mercredi 23 janvier 2008

69. Bunuel : Los olvidados

1001 films : Los olvidados
Titre français : Les réprouvés
Autre titre français : Pitié pour eux (ça fait ciné-club de Jésuites, non?)
Dans la liste des 1000 meilleurs films du 20ème siècle

Film mexicain réalisé en 1950 par Luis Bunuel (1900-1983)
Avec Alfonso Mejia, Roberto Cobo, Estela India, Miguel Inclan, Alma Delia Fuentes.

Le titre est un peu ironique (les oubliés, en français) parce que s'il est un film qui risque de nous marquer à jamais, c'est bien celui-là.
Je viens de le revoir pour la première fois depuis 1971 et je n'avais rien oublié du décor des bidonvilles de Mexico, de la cruauté de ces enfants-des-rues abandonnés à leur sort, des séquences inoubliables où l'on voit ces enfants qui, à prime abord attireraient notre compassion, s'attaquer violemment à un vieillard aveugle, voler un homme sans jambes qui se déplace sur un plateau à roulettes, tuer sauvagement un des leurs. Rien n'est oublié.
Quand j'ai vu ce film pour la première fois, il tombait dans un terreau fertile. L'été précédent, j'avais eu mon premier contact avec le Mexique. Six semaines à parcourir le Mexique, du Rio Grande jusqu'à Isla Mujeres à la pointe du Yucatan après une traversée Québec-Laredo, Texas, entassés à quatre dans une Datsun 510 (Nissan, pour les moins de 40 ans), quatre jours de galère à 40°C.
Premier contact avec le sous-développement économique : un choc pour des jeunes "gringos" simili-hippie comme nous. La misère, partout. On n'avait d'yeux que pour elle : fascinés, traumatisés, scandalisés. Et ces enfants, des milliers, aux yeux tristes : insupportable vision. Voyage inoubliable. Toujours près du cœur.
Los olvidados, c'est aussi le film dont j'ai parlé le plus souvent au cours de ma carrière d'enseignant. Dans un cours intitulé Espace urbain, au chapitre sur le développement urbain dans les pays du Tiers monde, je parlais des bidonvilles, cette forme d'occupation anarchique et illégale du sol urbain en périphérie des villes du tiers-monde. Et paf, à chaque fois, je disais à mes étudiants : il faut absolument voir Los olvidados, vous y verrez la misère telle que vécue dans ces quartiers pourris. Autant faire pousser des bananes au Nunavut.
Ce ne serait pas un film de Bunuel s'il n'y avait pas au moins une séquence sulfureuse : Meche (Alma Delia Fuentes), jeune adolescente, qui se frotte les cuisses avec du lait d'ânesse, ouf!!!.
Los Olvidados. Couverture du numéro 7 des Cahiers du cinéma (décembre 1951).
La couverture des Cahiers du cinéma a pris cette forme pendant les 159 premiers numéros jusqu'en octobre 1964. Ces fameux Cahiers Jaunes ont une résonance particulière auprès de la génération des cinéphiles des années 50 et 60. C'est pendant cette période que se définira une nouvelle approche critique vis-à-vis des films. Particulièrement, on y introduira la notion d'auteur de film. Le réalisateur n'est plus un simple maillon de la chaîne de production; il est considéré dorénavant comme le principal artisan. La plupart des rédacteurs de la revue deviendront, à partir de 1959, les principaux artisans de la Nouvelle Vague : Truffaut, Rohmer, Chabrol, Godard, Rivette, Doniol-Valcroze...
Je suis en train de lire un livre fascinant concernant cette période durant laquelle s'élabora la notion de cinéphilie (ceux qui mettent le cinéma au cœur de leur vie... dur, dur pour l'entourage)
Antoine de Baecque. La cinéphilie : Invention d'un regard, histoire d'une culture. 1944-1968. Pour cinéphile un peu maniaque.
Il semble qu'il existe une version DVD (mexicaine?) dans laquelle l'on retrouve une séquence qui propose une alternative heureuse au dénouement du film. Ce serait la suite logique de la colère des autorités mexicaines à la sortie du film en 1950 lorsqu'elles constatèrent que le film présentait une image dégradante de leur pays. On dit que Bunuel est passé à un cheveu d'être expulsé du pays à cause de Los olvidados
Cannes 1951 : Prix pour la meilleure réalisation
Évaluation Mediafilm : Cote 2. Remarquable
Toutes les informations sur le film sur IMDB
Visionné, la première fois, en février 1971 au cinéma à Québec
Mon 69ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider

2 commentaires:

  1. Bonjour,

    C'est exact pour la fin "arrangée".
    Elle figure dans un DVD trouvé sur Cdiscount à 1 euro.
    Très bon film.
    J'en profite pour saluer votre démarche (un peu folle il est vrai) de défricher les listes pour en extraire la quintessence.
    A propos de Buñuel, je me suis lancé dans sa filmographie. J'avais commencé par sa période mexicaine : Viridiana, Los Olvidados, El, Ensayo un crimen, El Angel Exterminador que j'ai beaucoup appréciés.
    Je suis un peu déçu par la forme qu'a pris son cinéma par son association avec Jean-Claude Carrière. C'est bavard au détriment de la suggestion par l'image. Ca en dit 100 fois moins que ces films passés beaucoup plus nerveux.
    Bonne continuation.
    Je suivrai avec intérêt vos commentaires sur les Buñuel.

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  2. Gracias a Dios, soy ateo......(Buñúel dixit)

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