mercredi 28 mars 2012

Kazan. Intégrale. 7. A Streetcar Named Desire

7. A Streetcar Named Desire
Un tramway nommé Désir

Réalisé en 1951
Avec Vivien Leigh (Blanche), Marlon Brando (Stanley), Kim Hunter (Stella) et Karl Malden (Mitch)
Tiré de la pièce de théâtre de Tennessee Williams, si on peut dire.

Une pièce très charcutée à cause du Code Breen (Motion Picture Production Code en vigueur dans les grands studios de 1934 à 1968) : pas d'ex-mari homosexuel pour Blanche, pas de viol non plus (il faut connaître  la pièce pour savoir qu'il y en a eu un), pas d'attirances sexuelles entre Blanche et Stanley - ça fait un sacré coup de ciseau dans la pièce.
Kazan avait déjà monté cette pièce à Broadway avec les mêmes acteurs sauf pour le rôle de Blanche (Jesssica Tandy a été remplacée par Vivien Leigh qui avait joué ce rôle dans la pièce montée par son mari Laurence Olivier à Londres).
Kazan était rébarbatif à réaliser ce film disant que c'était comme marié la même femme, deux fois. Il est vrai que le film souffre un peu de l'empreinte théâtrale, l'unité de lieu de la pièce enfermant à nouveau Kazan dans le monde des studios, lui qui avait tant apprécié le grand large du tournage en extérieur  de Panic in the Streets. Je crois que l'on n'y reprendra plus d'ici la fin de sa carrière.

Oubliez ce qui précède. Ce qui fait la grandeur de ce film, ce sont les interprétations de Marlon Brando et de Vivien Leigh. C'est une grande démonstration de l'école dramatique de Kazan, l'Actor's Studio : aller chercher en soi ses expériences émotives du passé pour les transmettre au personnage. C'est le premier grand rôle de Brando et il ne rate pas son entrée en jouant ce personnage brutal, à la limite de l'abime. On a toujours l'impression qu'il va exploser, faire une décompensation psychotique. Vivien Leigh, toujours au bord de la crise de nerfs, joue le rôle de sa vie.

C'est le dernier grand rôle pour Vivien Leigh, accablée par des crises de maniaco-dépression qui mettront un terme à sa carrière; seulement 5 petits rôles jusqu'à son décès en 1967 à l'âge de 53 ans. Abandonnée par son mari, Laurence Olivier, en 1961, au profit de Joan Plowright qui, incidemment, jouait sa fille, dans le film de Tony Richardson, The Entertainer, tourné en 1960 et que je viens de voir. Assez cocasse d'entendre le personnage joué par Oliver dire à Plowright :"que dirais-tu si j'épousais une fille de ton âge?" La réalité rejoindra la fiction quelques mois plus tard.

lundi 19 mars 2012

Kazan. Intégrale. 6. Panic in the Streets

6ème film de l'intégrale Kazan :
Panic in the Streets
Titre français : Panique dans la rue

Réalisé en 1950
Avec Richard Widmark, Jack Palance, Paul Douglas, Barbara Bel Geddes, Zero -un sacré prénom- Mostel

Une vraie ouverture pour film noir : la nuit, une ville (New Orleans), vue en plongée sur "main street" à l'asphalte mouillée, même s'il ne pleut pas...le set-up est prêt. Il manquera quand même un élément important pour classer ce film dans la catégorie du film noir : la blonde machiavélique remplacée, ici, par une douce épouse mais qui a, quand même, suffisamment d'ego pour inquiéter notre héros, son époux de médecin aux prises avec un problème qui le dépasse.
Kazan, avec ce 6ème film, voulait faire un film à la John Ford - moins de placotage, plus d'action. Il disait de ses premiers films : "I'm not making films, I'm photographing plays". Donc, moteur, action.
Action? Rien de mieux qu'une maladie contagieuse léthale répandue par un inconnu débarquant d'un bateau provenant des mers du sud pour déclencher un suspense efficace. Kazan, dans un autre registre que le sien,  rendra bien la marchandise cédant, toutefois,  à son penchant "théâtral" dans les séquences un peu "turn off" (j'allais dire débandante) entre le mari et sa femme.
Excellent casting : le beau docteur Widmark affrontant, sans jamais le rencontrer ou si peu, l'anguleux bandit Palance à son premier film.
Palance, proche parent de Frankenstein dans ce film


Le tournage en milieu naturel - les rues et les quais de Nouvelle-Orléans - est une première pour Kazan. Expérience qu'il refera dans ses prochains films - on pense surtout à On the Waterfront

Un post-scriptum  qui n'a rien à voir : pourquoi les responsables des costumes dans les films américains des années 30 et 40 n'ont  toujours qu'un nom (ici Travilla), à part Edith Head, évidemment, la grande costumière d'Hollywood qui a habillé des personnages dans 433 films.


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vendredi 9 mars 2012

Kazan. Intégrale. 5. Pinky

5. Pinky
Titre français : L'héritage de la chair -
Avec de tels titres, on est prêt pour un soft-porno avec Sylvia Kristel qui, au passage, aura 60 ans cette année.

Réalisé en 1949
Avec Jeanne Crain (Pinky), Ethel Waters (Pinky's granny), Ethel Barrymore
Adaptation du roman Quality (1947) de la romancière américaine Cid Ricketts Sumner. Roman accusé de "Uncle Tomism" (un Noir cherchant l'approbation des Blancs par un comportement obséquieux) par la National Association for the Advancement of  Colored People (NAACP). Zanuck, le producteur du film, demanda donc à la NAACP de superviser l'adaptation  cinématographique du roman afin qu'elle y mette son  imprimatur.

Pinky devait  être réalisé par John Ford. À cause de conflits majeurs avec Ethel Waters,  qui ne se cachait pas pour montrer son aversion pour les Blancs, Ford abandonna rapidement le tournage. La production (Zanuck)  prétexta un problème de santé et demanda à Kazan (toujours attaché à la Fox) de remplacer Ford sur-le-champ ce qu'il fit plus par professionnalisme que par intérêt artistique. Il boucla rapidement ce film qu'il n'a jamais porté dans son coeur.

Pinky (Jeanne Crain) est une Noire à la peau blanche (on pense au film de Robert Benton avec Anthony Hopkins, The Human Stain) qui, après avoir passé de nombreuses années dans le Nord, revient dans son Sud natal pour y découvrir une société raciste. Elle devra se confronter, ce qu'elle avait pu s'épargner de faire dans le Nord où elle était catégorisée blanche, à toutes les misères discriminatoires que doivent vivre ses compatriotes. Un thème similaire à celui du film précédent de Zanuck-Kazan, Gentleman's Agreement.

La grand-mère (Ethel Waters)  et sa petite-fille (Jeanne Crain). 

Encore un coup fourré du code Hayes - pas de mariage interracial même si Pinky et son amoureux (un blanc de Boston) sont apparemment blancs. Ma familiarité avec le code Hayes, à cause de centaines de films de la période des années 30 à 50 que j'ai vus, m'enlève un peu de plaisir dans le visionnement des films de cette époque parce que je sais toujours comment se termineront la plupart des histoires. 
On souligne que ce film fut une réussite populaire dans les grandes villes du Sud établissant ainsi une sorte de terrain favorable à l'arrivée du mouvement des droits civiques dans la décennie à venir.


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dimanche 4 mars 2012

Kazan. Intégrale. 4. Gentleman's Agreement

4. Gentleman's Agreement
Titre français : Le mur invisible
Le titre français est plus adéquat, une fois n'est pas coutume
Réalisé en 1947
Avec Gregory Peck, Dorothy McGuire, John Garfield, Celeste Holm, Anne Revere
Basé sur le roman populaire de Laura Z. Hobson, Gentleman's Agreement publié en 1947

Faire un film sur l'antisémitisme larvé qui parcourait la société américaine à cette époque n'était pas le bienvenu. Même la communauté juive n'était pas très ouvert à un tel thème - pourquoi réveiller le feu qui couvre sous les braises? - ne réveiller pas le chat qui dort - c'était un peu le discours tenu par les grands producteurs hollywoodiens, tous juifs, sauf Zanuck. C'est ce dernier qui se lancera dans l'aventure du "mur invisible" avec Elia Kazan.
L'histoire : Un journaliste doit produire une série d'articles sur l'antisémitisme dans la société américaine. Pour y arriver. il décide de se mettre dans la peau d'un juif ("je serai juif") et de relever les comportements que cela suscite à son égard. Soulignons quand même que la discrimination que les juifs devaient subir aux USA devait paraître "a walk in the park" (1ère fois que j'utilise cette expression que j'aime bien) pour la population noire américaine, surtout celle du sud dont la discrimination était inscrite dans les textes de loi, ce qui n'était pas du tout le cas pour la discrimination envers les juifs. Le temps des films sur le racisme envers les Noirs n'était pas encore venu. Il faudra attendre les années 60 et son acteur porte-étendard Sydney Poitier.
Évidemment, on ne peut pas s'empêcher de penser au récit célèbre de Günter Wallraff, Tête de turc (récit des deux années qu'a vécues le journaliste allemand déguisé en Turc dans son propre pays au début des années 1980.)

Je suis toujours séduit par une ouverture de film qui nous montre New York en plongée, en noir et blanc; ce détail est important. Beaucoup de films des années 40 empruntaient ce type d'ouverture. Cette plongée sur New York est suivie par une descente de la caméra au niveau du sol où l'on rejoint les protagonistes du film (Peck et son fils) qui déambulent autour du Rockefeller Center et qui s'attardent devant la sculpture de l'Atlas qui soutient le monde.
Un petit choc : Lors d'une soirée du gratin newyorkais, une remarque un peu sulfureuse d'un juif qui est revenu de tout : "S'il n'y avait pas d'antisémitisme, il n'y aurait pas intérêt à s'identifier juif - question d'amour-propre"
Un grand absent qui fait quand même un peu mal - deux ans après la fin de la guerre, pas un mot sur le génocide des juifs. Une sorte d'omerta sur le sujet devait sûrement planer sur Hollywood.