mercredi 26 janvier 2011

196. Besson : Le dernier combat

1001 films de Schneider : Le dernier combat

Présent sur une seule des dix-neuf  listes compilées pour faire la liste des 1000 meilleurs films du 20ème siècle

Film français réalisé en 1983 par Luc Besson (1959)
Avec Pierre Jolivert, Jean Reno, Jean Bouise

La critique de cinéma, celle que j'aime.
Exemple.
À propos de ce premier film de Besson :
"En oubliant volontairement une grande partie du film dans la salle de montage, on découvrirait certainement la matière d'un court-métrage acceptable." Et vlan, dans les dents!
Vincent Ostria, Cahiers du cinéma 347, mai 1983.
Bon, d'accord, c'est largement  exagéré; mais  j'aime ce type de critique qui laisse déborder l'émotion. Je lis rarement des critiques de film parce que la plupart m'ennuie - toujours la même mouture : résumé, casting, caméra et réalisation, tout ça dit dans un français bien emballé, sans émotions, sans surprises. On  aimerait savoir qui parle, qui a vu ce film, comment cette personne l'a reçu, etc. 
C'est pour cela que j'ai tant aimé les Cahiers du cinéma à une certaine époque, que j'aime Jean-Louis Bory, le britannique David Thomson, la regrettée Pauline Kael et, pour cela aussi, que j'aimais Robert Lévesque quand il était critique de théâtre au quotidien Le Devoir; moi qui n'allais jamais au théâtre, je me régalais de la lecture de ses critiques.

Ah oui! le premier Besson. Bon, ben, ça se regarde.
Quelques remarques enregistrées pendant le film :
La suite logique du Week-end de Godard, heureusement, sans la logorrhée godardienne.
Un des nombreux films sur la vie après Armageddon - il y a toujours, sans qu'on sache trop pourquoi, quelques survivants qui se dépêchent de retourner ventre-à-terre chez leurs cousins du Néandertal
Silencieux pour silencieux, je préfère L’ile nue de Kaneto Shindo

Évaluation IMDB : 6,9 sur 10 par 2275 votants
Toutes les informations sur le film sur IMDB
Visionné, la première fois, le 1er mars 1984 au cinéma Outremont à Montréal
Mon 196ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider

lundi 24 janvier 2011

195. Coppola : The Conversation

1001  films de Schneider : The Conversation
Titre français : Conversation secrète

Film américain réalisé en 1974 par Francis Ford Coppola (1939)
Avec Gene Hackman, John Cazale, Harrison Ford, Teri Garr

Après le premier plan séquence constitué d'un long zoom sur deux personnes circulant dans le parc Union Square de San Francisco, on s'attend à un déroulement à la Hitchcock.
Tourné  au moment du Watergate, on s'attend à un thriller politique qui mettra en scène toute la quincaillerie de l'espionnage électronique.
Il faut survivre à ces deux déceptions et accepter qu'on sera en présence d'un film plus intimiste qui tourne un peu dans le vide à partir de la  longue séquence dans le loft du protagoniste principal, interprété par Gene Hackman, mais qui, heureusement, se rattrape vers la fin. On a l'impression d'un grand surplace entre le moment où Hackman réussit à capter une phrase incriminante et le dénouement final.
J'aurais aimé  un peu plus de développement à propos de la vie privée de ce "loner" catho intégriste. Il y avait une piste intéressante de ce côté - l'éviter appauvrit le  film selon mon opinion.
Mais j'aime bien, quand même, ce film. Touchant, cet enfermement qu'est la vie du personnage principal - sa paranoïa nourrie par son boulot d'écouteur et qui le coupe de toute relation affective.

Je déteste ce type d'incohérence : au Congrès sur la sécurité, un des exposants fait un cadeau au personnage principal en lui mettant un stylo dans la poche de son veston - on se doute bien qu'il y a un micro dans ce stylo mais pas Harry, le plus grand spécialiste de l'heure de l'écoute électronique. Ça me rappelle Da Vinci Code quand  le plus grand spécialiste mondial du déchiffrement est incapable de déchiffrer un code qui est tout simplement deux mots écrits à l'envers; code que j'utilisais souvent dans les jeux de mon enfance.

Qui  pouvait se douter que cette tête de freluquet allait devenir une icône du cinéma américain des années 1980-1990?

Cannes 1974 : la palme d'or
Évaluation IMDB : 8,0 sur 10 par 34 810 votants
Toutes les informations sur le film sur IMDB et une analyse sur dvdclassik
Visionné, la première fois, le 16 janvier 1984 à la télévision à Outremont
Mon 195ème film visionné de la liste des 1001 films de Schneider

jeudi 20 janvier 2011

Intégrale Kurosawa. 12ème film : L'Idiot

Douzième film de l'intégrale Kurosawa

Hakuchi (L'idiot) sorti le 23 mai 1951
Masayuki Mori (L'idiot), Toshiro Mifune, Setsuko Hara, Takashi Shimura, Yoshiko Kuga

Il y a une dizaine d'années, j'avais commencé la lecture de L'idiot de Dostoievski; lecture passionnante qui s'enlisa rapidement dans la difficulté de me retrouver dans l'imbroglio des noms des personnages, tant et si  bien que je renonçai à poursuivre après une centaine de pages. La prochaine fois, rédaction d'un index des noms.
Kurosawa a transporté l'action de L'idiot dans l'immédiat après-guerre. Le héros, Kameda l'équivalent du prince Mychkine dans le roman de Dostoievski, revient d'un camp de prisonnier dans sa ville, Sapporo, située sur l'île d'Hokkaïdo. Film de la production de Kurosawa qu'on l'on traite négligemment, à tort.
À la décharge du réalisateur, il faut savoir que la maison de production a charcuté cette oeuvre, la faisant passé de 4h.30 à 2h.40 - ce qui fait comprendre les lacunes au niveau de la construction de l'histoire.

C'est le prêtre de Rashômon qui serait heureux de rencontrer ce Kameda - l'idiot - figure christique  :  le monde peut encore produire de la bonté.
J'aime beaucoup ce film, injustement sous-estimé. Il faut dire qu'il se trouve entouré de Rashomon, Ikiru et Les sept Samouraïs (excusez du peu).
Un chef d'oeuvre de réalisation et de caméra - la très longue séquence du party d'anniversaire de Taeko Nasu, interprétée par la muse de Ozu, la grande Setsuko Hara (dans Je ne regrette pas ma jeunesse de Kurosawa), qui mit un terme à sa carrière à 43 ans après la mort de Ozu.
À la sortie, ce film rencontra un échec tant au niveau populaire qu'au niveau de la  critique. Donald Richie, le célèbre exégète de Kurosawa, en sans pitié pour ce film. Il lui reproche, entre un million d'autres choses, de faire une transcription  servile de l'oeuvre de Dostoievski.  Il en serait ainsi, il  n'y aurait pas de quoi monter aux barricades comme il  le fait.
J'aime ce film et son 2ème  visionnement n'a fait qu'accroître mon plaisir.
Jamais vu autant de neige au cinéma sauf peut-être dans le film québécois La vie heureuse de Léopold Z de Gilles Carle - un grand classique du cinéma québécois, que vous pouvez visionner sur dailymotion - amis Français, attention, accent québécois à casser des briques.

lundi 17 janvier 2011

Intégrale Kurosawa. 11ème film : Rashômon

Onzième film de l'intégrale Kurosawa

Rashômon, sorti le 24 août 1950
Avec Toshiro Mifune, Takashi Shimura, Masayuki Mori, Machiko Kyo

La caméra de Kurosawa dans la forêt est un poème. Chaque visionnement accroît la jouissance.

Dans le top 100 des 1000 meilleurs films du 20ème siècle. Le premier chef d'oeuvre dans la carrière de Kurosawa et le début d'une longue incursion dans la période féodale - période féconde pour Kurosawa d'où il tirera encore plusieurs chefs-d'oeuvre.
Vérités et mensonges. L'âme humaine est-elle foncièrement liée au mal? s'interroge le prêtre, témoin de différents discours contradictoires  sur le meurtre d'un samouraï. Ce n'est qu'in extremis, à la fin du film, par le geste d'un bûcheron qui prendra un nourrisson abandonné sous sa tutelle, qu'il pourra garder un frêle espoir dans la condition humaine.
Autre interprétation possible, que je pense probable, de ce scénario inspiré de l'oeuvre de Ryunosuke  Akutagawa ( 1882-1927) : la vérité n'est pas une. Le sujet modifie l'objet (phénomène connu en recherche expérimentale). Une même réalité observée par trois personnes différentes (le samurai, sa femme et le bûcheron) produit trois perceptions différentes - trois réalités différentes.
En fait, un discours philosophique sur la subjectivité que ce film.
En gagnant le Lion d'or au festival de Venise en 1951, le cinéma japonais faisait son entrée en Occident.

mercredi 12 janvier 2011

194. Scott : Blade Runner

1001 films : Blade Runner
Dans la liste des 1000 meilleurs films du 20ème siècle
Top 100

Film américain réalisé en 1982 par Ridley Scott (1937)
Avec Harrison Ford, Rutger Hauer, Sean Young, Daryl Hannah,


On  ne chipotera pas, un des plus grands films de science-fiction de l'histoire du cinéma. Pas l'intention d'analyser ce film (pour une excellente analyse, visitez dvdclassik). Prenons acte de ce chef d'oeuvre et ouvrons  une autre perspective.
L'action se passe à Los Angeles  en  2019. L'auteur du livre (Do Androids Dream of Electric Sheep?) dont a été tiré le scénario de Blade Runner, Philip K. Dick, avait prévu, dans son livre écrit en 1957, un désastre écologique pour Los Angeles en 1992.
Par une sorte d'égocentrisme que chaque génération développe, on pense toujours qu'après nous, eh bien, c'est l'apocalypse. Me rappelle à l'adolescence (je parle de la fin des années 60), des copines qui ne voulaient pas avoir d'enfants parce qu'elles trouvaient qu'il était tout à fait irresponsable de mettre au monde des enfants dans un monde qui croulerait, bientôt, sous les retombées radioactives. Merde,  comme on nous a fait peur avec cette sacrée bombe atomique qui n'a été utilisée que deux fois, il y a plus de 65 ans. Idem avec le réchauffement climatique (heureusement, il y avait 1 km de glace sur Montréal il y a 10 000 ans), la pollution atmosphérique (l'air est plus pur à Montréal qu'il y a un siècle!!!), le capitalisme dont on prédit l'implosion depuis le grand rêve rouge...et tous les vilains qui attendent en ligne pour faire les choux gras des média - parce qu'il n'est souvent, hélas, que de cela.
Encore un film de science-fiction qui se plante au domaine de la prospective. Ils y passent tous. Je n'en connais pas qui réussissent à faire des prédictions qui sont en deçà de la réalité. Ils sont tous très pressés de nous balancer l'apocalypse à tire-larigot (Le meilleur des mondes ou 1984) ou bien de nous reconnaître un savoir technologique qu'il nous prendra encore des décennies à atteindre (2001, Odyssée de l'espace).

Bien sûr que j'aime ce film. Son côté glauque n'est pas le moindre de ses attraits - un film noir. Cette pluie permanente dans l'obscurité continue éclairée par d'immenses billboards à la japonaise dans une mégapole surpeuplée nous fait vivre une grande expérience esthétique. Un film qui n'a pas pris une ride. 

À propos de la critique ou de l'analyse de film, j'aime bien cette perception, que je fais mienne, du grand critique américain Roger Ebert : "You're not talking about the truth. You're not saying this is what happen. You're saying this is what happen to me". On ne peut pas mieux résumer l'esprit de ce blog que je nourris depuis quatre ans.
Pouvez-vous croire que, cette année-là, Blade Runner ne remporta aucun Oscar et ne fut même pas en nomination pour le meilleur film alors Gandhi remporta 8 Oscars dont celui du meilleur film? C'est vous dire à quel point Blade Runner était en avance sur son temps.
M
Évaluation IMDB : 8,3 sur 10 par 193 219 votants.
Au 116ème rang des meilleurs films de tous les temps selon les votants de IMDB
Toutes les informations sur IMDB et sur Wikipédia
Visionné, la première fois, en 1983, au cinéma Outremont à Montréal
Mon 194ème film visionné de la liste des 1001 films de Schneider

dimanche 9 janvier 2011

Intégrale Kurosawa. 10ème film : Scandale

Dixième film de l'intégrale de Kurosawa

Shûbun (Scandale) sorti le 30 avril 1950
Avec Toshiro Mifune, Takashi Shimura, Yoskiko Yamaguchi, Yôko Katsuragi

Drôle de film.
On a l'impression que Kurosawa a modifié son scénario en cours de route. Pour comprendre cette attitude il faut savoir que Kurosawa a eu maille à partir avec la presse à plusieurs occasions au cours de sa jeune carrière, tant et si bien qu'il bannira tout contact avec les média pour le reste de sa carrière.
On comprend vite que le film veut dénoncer la presse à sensation qui a envahi la société japonaise lors du relâchement de la censure qui a suivi la fin de la guerre. Mais le problème avec son scénario c'est que Kurosawa risque de devenir l'arroseur arrosé.
Scénario :  La rencontre fortuite d'un peintre et d'une chanteuse célèbre excite quelques paparazzi qui croient y voir une idylle cachée de la chanteuse. Quelques temps après, la photo du supposé couple se retrouve en première page du journal Amour, déclenchant la colère du peintre (Mifune) qui intente, avec l'appui de la chanteuse (Yamaguchi) une poursuite contre le journal. Mais là où ça commence à cafouiller, c'est lorsqu'on devine que le couple est en train de tomber amoureux. On peut imaginer la suite du scénario, le journal Amour est condamné pour atteinte à la vie privée mais, à la sortie du tribunal, les paparazzi du journal, attendent le couple victorieux pour les photographier. Le jour suivant, en première page, à la une "Grâce à Amour, une grande histoire d'amour est née." On comprend pourquoi, au milieu du film, Kurosawa applique les freins et prend un chemin de traverse et oriente ses projecteurs vers l'avocat (Shimura) engagé par le peintre. délaissant ainsi complètement la  naissance de la relation amoureuse entre le peintre et la chanteuse.
Donc, une autre histoire se met en place;  l'histoire touchante de l'avocat corrompu afin de prendre soins de sa fille mourant de tuberculose. Cette histoire, finalement, sauve le film.
Deux moments qui valent le déplacement : le sapin sur la moto et l'ensemble des scènes du procès.
Surprenant pour moi : des courses de vélo sur lesquelles l'on parie - à Tokyo en 1950?

dimanche 2 janvier 2011

Intégrale Kurosawa. 9ème film : Le chien enragé

Neuvième film de l'intégrale Kurosawa

Nora inu (Le chien enragé) (The Stray Dog) sorti le 17 octobre 1949
Avec Toshiro Mifune, Takashi Shimura, Ko Kimura, Keiko Awaji

Kurosawa fait dans le policier en attendant le desserrement de la censure américaine qui interdit la production de films traitant du Japon pré-Meiji; ce Japon dont les valeurs ont favorisé la militarisation de la société nipponne dans les années 1930.
Histoire simple. Un détective part à la recherche d'un bandit qui est en possession  de son arme de service qu'on  lui a volé dans un autobus. Une longue quête - trop longue, à mon goût - nous amènera à travers les rues de Tokyo (montage rapide très efficace) lors d'une des journées les plus chaudes de l'année. La chaleur harassante est omniprésente dans le film, en constituant même un personnage important - elle est de tous les plans.
J'adore les séquences dans le stade de baseball - on a l'impression d'y voir un  montage des meilleurs jeux de la semaine. Le yakyū (champ et balle) a été introduit au Japon en 1878 par un Japonais qui l'avait découvert lors d'un séjour d'études aux USA - rien à voir avec une supposée influence américaine lors de leur occupation après la Seconde guerre mondiale. Baseball qui fut ma passion à l'époque des Expos de Montréal, malheureusement déménagée à Washington en 2004.