mardi 24 juillet 2012

Kazan. Intégrale. 13. A Face in the Crowd

13. A face in the Crowd
Titre français : Un homme dans la foule
1957
Avec Andy Griffith (1ère au cinéma) (Lonesome Rhodes), Patricia Neal, Walter Matthau, Lee Remick (1ère au cinéma)
Adapté de la nouvelle The Arkansas Traveler de Budd Schulberg

Kazan s'attaque au monstre médiatique de l'heure - la télévision. En 1957, alors que cet animal commençait seulement à s'inviter dans le salon des foyers québécois, déjà Kazan et Schulberg lance un énorme pavé dans la grande fête de la télé.
En utilisant un pauvre bougre (Lonesome Rhodes)- un hobo d'un bled perdu de l'Amérique - afin d'en faire une machine à manipuler les foules par l'entremise d'une émission télé, Kazan lance une salve majeure contre ce nouveau médium.
Ironique de penser que ce pauvre bougre (Lonesome Rhodes) est interprété par Andy Griffith qui deviendra une des plus grandes personnalités de la télé américaine au cours des décennies suivantes.
Séquence facile mais non moins intéressante : pendant que Lonesome Rhodes descend en ascenseur de ses bureaux perchés au 40ème étage, en parallèle, l'on voit sa dégringolade de popularité auprès de son public en colère qui vient de découvrir que leur héros les manipulait comme un troupeau d'imbéciles qu'ils ne sont pas loin d'être, par  ailleurs.
Kazan, dans son autobiographie Une vie (la plus intéressante autobiographie que j'aie lu à ce jour) dira que ce film était une prémonition de l'accession de Ronald Reagan à la présidence en 1980 : faire d'un médiocre acteur de série B la personnalité la plus importante de la planète pendant 8 ans.






mercredi 18 juillet 2012

228. Malle : Au revoir, les enfants

1001 films : Au revoir, les enfants
Dans la liste des 1000 meilleurs films du 20ème siècle

Film français réalisé en 1987 par Louis Malle (1932-1995)
Avec  Gaspard Manesse (Quentin), Raphaël Fejto (Bonnet),
Francine Racette (la mère de Quentin), Philippe Morier-Genoud (le père Jean)
Scénario basé sur des faits vécus par Louis Malle, à 11 ans, dans un collège qui a abrité des juifs au temps de l'Occupation. Le dénouement du film relève de la fiction.

Attention : déboulonnage de chef-d'oeuvre .
Je suis embêté après avoir revu ce film. Je n'ai pas du tout retrouvé ce qui a pu susciter tant d'emballement de ma part à l'époque et aussi de la part de  la communauté cinéphilique.
Le traitement que Malle fait de la vie en pensionnat n'a vraiment rien d'original. Plusieurs films, dont  Zéro de conduite de Vigo ou If de Lindsay Anderson, pour ne nommer que ceux-là, avaient déjà, avec une approche moins académique, traité de ce sujet avec brio. Malle n'apporte rien de nouveau. Quant à la question de l'utilisation des pensionnats catholiques pour y cacher des jeunes de la communauté juive pendant l'Occupation, je suppose que ça méritait d'être le sujet d'un film. Mais n'y a-t-il pas une certaine complaisance dans ce film envers une image surannée de "vieille France"? Malle n'évite pas le piège de la nostalgie. Comme si le passé, comme c'est le cas pour tous les souvenirs d'enfance, était remaquillé.  Il faut dire que c'est souvent le cas pour les sujets autobiographiques sur lesquels les auteurs ont tendance à manquer de distance critique.
C'est vrai qu'il est difficile pour un Québécois qui a vécu son enfance dans les années 50 et 60 de voir dans ces images de pensionnat des moments heureux tant les abus sexuels qu'ont subis des dizaines de milliers de jeunes Québécois de la part de religieux catholiques dans ces types de pensionnat (et les dossiers sont loin d'être clos) en ont fait des lieux maudits. Ces pratiques ont été reconnus dans de nombreux pays : Canada, États-Unis, Pays-Bas, Irlande...en fait, dans tous les endroits où il y avait des religieux catholiques, on devait retrouver ce type de délinquance - quid de la France?
Vaut le détour : la séquence dans le restaurant où le jeune Quentin découvre l'antisémitisme. On pourrait ressentir une petite gêne, quand même, dans cette scène où les méchants sont les milices françaises et les gentils sont les soldats allemands, mais c'est cette ambiguïté qui donne toute la force à cette scène.
Le point d'orgue du film qui a bluffé les critiques : la dénonciation, par inadvertance, de Bonnet par Quentin - un regard qui conduit au camp de la mort.

Francine Racette qui joue le rôle de la mère de Quentin, épouse de Donald Sutherland, est née à quelques rues de chez-moi à peu près à la même époque. N'a joué que dans 4 films dont celui-ci était le dernier.

Anachronisme. Ce volume, Le parfum de la dame en noir de Gaston Leroux, que Quentin trouve dans les affaires de Bonnet n'a été publié, dans la collection de la Bibliothèque verte (collection chérie de mon enfance), qu'en 1949.

Résumé de Mediafilm.

À la fin de 1943, trois nouveaux élèves arrivent dans un pensionnat religieux et leur venue suscite de la curiosité chez leurs camarades. Le jeune Quentin est dans la même classe que l'un d'eux, Bonnet, et se trouve être son voisin de dortoir. Il remarque chez lui des comportements inhabituels et en vient à découvrir qu'il s'agit d'un jeune Juif que le père supérieur a accepté sous un faux nom pour le soustraire aux recherches allemandes. Quentin devient peu à peu le meilleur ami de Bonnet. 
Festival de Venise 1987 : Cinq prix dont le Lion d'or.
Césars 1988 : Sept prix dont ceux de meilleur film et de meilleur réalisation
Évaluation de Mediafilm : Cote 2. Remarquable
Toutes les informations sur le film sur IMDB
Visionné, la première fois, le 28 décembre 1987 au cinéma de la Place Charest à Québec
Cinéma disparu était situé dans le quartier St-Roch à Québec, le quartier de mes origines, le plus pauvre de Québec lorsque j'y suis né. Transformé depuis quelque temps par le phénomène de la gentrification (embourgeoisement). Nouveau vocable : Nouvo St-Roch. (Misère!)
Mon 228ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider

jeudi 5 juillet 2012

Kazan. Intégrale 12. Baby Doll


12. Baby Doll
Titre français : La poupée de chair (quelle horrible traduction!!!)
Réalisé en 1956
Avec Carroll Baker (Baby Doll), Karl Malden (Archie Lee), Eli Wallach (Silva Vaccaro)
Scénario : Un montage de deux pièces de Tennesse Williams

À voir pour la performance de Carroll Baker, dans un rôle de jeune nymphette qui se balade courtement vêtue. Ceci a attiré les foudres, entre autre, du cardinal Spellman, archevêque de New York qui, du haut de sa chaire, le 16 décembre 1956, envoya le film de Kazan aux géhennes. S’ensuivit une campagne de boycottage à l'échelle de la nation qui bousilla définitivement le film  au box-office... ce qui  n'en fallait pas moins pour faire de ce film mineur, un film un peu culte qu'on retrouvera sur des listes prestigieuses, ex. Les films de ma vie de François Truffaut.
Spellman n'a jamais vu le film mais il n'était pas capable de supporter cette affiche sur Times Square où l'on voyait Baby Doll, jeune lolita, en tenue légère, recroquevillée dans un lit de bébé et suçant son pouce. En fait, c'est une sacré bombe érotique qui s'étale en plein Manhattan. On dit que Kazan n'avait pas été sensible à cet élément d'érotisme infantile que Vladimir Nabokov a décrit dans son roman Lolita, sortie l'année précédente.

On ne fait pas mieux en représentation de Lolita

Lieu de tournage : Kazan démontre encore  une fois (ses pourfendeurs depuis 60 ans ne pourraient-ils pas sortir de leur dogmatisme aveugle (pléonasme) une seule fois pour constater que Kazan est un des réalisateurs les progressistes de cette époque) sa perspicacité pour identifier les problèmes majeurs de la société américaine. Ici, il tourne dans une petite ville du Mississippi, Benoit. Il fait participer les Noirs, tour à tour coryphées se moquant des personnages du film, ou bien insérant des éléments de leur culture, en contrepoint de l'action : une Noire qui chante I Shall Not Be Moved, protest song remontant aux temps de l'esclavage et qui deviendra un des hymnes des mouvements de libération noire des années 60.
Cocasserie : Je me souviens que dans les années 60 un vêtement de nuit  pour les filles était devenu très populaire, on l'appelait "baby doll". Cette appelation provenait, de fait, du film de Kazan dans lequel Carroll Baker porte ce type de vêtement.
Résumé de Mediafilm
"Une femme-enfant a épousé un homme de deux fois son âge en exigeant que le mariage ne soit consommé que le soir de ses vingt ans. La discorde règne dans le ménage. Le mari, exaspéré, voit son entreprise d'égrenage de coton péricliter depuis qu'un Sicilien dirige la coopérative. Par vengeance, il incendie les entrepôts de son rival. Celui-ci soupçonne l'auteur du méfait, se rend chez lui et entreprend habilement, à la faveur de la solitude, de séduire sa femme pour mieux lui extorquer un aveu par écrit. Le mari, fou de colère, veut tuer le couple à son retour. Il sera arrêté, le Sicilien s'éloignera et la femme-enfant devenue adulte, restera seule, le soir de ses vingt ans."

dimanche 1 juillet 2012

Kazan. Intégrale. 11. East of Eden

11. East of Eden
Réalisé en 1955
Avec Julie Harris (Abra), James Dean (Cal Trask), Raymond Massey (Adam Trask), Richard Davalos (Aron Trask), Jo Van Fleet (Kate Trask)
Adaptation partielle du roman de John Steinbeck, East of Eden, publié en 1952,.

Curiosité : Dans le générique du début, le nom de Julie Harris, pas très connue, précède celui de James Dean, inconnu au cinéma, dont c'est le premier film. Mais ce film en fera l'icône des "teenagers" pendant les décennies à venir, probablement plus à cause de ses deux rôles de jeune délinquant (Rebel Without a Cause étant l'autre film) et de sa mort accidentelle à 24 ans que par son jeu d'acteur. Je ne me souviens pas que le mythe de James Dean ait franchi les portes de ma petite ville francophone des années 50 (Québec). Elvis Presley, o.k. mais James Dean...jamais entendu parler avant de voir ses films dans les années 70. 
Dean, acteur : Quant au jeu de Dean, Kazan le trouvait épouvantable. Il devait, à quelques occasions,  le  faire boire pour obtenir de lui certaines performances. À un moment du tournage, Kazan fit même venir Brando pour l'aider à diriger Dean. Mais, malgré une performance de Dean qui est souvent agaçante tant elle est maniérée, on est en présence d'une grande histoire de rejet, de quête d'amour et de pardon qui fait de ce film un chef-d'oeuvre. Cette histoire de rejet et de pardon, c'est un peu dans ces eaux que Kazan baigne depuis son passage à la Commission des activités antiaméricaines où il dénonça certains de ses ex-collègues du parti communiste américain.
Le film : Une transposition libre de l'histoire de Caïn (Cal) et Abel (Aron) dans une vallée de la Californie (l'Eden) avec plusieurs références à la Genèse. L'Est de l'Eden est le lieu où Caïn a été banni après le meurtre de son frère; dans le film East of Eden est la côte Est américaine où on veut envoyer Cal après sa vengeance contre son frère Aron.