29 janvier 2008

70. Hopper : Easy Rider



Film américain réalisé en 1969 par Dennis Hopper
Avec Peter Fonda, Dennis Hopper, Jack Nicholson

Le road-movie for ever.
Je ne connais pas de films qui correspondent, avec une telle perfection, au concept de road-movie.

Pas d'histoire dans cette traversée de l'Ouest américain, de Los Angeles à New Orleans. Seulement la route, deux gars vaguement hippies sur leur moto équipée de choppers (équipement associé plutôt aux gangs de motards, style Hell's Angels pas vraiment adeptes de la contre-culture!), peu de dialogues, des paysages dignes des plus beaux westerns (Monument Valley), des chansons sublimes (Steppenwolf, The Band, Roger McGuinn des Byrds chantant une chanson de Dylan, etc), et des rencontres marquantes. Tout ça joyeusement entremêlé de cannabis, de cocaïne et d'acide.

J'avais oublié (l'ai-je jamais su ?) à quel point le personnage de Peter Fonda (Wyatt) est touchant. Face au caractère mal dégrossi de Billy (Dennis Hopper), Wyatt est d'une douceur angélique malgré son attirail de Captain America. Il flotte sur les événements, peu sensibles à l'environnement. Ses rencontres sont toujours riches de tendresse et d'affection.

Un festival d'icônes de la contre-culture : la liberté les cheveux dans le vent, les psychotropes à volonté, la Commune où l'on pratique l'amour libre et où les filles s'offrent à tout venant, une VW Wesphalia déglinguée, la musique rock, les pays rednecks où les panneaux-réclames « Beautify America, Get a Haircut » côtoient les « Support Your Local Police ».

Hopper et Fonda ont été inspirés par le film italien Il Sorpasso (Le fanfaron) de Dino Risi qui raconte le voyage de deux types à travers l'Italie en décapotable. Avec Vittorio Gassman et Jean-Louis Trintignant. Film à voir, donc.

Je dois dire que ce type de films n'était pas vraiment mon bag pour utiliser une expression populaire à l'époque. Je carburais plus aux films engagés politiquement ou bien aux films intimistes à la Bergman. Easy Rider m'apparaissait plus comme un gros trip d'adolescents attardés, peu politisés, inconscients, flottants au-dessus de la réalité sociopolitique de l'époque.

Et je déteste que ce film soit perçu comme porte-étendard de cette époque, malencontreusement appelée Flower Power (encore un truc de médias !).

Cannes 1969. Meilleur premier film

Visionné, la première fois, le 28 février 1971 au cinéma à Québec
Mon 70ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 19 janvier 2023

23 janvier 2008

69. Buñuel : Los Olvidados


Les Réprouvés
Autre titre français : Pitié pour eux (ça fait ciné-club de Jésuites, non?)

Film mexicain réalisé en 1950 par Luis Buñuel
Avec Alfonso Mejia, Roberto Cobo, Estela India, Miguel Inclan, Alma Delia Fuentes.

Le titre est un peu ironique (les oubliés, en français) parce que s'il est un film qui risque de nous marquer à jamais, c'est bien celui-là.

Je viens de le revoir pour la première fois depuis 1971 et je n'avais rien oublié du décor des bidonvilles de Mexico, de la cruauté de ces enfants-des-rues abandonnés à leur sort, des séquences inoubliables où l'on voit ces enfants qui, à prime abord attireraient notre compassion, s'attaquer violemment à un vieillard aveugle, voler un homme sans jambes qui se déplace sur un plateau à roulettes, tuer sauvagement un des leurs. Rien n'est oublié.

Quand j'ai vu ce film pour la première fois, il tombait dans un terreau fertile. L'été précédent, j'avais eu mon premier contact avec le Mexique. Six semaines à parcourir le Mexique, du Rio Grande jusqu'à Isla Mujeres à la pointe du Yucatan après une traversée Québec-Laredo, Texas, entassés à quatre dans une Datsun 510 (Nissan, pour les moins de 50 ans), quatre jours de galère à 40°C.

Premier contact avec le sous-développement économique : un choc pour des jeunes "gringos" simili-hippie comme nous. La misère, partout. On n'avait d'yeux que pour elle : fascinés, traumatisés, scandalisés. Et ces enfants, des milliers, aux yeux tristes : insupportable vision. Voyage inoubliable. Toujours près du cœur.

Los Olvidados, c'est aussi le film dont j'ai parlé le plus souvent au cours de ma carrière d'enseignant. Dans un cours intitulé Espace urbain, au chapitre sur le développement urbain dans les pays du Tiers monde, je parlais des bidonvilles, cette forme d'occupation anarchique et illégale du sol urbain en périphérie des villes du tiers-monde. Et paf, à chaque fois, je disais à mes étudiants : il faut absolument voir Los Olvidados, vous y verrez la misère telle que vécue dans ces quartiers pourris. Autant faire pousser des bananes au Nunavut.

Ce ne serait pas un film de Buñuel s'il n'y avait pas au moins une séquence sulfureuse : Meche (Alma Delia Fuentes), jeune adolescente, qui se frotte les cuisses avec du lait d'ânesse, ouf!!!.

Los Olvidados. Couverture du numéro 7 des Cahiers du cinéma. Décembre 1951.

La couverture des Cahiers du cinéma a pris cette forme pendant les 159 premiers numéros jusqu'en octobre 1964. Ces fameux Cahiers Jaunes ont une résonance particulière auprès de la génération des cinéphiles des années 50 et 60. C'est pendant cette période que se définira une nouvelle approche critique vis-à-vis des films. Particulièrement, on y introduira la notion d'auteur de film. Le réalisateur n'est plus un simple maillon de la chaîne de production; il est considéré dorénavant comme le principal artisan. La plupart des rédacteurs de la revue deviendront, à partir de 1959, les principaux artisans de la Nouvelle Vague : Truffaut, Rohmer, Chabrol, Godard, Rivette, Doniol-Valcroze...

Lecture cinéphilique : Antoine de Baecque. La cinéphilie : Invention d'un regard, histoire d'une culture. 1944-1968. 
Un livre fascinant concernant cette période durant laquelle s'élabora la notion de cinéphilie (ceux qui mettent le cinéma au cœur de leur vie... dur, dur pour l'entourage).

Il semble qu'il existe une version DVD (mexicaine?) dans laquelle l'on retrouve une séquence qui propose une alternative heureuse au dénouement du film. Ce serait la suite logique de la colère des autorités mexicaines à la sortie du film en 1950 lorsqu'elles constatèrent que le film présentait une image dégradante de leur pays. On dit que Buñuel est passé à un cheveu d'être expulsé du pays à cause de Los Olvidados.

Cannes 1951. Meilleur réalisateur
Cahiers du Cinéma : Dans la liste des 10 meilleurs films de l'année 1950

Visionné, la première fois, en février 1971 au cinéma à Québec
Mon 69ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 19 janvier 2023

17 janvier 2008

68. Ford : The Grapes of Wrath


Les Raisins de la colère

Film américain réalisé en 1940 par John Ford
Avec Henry Fonda (Tom Joad), Jane Darwell, John Carradine
Adapté du roman de John Steinbeck qui lui a valu le prix Pulitzer (le Goncourt américain) en 1939.

Bon sens que la réalité socio-politique était simple à analyser à cette époque-là.

Petit résumé du film : D'un côté les bourgeois exploiteurs à la grosse berline et au gros cigare qui manie, sans vergogne, le "big stick" de la loi et de l'ordre et de l'autre le misérable prolétariat, banni de ses terres, jeté sur les routes et à la merci des grands propriétaires terriens. Assistant à cette lutte inégale et impitoyable, des fonctionnaires du gouvernement (celui de Roosevelt) qui annoncent les premiers balbutiements de l'État-providence.

Certains diront que rien n'a changé, sauf la manière. Mais, ce qui est certain c'est que ce type d'analyse simple, en général truffée de colères bien senties, appliquée à nos sociétés riches ne tient plus vraiment la route. Il faut mieux affiner notre argumentation.
 
Et le film dans tout ça? Les images. Il me semble, qu'au-delà du drame sociopolitique, c'est ce qui m'a le plus emballé en visionnant ce film à nouveau.

À la caméra, Gregg Toland. Considéré comme le plus grand caméraman de l'ère du cinéma noir et blanc. On peut déjà voir à l’œuvre dans The Grapes of Wrath sa technique du clair-obscur qu'il a utilisé à profusion dans Citizen Kane. Le clair-obscur est une technique picturale dans laquelle des parties claires côtoient immédiatement des parties très sombres, créant des effets de contrastes parfois violents.

Ci-dessous, exemple d'un clair-obscur typique de Toland.


Cette technique du clair-obscur est inspiré des œuvres de Michelangelo Merisi, dit Le Caravage. En art, on appelle cette technique le chiaroscuro. 

Un des premiers grands road-movies de l'histoire du cinéma  : Tom Joad (Henri Fonda), au volant d'un camion pourri et surchargé, entreprend de mener sa famille de l'Oklahoma à la Californie, en empruntant la route américaine la plus mythique qui soit, U.S.66, qui débute à Chicago pour se terminer à Los Angeles. Des millions de Tom Joad emprunteront cette route après la grande dépression de 1929-1932, fuyant le "dust bowl" (région dont les terres ont été transformées en poussière par plusieurs années de sécheresse et par une surutilisation) pour aller briser leur rêve au contact des grands exploitants de produits agricoles californiens.

Premier plan du film : Henri Fonda marche seul sur une route empoussiéré au milieu de la plaine. On a l'impression qu'il s'en va à la rencontre de Charles Bronson dans Il était une fois dans l'Ouest, tellement sa démarche est identique à celle qu'il aura 38 ans plus tard.
 
Oscars 1941. Deux statuettes : réalisation et meilleure actrice de soutien à Jane Darwell

Visionné, la première fois, en février 1971 à la télévision à Québec
Mon 68ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 19 janvier 2023

11 janvier 2008

67. Truffaut : Tirez sur le pianiste



Film français réalisé en 1960 par François Truffaut
Avec Charles Aznavour, Marie Dubois, Nicole Berger, Michèle Mercier, Albert Rémy

" J'ai horreur des films de gangsters. Je les déteste. Je déteste Lino Ventura. " François Truffaut, dans une interview donnée en 1965 à Jean-Pierre Chartier, dans le cadre de l'émission Cinéastes de notre tempsPourtant, après avoir vu 1500 films américains, il sent qu'il doit payer sa dette à ce cinéma, d'où son pari de faire un pastiche de film noir.

Dans ce film, Truffaut mélange tous les genres (film de gangster, comédie, drame sentimental) au risque de perdre le spectateur en cours de route si celui-ci tient absolument à s'investir dans ce faux-film de gangsters. En effet, comment prendre au sérieux ces gangsters qui, au cours d'un enlèvement, s'amusent avec les otages à discuter des relations hommes-femmes, au point de susciter un éclat de rire général au sein de cette improbable petite bande.

Après le génial Les Quatre cents coups, ce film (le 2ème long métrage de Truffaut) fut un dur coup à avaler pour les amateurs de Truffaut. On ne savait plus où donner de la critique. Heureusement, Jules et Jim, un an plus tard, allait refaire l'unanimité.

Mis à part l'intérêt suscité par l'exercice-hommage au film noir américain, je n'avais pas et je n'ai toujours pas trouvé beaucoup d'intérêt dans ce film qui m'apparaît plutôt comme un exercice de style.


Pendant le tournage, Truffaut, Aznavour et Marie Dubois

Charles Aznavour, en pianiste timide, joue le rôle de sa vie. Ça n'a rien à voir avec le film mais on a l'impression qu'il porte sur ses épaules tout le drame du pauvre immigrant de la chanson de Bob Dylan I Pity the Poor Immigrant, tiré de l'album John Wesley Harding.

Marie Dubois, dans le premier rôle de sa vie, crève l'écran.

Nicole Berger (la femme du pianiste du film, suicidée), étoile filante du cinéma, meurt dans un accident d'auto en 1967, à l'âge de 32 ans.

Chanson entendue à la radio pendant le trajet du pianiste (Aznavour) et de la serveuse Léna (Marie Dubois) vers la ferme enneigée dans les Alpes : Dialogue d'amoureux de Félix Leclerc, interprétée par celui-ci et Lucienne Vernay. Je suis surpris d'avoir complètement oublié cette séquence lors de mon visionnement d'alors. Truffaut empruntant un élément de la culture québécoise; j'aurais dû être bouleversé.

Une découverte tardive. Je ne connaissais pas Boby Lapointe. Méchant numéro, ce type. Aznavour au piano et Boby Lapointe qui chante Framboise : " Avanie et Framboise sont les mamelles du destin. "

Cahiers du Cinéma : Dans la liste des 10 meilleurs films de l'année 1960.

Visionné, la première fois, le 9 juin 1970 à la télévision à Québec
En juin 1970, une bombe éclate dans la société québécoise : la sortie de Deux femmes en or de Claude Fournier, le plus célèbre film érotique québécois. La ménagère de banlieue (Brossard près de Montréal) dans tous ses états intimes. Un navet sur le plan cinématographique mais un film qui a jeté à terre les derniers remparts de la pudibonderie de la société québécoise d'antan.
Film de cul-te, évidemment.
Mon 67ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 23 janvier 2023

10 janvier 2008

66. Fellini : La Dolce Vita



Film italien réalisé en 1960 par Federico Fellini
Avec Marcello Mastroianni, Anita Ekberg, Anouk Aimée, Yvonne Furneaux, Magali Noël, Alain Cuny

J'avais peu de souvenirs de ce film au titre, pourtant, si évocateur. Il me semblait qu'Anita Ekberg occupait un rôle au moins aussi important que celui joué par Marcello Mastroianni. Erreur découlant probablement de l'empreinte indélébile dans mon cœur de cinéphile de la séquence où l'on voit l'Anita en question prenant sa douche (on se calme, elle était habillée) dans la fontaine de Trevi à Rome. "She was gorgeous" expression que de petits malins persistent à traduire par "Elle était gorgeuse". Les photos ci-contre ne leur donnent pas tout à fait tort, non ?

Cette scène est à classer parmi les plus célèbres séquences de l'histoire du cinéma. Elle est à jamais associée à La Dolce Vita, même si la présence d'Anita Ekberg est finalement assez courte; moins de 25 minutes sur un film de 3 heures.

Même si elle est devenue une attraction touristique surpeuplée, voir la Fontaine de Trévi, à l'heure d'Anita et de Marcello, demeure une expérience émotionnelle intense.

Cette scène fait partie d'une douzaine de tableaux qui constituent la trame du film. Ces tableaux illustrent la vie "in-signifiante" d'un journaliste à potins, Marcello (Marcello Mastroianni, exceptionnel), dont le boulot le force à suivre des célébrités et des aristocrates, tous plus ou moins futiles et décadents les uns que les autres.

Aurais-je le culot d'affirmer que M. Fellini, par la redondance de certains tableaux, allonge inutilement la démonstration des misères existentielles de son héros? 

Antonioni nous montrera dans sa trilogie du début des années 1960 que l'on peut très efficacement démontrer les crises existentielles de personnages à l'intérieur d'un cadre filmique de 120 minutes alors que La Dolce Vita en fait 180. Mais, ne boudons pas notre plaisir. Ce sont 180 minutes d'images merveilleuses bercées par la musique inoubliable de Nino Rota, compositeur attaché à l’œuvre de Fellini qui a composé la bagatelle de 162 pièces de musique pour le cinéma au cours de sa carrière.

Paparazzo, c'est le nom du photographe qui accompagne Marcello dans ses tournées à la recherche de proies pour son journal à sensations. Il se retrouve souvent au milieu d'une meute de photographes à l'assaut de célébrités artistiques. C'est à la suite de ce film que le terme paparazzo (paparazzi au pluriel) fut accolé aux photographes spécialisés dans la chasse aux célébrités. Chasse plus souvent associée au viol de l'intimité de ces mêmes individus dont les seins ou les fesses se retrouveront immanquablement dans les pages centrales d'un quelconque Paris-Match.

On pense que Fellini a utilisé le patronyme d’un camarade de classe insolent et agressif. Ou bien, Fellini aurait créé le néologisme à partir des mots italiens « papatacci » qui désigne un type de moustique agaçant et « razzo », l’éclair.

Ce film a créé un léger tsunami chez les ecclésiastiques ultra-catholique d'Italie et d'Espagne. Fellini a failli être excommunié à cause de la scène où l'on voit Anita Ekberg déguisée en ecclésiastique grimpant les escaliers d'un clocher d'église qui donne sur la place St-Pierre au Vatican. En Espagne, ce film fut interdit jusqu'en 1981.

Oscars 1962. Costumes
Cannes 1960. Palme d'or

Visionné, la première fois, le 3 janvier 1970, à la télévision à Québec
Ce jour-là, au cinéma Empire de la rue de la Fabrique à Québec, mon cinéma préféré entre tous à cette époque, on projette Paris n'existe pas de Robert Benayoun qui n'a réalisé que deux films. Quelqu'un a-t-il déjà vu ce film? La présence de Gainsbourg (musique et interprétation) m'intrigue et me donne le goût de voir ce film. Deux extraits sur YouTube
Mon 66ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 18 janvier 2023

27 décembre 2007

65. Costa-Gavras : Z



Film franco-algérien réalisé en 1969 par Constantin Costa-Gavras
Une équipe de production de rêve :
Avec Yves Montand, Irène Papas, Jean-Louis Trintignant, Jacques Perrin, Charles Denner, François Perrier, Bernard Fresson, Pierre Dux, Magali Noël, Renato Salvatori, Marcel Bozzuffi.
Scénario : Jorge Semprun tiré du roman éponyme de Vassilis Vassilikos.
Caméra : Raoul Coutard
Musique : Mikis Theodorakis

Sujet : L'assassinat de Grigoris Lambrakis, député grec.

Grigoris Lambrakis (1913-1963), fut élu au parlement grec en 1961 sous une bannière de gauche. Il a été activement impliqué dans les mouvements pacifistes pour le désarmement nucléaire et pour le démantèlement des bases militaires américaines en Grèce. Sa vie fut souvent menacée à cause de ses déclarations pacifistes. Son assassinat et l'enquête qui s'ensuivit sont fidèlement racontés dans le roman de Vassilikos et le film de Costa-Gavras.
Grigoris Lambrakis, pendant une marche (de Marathon à Athènes) pour la paix, interdite par les autorités, un mois avant son assassinat le 22 mai 1963 à Salonique

Comment évaluer ce film? Ambivalence certaine.

Pour. À l'époque, je n'ai eu aucun doute. Film politique majeur qui traite enfin des atteintes aux libertés fondamentales dans les régimes démocratiques. Ce film avait une valeur universelle; ce qui s'était passé en Grèce en 1963 lors de l'assassinat de Grigoris Lambrakis pouvait se passer dans une démocratie près de chez-nous et se passait régulièrement dans nombre de pays d'Amérique latine.

J'avais été secoué émotionnellement par ce film. Je me souviens que, pendant des jours, il fut au cœur de mes conversations et il participa à maintenir ma ferveur dans mes positions politiques : contre les Américains au Vietnam, contre l'impérialisme américain en Amérique latine, pour toutes les luttes syndicales, pour l'indépendance du Québec et, à la limite, pour les moyens violents d'y arriver.

         Troublant.

Pendant que je rédige ce message, j'apprends l'assassinat de l'ex-première ministre du Pakistan, Benazir Bhutto, dans des circonstances qui rappellent l'élimination de Grigoris Lambrakis; c'est-à-dire qu'elle a, probablement, été assassinée par un groupe d'extrême-droite (islamistes fondamentalistes) avec le soutien de certains éléments de l'armée pakistanaise.
Contre. Ce qui est agaçant dans ce film qui se veut politique c'est justement qu'il dépolitise cet assassinat en ne s'attardant qu'au strict déroulement de l'enquête judiciaire sans mise en contexte. Cet assassinat a eu des répercussions énormes sur la société civile mais le réalisateur décide d'ignorer tout cet aspect. Il préfère montrer l'histoire de la victoire éphémère des forces du bien (le jeune procureur,Trintignant, le journaliste, Perrin) contre les forces du mal (la police et les militaires).

Ce qui est agaçant également :
Son côté tape-à-l'oeil. Exemple : Perrin et sa superbe Nikon automatique, l'aura-t-on vu celle-là!!!, à croire que Nikon a commandité ce film. Champion du placement de produit.

Les "méchants" ont l'air de sortir d'une mauvaise bande dessinée : la scène de l'inculpation des militaires; la scène de l'hôpital où l'on voit un type, une jambe dans le plâtre, se baladant avec un gourdin pour assommer un pauvre type qui a un sac de glace sur la tête. Ces scènes hilares et grotesques sont à contretemps avec la gravité du sujet abordé. Je pourrais multiplier les exemples de ce type de scènes.

Mais basta la critique et passons à cette partie de mes messages qui me passionne plus, celle qui traite d'éléments réels liés à la fiction du film.

On retrouve dans le film le fameux symbole de la paix, le fameux "Peace" qui représentait la lutte pour le désarmement nucléaire. Il devint, par la suite, l'emblème de tout le mouvement de la contreculture de la fin des années 1960.
Ce symbole a été élaboré en 1958 par Gerald Holtom, un designer britannique, suite à une commande du CND (Campaign for Nuclear Disarmament) et fut importé aux USA en 1960 par des membres du Student Peace Union qui avait assisté à des manifestations contre des sites nucléaires britanniques.
Le symbole est une combinaison des 2 signaux de sémaphores représentant les lettres N et D, abréviations de Nuclear Disarmament. La lettre N est formée en tenant deux drapeaux sous la forme d'un V inversé et la lettre D, en tenant un drapeau vers le haut et un drapeau vers le bas.


Citation tirée du film qui résume bien l'idéologie anti-américaine qui aura tant de belles années, décennies, devant elle. Le personnage joué par Charles Denner : "Il faut toujours s'en prendre aux Américains même quand on pense avoir tort; eux savent qu'on a raison". 

Ah oui! Z signifie "il est vivant" en grec ancien. Lors de la prise du pouvoir par la junte militaire en 1967, on a décrété l'interdiction de la lettre Z dans les lieux publics.

Oscars 1970. Montage et meilleur film en langue étrangère.
Cannes 1969. Prix du jury et prix du meilleur acteur à Jean-Louis Trintignant

Visionné, la première fois, en janvier 1970 au cinéma Empire à Québec
Dans l'ambiance de Z. Grosse année qui se prépare pour le Québec: premiers élus indépendantistes au gouvernement du Québec en avril mais, surtout, la Crise d'Octobre : le FLQ frappe fort et le gouvernement fédéral de Pierre Elliott Trudeau suspend certaines libertés civiles en votant la loi sur les mesures de guerre.
Pour moi, fin de ma carrière (2 ans!!, c'est pas sérieux!) d'enseignant au niveau Secondaire et retour aux études en licence de Géographie à l'université Laval de Québec.
Mon 65ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 18 janvier 2023

23 décembre 2007

64. Ford : The Man Who Shot Liberty Valance


L'Homme qui tua Liberty Valance

Film américain réalisé en 1962 par John Ford
Avec John Wayne, James Stewart, Vera Miles et Lee Marvin

Je sais. John Ford est un des plus grands réalisateurs américains. Je sais. The Man Who Shot Liberty Valance est souvent classé dans la liste des 100 meilleurs films. Mais rien n'y fait. Je trouve ce film vieilli et redondant tant par le sujet traité que par sa forme conventionnelle.

Sujet déjà traité par des films tels que High Noon de Fred Zinneman et Mr. Smith Goes to Washington de Frank Capra.

Forme conventionnelle : comment peut-on, en 1962, encore tourner en studio une scène d'attaque de diligence ?

Et John Wayne, vieilli, trop vieux pour ce rôle, perdu, dans ce film au verbiage pédagogique.

Un James Stewart, trop vieux pour son rôle de jeune avocat débutant, en train de répéter son rôle pour le film Mr. Smith Goes to Washington, pourtant tourné 23 ans auparavant.

Le contenu pédagogique du film, lourdement souligné, nous ramène pratiquement au cinéma des années 1930.

C'est la fin d'une époque. Les vieux spécialistes du western font leur dernier tour de piste. À l'horizon, Sergio Leone est en train de préparer ses westerns spaghettis : le western ne sera jamais plus le même.

Je n'avais pas encore vu les westerns de Leone qui allaient réhabiliter à mes yeux cette catégorie de cinéma. Mais, à cette époque effervescente sur le plan politique (post-mai 68, arrivée du Parti Québécois à l'assemblée nationale du Québec en avril 1970,  crise d'Octobre 1970), pendant laquelle je ne m'intéressais qu'au cinéma à contenu politique, les vieux westerns traditionnels à la Ford-Wayne ne trouvaient aucune grâce à mes yeux. Ils étaient d'une époque révolue.

En 1962, nous sommes, aux USA, au milieu de la grande période de la défense des droits civiques des Noirs. Bob Dylan, Joan Baez, Pete Seger, entre autres, seront de célèbres porte-paroles de cette lutte lors de spectacles et, plus particulièrement, lors du Newport Folk Festival.

John Ford était conscient de ce mouvement en faveur des droits civiques. À un certain moment dans le film, Woody Strode , acteur Noir, (voir sa biographie remarquable quant à la lutte contre les barrières raciales) qui interprète le rôle de Pompey dans le film de Ford récite le 1er amendement de la constitution des USA dans lequel il est spécifié que tous les hommes sont égaux. On était loin du compte. À l'époque pendant laquelle se déroule l'action du film (1900-1910), on est loin de l'égalité entre Noirs et Blancs ou bien, comme on le constate plus loin dans le film lors de la période de votation, entre hommes et femmes. Comme dirait George Orwell, "tous les humains sont égaux mais il y en a certains qui sont plus égaux que d'autres".

Visionné, la première fois, en 1970 à la télévision à Québec
Mon 64ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 18 janvier 2023

12 décembre 2007

63. Whale : Frankenstein



Film américain réalisé en 1931 par James Whale
Avec Colin Clive, Mae Clarke, John Boles et Boris Karloff

Trop de placotage, pas assez de monstre. Tout ce qui m'intéressait dans ce film, c'était Frankenstein. La mise en place de l'intrigue sans le monstre est longue, maladroite et pénible.

De plus, il me semble qu'il y a eu une erreur de casting : Colin Clive, 31 ans, aux allures d'agent immobilier, n'a aucune crédibilité en docteur Frankenstein. Quand on sait que Bela Lugosi (Dracula, 1931) avait été approché pour jouer ce rôle, on ne peut que regretter ce rendez-vous manqué entre Dracula et Frankenstein.

Bela Lugosi

Deux scènes valent à elles seules le visionnement de ce film plutôt mal fait :
1. La rencontre émouvante entre le monstre et la petite fille au bord du petit lac.
2. La scène finale où le monstre et son maître périssent dans l'incendie et l'écroulement du moulin. Deux ans plus tard, le gros singe King Kong va s'inspirer de cette scène et la transposer au cœur de New York en s'attaquant à son grand moulin, l'Empire State Building.

On s'imagine que la carrière de Boris Karloff a commencé avec sa personnification de Frankenstein tant sa carrière a été marquée par des rôles de monstre. En fait, il avait déjà joué dans 77 films lorsqu'il fut engagé, à 44 ans, pour personnifier Frankenstein dans le film de Whale.

Boris Karloff

Venise 1932. Prix du public

Visionné, la première fois, en 1970 à la télévision à Québec
Mon 63ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 18 janvier 2023

10 décembre 2007

62. Bergman : L' Heure du loup



Film suédois réalisé en 1968 par Ingmar Bergman
Avec Max von Sidow (Johann), Liv Ullmann (Alma), Erland Josephson, Georg Rydeberg et Ingrid Thulin.

Bienvenue dans la période la plus noire du cinéma de Bergman.
Un film-cauchemar, un film d'horreur, un film gothique avec des monstres, des démons et des vampires.

Isolé avec sa femme sur une île de la mer du Nord, on assiste à la lente désintégration psychologique d'un artiste-peintre. Sa peur de la nuit et son angoisse face à l'aube qui pourrait ne jamais arriver détruit progressivement tous ses repères avec la réalité. 

Un monde parallèle s'échafaude; un monde hallucinatoire, cauchemardesque, habité par des aristocrates qui s'avèrent être, finalement, des démons et des monstres : Une schizophrénie en marche.

Axel Fridell, peintre suédois (1894-1935). Le Vieil antiquaire.
Ce tableau a inspiré Bergman pour plusieurs des scènes ésotériques du film.

"L'heure du loup, c'est l'heure où la nuit fait place au jour, c'est l'heure où la plupart des mourants s'éteignent, où notre sommeil est le le plus profond, où nos cauchemars sont les plus réels. C'est l'heure où celui qui n'a pu s'endormir affronte sa plus violente angoisse, où les fantômes et les démons sont au plus fort de leur puissance." Tiré du "pressbook" du film. (Cahiers du Cinéma d'août 1968, numéro 203)

"L'heure du loup" : J'ai toujours beaucoup aimé parler de cette expression lors de conversations qui touchaient aux rapports que nous avons avec la nuit. Elle crée un petit effroi dans le cercle des auditeurs parce qu'elle nous renvoie invariablement aux grandes angoisses qui sommeillent (si je puis utiliser cette expression) en nous.

L'angoisse qui monte chez l'insomniaque qui sent l'aube approchée sans avoir encore fermer l'œil est une épreuve difficile à soutenir. Elle mène souvent à l'épouvante. Cette épreuve que Bergman a souvent éprouvée au cours de sa vie, il réussit à la traduire parfaitement dans son film.

Mes scènes préférées : les moments qui précèdent l'aube où l'on voit Johan rongé par l'angoisse, au bord de la crise psychotique et Alma qui tente de ne pas sombrer à son tour dans l'abime. Une scène, en particulier, est troublante tant elle est anxiogène : l'éternité que représente le passage d'une minute.

L'acteur Georg Rydeberg, sosie de Bela Lugosi (le plus célèbre vampire de l'histoire du cinéma) incarne à la perfection un vampire.

Dans le numéro des Cahiers du Cinéma d'août 1968, il y a un très long entretien avec Ingmar Bergman autour de L'Heure du loup, intitulé La mort à chaque aube. Entre autres choses, il explique sa pratique "déconstructiviste" dont j'ai parlée dans un texte précédent (60. Anderson : If). Il fait remonter cette technique à Un Été avec Monika (1953), film-phare pour les futurs cinéastes de la Nouvelle Vague

Il s'agit de créer chez le spectateur une ambivalence : dès qu'il s'identifie à l'action ou aux personnages du film, on le replonge dans sa réalité de spectateur de cinéma en mettant sur l'écran des images ou des sons qui lui montrent qu'on est en train de fabriquer un film. Bergman: "J'ai découvert qu'un film ne souffre absolument pas de ce que l'on brise l'illusion, de ce que l'on contrarie la disposition des gens à se laisser illusionner pour les renvoyer face au cinématographe. C'est excellent de réveiller le public un bon coup, pour ensuite le plonger à nouveau dans le drame. Pour cette même raison, je répète le titre, "L'heure du loup", au milieu du film."

Pas le meilleur film pour s'initier à l'œuvre de Bergman. Allez voir plutôt du côté de Le Septième sceau, Les Fraises sauvages ou bien La Source. Mais, évidemment, ce qui est le plus passionnant c'est de s'attaquer à l'intégrale Bergman en suivant la progression chronologique de la production.

J'ai déjà trois intégrales Bergman à mon crédit. La première (une mini-intégrale de 20 films), à jamais tatouée sur mon cœur, a eu lieu au cinéma St-André-des-Arts sur la rue du même nom à Paris à l'automne 1988, lors d'une période sabbatique passée à Paris. La deuxième, plus prosaïquement, chez-moi à Montréal, en format DVD et VHS, à l'automne 2005. Puis une troisième, avec un copain, la vraie intégrale de 43 films, entre 2020 et 2022.

Visionné, la première fois, le 17 octobre 1969 à la télévision à Québec
Dans l'actualité du Jour : "Saint-Laurent-des-Eaux (Loir-et-Cher, France). Fusion de 50 kg d'uranium lors d'une opération de chargement du réacteur graphite-gaz Saint-Laurent 1 (480 MW). La contamination serait restée limitée au site. Plus d'un an de réparations." En cette période où les grands vilains sont les gaz à effet de serre, ne pas oublier le piège peu médiatisé du nucléaire.
Mon 62ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 18 janvier 2023

05 décembre 2007

61. Welles : Falstaff




Film espagnol réalisé en 1965 par Orson Welles 
Avec Orson Welles, Keith Baxter, Jeanne Moreau, Margaret Rutherford, John Gielgud, Marina Vlady, Norkman Rodway, Walter Chiari, Michael Aldridge, Alan Webb et Beatrice Welles (10 ans) la fille d'Orson Welles.

J'ai écouté ce film en version originale anglaise avec sous-titres en anglais. Je lis parfaitement l'anglais mais je comprends l'anglais shakespearien. En fait je n'ai rien compris aux dialogues de ce film très théâtral si l'on excepte les scènes de bataille, parmi les plus sombres qu'il m'ait été donné de voir.

Déjà, les pièces de Shakespeare en français au cinéma m'amène dans mes dernières extrémités au niveau de la compréhension du texte, alors, imaginez mon désarroi devant cette mixture de Henry IV, Henry V, Richard III et les Joyeuses Commères de Windsor réunis dans ce Falstaff.

En 1939, Welles avait écrit Five Kings, une pièce de théâtre dans laquelle apparaissait cette histoire de John Falstaff, personnage créé par Shakespeare. C'est à partir de cette pièce qu'il a construit le scénario du film.

Histoire d'amour improbable entre un homme de 50 ans, bouffon, gourmand, menteur et le jeune prince de Galles qui à son investiture en tant qu'Henry V, le rejettera.


Cannes 1966. Prix du 20ème anniversaire et Grand prix technique.

Visionné, la première fois, le 2 octobre 1969 au théâtre L'Estoc à Québec


Mon 61ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 19 janvier 2023

03 décembre 2007

60. Anderson : If...




Film anglais réalisé en 1968 par Lyndsay Anderson
Avec Malcolm McDowell, David Wood, Richard Warwick, Christine Noonan et Robert Swann.

Tourné peu après Mai-68 et les grandes manifestations étudiantes en Occident, If est un des films les plus représentatifs de cette période de bouillonnement contestataire de la jeunesse occidentale. 

Cette contestation qui semblait être, à son départ, un grand chambardement de la société occidentale, ne devait s'avérer finalement qu'être un coup de gueule typique de la crise d'adolescence d'une société en mutation. Bon, d'accord, je simplifie un peu. Mais le parallèle entre le film traitant de la rébellion justifiée d'un petit groupe d'étudiants et cette période de contestation est trop évident pour ne pas céder à la tentation de faire ce raccourci.

À part quelques dérives surréalistes, si appréciées des adolescents, le film est d'un réalisme implacable. Le déroulement chronologique de l'histoire est d'une telle rigueur que la fin nous apparaît comme un ovni provenant d'un film tourné dans les années 1990 dans une quelconque école secondaire américaine (ça c'est un cliché, les USA n'ayant pas l'exclusivité de ces massacres; toujours se souvenir des femmes massacrées le 6 décembre 1989 à l'école Polytechnique de Montréal).

La rébellion attendue des étudiants est d'une telle ampleur que l'horreur qu'elle avait créée chez les spectateurs de l'époque fait plutôt sourire aujourd'hui tant les ficelles de la manipulation du réalisateur sont apparentes. Il voulait créer un émoi dans cette société britannique si conservatrice. Il y a réussi au-delà de toute espérance, le film ayant obtenu le "X certificate", fusée qui fit de ce film un des plus grands succès commerciaux de l'histoire du cinéma britannique. Et, évidemment, on ne pouvait y échapper, il est devenu, de ce fait, un film-culte.

Film-culte : valise fourre-tout dans laquelle se retrouvent des films qui ont en commun leur immunité face à la critique. On y trouve du meilleur et du pire (les films d'Edward Wood). On en est à 759, rien que çà, sur le site AlloCiné.

On retrouve, comme dans Les Petites marguerites de Vera Chytilova l'alternance entre la couleur et le noir et blanc, apparemment parce qu'il n'y avait plus d'argent (des "on-dit" de critiques) pour acheter de la pellicule couleur avant la fin du tournage mais probablement plus pour se conformer à une certaine tendance populaire à cette époque du cinéma d'art et d'essai qu'on pourrait appeler le déconstructivisme, pleinement illustré dans Persona de Bergman. Il s'agissait de rappeler constamment aux spectateurs le caractère artificiel du cinéma, son aspect "produit industriel" en semant tout au long du film des éléments qui nous rappellent que nous sommes des spectateurs et que nous n'appartenons pas à la réalité du film.

Malgré tout ce que j'ai dit précédemment, j'ai adoré ce film. Ce film traverse le temps d'une manière remarquable si l'on fait exception de certaines séquences, peu nombreuses il faut l'avouer, qui nous rappellent cette période du "pouvoir des fleurs" où l'onirisme, l'ésotérisme et le surréalisme imprégnaient une grande partie de la production artistique.

Le souvenir que j'en gardais était assez horrible. Le contexte dans lequel je l'ai vu, la première fois, est responsable de cette perception.

Je commençais ma deuxième et dernière année d'enseignement à titre de professeur de Géographie dans une école secondaire (école pour les 12-16 ans) de la région de Québec et j'étais très malheureux. On m'avait confié des classes de Secondaire III (14 ans). Deux semaines, à peine, après le début des classes, j'étais immergé par les problèmes de gestion de classe : indiscipline, violences verbales, confrontations avec certains élèves délinquants.  La routine typique de l'enseignement dans une école secondaire, quoi. Les trois délinquants du film d'Anderson me replongeaient dans les affres de ma vie quotidienne. En conséquence, j'ai longtemps gardé une certaine appréhension illogique vis-à-vis les films où l'on retrouvait Malcolm McDowell; et deux ans plus tard, A Clockwork Orange n'allait certainement pas arranger les choses.

Cannes 1969 : Palme d'or

Visionné, la première fois, le 11 septembre 1969 au cinéma Empire à Québec
Dans l'actualité du 11 septembre 1969 :
"La projection du film Z du réalisateur français Costa-Gavras a été marquée hier soir par des incidents dans plusieurs salles parisiennes. Des engins fumigènes ont été lancés entraînant l'interruption de la projection dans 4 cinémas." (Journal L'Action, de Québec).
Des groupes de droite ont revendiqué cette action en contrepartie des actions de groupes de gauche qui perturbaient, depuis le début de l'année, la projection du film de John Wayne, Les Bérets verts, justifiant l'intervention des USA au Vietnam.
Mon 60ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 17 janvier 2023

30 novembre 2007

59. Chytilova : Les Petites marguerites




Film tchécoslovaque réalisé en 1966 par Vera Chytilova 
Avec Ivana Karbanova et Jitka Cerhova

Les facéties de deux jeunes idiotes (dixit Chytilova), Marie 1 et Marie 2, qui tentent de comprendre le sens du monde tout en essayant de le subvertir.

Surréaliste, dadaïste, psychédélique, festif, ce film de la Czeck New Wave est une immense tarte à la crème lancée à la gueule des autorités politiques des pays communistes est-européens. Et pour être certaine que ceux-ci ont bien compris le message, Chytilova leur dédicace le film : "This film is dedicated to those whose sole source of indignation is a messed-up trifle".

Dans la société totalitaire de l'époque en Tchécoslovaquie, un tel film "décadent" et "élitiste" n'avait pas droit de vie, surtout après l'invasion des troupes du Pacte de Varsovie en août 1968. Sa réalisatrice, qui décida de rester malgré tout en Tchécoslovaquie, contrairement à son collègue Milos Forman, fut interdite de travail pendant 8 ans.

Souvent les critiques tombent dans l'hystérie de l'interprétation. Ils cherchent à tout prix à décrypter la volonté du réalisateur. Dans ce film, on a un bon exemple de l'échec de cette obsession. Exemple : Chytilova a utilisé de la pellicule noir et blanc et de la pellicule couleur. Des critiques se sont échinés à nous expliquer la signification de cette pratique, alors qu'il suffisait de demander. Vera Chytilova à Serge Daney des Cahiers du Cinéma en août 1966 : "S'il y a quelques scènes en noir et blanc, au début du film, c'est que nous n'avons pas eu assez de pellicule couleur..." Et voilà l'échafaudage critique à plat sur le plancher.

Cahiers du Cinéma : Dans la liste des 10 meilleurs films de l'année 1966

Visionné, la première fois, le 26 août 1969 à la télévision à Québec
Mon 59ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 17 janvier 2023

24 novembre 2007

58. Camus : Orfeu Negro



Film brésilien réalisé en 1959 par Marcel Camus
Avec Marpessa Dawn et Breno Mello.

Voulez-vous lire un critique qui assassine un film?
Lisez Godard dans les Cahiers du Cinéma de juillet 1959. Numéro 97):
"La gentillesse et la sincérité de Marcel Camus ne sont pas en cause. Mais voilà, suffit-il d'être gentil et sincère pour faire un bon film? On ne dirige pas ses comédiens Noirs avec les mêmes mots et les mêmes gestes que Jean Boyer dirigeant Line Renaud et Darry Cowl dans une guinguette reconstituée sur les plateaux de Billancourt." Et pan dans la tronche!

Évidemment, ce film ne mérite ni une telle hargne, ni une telle méchanceté. Mais ce qui suit explique probablement une critique si injuste.

Ce film a remporté la Palme d'or du Festival de Cannes de 1959 au détriment du film de Truffaut, Les Quatre cents coups, un des films-phares de la Nouvelle Vague naissante. Le fait que Truffaut reçut deux autres prix à ce même Festival a éteint la grogne qui régnait parmi plusieurs critiques. Le film de Camus, bon enfant, empreint d'exotisme et d'un certain paternalisme, n'est tout simplement pas à la hauteur des films de la jeune garde française. Malgré une excellente facture, il apparaît comme un ovni par rapport à la nouvelle tendance du cinéma français

Luiz Bonfa et Antonion Carlos Jobim, deux des meilleurs compositeurs de sambas afro-brésiliennes (Jobim a composé La fille d'Ipanima) sont les vedettes à part entière de ce film que les critiques brésiliens n'ont pas vraiment apprécié. Ils trouvaient que le film était un ramassis de clichés liés à la vie brésilienne : exotisme de Rio, carnaval endiablé, latinos au sang chaud, les images cartes postales de la baie et du Pain-de-Sucre.

En effet, comment Camus a-t-il pu cacher les favelas et toute la misère des Cariocas (habitants de Rio) ? Et son idéologie style "le-bonheur-simple-des-pauvres-gens" n'a plus beaucoup de crédibilité aujourd'hui après toutes ces décennies d'études sur les conditions du sous-développement.

Antonio Carlos Jobim (compositeur de la musique du film), Vinicius de Moraes (rédacteur du scénario), des noms qui seront popularisés, en France, par Pîerre Barouh, par sa chanson Samba Saravah dans le film, Un Homme et une femme, de Claude Lelouch.

Encore une fois, un travail extraordinaire de remastérisation du film d'origine par Criterion, notre bouée de sauvetage en Amérique pour ce qui est de la production internationale.

Appartenant à la région 1, nous n'avons pas accès en Amérique à toute la production européenne sur DVD (région 2), à cause d'incompatibilité technologique.

Chanson-thème du film : Manha do Carnaval. Un incontournable de la chanson internationale.

Oscars 1960. Meilleur film en langue étrangère
Cannes 1959. Palme d'or

Visionné, la première fois, le 9 août 1969 à Québec.
En salle, cette journée-là, à Québec

Il semble que Coplan ait survécu au Miracle de l'amour. Mais le suspense demeure : survivra-til à la 2ème attaque?
Miracle de l'amour : version doublée de Das Wunder der Liebe de Franz Josef Gottlieb. Un documentaire sur l'art du bonheur conjugal !!! Coté 6. Pauvre. Par Mediafilm.ca
Coplan sauve sa peau : un film d'Yves Boisset. Surprenant, n'est-ce pas? À sa décharge, c'était son premier long métrage. Avec la présence d'un de mes acteurs fétiches : Klaus Kinski.
Mon 58ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 17 janvier 2023

15 novembre 2007

57. Kubrick : 2001 : A Space Odyssey



Film anglais réalisé en 1968 par Stanley Kubrick
Avec Keir Dullea, Gary Lockwood, William Sylvester et Douglas Rain, la voix de l'ordinateur HAL (Heuristic Algorithmic Computer).
Si vous ajoutez une lettre à chacune des lettres, vous obtenez IBM. Un hasard, paraît-il.

Quarante ans et pas une ride. Je sais, je me répète (voir Rosemary's Baby).
Encore plus que le film de Polanski, ce film est complètement à l'abri du temps.
Une des façons, que j'estime infaillible, de vérifier la modernité de certains films anciens, c'est de les visionner avec ma fille de 16 ans. Il doit réussir à franchir les trois étapes suivantes :
Première étape : elle voit le film au complet.
Deuxième étape : elle est totalement accaparée par le film.
Troisième étape : elle est agacée par mes fréquents commentaires sur le film.
Si ces trois étapes sont franchies, je suis certain que le film a vaincu l'outrage des ans.

Le plus grand film de science-fiction EVER.
Cet extrait d'une critique de Bernard Eisenschitz des Cahiers du cinéma (no. 209, février 1969) explique la phrase précédente : "...l'effet du film est certainement d'endormir le sens critique, de nous plonger dans une euphorie. Le tournoiement des satellites à la musique de J. Strauss provoque un sentiment de confort, de bien-être, culminant dans la précision de l'introduction d'une astronef de forme oblongue dans l'orifice central d'un satellite!!!"

Voir ce film à peine deux semaines après le premier pas sur la Lune de Neil Armstrong nous a complètement dévastés. Le saut de paradigme était trop grand. Nous étions sans voix pour parler de ce film. On voulait tout comprendre alors que tout nous échappait. Arthur C. Clarke a dit à ce propos : "If you understand 2001 completely, we failed. We wanted to raise far more questions than we answered."
Stupeur et tremblements

À la fin du film, alors que nous sommes complètement sous le choc, apparaît cette image que nous voyons par l'entremise des yeux du vieil Homme mourant à son ancien Monde pour laisser la place au nouvel Homme des étoiles.

Revu récemment, la stupeur et les tremblements ont disparu. Le scénario est plus facile à comprendre et le monolithe ne fait plus aussi peur. On se fabrique une métaphore à laquelle l'on croit fermement.

Le monolithe, c'est au choix : Dieu, une découverte technologique majeure qui fait faire un bond à l'humanité, une balise qui montre la direction de l'évolution humaine ou un gros parallélépipède noir mis dans le film par Kubrick pour embêter tout le monde pendant des lunes...

Toutes les réponses à vos interrogations soulevées par le film se retrouvent dans le roman, 2001, l'odyssée de l'espace, rédigé parallèlement à la réalisation du film par Arthur C. Clarke.

À lire dans la collection omnibus : Arthur C. Clarke, 2001-3001. Les odyssées de l'espace. On y retrouve la nouvelle à l'origine de la présence du monolithe, La sentinelle, publiée en 1951.

Oscars 1969. Effets visuels.

Visionné, la première fois, le 7 août 1969 au cinéma de Ste-Foy à Québec
Dans l'actualité du 7 aout 1969 : "Le premier équipage américain à se poser sur Mars - dans les années 80 - passera d'un mois à six semaines sur la surface de cette planète" a révélé le Dr. Thomas O. Paine, directeur de la NASA. Paine est décédé depuis 1992 et pas encore l'ombre d'un astronaute dans le voisinage de Mars. (Journal l'Action, Québec)
Mon 57ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 17 janvier 2023

06 novembre 2007

56. Polanski : Rosemary's Baby



Film américain réalisé en 1968 par Roman Polanski
Avec Mia Farrow, John Cassavetes, Ruth Gordon et Sidney Blackmer. La voix de Tony Curtis.

Quarante ans et pas une ride.
Le chef-d'œuvre de Polanski traverse le temps sans coup férir. Le lent montage du complot ou de la paranoïa de Rosemary est toujours aussi efficace. Cette lenteur du scénario qui est souvent le plus grand tort que l'on trouve aux films anciens est, ici, un élément fondateur du film. Sans cette lenteur, pas de complot, ni de paranoïa; ce ne serait qu'un banal thriller.

Dans une entrevue pour les Cahiers du Cinéma de janvier 1969, Polanski nous dit que tout le film est réalisé pour créer l’ambiguïté. "...je ne veux pas que le spectateur pense ceci ou cela : je veux simplement qu'il ne soit sûr de rien. C'est cela le plus intéressant, l'incertitude."

Mais, lorsque, à la fin du film, Rosemary s'approche du berceau, tout de noir décoré, pour enfin prendre contact avec son bébé qu'elle n'a pas encore vu, toute ambiguïté tombe. À tel point, qu'il paraît qu'une grande partie des spectateurs sont certains d'avoir vu le bébé alors qu'il n'apparaît dans aucun plan. J'ai vécu, moi-même, ce trouble de la perception. J'aurais juré, avant de revoir ce film il y a quelques jours, que j'avais vu le bébé avec ses pieds fourchus lors de mon premier visionnement en 1969.

L'art de se mettre les pieds dans les plats.
Était-ce vraiment une bonne idée d'amener ma future conjointe, Annie, voir ce film moins d'un mois avant notre mariage? Non, pas vraiment. Elle est sortie du cinéma en larmes, complètement perturbée. Des jours à se remettre sur pied. Le cœur n'était plus à la préparation des noces. Et cette phrase tirée de la publicité du film, "On ne connaît jamais vraiment ceux qui nous entourent", n'allait pas arranger les choses.

Il y a de ces hasards qui vous jetteraient dans les bras du premier couple de Témoins de Jéhovah à se présenter à votre porte. Nous avons reçu en cadeau de noces l'ensemble de vaisselle Sherwood de Denby/Langlay. Évidemment, ça ne vous dit rien. Mais moi, si. Pendant des années, j'ai mangé dans le même modèle d'assiette que l'on retrouve à la table de Rosemary en voyant le gros plan du couteau de Rosemary tranchant un morceau de foie de veau sanguinolent sur cette assiette. Dur !!!

Le Dakota : Le film a été tourné dans un studio de Hollywood mais les vues extérieures proviennent de ce célèbre immeuble situé en face de Central Park à New York.

John Lennon fut assassiné devant cet immeuble où il résidait avec Yoko Ono le 8 décembre 1980. J'ai appris cette nouvelle à la sortie d'un concert donné par Diane Dufresne à l'ancien Forum de Montréal.
Immeuble qui a hébergé un tas de célébrités : Lauren Bacall, José Ferrer, Judy Garland, Boris Karloff, Rex Reed, Leonard Bernstein, Charles Henri Ford et Rudolf Nureyev.

NON !!! PAS UN ROSEMARY'S BABY II Look What's Happened to Rosemary's Baby  réalisé pour la télévision en 1976 par Sam O'Steen est, paraît-il, "total garbage" : un four... une fournaise où périront tous les profanateurs du chef-d'œuvre de Polanski.

Oscars 1969. Meilleure actrice dans un rôle de soutien à Ruth Gordon.

Visionné, la première fois, le 3 août 1969 au cinéma Capitole à Québec
Six jours plus tard, Sharon Tate, la conjointe de Roman Polanski, était assassinée.
Mon 56ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider
Mis à jour le 17 janvier 2023