de ma carrière d'enseignant. Dans un cours intitulé Espace urbain, au chapitre sur le développement urbain dans les pays du Tiers monde, je parlais des bidonvilles, cette forme d'occupation anarchique et illégale du sol urbain en périphérie des villes du tiers-monde. Et paf, à chaque fois, je disais à mes étudiants : il faut absolument voir Los Olvidados, vous y verrez la misère telle que vécue dans ces quartiers pourris. Autant faire pousser des bananes au Nunavut.

Ce ne serait pas un film de Buñuel s'il n'y avait pas au moins une séquence sulfureuse : Meche (Alma Delia Fuentes), jeune adolescente, qui se frotte les cuisses avec du lait d'ânesse, ouf!!!.

Los Olvidados. Couverture du numéro 7 des Cahiers du cinéma. Décembre 1951.

La couverture des Cahiers du cinéma a pris cette forme pendant les 159 premiers numéros jusqu'en octobre 1964. Ces fameux Cahiers Jaunes ont une résonance particulière auprès de la génération des cinéphiles des années 50 et 60. C'est pendant cette période que se définira une nouvelle approche critique vis-à-vis des films. Particulièrement, on y introduira la notion d'auteur de film. Le réalisateur n'est plus un simple maillon de la chaîne de production; il est considéré dorénavant comme le principal artisan. La plupart des rédacteurs de la revue deviendront, à partir de 1959, les principaux artisans de la Nouvelle Vague : Truffaut, Rohmer, Chabrol, Godard, Rivette, Doniol-Valcroze...

Lecture cinéphilique : Antoine de Baecque. La cinéphilie : Invention d'un regard, histoire d'une culture. 1944-1968. 
Un livre fascinant concernant cette période durant laquelle s'élabora la notion de cinéphilie (ceux qui mettent le cinéma au cœur de leur vie... dur, dur pour l'entourage).

Il semble qu'il existe une version DVD (mexicaine?) dans laquelle l'on retrouve une séquence qui propose une alternative heureuse au dénouement du film. Ce serait la suite logique de la colère des autorités mexicaines à la sortie du film en 1950 lorsqu'elles constatèrent que le film présentait une image dégradante de leur pays. On dit que Buñuel est passé à un cheveu d'être expulsé du pays à cause de Los Olvidados.

Cannes 1951. Meilleur réalisateur
Cahiers du Cinéma : Dans la liste des 10 meilleurs films de l'année 1950

Visionné, la première fois, en février 1971 au cinéma à Québec
Mon 69ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 19 janvier 2023

17 janvier 2008

68. Ford : The Grapes of Wrath


Les Raisins de la colère

Film américain réalisé en 1940 par John Ford
Avec Henry Fonda (Tom Joad), Jane Darwell, John Carradine
Adapté du roman de John Steinbeck qui lui a valu le prix Pulitzer (le Goncourt américain) en 1939.

Bon sens que la réalité socio-politique était simple à analyser à cette époque-là.

Petit résumé du film : D'un côté les bourgeois exploiteurs à la grosse berline et au gros cigare qui manie, sans vergogne, le "big stick" de la loi et de l'ordre et de l'autre le misérable prolétariat, banni de ses terres, jeté sur les routes et à la merci des grands propriétaires terriens. Assistant à cette lutte inégale et impitoyable, des fonctionnaires du gouvernement (celui de Roosevelt) qui annoncent les premiers balbutiements de l'État-providence.

Certains diront que rien n'a changé, sauf la manière. Mais, ce qui est certain c'est que ce type d'analyse simple, en général truffée de colères bien senties, appliquée à nos sociétés riches ne tient plus vraiment la route. Il faut mieux affiner notre argumentation.
 
Et le film dans tout ça? Les images. Il me semble, qu'au-delà du drame sociopolitique, c'est ce qui m'a le plus emballé en visionnant ce film à nouveau.

À la caméra, Gregg Toland. Considéré comme le plus grand caméraman de l'ère du cinéma noir et blanc. On peut déjà voir à l’œuvre dans The Grapes of Wrath sa technique du clair-obscur qu'il a utilisé à profusion dans Citizen Kane. Le clair-obscur est une technique picturale dans laquelle des parties claires côtoient immédiatement des parties très sombres, créant des effets de contrastes parfois violents.

Ci-dessous, exemple d'un clair-obscur typique de Toland.


Cette technique du clair-obscur est inspiré des œuvres de Michelangelo Merisi, dit Le Caravage. En art, on appelle cette technique le chiaroscuro. 

Un des premiers grands road-movies de l'histoire du cinéma  : Tom Joad (Henri Fonda), au volant d'un camion pourri et surchargé, entreprend de mener sa famille de l'Oklahoma à la Californie, en empruntant la route américaine la plus mythique qui soit, U.S.66, qui débute à Chicago pour se terminer à Los Angeles. Des millions de Tom Joad emprunteront cette route après la grande dépression de 1929-1932, fuyant le "dust bowl" (région dont les terres ont été transformées en poussière par plusieurs années de sécheresse et par une surutilisation) pour aller briser leur rêve au contact des grands exploitants de produits agricoles californiens.

Premier plan du film : Henri Fonda marche seul sur une route empoussiéré au milieu de la plaine. On a l'impression qu'il s'en va à la rencontre de Charles Bronson dans Il était une fois dans l'Ouest, tellement sa démarche est identique à celle qu'il aura 38 ans plus tard.
 
Oscars 1941. Deux statuettes : réalisation et meilleure actrice de soutien à Jane Darwell

Visionné, la première fois, en février 1971 à la télévision à Québec
Mon 68ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 19 janvier 2023

11 janvier 2008

67. Truffaut : Tirez sur le pianiste



Film français réalisé en 1960 par François Truffaut
Avec Charles Aznavour, Marie Dubois, Nicole Berger, Michèle Mercier, Albert Rémy

" J'ai horreur des films de gangsters. Je les déteste. Je déteste Lino Ventura. " François Truffaut, dans une interview donnée en 1965 à Jean-Pierre Chartier, dans le cadre de l'émission Cinéastes de notre temps. Pourtant, après avoir vu 1500 films américains, il sent qu'il doit payer sa dette à ce cinéma, d'où son pari de faire un pastiche de film noir.

Dans ce film, Truffaut mélange tous les genres (film de gangster, comédie, drame sentimental) au risque de perdre le spectateur en cours de route si celui-ci tient absolument à s'investir dans ce faux-film de gangsters. En effet, comment prendre au sérieux ces gangsters qui, au cours d'un enlèvement, s'amusent avec les otages à discuter des relations hommes-femmes, au point de susciter un éclat de rire général au sein de cette improbable petite bande.

Après le génial Les Quatre cents coups, ce film (le 2ème long métrage de Truffaut) fut un dur coup à avaler pour les amateurs de Truffaut. On ne savait plus où donner de la critique. Heureusement, Jules et Jim, un an plus tard, allait refaire l'unanimité.

Mis à part l'intérêt suscité par l'exercice-hommage au film noir américain, je n'avais pas et je n'ai toujours pas trouvé beaucoup d'intérêt dans ce film qui m'apparaît plutôt comme un exercice de style.


Pendant le tournage, Truffaut, Aznavour et Marie Dubois

Charles Aznavour, en pianiste timide, joue le rôle de sa vie. Ça n'a rien à voir avec le film mais on a l'impression qu'il porte sur ses épaules tout le drame du pauvre immigrant de la chanson de Bob Dylan I Pity the Poor Immigrant, tiré de l'album John Wesley Harding.

Marie Dubois, dans le premier rôle de sa vie, crève l'écran.

Nicole Berger (la femme du pianiste du film, suicidée), étoile filante du cinéma, meurt dans un accident d'auto en 1967, à l'âge de 32 ans.

Chanson entendue à la radio pendant le trajet du pianiste (Aznavour) et de la serveuse Léna (Marie Dubois) vers la ferme enneigée dans les Alpes : Dialogue d'amoureux de Félix Leclerc, interprétée par celui-ci et Lucienne Vernay. Je suis surpris d'avoir complètement oublié cette séquence lors de mon visionnement d'alors. Truffaut empruntant un élément de la culture québécoise; j'aurais dû être bouleversé.

Une découverte tardive. Je ne connaissais pas Boby Lapointe. Méchant numéro, ce type. Aznavour au piano et Boby Lapointe qui chante Framboise : " Avanie et Framboise sont les mamelles du destin. "

Cahiers du Cinéma : Dans la liste des 10 meilleurs films de l'année 1960.

Visionné, la première fois, le 9 juin 1970 à la télévision à Québec
En juin 1970, une bombe éclate dans la société québécoise : la sortie de Deux femmes en or de Claude Fournier, le plus célèbre film érotique québécois. La ménagère de banlieue (Brossard près de Montréal) dans tous ses états intimes. Un navet sur le plan cinématographique mais un film qui a jeté à terre les derniers remparts de la pudibonderie de la société québécoise d'antan.
Film de cul-te, évidemment.
Mon 67ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 23 janvier 2023

10 janvier 2008

66. Fellini : La Dolce Vita



Film italien réalisé en 1960 par Federico Fellini
Avec Marcello Mastroianni, Anita Ekberg, Anouk Aimée, Yvonne Furneaux, Magali Noël, Alain Cuny

J'avais peu de souvenirs de ce film au titre, pourtant, si évocateur. Il me semblait qu'Anita Ekberg occupait un rôle au moins aussi important que celui joué par Marcello Mastroianni. Erreur découlant probablement de l'empreinte indélébile dans mon cœur de cinéphile de la séquence où l'on voit l'Anita en question prenant sa douche (on se calme, elle était habillée) dans la fontaine de Trevi à Rome. "She was gorgeous" expression que de petits malins persistent à traduire par "Elle était gorgeuse". Les photos ci-contre ne leur donnent pas tout à fait tort, non ?

Cette scène est à classer parmi les plus célèbres séquences de l'histoire du cinéma. Elle est à jamais associée à La Dolce Vita, même si la présence d'Anita Ekberg est finalement assez courte; moins de 25 minutes sur un film de 3 heures.

Même si elle est devenue une attraction touristique surpeuplée, voir la Fontaine de Trévi, à l'heure d'Anita et de Marcello, demeure une expérience émotionnelle intense.

Cette scène fait partie d'une douzaine de tableaux qui constituent la trame du film. Ces tableaux illustrent la vie "in-signifiante" d'un journaliste à potins, Marcello (Marcello Mastroianni, exceptionnel), dont le boulot le force à suivre des célébrités et des aristocrates, tous plus ou moins futiles et décadents les uns que les autres.

Aurais-je le culot d'affirmer que M. Fellini, par la redondance de certains tableaux, allonge inutilement la démonstration des misères existentielles de son héros? 

Antonioni nous montrera dans sa trilogie du début des années 1960 que l'on peut très efficacement démontrer les crises existentielles de personnages à l'intérieur d'un cadre filmique de 120 minutes alors que La Dolce Vita en fait 180. Mais, ne boudons pas notre plaisir. Ce sont 180 minutes d'images merveilleuses bercées par la musique inoubliable de Nino Rota, compositeur attaché à l’œuvre de Fellini qui a composé la bagatelle de 162 pièces de musique pour le cinéma au cours de sa carrière.

Paparazzo, c'est le nom du photographe qui accompagne Marcello dans ses tournées à la recherche de proies pour son journal à sensations. Il se retrouve souvent au milieu d'une meute de photographes à l'assaut de célébrités artistiques. C'est à la suite de ce film que le terme paparazzo (paparazzi au pluriel) fut accolé aux photographes spécialisés dans la chasse aux célébrités. Chasse plus souvent associée au viol de l'intimité de ces mêmes individus dont les seins ou les fesses se retrouveront immanquablement dans les pages centrales d'un quelconque Paris-Match.

On pense que Fellini a utilisé le patronyme d’un camarade de classe insolent et agressif. Ou bien, Fellini aurait créé le néologisme à partir des mots italiens « papatacci » qui désigne un type de moustique agaçant et « razzo », l’éclair.

Ce film a créé un léger tsunami chez les ecclésiastiques ultra-catholique d'Italie et d'Espagne. Fellini a failli être excommunié à cause de la scène où l'on voit Anita Ekberg déguisée en ecclésiastique grimpant les escaliers d'un clocher d'église qui donne sur la place St-Pierre au Vatican. En Espagne, ce film fut interdit jusqu'en 1981.

Oscars 1962. Costumes
Cannes 1960. Palme d'or

Visionné, la première fois, le 3 janvier 1970, à la télévision à Québec
Ce jour-là, au cinéma Empire de la rue de la Fabrique à Québec, mon cinéma préféré entre tous à cette époque, on projette Paris n'existe pas de Robert Benayoun qui n'a réalisé que deux films. Quelqu'un a-t-il déjà vu ce film? La présence de Gainsbourg (musique et interprétation) m'intrigue et me donne le goût de voir ce film. Deux extraits sur YouTube
Mon 66ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 18 janvier 2023

27 décembre 2007

65. Costa-Gavras : Z



Film franco-algérien réalisé en 1969 par Constantin Costa-Gavras
Une équipe de production de rêve :
Avec Yves Montand, Irène Papas, Jean-Louis Trintignant, Jacques Perrin, Charles Denner, François Perrier, Bernard Fresson, Pierre Dux, Magali Noël, Renato Salvatori, Marcel Bozzuffi.
Scénario : Jorge Semprun tiré du roman éponyme de Vassilis Vassilikos.
Caméra : Raoul Coutard
Musique : Mikis Theodorakis

Sujet : L'assassinat de Grigoris Lambrakis, député grec.

Grigoris Lambrakis (1913-1963), fut élu au parlement grec en 1961 sous une bannière de gauche. Il a été activement impliqué dans les mouvements pacifistes pour le désarmement nucléaire et pour le démantèlement des bases militaires américaines en Grèce. Sa vie fut souvent menacée à cause de ses déclarations pacifistes. Son assassinat et l'enquête qui s'ensuivit sont fidèlement racontés dans le roman de Vassilikos et le film de Costa-Gavras.
Grigoris Lambrakis, pendant une marche (de Marathon à Athènes) pour la paix, interdite par les autorités, un mois avant son assassinat le 22 mai 1963 à Salonique

Comment évaluer ce film? Ambivalence certaine.

Pour. À l'époque, je n'ai eu aucun doute. Film politique majeur qui traite enfin des atteintes aux libertés fondamentales dans les régimes démocratiques. Ce film avait une valeur universelle; ce qui s'était passé en Grèce en 1963 lors de l'assassinat de Grigoris Lambrakis pouvait se passer dans une démocratie près de chez-nous et se passait régulièrement dans nombre de pays d'Amérique latine.

J'avais été secoué émotionnellement par ce film. Je me souviens que, pendant des jours, il fut au cœur de mes conversations et il participa à maintenir ma ferveur dans mes positions politiques : contre les Américains au Vietnam, contre l'impérialisme américain en Amérique latine, pour toutes les luttes syndicales, pour l'indépendance du Québec et, à la limite, pour les moyens violents d'y arriver.

         Troublant.

Pendant que je rédige ce message, j'apprends l'assassinat de l'ex-première ministre du Pakistan, Benazir Bhutto, dans des circonstances qui rappellent l'élimination de Grigoris Lambrakis; c'est-à-dire qu'elle a, probablement, été assassinée par un groupe d'extrême-droite (islamistes fondamentalistes) avec le soutien de certains éléments de l'armée pakistanaise.
Contre. Ce qui est agaçant dans ce film qui se veut politique c'est justement qu'il dépolitise cet assassinat en ne s'attardant qu'au strict déroulement de l'enquête judiciaire sans mise en contexte. Cet assassinat a eu des répercussions énormes sur la société civile mais le réalisateur décide d'ignorer tout cet aspect. Il préfère montrer l'histoire de la victoire éphémère des forces du bien (le jeune procureur,Trintignant, le journaliste, Perrin) contre les forces du mal (la police et les militaires).

Ce qui est agaçant également :
Son côté tape-à-l'oeil. Exemple : Perrin et sa superbe Nikon automatique, l'aura-t-on vu celle-là!!!, à croire que Nikon a commandité ce film. Champion du placement de produit.

Les "méchants" ont l'air de sortir d'une mauvaise bande dessinée : la scène de l'inculpation des militaires; la scène de l'hôpital où l'on voit un type, une jambe dans le plâtre, se baladant avec un gourdin pour assommer un pauvre type qui a un sac de glace sur la tête. Ces scènes hilares et grotesques sont à contretemps avec la gravité du sujet abordé. Je pourrais multiplier les exemples de ce type de scènes.

Mais basta la critique et passons à cette partie de mes messages qui me passionne plus, celle qui traite d'éléments réels liés à la fiction du film.

On retrouve dans le film le fameux symbole de la paix, le fameux "Peace" qui représentait la lutte pour le désarmement nucléaire. Il devint, par la suite, l'emblème de tout le mouvement de la contreculture de la fin des années 1960.
Ce symbole a été élaboré en 1958 par Gerald Holtom, un designer britannique, suite à une commande du CND (Campaign for Nuclear Disarmament) et fut importé aux USA en 1960 par des membres du Student Peace Union qui avait assisté à des manifestations contre des sites nucléaires britanniques.
Le symbole est une combinaison des 2 signaux de sémaphores représentant les lettres N et D, abréviations de Nuclear Disarmament. La lettre N est formée en tenant deux drapeaux sous la forme d'un V inversé et la lettre D, en tenant un drapeau vers le haut et un drapeau vers le bas.


Citation tirée du film qui résume bien l'idéologie anti-américaine qui aura tant de belles années, décennies, devant elle. Le personnage joué par Charles Denner : "Il faut toujours s'en prendre aux Américains même quand on pense avoir tort; eux savent qu'on a raison". 

Ah oui! Z signifie "il est vivant" en grec ancien. Lors de la prise du pouvoir par la junte militaire en 1967, on a décrété l'interdiction de la lettre Z dans les lieux publics.

Oscars 1970. Montage et meilleur film en langue étrangère.
Cannes 1969. Prix du jury et prix du meilleur acteur à Jean-Louis Trintignant

Visionné, la première fois, en janvier 1970 au cinéma Empire à Québec
Dans l'ambiance de Z. Grosse année qui se prépare pour le Québec: premiers élus indépendantistes au gouvernement du Québec en avril mais, surtout, la Crise d'Octobre : le FLQ frappe fort et le gouvernement fédéral de Pierre Elliott Trudeau suspend certaines libertés civiles en votant la loi sur les mesures de guerre.
Pour moi, fin de ma carrière (2 ans!!, c'est pas sérieux!) d'enseignant au niveau Secondaire et retour aux études en licence de Géographie à l'université Laval de Québec.
Mon 65ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 18 janvier 2023

23 décembre 2007

64. Ford : The Man Who Shot Liberty Valance


L'Homme qui tua Liberty Valance

Film américain réalisé en 1962 par John Ford
Avec John Wayne, James Stewart, Vera Miles et Lee Marvin

Je sais. John Ford est un des plus grands réalisateurs américains. Je sais. The Man Who Shot Liberty Valance est souvent classé dans la liste des 100 meilleurs films. Mais rien n'y fait. Je trouve ce film vieilli et redondant tant par le sujet traité que par sa forme conventionnelle.

Sujet déjà traité par des films tels que High Noon de Fred Zinneman et Mr. Smith Goes to Washington de Frank Capra.

Forme conventionnelle : comment peut-on, en 1962, encore tourner en studio une scène d'attaque de diligence ?

Et John Wayne, vieilli, trop vieux pour ce rôle, perdu, dans ce film au verbiage pédagogique.

Un James Stewart, trop vieux pour son rôle de jeune avocat débutant, en train de répéter son rôle pour le film Mr. Smith Goes to Washington, pourtant tourné 23 ans auparavant.

Le contenu pédagogique du film, lourdement souligné, nous ramène pratiquement au cinéma des années 1930.

C'est la fin d'une époque. Les vieux spécialistes du western font leur dernier tour de piste. À l'horizon, Sergio Leone est en train de préparer ses westerns spaghettis : le western ne sera jamais plus le même.

Je n'avais pas encore vu les westerns de Leone qui allaient réhabiliter à mes yeux cette catégorie de cinéma. Mais, à cette époque effervescente sur le plan politique (post-mai 68, arrivée du Parti Québécois à l'assemblée nationale du Québec en avril 1970,  crise d'Octobre 1970), pendant laquelle je ne m'intéressais qu'au cinéma à contenu politique, les vieux westerns traditionnels à la Ford-Wayne ne trouvaient aucune grâce à mes yeux. Ils étaient d'une époque révolue.

En 1962, nous sommes, aux USA, au milieu de la grande période de la défense des droits civiques des Noirs. Bob Dylan, Joan Baez, Pete Seger, entre autres, seront de célèbres porte-paroles de cette lutte lors de spectacles et, plus particulièrement, lors du Newport Folk Festival.

John Ford était conscient de ce mouvement en faveur des droits civiques. À un certain moment dans le film, Woody Strode , acteur Noir, (voir sa biographie remarquable quant à la lutte contre les barrières raciales) qui interprète le rôle de Pompey dans le film de Ford récite le 1er amendement de la constitution des USA dans lequel il est spécifié que tous les hommes sont égaux. On était loin du compte. À l'époque pendant laquelle se déroule l'action du film (1900-1910), on est loin de l'égalité entre Noirs et Blancs ou bien, comme on le constate plus loin dans le film lors de la période de votation, entre hommes et femmes. Comme dirait George Orwell, "tous les humains sont égaux mais il y en a certains qui sont plus égaux que d'autres".

Visionné, la première fois, en 1970 à la télévision à Québec
Mon 64ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 18 janvier 2023

12 décembre 2007

63. Whale : Frankenstein



Film américain réalisé en 1931 par James Whale
Avec Colin Clive, Mae Clarke, John Boles et Boris Karloff

Trop de placotage, pas assez de monstre. Tout ce qui m'intéressait dans ce film, c'était Frankenstein. La mise en place de l'intrigue sans le monstre est longue, maladroite et pénible.

De plus, il me semble qu'il y a eu une erreur de casting : Colin Clive, 31 ans, aux allures d'agent immobilier, n'a aucune crédibilité en docteur Frankenstein. Quand on sait que Bela Lugosi (Dracula, 1931) avait été approché pour jouer ce rôle, on ne peut que regretter ce rendez-vous manqué entre Dracula et Frankenstein.

Bela Lugosi

Deux scènes valent à elles seules le visionnement de ce film plutôt mal fait :
1. La rencontre émouvante entre le monstre et la petite fille au bord du petit lac.
2. La scène finale où le monstre et son maître périssent dans l'incendie et l'écroulement du moulin. Deux ans plus tard, le gros singe King Kong va s'inspirer de cette scène et la transposer au cœur de New York en s'attaquant à son grand moulin, l'Empire State Building.

On s'imagine que la carrière de Boris Karloff a commencé avec sa personnification de Frankenstein tant sa carrière a été marquée par des rôles de monstre. En fait, il avait déjà joué dans 77 films lorsqu'il fut engagé, à 44 ans, pour personnifier Frankenstein dans le film de Whale.

Boris Karloff

Venise 1932. Prix du public

Visionné, la première fois, en 1970 à la télévision à Québec
Mon 63ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 18 janvier 2023

10 décembre 2007

62. Bergman : L' Heure du loup



Film suédois réalisé en 1968 par Ingmar Bergman
Avec Max von Sidow (Johann), Liv Ullmann (Alma), Erland Josephson, Georg Rydeberg et Ingrid Thulin.

Bienvenue dans la période la plus noire du cinéma de Bergman.
Un film-cauchemar, un film d'horreur, un film gothique avec des monstres, des démons et des vampires.

Isolé avec sa femme sur une île de la mer du Nord, on assiste à la lente désintégration psychologique d'un artiste-peintre. Sa peur de la nuit et son angoisse face à l'aube qui pourrait ne jamais arriver détruit progressivement tous ses repères avec la réalité. 

Un monde parallèle s'échafaude; un monde hallucinatoire, cauchemardesque, habité par des aristocrates qui s'avèrent être, finalement, des démons et des monstres : Une schizophrénie en marche.

Axel Fridell, peintre suédois (1894-1935). Le Vieil antiquaire.
Ce tableau a inspiré Bergman pour plusieurs des scènes ésotériques du film.

"L'heure du loup, c'est l'heure où la nuit fait place au jour, c'est l'heure où la plupart des mourants s'éteignent, où notre sommeil est le le plus profond, où nos cauchemars sont les plus réels. C'est l'heure où celui qui n'a pu s'endormir affronte sa plus violente angoisse, où les fantômes et les démons sont au plus fort de leur puissance." Tiré du "pressbook" du film. (Cahiers du Cinéma d'août 1968, numéro 203)

"L'heure du loup" : J'ai toujours beaucoup aimé parler de cette expression lors de conversations qui touchaient aux rapports que nous avons avec la nuit. Elle crée un petit effroi dans le cercle des auditeurs parce qu'elle nous renvoie invariablement aux grandes angoisses qui sommeillent (si je puis utiliser cette expression) en nous.

L'angoisse qui monte chez l'insomniaque qui sent l'aube approchée sans avoir encore fermer l'œil est une épreuve difficile à soutenir. Elle mène souvent à l'épouvante. Cette épreuve que Bergman a souvent éprouvée au cours de sa vie, il réussit à la traduire parfaitement dans son film.

Mes scènes préférées : les moments qui précèdent l'aube où l'on voit Johan rongé par l'angoisse, au bord de la crise psychotique et Alma qui tente de ne pas sombrer à son tour dans l'abime. Une scène, en particulier, est troublante tant elle est anxiogène : l'éternité que représente le passage d'une minute.

L'acteur Georg Rydeberg, sosie de Bela Lugosi (le plus célèbre vampire de l'histoire du cinéma) incarne à la perfection un vampire.

Dans le numéro des Cahiers du Cinéma d'août 1968, il y a un très long entretien avec Ingmar Bergman autour de L'Heure du loup, intitulé La mort à chaque aube. Entre autres choses, il explique sa pratique "déconstructiviste" dont j'ai parlée dans un texte précédent (60. Anderson : If). Il fait remonter cette technique à Un Été avec Monika (1953), film-phare pour les futurs cinéastes de la Nouvelle Vague. 

Il s'agit de créer chez le spectateur une ambivalence : dès qu'il s'identifie à l'action ou aux personnages du film, on le replonge dans sa réalité de spectateur de cinéma en mettant sur l'écran des images ou des sons qui lui montrent qu'on est en train de fabriquer un film. Bergman: "J'ai découvert qu'un film ne souffre absolument pas de ce que l'on brise l'illusion, de ce que l'on contrarie la disposition des gens à se laisser illusionner pour les renvoyer face au cinématographe. C'est excellent de réveiller le public un bon coup, pour ensuite le plonger à nouveau dans le drame. Pour cette même raison, je répète le titre, "L'heure du loup", au milieu du film."

Pas le meilleur film pour s'initier à l'œuvre de Bergman. Allez voir plutôt du côté de Le Septième sceau, Les Fraises sauvages ou bien La Source. Mais, évidemment, ce qui est le plus passionnant c'est de s'attaquer à l'intégrale Bergman en suivant la progression chronologique de la production.

J'ai déjà trois intégrales Bergman à mon crédit. La première (une mini-intégrale de 20 films), à jamais tatouée sur mon cœur, a eu lieu au cinéma St-André-des-Arts sur la rue du même nom à Paris à l'automne 1988, lors d'une période sabbatique passée à Paris. La deuxième, plus prosaïquement, chez-moi à Montréal, en format DVD et VHS, à l'automne 2005. Puis une troisième, avec un copain, la vraie intégrale de 43 films, entre 2020 et 2022.

Visionné, la première fois, le 17 octobre 1969 à la télévision à Québec
Dans l'actualité du Jour : "Saint-Laurent-des-Eaux (Loir-et-Cher, France). Fusion de 50 kg d'uranium lors d'une opération de chargement du réacteur graphite-gaz Saint-Laurent 1 (480 MW). La contamination serait restée limitée au site. Plus d'un an de réparations." En cette période où les grands vilains sont les gaz à effet de serre, ne pas oublier le piège peu médiatisé du nucléaire.
Mon 62ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 18 janvier 2023