lundi 17 janvier 2011

Intégrale Kurosawa. 11ème film : Rashômon

Onzième film de l'intégrale Kurosawa

Rashômon, sorti le 24 août 1950
Avec Toshiro Mifune, Takashi Shimura, Masayuki Mori, Machiko Kyo

La caméra de Kurosawa dans la forêt est un poème. Chaque visionnement accroît la jouissance.

Dans le top 100 des 1000 meilleurs films du 20ème siècle. Le premier chef d'oeuvre dans la carrière de Kurosawa et le début d'une longue incursion dans la période féodale - période féconde pour Kurosawa d'où il tirera encore plusieurs chefs-d'oeuvre.
Vérités et mensonges. L'âme humaine est-elle foncièrement liée au mal? s'interroge le prêtre, témoin de différents discours contradictoires  sur le meurtre d'un samouraï. Ce n'est qu'in extremis, à la fin du film, par le geste d'un bûcheron qui prendra un nourrisson abandonné sous sa tutelle, qu'il pourra garder un frêle espoir dans la condition humaine.
Autre interprétation possible, que je pense probable, de ce scénario inspiré de l'oeuvre de Ryunosuke  Akutagawa ( 1882-1927) : la vérité n'est pas une. Le sujet modifie l'objet (phénomène connu en recherche expérimentale). Une même réalité observée par trois personnes différentes (le samurai, sa femme et le bûcheron) produit trois perceptions différentes - trois réalités différentes.
En fait, un discours philosophique sur la subjectivité que ce film.
En gagnant le Lion d'or au festival de Venise en 1951, le cinéma japonais faisait son entrée en Occident.

9 commentaires:

  1. A voir absolument!
    Dans ce film, il est sûr que la vérité n'en est pas une! Je pense qu'avec cette oeuvre il nous faut même aller plus loin: la vérité est-ekke tout court? Car bien que toute les versions soient fortement plausibles, cela nous fait douter qu'une seule soit finalement celle qui est vraiment arrivée. D'où le doute d'un des personnages: "J'ai vu quelque chose pire que tout, pire que la guerre, etc..." (je ne me souviens plus exactement, mais le fond est là).
    Donc pire que tout: il n'y aurait pas de vérité, tout ne serait que mensonge, ou illusion. Comment donner un sens à va vie?
    Grandiose! Définitivement à voir avant de mourir!
    Petite note de fin: à chaque fois que je vois un film japonais (ou presque), je me dis que l'occident est loin derrière...

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  2. L'alliance de la richesse du propos et de la beauté époustouflante de la forme en font un admirable chef-d'oeuvre du 7e art, en effet. Et je ne peux qu'agréer le post-scriptum de Phap, l'occident n'a pas (ou plus) cette «hauteur de vue» orientale, ça n'est d'ailleurs pas Tarkovski qui me contredirait... Malheureusement la «modernité» occidentale gagne tous les domaines, et l'âge d'or du cinéma asiatique semble bien révolu... Même si aujourd'hui encore (en Corée par exemple) il conserve une vitalité là aussi sans commune mesure avec notre cinéma occidental moribond!

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  3. Je ne suis pas particulièrement friand de ces grandes généralisations Orient vs Occident. Parlons plutôt de cinématographies nationales qui ont, à tour de rôle, leur période de grandeur et de décadence.

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  4. Tu touches au Saint des Saints avec ce film mon cher. Je lui voue une passion quasi irrationnelle. Avec "Andreï Roublev" et "La règle du jeu" mon podium inébranlable !

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  5. "Ce n'est qu'in extremis, à la fin du film, par le geste d'un bûcheron qui prendra un nourrisson abandonné sous sa tutelle, qu'il pourra garder un frêle espoir dans la condition humaine."
    Et si le bûcheron avait menti. Il n'a peut être aucun gosse. On basculerait dans la noirceur la plus complète...

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  6. En effet, pourquoi pas? Mais je suis plutôt optimiste de nature - un peu naïf par moment - comme le prêtre ou comme Camus quand il dit : "Il faut imaginer Sisyphe heureux"
    Par ailleurs, il existe un cinéma japonais après Kurosawa, je l'ai vu hier soir, Hana-bi de Takeshi Kitano.

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  7. Il est vrai que je m'enflamme peut-être – excusez mon ardeur. Et vous avez raison, opposer de la sorte orient et occident est réducteur, il y a avant tout des auteurs, et en tout premier lieu des oeuvres.

    @ Emmanuel : très joli podium! Et j'aime ce que vous dites sur le lien presque irrationnel qui vous unit à Rashômon, je crois pouvoir dire que c'est aussi mon cas...

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