jeudi 28 avril 2011

Intégrale Kurosawa. 21ème film : Sanjuro

Ving-et-unième film de l'intégrale de Kurosawa

Tsubaki Sanjûrô, (Sanjuro), sorti le 1er janvier 1962
Avec Toshiro Mifune, Tatsuya Nakadai, Yuzo Kayama, Takeshi Shimura

Kurosawa et Mifune s'amusent dans cette suite de Yojimbo.
Le ronin (je le dis pour la dernière fois, un ronin est un samouraï qui n'est plus à l'emploi d'un chef de clan, because trucidé ou autre erreur de parcours, il est une sorte de mercenaire qui défend la veuve et l'orphelin) redresseur de torts revient donner des leçons de vie (gros message de notre mercenaire : il ne faut pas se fier aux apparences) à neuf apprentis-samouraïs  dont la propension  à se mettre les pieds dans les plats n'a d'égale que leur naïveté.
On voit bien que Leone s'est inspiré du personnage de Mifune pour développer celui de Eastwood dans ses 2 premiers "spaghetti". Ces deux-là ont la même condescendance (pas sûr que ce soit le bon mot) désabusée vis-à-vis tous les protagonistes du drame. Ils s'amusent à leur casser les pieds à tous.
À voir, le plus cours duel de l'histoire du western (américain, spaghetti, nouille ou sushi) avec comme point d'orgue un geyser d'hémoglobine - effrayant ou hilarant - Kuro. en fait peut-être  un peu trop.

Les femmes et Kurosawa. On connaît sa propension à leur donner le beau rôle. Ses femmes sont toutes formidables et pas d'exception pour ce film. Même notre maître samouraï en prend pour son rhume. N'ont-elles pas le dernier mot : la force d'un samouraï réside en sa capacité à garder sa lame dans son fourreau - chercher l'allusion, c'est la trouver.

mardi 26 avril 2011

203. Lubitsch : Ninotchka

1001 films de Schneider : Ninotchka


Film américain réalisé en 1939 par Ernst Lubitsch (1892-1947)
Avec Greta Garbo, Melvyn Douglas, Ina Claire, Bela Lugosi, Sig Ruman, Felix Bressart, Alexander Granach

Greta Garbo Laughs, disait la pub du film.
Un des rares rôles comiques tenu par la Suédoise lors de son avant-dernier film. On se rappelle que MGM avait utilisé un slogan semblable lors de la sortie du premier film parlant de Garbo, Anna Christie (1930), Garbo Talks.
Ce qui saute aux yeux, c'est à quel  point la critique du système soviétique était à point. Évidemment, pendant les 30 années  suivantes, on n'y a vu que de l'anticommunisme primaire stéréotypé et de la propagande américaine jusqu'à ce qu'on découvre la vraie figure de ce régime totalitaire. Si on en doute encore, on  peut toujours jeter un oeil sur Le livre noir du communisme, publié en 1997, dont les auteurs sont sûrement à la solde des impérialistes américains, diraient nos camarades de l'ex-PCF.
Quelque temps avant la sortie de Ninotchka, André  Gide sonnait la fin de la récréation communiste dans son  Retour de l'U.R.S.S.
"Au début des années 1930, il s'intéresse au communisme, s'enthousiasmant pour l'expérience soviétique, mais désillusionné par son voyage sur place en été 1936, il publie son témoignage la même année, Retour de l'U.R.S.S., qui lui vaut les attaques haineuses des communistes. Il persiste cependant dans sa dénonciation du totalitarisme soviétique au moment des procès de Moscou et s'engage, parallèlement, dans le combat des intellectuels contre le fascisme." Wikipédia.
« Du haut en bas de l'échelle sociale reformée, les mieux notés sont les plus serviles, les plus lâches, les plus inclinés, les plus vils. Tous ceux dont le front se redresse sont fauchés ou déportés l'un après l'autre. Peut-être l'armée rouge reste-t-elle un peu à l'abri ? Espérons-le ; car bientôt, de cet héroïque et admirable peuple qui méritait si bien notre amour, il ne restera plus que des bourreaux, des profiteurs et des victimes." André Gide.
Retour de l'U.R.S.S. est accessible sur Gutenberg.

L'agent soviétique Garbo n'a pas encore rencontré les joies du capitalisme enchanté.

Voilà, c'est fait!

Ce n'est qu'à la 45ème minute que Garbo s'esclaffe. Curieusement c'est à ce moment que je commence à perdre un peu d'intérêt; on tombe dans la comédie de sexe assez convenue. Le film  s'alanguit, on pédale un peu dans la semoule. J'avais beaucoup aimé la première partie, avec le trio d'espions, pendant soviétique des Trois Stooges dont l'un  ressemble à Lénine et un autre à Trosky. 
Toutes les scènes de Paris ont été tournées en studio. On peut aimer, moi pas; je pense particulièrement à la Tour Effeil en carton. La reconstitution en studio m'a toujours enragé. Comment a-t'on pu attendre tant de temps (des décennies) avant de tourner en  décor naturel? Y a pire que ce Paris bidon, je pense, entre autre,  au  film de Alexander Korda, Rembrandt, que j'ai vu la semaine dernière - Amsterdam reconstruit en studio - c'est à hurler. On peut y trouver du génie (je  pense à l'esthétique expressionniste) mais moi je préfère le génie du décor naturel.
Ce n'est pas mon Garbo préféré. À des lieues de Queen Christina (1933) de Robert Mamoulian mais c'est du Lubitsch, on s'amuse quand même

Évaluation IMDB : 7,9 sur 10 par 7 355 votants
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Visionné, la première fois, le 1er février 1985 à la télévision à Montréal.
Mon 203ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider

jeudi 21 avril 2011

Intégrale Kurosawa. 20ème film : Le garde du corps

Vingtième film de l'intégrale Kurosawa

Yôjinbô (Le garde du corps) (The Body Guard) sorti le 25 avril 1961
Avec Toshiro Mifune, Kamatari Fujiwara, Eijiro Tono, Takshi Shimura,  Isuzu Yamada

Sergio Leone s'est inspiré ou plutôt a carrément copié ce film pour produire Pour une poignée de dollars.
Permettez-moi de citer Wikipédia, une fois n'est pas coutume : 
"Ce film est un plagiat du film de Kurosawa. Les producteurs, qui n’avaient pas prévu que le film remporterait un si grand succès sur la scène internationale, ont négligé de négocier les droits de Yojimbo pour le monde entier. Un procès a retardé la sortie du film aux États-Unis (1966), à l’issue duquel Kurosawa s’est vu accorder les droits du film pour l’exploitation au Japon." 
C'est ce qui explique qu'on ne retrouve pas les noms de Leone et de Eastwood dans les crédits, du moins dans les anciennes versions. 
La mise en scène du film de Kurosawa m'a maintenu dans une confusion terrible pendant presque la moitié du film. Je n'arrivais pas à reconnaître les différents protagonistes sauf évidemment le personnage joué par Mifune (Eastwood dans le film de Leone). Ajoutons à cela ma difficulté à comprendre l'enjeu de la guerre entre les deux clans et vous avez un cinéphile qui commence à se demander si son disque dur n'aurait pas besoin d'un reformattage. 

lundi 18 avril 2011

Intégrale Kurosawa. 19ème film : Les salauds dorment en paix

Dix-neuvième film de l'intégrale Kurosawa

Warui yatsu hodo yoku nemuru (Les salauds dorment en paix) (The Bad Sleep Well) sorti le 4 septembre 1960.
Avec Toshiro Mifune, Masayuki Mori, Kyôko Kagawa, Tatsuya Mihashi, Takshi Shimura

Premier film des Productions Kurosawa.
Kurosawa veut encore faire (L'ange ivre, Le chien enragé, Scandale) dans le journalisme d'enquête. Il se donne une nouvelle mission, celle  d'alerter le public sur la corruption qui règne dans les sphères gouvernementales. Il dira à ce sujet que ce film arrive trop tôt tant la corruption se généralisera dans les décennies suivantes.

Ce film, c'est l''histoire d'un justicier (Mifune) qui sombre graduellement  dans le ressentiment et dans la vengeance aveugle corrompant ainsi la mission de redresseur de torts qu'il s'était donné. Il se retrouve, ainsi, à la  fin du drame après quelques passages malheureusement mélodramatiques, à rejoindre le groupe des salauds qui dorment en paix; à la seule différence que, pour lui, c'est la paix éternelle.

Morceau d'anthologie : La première séquence, celle du banquet de noces, qui  dure 20 minutes, est tout simplement un grand exploit de mise en scène et de jeux de caméra.  À voir et à revoir pour en comprendre toute la complexité.



samedi 9 avril 2011

Intégrale Kurosawa. 18ème film : La forteresse cachée

Dix-huitième film de l'intégrale Kurosawa

Kakushi -toride no san-akunin  (La forteresse cachée) (The Hidden Fortress), sorti le 28 décembre 1958

Avec Toshiro Mifune, Misa Uehara, Minoru Chiaki, Kamatari Fujiwara

Quel grand film! J'ose ce sacrilège :  à classer à  côté de Les sept samouraïs et Rashomon.

Une histoire racontée par deux personnages un peu à côté de la trame dramatique principale (et un peu cloche aussi), une princesse en fuite, déguisée pour passer incognito et un samouraï pour la protéger. Lucas s'empare de ces personnages et les transportent 1000 ans plus tard et on a Star Wars. Lucas est un passionné de Kurosawa à qui il a fait cet énorme emprunt.
Par ailleurs, Kurosawa empruntera à John Ford, dont il est un grand admirateur, ses grands mouvements de caméra dans des paysages désertiques et il en fera les dernières séquences de La forteresse cachée.
Un autre grand personnage féminin interprété magistralement par Misa Uehara (courte carrière entre 1958 et 1960 : 8 films dont celui-ci était le premier).

vendredi 8 avril 2011

202. Forman : Amadeus

1001 films de Schneider : Amadeus

Fait partie de la liste des 1000 meilleurs films du 20ème siècle

Film américain réalisé en 1984 par Milos Forman (1932)
Avec Tom Hulce, F. Murray Abraham, Elizabeth Berridge, Roy Dotrice, Jeffrey Jones

Jusqu'à 40 ans, que j'ai haî l'opéra. Sauf pour quelques moments comme, par exemple, La flûte enchantée de Mozart (la porte d'entrée pour l'Opéra) par Bergman, je n'avais aucun intérêt pour cet art archaïque . N'étais pas capable de supporter les aigus  des Castafiore, ni les voix sépulcrales des basses sans parler des prestations des surpondérales jouant les faméliques affamées d'une quelconque Bohème ou Traviata. Pour moi, à l'évidence, l'opéra m'apparaissait  un art pour vieux bourgeois; je sais, j'y  suis maintenant abonné, yes!  Pour bourgeois, c'est probable mais pour les vieux, certainement, certains soirs de représentation la moyenne d'âge doit frôler les 98 ans.
Puis, un soir de Noël de 1984, arrive Amadeus, film adapté d'une pièce de théâtre éponyme de Peter Shaffer. Les portes s'ouvrent, quelques murs tombent, une émotion est semée, l'opéra s'introduira lentement dans mon univers musical. Comment ne pas être transporté par les séquences de Don Giovanni ou de Die  Zauberflöte! J'ai revu plusieurs fois ce film  pas tellement pour la trame dramatique que pour la musique et les extraits des opéras; la finale de Le Nozze di Figaro est troublante, Salieri dirait divine.
Va pour la musique mais la prestation théâtrale? Eh bien, l'opéra a rajeuni de 100 ans en moins de 20 ans. Pensons seulement à la mise en scène de L'or du Rhin de Robert Lepage au Metropolitan Opera de New York 
ou encore à la prestation de Salomé à l'opéra de Montréal en mars 2011 où l'interprète de celle-ci, après la fameuse danse des sept voiles, apparaît avec pour seul vêtement, un string...belle Nicola Beller Carbone 
La flûte enchantée de Bergman puis Amadeus de Forman; se donner une chance d'aimer l'opéra.
Trois heures (Director's Cut) de pur plaisir que cet Amadeus si on oublie le rire de crécerelle de Tom Hulce qui me tombe royalement sur les rognons (expression favorite de ma mère) et qui n'a aucun fondement historique comme beaucoup des éléments de ce drame. Mais une belle histoire qui repose toute sur la dichotomie entre l'homme et l'oeuvre. Cette dichotomie qui est toujours un grand choc  quand, au sortir de nos adolescences passionnées, nous découvrons que l'homme qui porte l'oeuvre la mérite peu, comme dirait Salieri (je pense, entre autres, à Godard, Dylan, Ferré).
Neville Mariner à la direction d'orchestre, Twyla Tharp à la chorégraphie, costumes et décors somptueux avec, en prime, les rues de Prague et la salle d'opéra où Mozart a présenté son Don Giovanni - n'en jetez plus.

Oscar 1985 : huit statuettes pour, entre autres, meilleur film, meilleur réalisateur et meilleur acteur pour F. Murray Abraham.
César 1985 : meilleur film étranger
Évaluation IMDB : 8,4 sur 10 par 107 065 votants
Au 84ème rang des meilleurs films de tous les temps selon les votants de IMDB
Toutes les informations sur le film sur IMDB 
Visionné, la première fois, le 25 décembre 1984 au cinéma Le Dauphin à Montréal
Mon 202ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider