dimanche 25 novembre 2012

240. Bergman : Le septième sceau

À gauche la Mort, à droite le chevalier.
En haut, le fameuse danse de la mort qui clôture le film

1001 films : Det sjunde inseglet
Titre français : Le septième sceau

Dans la liste des 1000 meilleurs films du 20ème siècle

Film suédois réalisé en 1957 par Ingmar Bergman (1918-2007)
Avec Max von Sydow (Antonius Block, le chevalier), Gunnar Björnstrand (l'écuyer), Nils Poppe (Joseph), Bibi Andersson (Marie), Bengt Ekerot (la Mort), Gunnel Lindblom (la muette)

C'est la cinquième fois que je vois ce film.Sur le dvd de Criterion, il y avait la possibilité de visionner le film tout en écoutant le commentaire de Peter Cowie, un des grands exégètes de Bergman. Il s'est avéré rapidement que ce fut impossible malgré l'intérêt du commentaire. On ne peut tout simplement pas altérer une telle œuvre en bavardant par-dessus la trame sonore.

Le septième sceau est un  film métaphysique dont la quête de Dieu est le thème principal. Antonius Block, après avoir parcouru des milliers de kilomètres jusqu'en Terre Sainte pour aller libérer les Lieux Saints de la présence musulmane, revient de la Croisade sans avoir trouvé Dieu. La peste noire aussi appelée la mort noire qui ravage son pays à son retour vient confirmer cette absence. On pense à l'aphorisme "Dieu est mort à Auschwitz". En fait, Dieu est mort souvent au cours de sa carrière de chef suprême. Ici, au 14ème siècle, la peste qui exterminera le tiers de la population européenne, est une autre preuve de l'absence de Dieu.
Sachant inéluctable sa rencontre avec la Mort qui l'attend à la fin de la partie d'échecs (voir affiche), Antonius Block cherche désespérément la présence divine dans le regard de la jeune fille en train d'être immolée sur le bûcher à cause de ses rapports avec le vilain. Si on peut voir Dieu, se dit-il, c'est certainement dans les yeux d'une personne qui est en train de mourir. Mais son écuyer est implacable avec sa phrase assassine. "Regarde bien dans ses yeux dit-il à son maître. Elle ne voit rien, sauf le vide."
Le chevalier : "Je ne vois rien sauf de la terreur
Ce film, c'est un vrai festival de plans et de séquences dramatiques qui sont, en soi, des chefs-d'oeuvre : l'apparition de la Mort, le visage décomposé par la peste d'un moine assis sur la grève, le défilé des pénitents, la sorcière que l'on mène au bûcher - sa crémation, la danse de la mort, etc. Dans cet immense théâtre de noirceur et de mort, une fleur s'ébat au soleil sous la forme d'un couple de saltimbanques, Marie (la lumineuse Bibi Andersson) et Joseph. Avec leur nourrisson, comment ne pas y voir la Sainte Famille? Ils surnagent au-dessus de cet enfer et nous annoncent que le pire n'est pas toujours certain : la peste s'épuisera et la population européenne se remettra à croître de nouveau.

La "Sainte famille" avec le chevalier
Bergman et l'absence de Dieu, c'est un thème qui transcende toute son oeuvre. Pourtant, Bergman, le grand sceptique, n'en finira pas moins, à la fin de sa vie, après le décès de son épouse Ingrid, à s'ouvrir à la croyance en l'au-delà.
Un très beau chiaroscuro. Gunnel  Lindblom - la muette
Gunnar Fischer à la caméra
Cannes 1957: Prix spécial du jury au réalisateur
Évaluation Mediafilm : Cote 1. Chef-d’œuvre
Toutes les informations sur le film sur IMDB
Visionné, la première fois, le 6 novembre 1988 au cinéma Saint-André-des-Arts à Paris.
Dans un des hauts lieux de la cinéphilie française, en cet automne 1988, il y a eu une rétrospective de l’œuvre de Bergman. En deux mois, j'y vis 15 films de Bergman.
Mon 240ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider

mardi 13 novembre 2012

239. Bresson : Le journal d'un curé de campagne

1001 films : Le journal d'un curé de campagne.

Fait partie de la liste des 1000 meilleurs films du 20ème  siècle 
On peut retrouver cette liste sur icheckmovies
Film français réalisé en  1950 par Robert Bresson (1901-1999)
Avec des acteurs non-professionnels comme d'habitude chez Bresson. Claude Laydu (le curé)
Adaptation du roman Le journal d'un curé de campagne de Georges Bernanos, publié en 1936.
Pauvre curé de campagne, il aurait mieux fait d'atterrir dans un village québécois où il aurait été traité comme un prince tant les concepts d'athéisme et d'anticléricalisme étaient à des années-lumière de cette société rurale traditionnelle  - c'était avant la Révolution tranquille du début des années 1960 qui allait renvoyer dans les livres d'histoire le catholicisme orthodoxe qui a enchaîné cette société pendant plus de trois siècles.
Au début du film, on a l'impression qu'on est parti pour un grand tour au pays du mysticisme à cause du comportement alimentaire du curé qui limite sa diète à du pain rassis trempé dans du vin sucré. En fait, il a un cancer de l'estomac en route, ce qui l'oblige à se comporter comme un de ces mystiques masochistes qui aiment se faire souffrir en vue d'une canonisation éventuelle, d'autres préfèrent se jeter en chute libre d'un ballon à plus de 39 000 mètres d'altitude.
On voyant ce film, on pense : Bresson, ce Dreyer français.
On est dans les années 30, on circule à vélo dans les villages français. Me souviens de mon premier voyage en France - décembre 1975 - et de ma surprise de voir tant de personnes à vélo dès que nous parcourions les petites routes de campagne.(En moins de 10 ans, le vélo disparaîtra du paysage français). Il n'y avait  plus de vélos au Québec depuis belle lurette ni pour le transport, ni  pour le loisir si on excepte les enfants.  Le retour du vélo au Québec se fera à partir des années 1990. À telle enseigne que Montréal en 2012 est considérée la ville où le vélo est le plus pratiqué en Amérique.
Vous décidez de ne lire qu'une critique de ce film, je vous conjure de lire le texte qu'André Bazin a écrit dans le numéro de juin 1951 (numéro 3) des Cahiers du Cinéma. Une citation que j'aime : "Doit-on dire du Journal d'un curé de campagne qu'il est un film muet avec des sous-titres parlés?" Une formule que j'aurais aimé trouvée.
Ambricourt, commune de 114 habitants du département du Pas-de-Calais, comptait 182 habitants lors de la rédaction du roman par Georges Bernanos.
Venise 1951: Trois prix
Évaluation Mediafilm
: Cote 1. Chef d’œuvre
Visionné, la première fois, le 31 octobre 1988 au cinéma Reflet Médicis, rue Champollion à Paris, lors du festival Les éternels du cinéma français (1930-1960)
31 octobre, c'est le début à Paris de cette saison de brumes matinales, de froidure et de grisaille que l'on retrouve dans ce film de Bresson où il fait novembre dans les paysages et dans les cœurs.
Mon 239ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider

dimanche 4 novembre 2012

238. Rossellini : Paisà

Où il appert que le graphiste n'a pas vu le même film que nous
1001 films : Paisà

 Dans la liste des 1000 meilleurs films du 20ème siècle

Film italien à épisodes (6) réalisé en 1946 par Roberto Rossellini (1906-1977)
Avec des acteurs non-professionnels (une trentaine). Certains de ces amateurs sont carrément mauvais. L'utilisation de non-professionnels n'est pas un gage de réalisme, loin de là. Je préférais la formule de Roma, citta aperta, i.e. rôles importants par des acteurs pro et rôles de soutien par des non-pro.
Seulement 3 de ces acteurs auront, par la suite, une carrière professionnelle : Carlo Pisacane (84 films), Maria Michi (19  films) et Giulietta Masina, l'épouse de Federico Fellini, (32 films).

Je ne suis pas un amateur de nouvelles. Je préfère les romans, les gros romans, style À la recherche du temps perdu ou La mer de la fertilité de Yukio Mishima ou Le quatuor d'Alexandrie de Laurence Durrell. J'aime bien avoir le temps de m'installer dans une œuvre. Alors, c'est vous dire que les films à épisodes (et plus il y en a, pire c'est) me laissent sur ma faim. Pas d'expériences heureuses avec ce format. Paisà, malheureusement, n'échappe pas à la règle, à ma règle, devrais-je dire.  À cause de cela, après Roma, città aperta, il me semble que Paisà est un peu en recul.
On pourrait objecter et c'est ce que je fais aussi, que ces six épisodes ne sont, en fait, qu'une seule histoire : la libération de l'Italie par les Américains et les Britanniques qui entraîne son lot de malentendus tant au niveau de la langue qu'au niveau des valeurs et des comportements. Cette remontée des troupes de libération vers le Nord de l'Italie à partir de la Sicile met en lumière le fossé presque infranchissable entre les soldats des armées étrangères et  les populations locales.  C'est ce qui rend le dernier épisode tellement bouleversant parce qu'il nous présente, contrairement aux précédents épisodes, les partisans et les "libérateurs" unis dans leur destinée finale : exécutés qu'ils sont par la troupe allemande.
Six épisodes, six lieux d'action : Sicile, Naples, Rome, Florence (on parle de Lucca, lieu de naissance de mon grand-père), les Apennins et le delta du Pô; chaque épisode est introduit à l'aide d'actualités cinématographiques.

Évaluation Mediafilm : Cote 2. Remarquable
Toutes les informations sur le film sur IMDB
Visionné, la première fois, le 25 octobre 1988 au cinéma Montparnasse à Paris
Mon 238ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider