vendredi 21 décembre 2012

242. Bergman : Sourires d'une nuit d'été

1001 films : Sommamattens leende
Titre français : Sourires d'une nuit d'été
Dans la liste des 1000 meilleurs films du 20ème siècle

Film suédois réalisé en 1955 par Ingmar Bergman (1918-2007)
Avec Gunnar Björnstrand, Eva Dahlbeck, Harriet Andersson, Ulla Jacobsson, Bibi Andersson.

Seizième film de Bergman, le dernier avant qu'il n'entre dans le panthéon des grands réalisateurs avec Le septième sceau. Sourires d'une nuit d'été marque ce que Pauline Kael appelle la fin de sa période "rose".

Le Midsommardagen (la fête de l'été), en Suède, on ne rigole pas avec ça. Tout s'arrête pour 48 heures. Tout service disparaît dans les villes : les bureaux, les magasins, les restaurants et même beaucoup d'hôtels sont fermés. (On était à Söderhamm au nord de Uppsala le 23 juin 2012, un seul hôtel ouvert dans cette ville de 15 000 personnes.) On quitte les villes pour des lieux plus bucoliques. La Saint-Jean, le solstice d'été sont les prétextes utilisés pour cette farniente nationale, caricaturalement illustrée dans cette annonce d'IKEA assez trash, par ailleurs

Voilà Bergman qui, une fois n'est pas coutume, heureusement parce que ce n'est pas là que je le veux, fait dans la comédie légère dans cette transposition libre dans la Suède du début du 20ème siècle de l’œuvre de William Shakespeare, A Midsummer's Night Dream.
C'est un chassé-croisé tragicomique d'individus à la recherche du conjoint idéal dont le dénouement s'effectue durant la nuit du solstice d'été (en Suède le soleil ne se couche pas ce jour-là) qui permettra à chacun de trouver sa chacune.Où il s'avère qu'entre le ridicule et le sublime en amour il n'y a qu'un pas que nos personnages franchissent allègrement aller et retour.
Eva Dahlbeck atteint un moment de grâce dans ce film - une présence qui écrase le reste de la distribution.Voici un de ces moments de grâce avec Eva Dahlbeck qui chante Freut euch des Lebens
Allez, une fois n'est pas coutume, une longue citation en anglais tirée de A Personal Introduction to 1000 Films par le plus célèbre des critiques anglais, David Thomson : "Whenever people think of ten bests, they should cross their fingers and plow on regardless - except for Ingmar Berman -he could so easily do all ten.  This is actually one of his best minor works (Sourires d'une nuit d'été). Elsewhere, I have suggested that as cinema began Sweden grasped it more surely than most countries. And now, past the end, who else can persuade you that the medium must be saved?"
Cannes 1956 : Prix du "Best Poetic Humor" !!! à Ingmar Bergman
Évaluation Mediafilm
. Cote 2 : remarquable

Toutes les informations sur le film sur IMDB
Visionné, la première fois, le 9 novembre 1988 au cinéma St-André-des-Arts à Paris
Mon 242ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider

lundi 10 décembre 2012

241. Ashby : Being There

1001 films : Being There
Titre français : Bienvenue Mister Chance
Dans la liste des 1000 meilleurs films du 20ème siècle

Film américain réalisé en 1979 par Hal Ashby (1929-1988)
Avec Peter Sellers (Chance), Shirley MacLaine, Melvyn Douglas, Jack Warden

Commençons par la fin : quelle bêtise d'avoir  mis des bloopers dans la partie des crédits. Carrément, un mépris des spectateurs en plus de bousiller toute la performance de Peter Sellers qui a tout fait pour faire enlever ces scènes... sans succès.
Allez, ça me tente - je ne peux résister : On dirait que les Républicains, depuis cette époque, se sont  inspirés de ce film  pour aller recruter leur candidat à la présidence.

Après 30 minutes, on se doute bien de la suite. Peu de développement. Après 1 heure, on fait du surplace pour toute l'heure suivante et surtout on n'y croit plus. Le message est trop gros: en politique on est revenu de tout à telle enseigne que le premier autiste venu fait figure de génie. Bon, ça valait la peine d'être dit mais ça relève plus de la dissertation de collégiens que d'une analyse réaliste de la vie politique. D'accord c'était une blague - on s'est bien amusé et ça permet à Peter Sellers de jouer dans le plus étonnant rôle de sa carrière quelques mois avant de casser sa pipe.
Un moment étonnant: le final quand monsieur Chance marche sur l'eau. Ça me fait penser à cette phrase d'un ex-premier ministre québécois (s'appliquerait aussi à un ex-président français)  constamment contesté par les média qui disait que les médias le détestaient tellement que s'il marchait sur l'eau on l'accuserait de ne pas savoir nager.
Vous n'oublierez pas la scène de masturbation de Shirley MacLaine à côté d'un monsieur Chance imperturbable.
Et si on essayait ça : Ce film peut aussi être vu comme une introduction à la robotique. Monsieur Chance c'est un robot pourvu d'une intelligence artificielle. Il accomplit correctement les tâches quotidiennes d'un humain et il peut même reproduire certains concepts primaires à l'aide d'une vocalisation qui approche celle de l'humain. Pour ce qui est du volet émotionnel, bien, on est loin du compte...

Oscars 1980 : Une statuette pour Melvyn Douglas dans la catégorie du meilleur acteur de soutien.
Évaluation Mediafilm. Cote 3. Très bon
Toutes les informations sur le film sur IMDB
Visionné, la première fois, le 8 novembre 1988 à la télévision à Paris
Mon 241ème film de la liste des 1001 films du livre de Schneider

dimanche 25 novembre 2012

240. Bergman : Le septième sceau

À gauche la Mort, à droite le chevalier.
En haut, le fameuse danse de la mort qui clôture le film

1001 films : Det sjunde inseglet
Titre français : Le septième sceau

Dans la liste des 1000 meilleurs films du 20ème siècle

Film suédois réalisé en 1957 par Ingmar Bergman (1918-2007)
Avec Max von Sydow (Antonius Block, le chevalier), Gunnar Björnstrand (l'écuyer), Nils Poppe (Joseph), Bibi Andersson (Marie), Bengt Ekerot (la Mort), Gunnel Lindblom (la muette)

C'est la cinquième fois que je vois ce film.Sur le dvd de Criterion, il y avait la possibilité de visionner le film tout en écoutant le commentaire de Peter Cowie, un des grands exégètes de Bergman. Il s'est avéré rapidement que ce fut impossible malgré l'intérêt du commentaire. On ne peut tout simplement pas altérer une telle œuvre en bavardant par-dessus la trame sonore.

Le septième sceau est un  film métaphysique dont la quête de Dieu est le thème principal. Antonius Block, après avoir parcouru des milliers de kilomètres jusqu'en Terre Sainte pour aller libérer les Lieux Saints de la présence musulmane, revient de la Croisade sans avoir trouvé Dieu. La peste noire aussi appelée la mort noire qui ravage son pays à son retour vient confirmer cette absence. On pense à l'aphorisme "Dieu est mort à Auschwitz". En fait, Dieu est mort souvent au cours de sa carrière de chef suprême. Ici, au 14ème siècle, la peste qui exterminera le tiers de la population européenne, est une autre preuve de l'absence de Dieu.
Sachant inéluctable sa rencontre avec la Mort qui l'attend à la fin de la partie d'échecs (voir affiche), Antonius Block cherche désespérément la présence divine dans le regard de la jeune fille en train d'être immolée sur le bûcher à cause de ses rapports avec le vilain. Si on peut voir Dieu, se dit-il, c'est certainement dans les yeux d'une personne qui est en train de mourir. Mais son écuyer est implacable avec sa phrase assassine. "Regarde bien dans ses yeux dit-il à son maître. Elle ne voit rien, sauf le vide."
Le chevalier : "Je ne vois rien sauf de la terreur
Ce film, c'est un vrai festival de plans et de séquences dramatiques qui sont, en soi, des chefs-d'oeuvre : l'apparition de la Mort, le visage décomposé par la peste d'un moine assis sur la grève, le défilé des pénitents, la sorcière que l'on mène au bûcher - sa crémation, la danse de la mort, etc. Dans cet immense théâtre de noirceur et de mort, une fleur s'ébat au soleil sous la forme d'un couple de saltimbanques, Marie (la lumineuse Bibi Andersson) et Joseph. Avec leur nourrisson, comment ne pas y voir la Sainte Famille? Ils surnagent au-dessus de cet enfer et nous annoncent que le pire n'est pas toujours certain : la peste s'épuisera et la population européenne se remettra à croître de nouveau.

La "Sainte famille" avec le chevalier
Bergman et l'absence de Dieu, c'est un thème qui transcende toute son oeuvre. Pourtant, Bergman, le grand sceptique, n'en finira pas moins, à la fin de sa vie, après le décès de son épouse Ingrid, à s'ouvrir à la croyance en l'au-delà.
Un très beau chiaroscuro. Gunnel  Lindblom - la muette
Gunnar Fischer à la caméra
Cannes 1957: Prix spécial du jury au réalisateur
Évaluation Mediafilm : Cote 1. Chef-d’œuvre
Toutes les informations sur le film sur IMDB
Visionné, la première fois, le 6 novembre 1988 au cinéma Saint-André-des-Arts à Paris.
Dans un des hauts lieux de la cinéphilie française, en cet automne 1988, il y a eu une rétrospective de l’œuvre de Bergman. En deux mois, j'y vis 15 films de Bergman.
Mon 240ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider

mardi 13 novembre 2012

239. Bresson : Le journal d'un curé de campagne

1001 films : Le journal d'un curé de campagne.

Fait partie de la liste des 1000 meilleurs films du 20ème  siècle 
On peut retrouver cette liste sur icheckmovies
Film français réalisé en  1950 par Robert Bresson (1901-1999)
Avec des acteurs non-professionnels comme d'habitude chez Bresson. Claude Laydu (le curé)
Adaptation du roman Le journal d'un curé de campagne de Georges Bernanos, publié en 1936.
Pauvre curé de campagne, il aurait mieux fait d'atterrir dans un village québécois où il aurait été traité comme un prince tant les concepts d'athéisme et d'anticléricalisme étaient à des années-lumière de cette société rurale traditionnelle  - c'était avant la Révolution tranquille du début des années 1960 qui allait renvoyer dans les livres d'histoire le catholicisme orthodoxe qui a enchaîné cette société pendant plus de trois siècles.
Au début du film, on a l'impression qu'on est parti pour un grand tour au pays du mysticisme à cause du comportement alimentaire du curé qui limite sa diète à du pain rassis trempé dans du vin sucré. En fait, il a un cancer de l'estomac en route, ce qui l'oblige à se comporter comme un de ces mystiques masochistes qui aiment se faire souffrir en vue d'une canonisation éventuelle, d'autres préfèrent se jeter en chute libre d'un ballon à plus de 39 000 mètres d'altitude.
On voyant ce film, on pense : Bresson, ce Dreyer français.
On est dans les années 30, on circule à vélo dans les villages français. Me souviens de mon premier voyage en France - décembre 1975 - et de ma surprise de voir tant de personnes à vélo dès que nous parcourions les petites routes de campagne.(En moins de 10 ans, le vélo disparaîtra du paysage français). Il n'y avait  plus de vélos au Québec depuis belle lurette ni pour le transport, ni  pour le loisir si on excepte les enfants.  Le retour du vélo au Québec se fera à partir des années 1990. À telle enseigne que Montréal en 2012 est considérée la ville où le vélo est le plus pratiqué en Amérique.
Vous décidez de ne lire qu'une critique de ce film, je vous conjure de lire le texte qu'André Bazin a écrit dans le numéro de juin 1951 (numéro 3) des Cahiers du Cinéma. Une citation que j'aime : "Doit-on dire du Journal d'un curé de campagne qu'il est un film muet avec des sous-titres parlés?" Une formule que j'aurais aimé trouvée.
Ambricourt, commune de 114 habitants du département du Pas-de-Calais, comptait 182 habitants lors de la rédaction du roman par Georges Bernanos.
Venise 1951: Trois prix
Évaluation Mediafilm
: Cote 1. Chef d’œuvre
Visionné, la première fois, le 31 octobre 1988 au cinéma Reflet Médicis, rue Champollion à Paris, lors du festival Les éternels du cinéma français (1930-1960)
31 octobre, c'est le début à Paris de cette saison de brumes matinales, de froidure et de grisaille que l'on retrouve dans ce film de Bresson où il fait novembre dans les paysages et dans les cœurs.
Mon 239ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider

dimanche 4 novembre 2012

238. Rossellini : Paisà

Où il appert que le graphiste n'a pas vu le même film que nous
1001 films : Paisà

 Dans la liste des 1000 meilleurs films du 20ème siècle

Film italien à épisodes (6) réalisé en 1946 par Roberto Rossellini (1906-1977)
Avec des acteurs non-professionnels (une trentaine). Certains de ces amateurs sont carrément mauvais. L'utilisation de non-professionnels n'est pas un gage de réalisme, loin de là. Je préférais la formule de Roma, citta aperta, i.e. rôles importants par des acteurs pro et rôles de soutien par des non-pro.
Seulement 3 de ces acteurs auront, par la suite, une carrière professionnelle : Carlo Pisacane (84 films), Maria Michi (19  films) et Giulietta Masina, l'épouse de Federico Fellini, (32 films).

Je ne suis pas un amateur de nouvelles. Je préfère les romans, les gros romans, style À la recherche du temps perdu ou La mer de la fertilité de Yukio Mishima ou Le quatuor d'Alexandrie de Laurence Durrell. J'aime bien avoir le temps de m'installer dans une œuvre. Alors, c'est vous dire que les films à épisodes (et plus il y en a, pire c'est) me laissent sur ma faim. Pas d'expériences heureuses avec ce format. Paisà, malheureusement, n'échappe pas à la règle, à ma règle, devrais-je dire.  À cause de cela, après Roma, città aperta, il me semble que Paisà est un peu en recul.
On pourrait objecter et c'est ce que je fais aussi, que ces six épisodes ne sont, en fait, qu'une seule histoire : la libération de l'Italie par les Américains et les Britanniques qui entraîne son lot de malentendus tant au niveau de la langue qu'au niveau des valeurs et des comportements. Cette remontée des troupes de libération vers le Nord de l'Italie à partir de la Sicile met en lumière le fossé presque infranchissable entre les soldats des armées étrangères et  les populations locales.  C'est ce qui rend le dernier épisode tellement bouleversant parce qu'il nous présente, contrairement aux précédents épisodes, les partisans et les "libérateurs" unis dans leur destinée finale : exécutés qu'ils sont par la troupe allemande.
Six épisodes, six lieux d'action : Sicile, Naples, Rome, Florence (on parle de Lucca, lieu de naissance de mon grand-père), les Apennins et le delta du Pô; chaque épisode est introduit à l'aide d'actualités cinématographiques.

Évaluation Mediafilm : Cote 2. Remarquable
Toutes les informations sur le film sur IMDB
Visionné, la première fois, le 25 octobre 1988 au cinéma Montparnasse à Paris
Mon 238ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider

dimanche 28 octobre 2012

237. Chabrol : Une affaire de femmes

1001 films : Une affaire de femmes
ou mieux Les affaires d'une femme

Film français réalisé en 1988 par Claude Chabrol (1930-2010)
Avec Isabelle Huppert (Marie), François Cluzet, Marie Trintignant, Nils Tavernier, Dominique Blanc
Inspiré du livre du même nom (1986) écrit par Francis Szpiner qui raconte l'histoire de Maire-Louise Giraud, une des dernières femmes guillotinées de France.

Un personnage (Marie) qu'on aime détester comme celui de Lacombe Lucien du film éponyme de Louis Malle. Un personnage qui réussit, l'ignorance étant son prétexte, à tirer son épingle (excusez ce mauvais jeu de mots) du jeu dans le marécage de l'occupation allemande.
Pas de héros dans ce film, pas de résistants non plus. Les habitants de cette région de Dieppe essaient de survivre tant bien que mal en jouant du marché noir ou de la collaboration. Pour cette "faiseuse d'anges" pas de problèmes d'éthique, pas de problème de conscience puisque  tous ceux qui l'entourent, de toute manière, sont plus ou moins compromis par des comportements illicites.

Isabelle Huppert est géniale dans ce rôle de femme "arriviste" qui pratique des avortements sans état d'âme et surtout pas par posture idéologique.
Ne vous y trompez pas, la problématique de l'avortement n'est pas au cœur de ce film. Chabrol n'invite pas son public à prendre position sur cette question; ce qui l'intéresse c'est l'itinéraire improbable d'une femme de la classe populaire qui veut se sortir de sa condition misérable  pour atteindre une certaine aisance financière. D'où notre, je devrais dire mon, manque de sensibilité face au déroulement de sa mise en accusation et de son procès - tout nous apparaìt tellement absurde. Cette Marie est "étrangère" à ce qui lui arrive et nous aussi, un peu.
Marie Trintignant, lumineuse dans ce rôle de prostituée - grosse nostalgie!

Venise 1988. Trois prix. Deux pour Claude Chabrol. Un pour la meilleure actrice à Isabelle Huppert
Évaluation Mediafilm. Cote 2. Remarquable
Toutes les informations sur le film sur IMDB
Visionné, la première fois, le 25 octobre 1988 au cinéma à Paris  
Mon 237ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider

vendredi 19 octobre 2012

236. Rossellini : Voyage en Italie

Titre de la version doublée
1001 films : Journey to Italy
Titre français : Voyage en Italie
Titre italien : Viaggio in Italia (Version doublée). C'est la version anglaise qui est la version originale.

Film italien réalisé en 1954 par Roberto Rossellini (1906-1977)
Avec Ingrid Bergman (Catherine Joyce) et George Sanders (Alex Joyce)
Après avoir vu Rome, ville ouverte et Paîsa, Ingrid Bergman, vedette hollywoodienne consacrée, tombera en amour avec le cinéma de Rossellini puis avec le réalisateur, pourquoi pas, tant qu'à faire le voyage en Italie. De cette union qui ameutera l'Amérique (couple en situation illicite à cause de la bigamie de Bergman), sortiront 5 films : Stromboli, Europa 51, Voyage en Italie, La paura et Jeanne d'Arc - puis, fin de l'aventure - divorce et retour à Hollywood.
Le film : J'aime tout ce qui n'est pas le thème principal du film : vie de couple au bout du rouleau sauvée in extremis par un miracle de la Vierge Marie lors de la procession annuelle, le 19 septembre, en l'honneur de Saint-Janvier, patron de Naples. Ce film c'est un peu l'histoire du couple Rossellini-Bergman en fin de piste mais qui, celui-là, ne sera pas sauvé, trois ans plus tard par Saint-Janvier.
Le miracle de la Vierge : le couple raccordé in extremis














Ce que j'aime, c'est Naples et ses quartiers populaires fourmillant de marmaille; ce sont les catacombes où les gens vont honorer des squelettes millénaires; c'est le Vésuve avec ses champs de brouillards méphitiques; ce sont les processions religieuses interminables;  c'est le travail de moulage des corps ensevelis sous les cendres de l'éruption du Vésuve en l'an 79 - cette dernière séquence, représentant un couple enlacé, ayant une fonction cathartique auprès de Catherine mais y croit-on vraiment? C'est avant tout un film sur Naples, un film sur l'histoire, un film sur l'art, la question du couple n'étant qu'accessoire et comment pourrait-il en être autrement devant cette scène millénaire.

En
Pompéi : moulage de corps ensevelis par l'éruption du Vésuve
Interprétation : Est-il vraiment nécessaire de souligner la performance exécrable du comédien George Saunders. Il ne joue tout simplement  pas dans le même film que Ingrid Bergman.

Voir critique de Jacques Lourcelles dans son Dictionnaire du cinéma. J'aime beaucoup lire Lourcelles.
Évaluation Mediafilm. Cote 3. Très bon
Toutes les informations sur IMDB
Visionné, la première fois, le 22 octobre 1988 au cinéma Montparnasse à Paris

Au même moment, au Cinéma Reflet Médicis, je fréquentais le festival Les éternels du cinéma français. 50 films de la période de 1930-1960 par 38 réalisateurs. Évidemment, ça me fait languir pour un TCM (Turner Classic Movies) français. Quand donc, un grand mécène, un Ted Turner français, se lancera-t-il dans l'aventure? Les classiques français ont besoin, et nous donc, d'une exposition quotidienne à la télé.
Mon 236ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider

jeudi 11 octobre 2012

235. Rossellini : Rome, ville ouverte



1001 films : Roma, città aperta
Titre français : Rome, ville ouverte
Dans la liste des 1000 meilleurs films du 20ème siècle

Film italien réalisé en 1945 par Roberto Rossellini (1906-1977)
Co-scénarisé avec Federico Fellini
Avec Anna Magnani (Pina), Aldo Fabrizi (Don Pietro), Marcello Pagliero,  Francesco Grandjacquet, Harry Feist, Maria Michi

Avec ce film, naissance officielle du néo-réalisme italien : tournage en extérieurs, aspect documentaire, utilisation d'acteurs non-professionnels et professionnels utilisés à contre-emploi (Frabrizi, grand comique joue un rôle de prêtre et Magnani, spécialiste du vaudeville, est dramatique). Il  faut quand même savoir que l'extrême précarité financière de la production a orienté le film vers une authenticité que les productions traditionnelles n'avaient pas. Au même moment, Vittorio De Sica tourne Sciuscia dans les mêmes conditions devenant le co-inventeur du néoralisme italien. Quand Rossellini tourne le film (1er plan le 17 janvier 1945), Rome vient à peine d'être libérée (4 juin 1944) quand à l'Italie, elle sera  occupée par les troupes allemandes jusqu'en avril 1945.
Premier grand film sur la résistance, Rome, ville ouverte (ce qui signifie en termes militaires qu'on doit éviter de la bombarder) apporte un baume aux Italiens dont le pays fut pendant quelques années le siège numéro deux (ex-æquo avec l'Espagne) du fascisme européen.

En sortant du Montparnasse, place de l'Odéon, ce 15 octobre 1988, après avoir vu Roma, città aperta, jamais Paris ne me parut aussi beau - on ne sort pas indemne de ce type de film - bizarrement, il peut apporter du bonheur.

Une des scènes qui me bouleversent à chaque fois : Pina (Anna Magnani), désespérée, abattue, en courant pour rattraper son fiancé qui vient d'être arrêté par les Allemands. Une image forte de l'histoire du cinéma.
Pina (Anna Magnani) quelques secondes avant d'être abattue 
Plan suivant : La pietà de Michelangelo
Les séquences de la fin du film qui traitent de la torture sont des morceaux d'anthologie. Une scène christique: Un communiste athée torturé par la Gestapo devant un prêtre catholique obligé de regarder cette scène et qui prie pour qu'il réussisse à ne pas parler. Et puis, lorsque le résistant meurt, la colère de ce prêtre, une imprécation terrible qui voue aux géhennes de l'enfer les bourreaux nazis.

Lecture cinéphilique en cours : L'amour est plus froid que la mort. Une vie de Rainer Werner Fassbinder de Robert Katz. Presses de la Renaissance. 1988. Où il appert que Fassbinder est un sacré monstre. Faits retenus : bisexualité complètement déjantée, réalisateur prolifique (11 films en 1969-70)  et, ce qui m'a le plus surpris, admirateur de Douglas Sirk parce qu'il sait séduire les foules ce qu'il lui manque pendant cette première période. 45 films pour l'intégrale - site de référence : Rainer Werner Fassbinder Fondation
Cannes 1946 : Palme d'or
Évaluation de Mediafilm. Cote 1 : Chef d’œuvre
Toutes les informations sur le film sur IMDB
Visionné, la première fois, le 15 octobre 1988, au cinéma Montparnasse à Paris
Lors d'une rétrospective Rossellini.
Mon 235ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider

lundi 8 octobre 2012

234. Levinson : Good Morning, Vietnam

1001 films : Good Morning, Vietnam
Titre français : Bonjour Vietnam

Film américain réalisé en 1987 par Barry Levinson (1942)
Avec Robin Williams (Adrian Cronauer), Forest Whitaker, Tung Thanh Tran, Chintara Sukapatana, Bruno Kirby, J.T. Walsh


Tous les grands drames sur le Vietnam ayant été tournés (The Deer Hunter, Apocapypse Now, Full Metal Jacket, etc.), on suppose qu'il était temps d'en tirer une comédie. Une sorte de MASH de la guerre du Vietnam. Avec Robin Williams à  la barre, on ne risquait pas de s'ennuyer. Alors, le  Robin nous fait tout un jeu de stand-up comique assis dans une cabine de radio. Mais après une heure de ce jeu, le film s'écrase lamentablement. Ce n'est surtout pas  la bleuette autour de sa relation amoureuse avec une vietnamienne et de son amitié naïve avec un jeune vietcong qui va sauver le film.

Se regarde bien une deuxième fois pour mieux saisir toute la portée des blagues en cascade de Williams - évidemment, à voir en version originale, parce que le doublage français est impossible à chier.
La personnalité du D.J. est inspirée d'Adrian Cronauer  qui a animé une émission de radio à Saîgon en 1965-66. Mais selon ce dernier, seulement  45% de la performance de Williams est ressemblante. On le croit parce que ce Cronauer est un républicain fini qui a appuyé  les campagnes des deux Bush.
Numéro prouesse : le montage de l'interview avec Richard Nixon qui répond à des questions sur sa vie sexuelle. On se délecte tous de ce coup-de-pied au cul à Tricky Dicky. À tourner en boucle.
On retient, pour son ironie décapante, la chanson de Louis Armstrong, What a Wonderful World.
Robin Williams a fait des sacrés numéros de pitre dans sa carrière mais sa prestation qui m'a le plus ébranlé est celle de Walter Finch dans Insomnia de Christopher Nolan. On le voit, en contre-emploi, joué le rôle d'un criminel. Williams, en tueur en série, ça donne des frissons.

Mediafilm.com. Évaluation :  Cote 4. Bon
Toutes les informations sur le film sur IMDB
Visionné, la première fois, le 12 septembre 1988 au cinéma à Paris
Mon 234ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider

jeudi 4 octobre 2012

233. Wenders : L'ami américain

1001 films : Der amerikanische Freund
Titre français : L'ami américain

Film allemand réalisé en 1977 par Wim Wenders (1945)
Avec Dennis Hopper (Ripley), Bruno Ganz (Zimmermann), Lisa Kreuzer, Gérald Blain et petits rôles de méchants à trois réalisateurs : Samuel Fuller, Nicholas Ray et Jean Eustache.
Adaptation par Wim Wenders du roman de Patricia Highsmith, Ripley's Game, publié en 1974.

Ne cherchez pas le roman policier de Patricia Highsmith dans ce film, vous ne l'y trouverez pas. En lieu et place de l'intrigue policière vous y verrez le développement d'une improbable amitié entre un encadreur de tableaux de Hambourg (Ganz) et un malfrat de New York (Hopper). On met du temps à croire à cette amitié  parce qu'on cherche à comprendre le drame policier et ce faisant on passe à côté du film. Puis, lors de la séquence du train et des suivantes, on comprend le titre du film et on se laisse toucher par cette amitié.
Un propos formaliste que je trouve agaçant : l'utilisation intempestive du rouge - on comprend que le héros souffre de leucémie aigue mais on n'est pas obligé de transformer le décor en flacons d'hémoglobine pour autant.
À mon grand plaisir, la  ville s'invite comme personnage : New York et ses sempiternelles (sic) tours jumelles; le quartier de la Défense que j'ai découvert en 1977, la même année que Wenders y tournait ses séquences un peu stéréotypés de lieu froid et impersonnel; le port de Hambourg qu'on ne voudrait pas comme arrière-cour.
 Légendre urbaine florissante à l'époque : dans le film, Ripley (Hopper) dit à Zimmermann (Ganz) qu'il travaille au retour des Beatles à Hambourg, Celle ville les avait accueillis pendant deux ans au début de leur carrière.
 À la fin du film Dennis Hopper commence à murmurer la ballade I Pity the Poor Immigrant de Bob Dylan qui résume bien le caractère de Ripley (Hopper) :
I pity the poor immigrant
Who wishes he would've stayed home
Who uses all his power to do evil
But in the end is always left so alone.

Mediafilm.ca : Cote 2. Remarquable
Toutes les informations sur le film sur IMDB
Visionné, la première fois, le 17 juillet 1988 au Cinéma Denfert à Paris
En congé sabbatique à Paris de juin à décembre 1988, j'habitais dans le 15ème près de la Tour Montparnasse - un six mois paradisiaque pour un cinéphile. J'ai vu exactement 100 films durant cette période dont 17 sont sur la liste des 1001 films de Schneider. Mon cinéma préféré était le St-André-des-Arts où était projetée une intégrale Bergman que je n'ai pas ratée.
Mon 233ème  film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider

mercredi 3 octobre 2012

232. Jewison : Moonstruck

1001 films : Moonstruck
Titre français : Éclair de lune
Dans la liste des 1000 meilleurs films du 20ème siècle

Film américain réalisé en 1987 par Norman Jewison (1926)
Avec Cher, Nicolas Cage, Olympia Dukakis, Vincent Gardenia, Danny Aiello, Fedor Chaliapin Jr.

Une légère comédie romantique qui me touche un peu à cause de cette plongée au coeur de la vie italienne dans le quartier Brooklyn qui me rappelle quelques scènes familiales de mon enfance mi-italienne.
J'aime les images de New York. Depuis qu'elles sont tombées, je cherche les tours jumelles dans tous les films tournés à  New York. Ici, très présentes - même sur l'affiche du film.
J'aime les performances de Cher-la-Belle et de Nicolas Cage-la-Bête. Le premier titre du film n'était-il pas The Bride and the Wolf.
J'aime les extraits de la Bohème avec Renata Tebaldi en Mimi.
J'aime tous les rôles secondaire, particulièrement, celui de Chaliapin en vieux naviguant dans le grand âge (plus de 90 ans) et qui n'en a rien à cirer de cette famille toxique et qui llui  préfère sa promenade avec ses cinq chiens - non tirare.
Pratique non connue de ma parenté italienne : Un carré de sucre dans le champagne...ouache...pour le rabaisser au niveau de l'horrible asti spumante, je suppose. Chez nous, lors des fêtes, les enfants pouvaient boire du vin. Il était coupé de 7up ou de coca...Ça améliorait nettement l'horrible piquette produite par mon grand-oncle de Montréal.
Le pleine lune.... Était-ce vraiment nécessaire?
Cette phrase qui résume  tout ce que je déteste du cinéma hollywoodien obsédé par les ratings : "The opening title sequence was originally played on the score from "La Bohème" opera but was changed to the Dean Martin track "That's amore" as the preview drew negative test audience reaction. Many shifted uncomfortably on their seats thinking that they had been lured into an art film."

Mediafilm.ca : Cote 4. Bon
Oscar 1987. Trois statuettes. Cher, meilleure actrice. Olympia Dukakis, meilleure actrice de soutien. Meilleur scénario.
Berlin 1988. Ours d'argent à Norman Jewison pour la réalisation
Toutes les informations sur le film sur IMDB
Visionné, la première fois, le 21 avril 1988 au cinéma Berri à Montréal
Mon 232ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider


lundi 1 octobre 2012

Kazan : mon classement

La liste des films d'Elia Kazan par ordre de préférence :
1. On the Waterfront
2. A Streetcar Named Desire
3. East of Eden
4. A Face in the Crowd
5. Splendor in the Grass
6. A Tree Grows in Brooklyn
7. Wild River
8. America, America
9. Gentleman's Agreement
10. Baby Doll
11. The Arrangement
12. Viva Zapata
13. Boomerang
14. The Last Tycoon
15. Panic in the Streets
16. Pinky
17. Man on a Tightrope
18. The Visitors
19. The Sea of Grass

Kazan. Intégrale 19. The Last Tycoon

19. The Last Tycoon
Titre français : Le dernier nabab

1976
Avec Robert DeNiro, Tony Curtis, Robert Mitchum, Jeanne Moreau, Jack Nicholson, Ray Milland, Dana Andrews, Donald Pleasence, John Carradine
Scénario basé sur une œuvre de F. Scott Fitzgerald revue par Harold Pinter.

Voilà, c'est la fin de l'intégrale Kazan. Dix-neuf films, c'est un peu court, non? Dommage qu'il ait abandonné le cinéma si tôt. Avec sa longévité, 94 ans, on aurait pu s'attendre à au moins une quarantaine de productions. Mais le coeur n'y était plus depuis plusieurs années déjà.
Fin de cinéma pour Kazan avec The Last Tycoon :
"The ending I devised said more about me and my feelings than it did about the film's hero... it was a kind of death for me, the end of life in the art where I'd worked for so long. It was all over and I knew it." 
Pour son  dernier film, Kazan retourne à Hollywood et s'offre pas moins de 9 grandes célébrités du cinéma plus Anjelica Huston à ses débuts.
Ce film a subi les foudres de la critique et un désaveu commercial.  Pourtant, j'ai aimé ce film, particulièrement, la performance de Robert DeNiro qui sortait à peine du rôle de Travis Bickle dans Taxi Driver de Martin Scorsese - quel changement de personnage!
  
Le blog retourne à ses origines. Dorénavant, je me concentrerai sur ma poursuite des 1001 films qui tourne au ralenti depuis quelques mois. Je continuerai, quand même, à pratiquer les intégrales - une de mes passions de cinéphile - mais je n'en rendrai compte que sur mon compte Twitter. Je met aussi un terme à ma vocation de critique des projections de presse à  l'Excentris -" too much time-consuming".
Prochaine intégrale : Rainer Werner Fassbinder. Lectures accompagnatrices : Fassbinder. The Life and Work of a Provocative Genius de Christian Braad Thomsen et L'amour est plus froid que la mort de Robert Katz

Résumé de Mediafilm.com

À trente-cinq ans, Monroe Stahr, directeur de la production d'un grand studio d'Hollywood, jouit d'une réputation enviée dans l'industrie. Veuf d'une actrice morte dans un accident, il est frappé un jour par la ressemblance d'une jeune étrangère avec la défunte. Il cherche à la revoir et a avec elle une aventure amoureuse. Mais la jeune femme est déjà engagée ailleurs et ne tarde pas à briser avec lui. Bouleversé, Stahr est incapable de faire face à ses responsabilités.

vendredi 21 septembre 2012

Kazan. Intrégrale 18. The Visitors

18. The Visitors
Titre français : Les visiteurs

1972
Avec James Woods (son 1er  de 134 films), Patricia Joyce, Steve Railsback (son 1er de 82 films), Chico Martinez, Patrick McVey

Kazan ne s'intéresse plus au cinéma. Depuis America, America tourné en 1962 il y a, chez lui, une importante baisse de régime. Sa vie prend un autre tournant. Il abandonne la direction théâtrale, la réalisation cinématographique et ne se voue plus qu'à l'écriture : en 20 ans, de 1962 à 1982, 7 romans contre 3 films.
Avec The Visitors, Kazan tourne le dos à Hollywood et tourne un film à petit budget - autour de $200 000. Il engage, en contournant les syndicats, des comédiens qui n'ont jamais tourné et concentre son action dans sa ferme du Connecticut.  
Mais il reste fidèle  à un de ses grands thèmes lié à son histoire personnelle: la dénonciation - est-elle jamais acceptable?
Dans ce film retour-du-Vietnam, un des premiers à traiter des séquelles de ce conflit chez les soldats américains, Kazan nous offre un remarquable huis-clos angoissant et étouffant. La montée de la tension est palpable à tous les moments du film - une violence couve et va faire éruption.
Il est touchant de voir Kazan tourné comme s'il était un jeune cinéaste appartenant à cette génération  qui a tourné le dos à la production "main stream" d'Hollywood - les Scorsese, Cassavettes, Coppola, etc. Suite logique : peu de distribution et échec commercial. Voir résumé, analyse et critique du film sur l'excellent site dvdclassik

mardi 18 septembre 2012

Kazan. Intégrale. 17. The Arrangement

17. The Arrangement
Titre français : L'arrangement.

1969
Avec Kirk Douglas (Eddie Anderson), Deborah Kerr (Florence Anderson, l'épouse), Faye Dunaway (Gwen, la maîtresse), Richard Boone, Hume Cronyn

Tiré du roman fortement autobiographique d'Elia Kazan, The Arrangement, qu'on dit largement supérieur au film comme c'est si souvent le cas dans les adaptations cinématographiques d'oeuvres littéraires.
Je m'explique mal pourquoi les critiques ont été si dévastratrices par rapport à ce film. "I've never been attacked as viciously and personnally as I was on The Arrangement. Why? This question is open." (Kazan). Au contraire, j'y trouve une oeuvre dérangeante qui agace peut-être quelquefois mais qui vaut vraiment le détour.
On a toutes les raisons de détester cet Eddie Anderson, golden boy de la publicité, et le réalisateur ne l'épargne pas (un peu maso ce Kazan puisqu'on devine bien qu'il s'y cache derrière ) mais, lentement, à cause d'un itinéraire marqué par la violence émotionnelle, on le trouve de plus en plus attachant. Ce qui ne nous empêche pas de lorgner impunément la sulfureuse Faye Dunaway dans un rôle finement ciselé pour elle (encore ce sacré "womanizer" de Kazan).


Pour être certain qu'on a tous compris qu'Eddie et Elia sont l'unique et la même personne, le réalisateur   nous montre, dans le dernier plan qui précède les crédits,  une image de Douglas souriant qui se métamorphose en celle de Kazan, affublé de son célèbre sourire anatolien
Elia Kazan et son sourire anatolien

Résumé tiré de Mediafilm.ca
Apparemment parvenu au succès dans sa carrière, Eddie Anderson se jette pourtant un jour avec sa voiture sous les roues d'un camion. Il en réchappe et commence une longue convalescence au terme de laquelle il refuse de reprendre son travail. Appelé à New York à cause d'une grave maladie de son père, il y retrouve une jeune maîtresse, Gwen. Eddie rompt avec sa femme pour aller vivre avec Gwen, mais des excentricités de conduite provoquent son internement dans une maison de santé.


mardi 11 septembre 2012

231. Lyne : Fatal Attraction

1001 films : Fatal Attraction
Titre français : Liaison fatale
Fait partie de la liste des 1000 meilleurs films du 20ème siècle
Film américain réalisé en 1987 par Adrian Lyne (1941)
Avec Glenn Close (Alex Forrest), Michael Douglas (Dan Gallagher), Anne Archer (Beth Gallagher), Ellen Hamilton Latzen (Ellen Gallagher, 8 ans - rare présence au cinéma d'une petite fille non déguisée en petite fille)

On sait qu'Adrian Lyne a l'habitude d'en beurrer épais et il ne  nous prive pas de sa tartinade pour ce film, mais il faudrait être de mauvaise foi pour ne pas voir un excellent thriller dans ce Fatal Attraction; probablement parce qu'on a tous, à un moment ou à un autre dans notre vie, joué dans ce film, tant les affres de la dépendance affective sont choses courantes. Impossible dans ces circonstances où le film vient faire une incursion  dans notre mémoire émotionnelle de ne pas sentir poindre les flèches de l'anxiété. Oh la la! calma! la rhétorique.
Des gens sont montés aux barricades du combat contre la misogynie - soyons sérieux, ce film illustre d'abord  la dépendance affective pathologique, qui elle, est bien portante chez les deux sexes.
Comptez sur Lyne pour bousiller son film en nous entraînant, dans les dernières séquences, dans un film d'horreur à la "Friday the 13th". Triste
Glenn Close y joue le rôle de sa carrière - une performance époustouflante dans le rôle d'une "bunny boiler" - je vous laisse le plaisir de découvrir la définition de ce terme qui prend son origine dans ce film.

Un autre film dans le même genre que je préfère est Play Misty for Me (1971) de Clint Eastwood avec Eastwood et Jessica Walter. C'était  le premier film de Eastwood - bien avant que Clint ne se mette à  parler à des chaises vides.
Dans Crimes and Misdemeanors, Woody Allen nous entraîne encore dans ce scénario mais, au grand dam de toute  morale, il trucide la maîtresse dès ses premières velléités de venir briser le cocon familial de son amant. Ce film est un sacré coup de feu dans la morale traditionnelle - on peut faire exécuter quelqu'un sans finalement en éprouver ni remords, ni culpabilité - j'aime.
Tiré des trivia de IMDB : "According to Glenn Close, people still come up to her to tell her "thanks, you saved my marriage!" 

Résumé

Avocat à New York, Dan Gallagher a tout pour être heureux; ce qui ne l'empêche pas de succomber, en l'absence de sa femme, au charme énigmatique d'Alex Forrest, une publicitaire. L'aventure, qu'il croyait sans lendemain, tourne au cauchemar quand Alex se prend d'une passion obsessive pour lui. Lorsqu'il tente de se débarrasser d'elle, Alex terrorise sa famille. Dan est alors obligé de se confier à son épouse, laquelle décide de le supporter malgré tout. Cependant la folie d'Alex devient incontrôlable et dangereuse.

Évaluation Mediafilm : Cote 5. Moyen
Toutes les informations sur le film sur IMDB
Visionné, la première fois, le 9 février 1988 à la télévision à Montréal
Mon 231ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider

lundi 3 septembre 2012

Kazan. Intégrale. 16. America, America

16. America, America

1963.
Avec Stathis Giallelis (Stavros), Frank Wolff, Harry Davis, Elena Karam

Kazan fait un virage à 360 degrés (comme dirait Coluche ou Yvon Deschamps selon votre référent culturel)  et abandonne la fiction pour plonger dans les souvenirs de famille : l'histoire de son oncle qui quitte l'Anatolie, région gréco-arménienne de la Turquie, pour traverser en Amérique.
L'impossibilité de vivre à l'abri des exactions des militaires turcs est le moteur qui initie ce long périple d'un adolescent qui transporte la destinée de sa famille sur son dos.
Le moins qu'on puisse dire c'est que Kazan ne partait pas gagnant avec un film en noir et blanc, joué par des non-professionnels (Giallelis à la limite du supportable) et traitant d'un sujet qui  laissait indifférent ses contemporains... mais il  en était là dans sa vie - son désir de retour au pays de son père.

America, America c'est le surnom donné à Stavros par ses collègues de travail à cause de son obsession à vouloir s'y rendre.

Résumé
En 1896, en Turquie, un jeune Grec, Stavros, rêve d'émigrer aux États-Unis. Il se rend d'abord à Constantinople où tout semble se dresser contre son projet. Un cousin le présente à une famille riche comme un candidat intéressant en vue d'un mariage avec l'aînée des filles. Mais Stavros, toujours hanté par l'Amérique, refuse la vie facile qui lui est offerte. Il profite du passage à Constantinople d'une riche Américaine qui, en retour des faveurs qu'il lui accorde, lui paye son passage vers New York. Menacé de déportation à son arrivée, il parvient à déjouer les officiers de l'immigration et demeure en Amérique.
Évaluation Mediafilm. Cote 2 :  remarquable

lundi 27 août 2012

230. Allen : Hannah and Her Sisters

1001 films : Hannah and Her Sisters
Titre français : Hannah et ses soeurs

Dans la liste des 1000 meilleurs films  du 20ème siècle

Film américain réalisé en 1986 par Woody Allen (1935)
Avec Woody Allen, Mia Farrow, Dianne Wiest, Barbara Hershey, Michael Caine, Carrie Fisher (la princesse Leia de Star Wars), Max von Sydow

Je ne sais pas pour vous mais, pour moi, il me semble que j'aurais préféré faire l'impasse sur notre hypochondriaque préféré (dont j'aime beaucoup la prestation, par ailleurs)  en  le coupant au montage et en ne gardant et développant que le labyrinthe des relations amoureuses de nos trois beautés désespérées. C'était une belle occasion de faire un film de Woody Allen sans Woody Allen.
À  toutes les fois qu'il apparaît à l'écran, on a l'impression d'entrer dans une séquence de stand-up comique complètement dissonant par rapport au drame en développement.
Ne faisons pas trop la bouche fine : j'aime beaucoup ce film en particulier le personnage joué par Michael Caine qui bafouille entre deux relations amoureuses - l'histoire que j'aime dans ce film.
Un grand casting pour cette histoire qu'Allen développe en "feel-good movie". Max von Sydow - encore un clin d'oeil d'Allen à son maître Bergman mais il  me semble sous-employé.

Résumé

Hannah, une actrice, est mariée à un conseiller financier, Elliot, qui se prend d'une passion soudaine pour sa jeune belle-soeur, Lee, compagne d'un peintre misanthrope. L'autre soeur d'Hannah, Holly, poursuit aussi, mais sans succès, une carrière d'actrice, puis y renonce pour se mettre à écrire. Elle soumet ses textes à un ancien producteur de télévision, Mickey, qui a été le premier mari d'Hannah. Elliot a une liaison avec Lee à l'insu d'Hannah, mais cette aventure reste passagère.
Mediafilm. Cote : 2. Remarquable
Toutes les informations sur le film sur IMDB
Visionné, la première fois, le 3 janvier 1988 au cinéma Ouimetoscope à Montréal
Le Ouimetoscope (fondé par Léo-Ernest Ouimet) fut la première salle de cinéma permanente au Canada. Elle fut inaugurée le 1 er janvier 1906 sur la rue Ste-Catherine au coin de la rue Montcalm.

La 2ème mouture du Ouimetoscope que j'ai fréquentée dans les années 1980. 
Sera transformé prochainement en condos de luxe - êtes-vous surpris?
Mon 230ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider

samedi 18 août 2012

Kazan. Intégrale 15. Splendor in the Grass

15. Splendor in the Grass
Titre français: La fièvre dans le sang
1961
Avec Natalie Wood (Deanie), Warren Beatty (Bud), 1ère présence au cinéma, Pat Ingle (Ace Stamper), Barbara Loden (Ginnie), Audrey Christie, Fred Stewart, Zohra Lampert.
Scénario original, oscarisé : William Inge.

Pour commentaires, 
consultez  Blog 40







Résumé

Deux étudiants de "high school", Wilma Dean Loomis et Bud Stamper, s'aiment passionnément. Bud veut à tout prix épouser Wilma Dean, mais son père, un parvenu des années 1920, s'y oppose parce qu'il veut que son fils fasse des études universitaires. C'est le père qui gagne, mais la jeune fille fait une dépression qui la conduit dans un hôpital psychiatrique alors que le garçon perd son temps à l'université. N'ayant plus de nouvelles de son amie, Bud épouse une jeune Italienne. Son père se suicide pendant la crise de 1929. Guérie, Wilma Dean acceptera le mariage de Bud et s'éloignera.

mardi 14 août 2012

229. Brooks : Broadcast News

1001 films : Broadcast News

Film américain réalisé en 1987 par James L. Brooks (1940)

Avec Holly Hunter (Jane), William Hurt (Tom), Albert Brooks (Aaron)

Beaucoup de critiques ont haché menu ce film. Pourtant, après un 4ème visionnement, je continue à beaucoup aimé ce film même si je suis d'accord avec la plupart de ces critiques. Mais, comme j'ai toujours préféré l'approche émotionnelle à l'approche rationnelle quant à l'évaluation des films, ce porte-à-faux se produit régulièrement. Je pense, entre autre, à Terms of Endearment  du même James Brooks, un film à faire brailler dans les chaumières. 
Quand je regarde un film, ce que je sens c'est ce qui compte, l'analyse filmique passe au second rang. Je sais que ce que je sens est vrai et authentique alors que mon analyse...bof...des analyses, il y en a plein les pages de revues de cinéma et des blogs et, en général, je trouve ça plutôt rasoir - assez ennuyant à lire.
Alors Broadcast News. J'aime beaucoup les trois personnages fortement typés et le triangle amoureux qui n'est pas s'en rappeler celui de Crimes and Misdemeanors de Woody Allen, film tourné deux ans plus tard (Vous souvenez-vous de l'intellectuel (joué par Allen) qui se fait voler sa flamme par son frère, belle coquille vide comme Tom?). L'amour n'y retrouve pas ses petits dans ce film où le travail occupe toute la place tant est palpitante cette éternelle course vers les "deadlines".
C'était l'époque où l'anchorman (chef de pupitre?) des journaux télévisés du début de soirée était la prima  donna du réseau : Peter Jennings (décédé en 2005) à ABC, Tom Brokaw à NBC et Dan Rather à CBS. Terminée cette époque; les cotes d'écoute des journaux télévisés sont actuellement en bas de la ligne de flottaison  et plongent de plus en plus vite  vers les abîmes année après année. 

Émouvant : dernière apparition de Peter Jennings à World News Tonight. Il décédera 3 mois plus tard

Deux grands jeux d'acteur par Holly Hunter et William Hurt. Mais, c'est surtout la prestation de ce dernier qui m'a fasciné. Il interprète parfaitement ce "beau gosse, rien dans la tronche" tout en demeurant dans les limites de la crédibilité. 
Un grand frisson quand on pense que nos vies sont manipulées par tous ces guignols de l'information - si c'était comme ça en 1987 - imaginez 2012 - 

Résumé

Réalisatrice de reportages télévisuels, Jane Craig fait la rencontre d'un commentateur sportif, Tom Grunick. Ils passent une soirée à échanger des idées sur leur métier: Jane est intransigeante et imaginative alors que Tom s'avoue être tout le contraire. Or il s'avère que celui-ci vient d'être engagé par la station où travaille Jane. Une relation amoureuse se développe entre eux, même si, professionnellement, Jane préfère encore travailler avec son partenaire de toujours, Aaron Altman. Un flagrant manque d'éthique de la part de Tom remet en question l'attachement qu'éprouve Jane pour lui.
Berlin 1988 : Ours d'argent pour l'actrice Holly Hunter
Évaluation Mediafilm : Cote 4. Bon
Toutes les informations sur le film sur IMDB
Visionné, la première fois, en 1988 au cinéma à Montréal 
Mon 229ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider

vendredi 10 août 2012

Kazan. Intégrale. 14. Wild River

14. Wild River
Titre français : Le fleuve sauvage
1960
Avec Montgomery Clift  (Chuck Glover), Lee Remick (Carol Garth), Jo Van Fleet (Ella Garth)

Grande découverte que ce film difficile à trouver sur le marché.
Contexte du film : La grande époque de la Tennessee Valley Authority (TVA) dont le but était de construire des barrages qui serviraient autant à contrôler les crues des rivières du Tennessee que de produire de l'électricité tout en sortant cette région de la misère des années 30.
Scénario : un agent de la TVA, Chuck Glover, doit convaincre une vieille dame, Ella Garth, de quitter son île avant qu'elle ne soit inondée par la hausse des eaux du fleuve suite à la construction d'un barrage.
Ajouter à cela une histoire d'amour entre Chuck et Carol, la petite-fille d'Ella, la discrimination  raciale en plein essor et des pratiques de lynchage et vous avez un film qui part de tous les côtés mais qui est suffisamment bien ficelé pour faire du sens et nous tenir en haleine du début à la fin.
Grandes prestations de Monty (Montgomery Clift) que j'apprends à aimer de plus en plus et de Lee Remick.
Le moindre que l'on puisse dire c'est que la performance de Monty ne fait pas l'unanimité - on le trouve absent, sans vie, à des km de ce qu'aurait pu donner Brando (acteur pressenti par Kazan mais qui a refusé parce qu'il a juré de ne plus jamais tourner avec Kazan à cause de ses déclarations devant la commission des affaires anti-américaines). Mais c'est justement ce type de prestation qui m'a séduit : ce n'est pas un macho qui vient imposer les position du gouvernement aux pauvres gens du Tennesse mais un être blessé (on ne saura rien de son passé), à la limite de la dépression. C'est d'ailleurs ce qui attire Carol, elle-même une éclopée de la vie et qui tombera amoureuse de Chuck.
Montgomery Clift dans Wild River - un anti-héros fragile

Comment ce film a-t-il pu passer sous les écrans-radar depuis 50 ans?

mardi 24 juillet 2012

Kazan. Intégrale. 13. A Face in the Crowd

13. A face in the Crowd
Titre français : Un homme dans la foule
1957
Avec Andy Griffith (1ère au cinéma) (Lonesome Rhodes), Patricia Neal, Walter Matthau, Lee Remick (1ère au cinéma)
Adapté de la nouvelle The Arkansas Traveler de Budd Schulberg

Kazan s'attaque au monstre médiatique de l'heure - la télévision. En 1957, alors que cet animal commençait seulement à s'inviter dans le salon des foyers québécois, déjà Kazan et Schulberg lance un énorme pavé dans la grande fête de la télé.
En utilisant un pauvre bougre (Lonesome Rhodes)- un hobo d'un bled perdu de l'Amérique - afin d'en faire une machine à manipuler les foules par l'entremise d'une émission télé, Kazan lance une salve majeure contre ce nouveau médium.
Ironique de penser que ce pauvre bougre (Lonesome Rhodes) est interprété par Andy Griffith qui deviendra une des plus grandes personnalités de la télé américaine au cours des décennies suivantes.
Séquence facile mais non moins intéressante : pendant que Lonesome Rhodes descend en ascenseur de ses bureaux perchés au 40ème étage, en parallèle, l'on voit sa dégringolade de popularité auprès de son public en colère qui vient de découvrir que leur héros les manipulait comme un troupeau d'imbéciles qu'ils ne sont pas loin d'être, par  ailleurs.
Kazan, dans son autobiographie Une vie (la plus intéressante autobiographie que j'aie lu à ce jour) dira que ce film était une prémonition de l'accession de Ronald Reagan à la présidence en 1980 : faire d'un médiocre acteur de série B la personnalité la plus importante de la planète pendant 8 ans.






mercredi 18 juillet 2012

228. Malle : Au revoir, les enfants

1001 films : Au revoir, les enfants
Dans la liste des 1000 meilleurs films du 20ème siècle

Film français réalisé en 1987 par Louis Malle (1932-1995)
Avec  Gaspard Manesse (Quentin), Raphaël Fejto (Bonnet),
Francine Racette (la mère de Quentin), Philippe Morier-Genoud (le père Jean)
Scénario basé sur des faits vécus par Louis Malle, à 11 ans, dans un collège qui a abrité des juifs au temps de l'Occupation. Le dénouement du film relève de la fiction.

Attention : déboulonnage de chef-d'oeuvre .
Je suis embêté après avoir revu ce film. Je n'ai pas du tout retrouvé ce qui a pu susciter tant d'emballement de ma part à l'époque et aussi de la part de  la communauté cinéphilique.
Le traitement que Malle fait de la vie en pensionnat n'a vraiment rien d'original. Plusieurs films, dont  Zéro de conduite de Vigo ou If de Lindsay Anderson, pour ne nommer que ceux-là, avaient déjà, avec une approche moins académique, traité de ce sujet avec brio. Malle n'apporte rien de nouveau. Quant à la question de l'utilisation des pensionnats catholiques pour y cacher des jeunes de la communauté juive pendant l'Occupation, je suppose que ça méritait d'être le sujet d'un film. Mais n'y a-t-il pas une certaine complaisance dans ce film envers une image surannée de "vieille France"? Malle n'évite pas le piège de la nostalgie. Comme si le passé, comme c'est le cas pour tous les souvenirs d'enfance, était remaquillé.  Il faut dire que c'est souvent le cas pour les sujets autobiographiques sur lesquels les auteurs ont tendance à manquer de distance critique.
C'est vrai qu'il est difficile pour un Québécois qui a vécu son enfance dans les années 50 et 60 de voir dans ces images de pensionnat des moments heureux tant les abus sexuels qu'ont subis des dizaines de milliers de jeunes Québécois de la part de religieux catholiques dans ces types de pensionnat (et les dossiers sont loin d'être clos) en ont fait des lieux maudits. Ces pratiques ont été reconnus dans de nombreux pays : Canada, États-Unis, Pays-Bas, Irlande...en fait, dans tous les endroits où il y avait des religieux catholiques, on devait retrouver ce type de délinquance - quid de la France?
Vaut le détour : la séquence dans le restaurant où le jeune Quentin découvre l'antisémitisme. On pourrait ressentir une petite gêne, quand même, dans cette scène où les méchants sont les milices françaises et les gentils sont les soldats allemands, mais c'est cette ambiguïté qui donne toute la force à cette scène.
Le point d'orgue du film qui a bluffé les critiques : la dénonciation, par inadvertance, de Bonnet par Quentin - un regard qui conduit au camp de la mort.

Francine Racette qui joue le rôle de la mère de Quentin, épouse de Donald Sutherland, est née à quelques rues de chez-moi à peu près à la même époque. N'a joué que dans 4 films dont celui-ci était le dernier.

Anachronisme. Ce volume, Le parfum de la dame en noir de Gaston Leroux, que Quentin trouve dans les affaires de Bonnet n'a été publié, dans la collection de la Bibliothèque verte (collection chérie de mon enfance), qu'en 1949.

Résumé de Mediafilm.

À la fin de 1943, trois nouveaux élèves arrivent dans un pensionnat religieux et leur venue suscite de la curiosité chez leurs camarades. Le jeune Quentin est dans la même classe que l'un d'eux, Bonnet, et se trouve être son voisin de dortoir. Il remarque chez lui des comportements inhabituels et en vient à découvrir qu'il s'agit d'un jeune Juif que le père supérieur a accepté sous un faux nom pour le soustraire aux recherches allemandes. Quentin devient peu à peu le meilleur ami de Bonnet. 
Festival de Venise 1987 : Cinq prix dont le Lion d'or.
Césars 1988 : Sept prix dont ceux de meilleur film et de meilleur réalisation
Évaluation de Mediafilm : Cote 2. Remarquable
Toutes les informations sur le film sur IMDB
Visionné, la première fois, le 28 décembre 1987 au cinéma de la Place Charest à Québec
Cinéma disparu était situé dans le quartier St-Roch à Québec, le quartier de mes origines, le plus pauvre de Québec lorsque j'y suis né. Transformé depuis quelque temps par le phénomène de la gentrification (embourgeoisement). Nouveau vocable : Nouvo St-Roch. (Misère!)
Mon 228ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider

jeudi 5 juillet 2012

Kazan. Intégrale 12. Baby Doll


12. Baby Doll
Titre français : La poupée de chair (quelle horrible traduction!!!)
Réalisé en 1956
Avec Carroll Baker (Baby Doll), Karl Malden (Archie Lee), Eli Wallach (Silva Vaccaro)
Scénario : Un montage de deux pièces de Tennesse Williams

À voir pour la performance de Carroll Baker, dans un rôle de jeune nymphette qui se balade courtement vêtue. Ceci a attiré les foudres, entre autre, du cardinal Spellman, archevêque de New York qui, du haut de sa chaire, le 16 décembre 1956, envoya le film de Kazan aux géhennes. S’ensuivit une campagne de boycottage à l'échelle de la nation qui bousilla définitivement le film  au box-office... ce qui  n'en fallait pas moins pour faire de ce film mineur, un film un peu culte qu'on retrouvera sur des listes prestigieuses, ex. Les films de ma vie de François Truffaut.
Spellman n'a jamais vu le film mais il n'était pas capable de supporter cette affiche sur Times Square où l'on voyait Baby Doll, jeune lolita, en tenue légère, recroquevillée dans un lit de bébé et suçant son pouce. En fait, c'est une sacré bombe érotique qui s'étale en plein Manhattan. On dit que Kazan n'avait pas été sensible à cet élément d'érotisme infantile que Vladimir Nabokov a décrit dans son roman Lolita, sortie l'année précédente.

On ne fait pas mieux en représentation de Lolita

Lieu de tournage : Kazan démontre encore  une fois (ses pourfendeurs depuis 60 ans ne pourraient-ils pas sortir de leur dogmatisme aveugle (pléonasme) une seule fois pour constater que Kazan est un des réalisateurs les progressistes de cette époque) sa perspicacité pour identifier les problèmes majeurs de la société américaine. Ici, il tourne dans une petite ville du Mississippi, Benoit. Il fait participer les Noirs, tour à tour coryphées se moquant des personnages du film, ou bien insérant des éléments de leur culture, en contrepoint de l'action : une Noire qui chante I Shall Not Be Moved, protest song remontant aux temps de l'esclavage et qui deviendra un des hymnes des mouvements de libération noire des années 60.
Cocasserie : Je me souviens que dans les années 60 un vêtement de nuit  pour les filles était devenu très populaire, on l'appelait "baby doll". Cette appelation provenait, de fait, du film de Kazan dans lequel Carroll Baker porte ce type de vêtement.
Résumé de Mediafilm
"Une femme-enfant a épousé un homme de deux fois son âge en exigeant que le mariage ne soit consommé que le soir de ses vingt ans. La discorde règne dans le ménage. Le mari, exaspéré, voit son entreprise d'égrenage de coton péricliter depuis qu'un Sicilien dirige la coopérative. Par vengeance, il incendie les entrepôts de son rival. Celui-ci soupçonne l'auteur du méfait, se rend chez lui et entreprend habilement, à la faveur de la solitude, de séduire sa femme pour mieux lui extorquer un aveu par écrit. Le mari, fou de colère, veut tuer le couple à son retour. Il sera arrêté, le Sicilien s'éloignera et la femme-enfant devenue adulte, restera seule, le soir de ses vingt ans."