mardi 28 février 2012

Kazan : Intégrale. 3. Boomerang!

3. Boomerang!


Réalisé en 1947
Avec Dana Andrews, Lee J. Cobb, Jane Wyatt, Arthur Kennedy


Pour son troisième film, Kazan réussit à sortir d'Hollywood où il a vécu une expérience désastreuse avec son précédent film, The Sea of Grass.
C'est une toute autre expérience cinématographique qu'il vivra pour le tournage de Boomerang! Aucune scène de studio. C'est dans les rues de Stamford, Connecticut et dans les bâtiments de White Plains, New York (donc à des milliers de kilomètres d'Hollywood qu'il détestera toute sa vie) qu'il situera le déroulement de son 3ème film.
Avec ce film, débute une approche qu'il développera tout au long de sa carrière : éviter les studios, tourner en décor naturel. Ce film est le prémisse de Panic in the Streets qui est lui-même le prémisse de 
Waterfront, le grand chef-d'oeuvre de Kazan.
Cette histoire est tirée d'un fait historique : Based on a case of Homer Stille Cummings, as a Connecticut state attorney, who later became the 55th U.S. Attorney General. 
En ouverture et en fermeture, en sourdine, sûrement pas une décision de Kazan, l'hymne patriotique (1895), America the Beautiful.
Peux pas m'empêcher de vous faire partager cette interprétation de cet hymne par Willie Nelson lors du concert commémoratif quelques jours après l'attaque du World Trade Center en 2001 (curieux d'avoir à écrire 2001 - mais je crois que la majorité des moins de 20 ans aurait de la difficulté en en préciser l'année).




Le film : un  standard. Un innocent traité en  coupable (un sous-Wrong Man) dont l'innocence sera peut-être prouvé (je suis gentil  de ne pas vous dire la fin, quoique le code Hayes vous la dit déjà,  non?) ou non à la fin  d'un procès qui occupe toujours trop de temps (selon mon goût) dans ce type de film. Arroser tout ça d'une petite magouille politique au niveau municipal et vous avez un film qui vous remettra des abus de cinéma  que vous avez fait pour vous mettre à jour avec les Oscars et les Césars.
Deux scènes qui valent le coup :
1. Le procureur de la couronne (Andrews) qui, en plein procès,  demande à un officier de le tirer, avec un pistolet chargé, directement sur le crâne,  pour démontrer que le pistolet de l'accusé est défectueux.
2. L'officier de police (Cobb) qui prend l'accusé (Kennedy), à la fin d'un interrogatoire épuisant, dans ses bras, comme un bébé, pour le déposer dans un lit - scène complètement ahurissante.
Cobb a déjà la gueule qu'il aura dans 12 Angry Men.

samedi 25 février 2012

Kazan : Intégrale. 2. The Sea of Grass

2. The Sea of Grass
(Le maître de la prairie)

Réalisé en 1947
Avec Spencer Tracy (colonel Brewton), Katharine Hepburn (Lutie), Robert Walker (Brock), Phyllis Thaxter (Sara Beth), Melvyn Douglas (Brice)

Et si on commençait par ça :
Dans son autobiographie, Kazan dit de ce film : "C'est le seul de mes films dont j'aie honte. N'allez pas le voir."
Déculotté (ses propres mots) par la MGM. Lorsqu'il arrive à Hollywood (de New York) pour réaliser ce film, déjà tout est en place: 10 000 mètres de tournage en décor naturel, costumes, casting et, tout ça, sans jamais avoir été consulté - Bienvenue à Hollywood. Kazan ne décolère pas de toute la durée du tournage. On n'y reprendra plus, qu'il se dit.
Le produit
Une histoire qui ne tient pas la route avec un Spencer Tracy à côté de ses pompes - aucune crédibilité en tant que baron d'un grand territoire d'élevage. Une histoire de triangle amoureux peu crédible également, avec le code Hayes qui sort le grand jeu. L'adultère de madame sera punie. Elle devra abandonner ses enfants et rester loin d'eux pendant 20 ans. Brock, le produit de l'adultère, mourra à la fin du film (excusez-moi pour cette révélation mais, de toutes façons, vous ne voudrez pas voir ce film). Après avoir  purgée sa sentence , Lutie pourra revenir à la maison dans les bras de son mari compatissant. The End
Je retiens quelques beaux plans des grandes prairies (ça fait toujours plaisir à  nos amis français qui rêvent de grands espaces; pour nous, vu du Québec, on s'en tape un peu parce que ces grands espaces c'est le grand ennui à traverser (auto, train, au en stop -j'ai pratiqué les trois) avant d'arriver aux majestueuses Rocheuses.
Quelques beaux plans en noir et blanc qui relèvent de la technique du clair-obscur

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mercredi 22 février 2012

Kazan. Intégrale. 1. A Tree Grows in Brooklyn

1. A Tree Grows in Brooklyn     (Le lys de Brooklyn)

Réalisé en 1945. Avec Dorothy McGuire (Katie Nolan), James Dunn (Johnnie Nolan), Peggy Ann Garner (Francie), Joan Blondell (Aunt Sissy)
Adapté du roman de Betty Smith, A Tree Grows in Brooklyn, bestseller publié en 1943 à propos de la vie difficile d'une première génération d'immigrants dans un quartier (borough) de New York.

Premier film de Kazan après avoir fait de la mise en scène au théàtre pendant 10 ans. Ça tombe bien pour lui, ce film est très près d'une représentation théâtrale : dialogues à profusion, déroulement de presque toute l'action dans un lieu plutôt fermé (l'appartement); en somme une entrée pas trop dérangeante dans le monde du cinéma.
Cette histoire d'une jeune adolescente de 13 ans (Garner) aurait pu facilement tomber dans la sentimentalité et le mélodrame - mais, contrairement à ce qu'il dit lui-même dans son autobiographie, Kazan a résisté à glisser sur cette pente savonneuse. L'histoire s'y prêtait bien pourtant : le départ de l'enfance d'une jeune fille littéralement en amour avec un père merveilleux (Dunn, oscarisé) qui est ostracisé par une mère (McGuire) "hard as granite rock". On aura compris que l'arbre du titre est cette jeune fille qui pousse entre les fissures du ciment d'un arrière-cour, typique des quartiers ouvriers du Brooklyn du début du 20ème siècle.
Le personnage de Francie est sympatique à souhait - on pourrait parler de personnage proto-féministe tant sa recherche à se sortir de ce milieu étouffant est grande. Peggy Ann Garner crève l'écran, dirigée habilement par Kazan qui met déjà en pratique son approche de l'interprétation basée sur l'expérience émotionnelle de l'acteur. Afin de mieux interpréter son personnage, l'acteur doit puiser dans sa propre expérience personnelle. Kazan en fera une école (fondée en 1947), l'Actor's Studio qui formera la plus grande génération d'acteurs qu'ait connu le théâtre et le cinéma américain de la deuxième moitié du 20ème siècle.
La petite Garner (13 ans) est passée à la moulinette de la méthode Actor's Studio : Kazan, pour extirper des larmes à la petite qui, dans le film, vient de perdre son père, n'hésite pas à lui rappeler que son père réel, partie à la guerre, pourrait ne pas en revenir. Quel salaud, quand même!
Je vous laisse sur cette mélancolique ballade écossaise, Annie Laurie.
Quelle belle interprétation de Peggy Ann Garner - toute la douleur du drame familial dans ce visage.









mardi 21 février 2012

Kazan : une intégrale

Bientôt : l'intégrale de l'oeuvre cinématographique de Elia Kazan



Elia Kazan (1909-2003) est un metteur en scène de théâtre, un réalisateur de films et un romancier américain de descendance anatolienne (partie de la Turquie où vivait une communauté grecque ostracisée - il y tient à cette origine) qui fut une tête d'affiche du monde artistique de 1940 à 1970. Sa contribution critiquée à l'enquête sur les activités anti-américaines (HUAC) au début des années 1950 marquera son oeuvre dans laquelle l'on retrouvera de nombreuses références à cette période sombre de sa vie. Sombre parce que difficile de supporter l'opprobre qui l'entoura pendant des décennies et non pas parce qu'il était en désaccord avec la dénonciation de ses ex-camarades d'un  groupuscule communiste clandestin  auquel il avait appartenu pendant quelques années dans les années 30. Il  n'a jamais regretté ce geste avant tout politique même si on a tenté de salir sa réputation en l'accusant de s'être vendu à la commission en échange d'une carrière à Hollywood (qu'il détestait royalement, en passant).

Trois bouquins m'accompagneront pendant ce voyage au pays de Kazan.
1. D'abord la remarquable autobiographie rédigée par Kazan (Une vie) à l'âge de 78 ans dans laquelle la partie  cinéma occupe une faible partie (disons 20% de l'ouvrage) - Kazan était d'abord et avant tout un homme de théâtre.
2. Elia Kazan. A Biography de Richard Schickel. La biographie qui fait autorité pour l'heure.
3. Kazan : On Directing. Des textes de Kazan sur ses mises en scène au théâtre et au cinéma

Les 19 films de Kazan

1945 A tree grows in Brooklyn
1946 The Sea of grass 
1947 Boomerang !
1947 Gentleman's agreement
1949 Pinky
1950 Panic in the streets
1951 A streetcar named Desire
1952 Man on a tightrope
1952 Viva Zapata !
1954 East of Eden
1954 On the waterfront
1956 Baby Doll
1957 A face in the crowd
1959 Wild river
1960 Splendor in the grass
1962 America, America
1969 The Arrangement 
1971 The Visitors 
1976The Last Tycoon 


Extrait de la remise d'un Oscar pour l'ensemble de son oeuvre à Elia Kazan en 1999
La colère envers sa contribution à l'enquête des HUAC n'a pas dérougi, à voir une partie de l'assistance bouder les applaudissements de circonstance. 
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lundi 13 février 2012

219. Stone : Salvador

1001 films : Salvador
Dans la liste des 1000 meilleurs films du 20ème siècle

Film américain réalisé en 1985 par Oliver Stone (1946)
Avec James Woods, James Belushi, John Savage, Elpidia Carrillo

Salvador 1980. Une guerre civile sale, comme il y en a eu tellement en Amérique latine dans les années 70 et 80, fait rage. Un groupe de rebelles essaie de renverser un gouvernement militaire appuyé par les USA, tout ça dans le déni médiatique mondialisé. C'est le stéréotype des luttes armées dans les pays sous-développés, terrain d'affrontement des deux protagonistes de la guerre froide. Le mécontentement populaire (à juste titre comme il est interdit d'en douter) canalisé par des groupes de gauche plus ou moins instrumentalisés par des régimes communistes (soviétique, chinois ou cubain) qui affrontent les forces gouvernementales plus souvent qu'autrement dictatoriales appuyées par les USA dont l'objectif numéro un est de s'opposer à tout prix (beaucoup de pertes humaines) à l'émergence d'un nouveau Cuba. Voilà, en résumé un peu boiteux, 40 ans de guerres civiles dans les pays d'Amérique latine.
Retour au film : Un journaliste (James Wood), un Américain comme on aime les détester, patauge dans ce conflit, déchiré entre la recherche de matériel sensationnel pour illustrer l'horreur de cette guerre (et pour se faire plein de pognon) et la protection de sa petite famille salvadorienne.
Ça m'agace ce choix de mettre un égomaniaque narcissique dans cette histoire terrible qui méritait une approche plus sensible et plus en profondeur. Mais c'est le choix d'Oliver Stone et il réussit à nous embarquer dans la dérive du journaliste et de son compère ex-disc-jockey (James Belushi) et à rendre intéressants leur parcours parsemé d'alcool, de drogues et de femmes.
Deux moments touchants : la mise en scène de l'assassinat de monseigneur Romero, le défenseur des droits de l'homme et des paysans. Mais surtout, la mise en scène du viol et de l'assassinat de quatre religieuses le 2 décembre 1980 qui alerta les média américains sur le rôle joué par leur gouvernement dans cette sale guerre. Cette séquence s'inscrit comme un coup de tonnerre dans la trame plutôt ludique de ce film. On reste sur le choc et j'ai eu un peu de difficulté à revenir à la trame du film que je trouvais plutôt "Tintin fait du reportage".
Jean Donovan (Cathy Moore dans le film), une des quatre religieuses assassinées.


Évaluation IMDB : 7,5 sur 10 par 9259 votants
Toutes les informations sur le film sur IMDB
Visionné, la première fois, le 10 avril 1987 au cinéma Outremont à Montréal
Mon 219ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider