mardi 28 décembre 2010

193. Imamura : La ballade de Narayama

1001 films  : Narayama-bushi kô
Titre français : La ballade de Narayama

Film japonais réalisé en 1983 par Shôhei Imamura (1926-2006)
Avec Ken Ogata, Sumiko Sakamoto, Tonpei Hidari, Aki Takejô, Shoichi Ozawa

Ça commence par de beaux paysages de neige, parmi les plus beaux qui soient. Les conifères, les collines, les maisons dispersées dans la vallée, on se croirait presque dans le Québec du 19ème siècle. On a tourné le film dans la région de Nagano, une des régions les plus neigeuses de l'archipel japonais - vous vous souvenez peut-être des chutes de neige apocalyptiques pendant les jeux olympiques d'hiver de 1996.
Choc brutal pour toute une population qui associe Asie avec été permanent et chaleur insupportable.
Toujours en  amour avec ce film, vu il y a près de 30 ans.
Une meilleure compréhension cette fois-ci grâce aux surtitres anglais qui expliquent les termes japonais qu'on ne pourrait pas connaître autrement. Je pense à yakko - terme utilisé pour qualifier les garçons d'une famille qui ne sont pas les aînés et qui n'ont pas le droit de se marier et d'avoir d'enfants.  Une méthode pour limiter la croissance démographique dans certaines régions du Japon ancien.
D'autres méthodes pour temporiser la croissance démographique : enterrer les voisins qui  ne respectent pas les règles de la tribu, euthanasier les vieux de plus de 70 ans - y a pas à dire, les Japonais ont une sacrée expertise en la matière. Pas surprenant qu'ils furent les premiers à utiliser l'avortement systématique comme méthode de contraception après la Seconde guerre mondiale.
Malgré ce qui précède, on assiste à un festival de la copulation; surtout du règne animal - impression, parfois, d'assister à un documentaire bien  léché.
La dernière demi-heure du film est un grand moment de cinéma. C'est la randonnée du fils qui porte sa mère sur ses épaules afin de la grimper au sommet du Narayama où elle ira mourir - tragédie mais aussi sérénité au diapason de la neige qui vient feutrer ce moment qui nous fait horreur.

Il existe, de ce film, une version antérieure, datant de 1958, Narayama bushiko de Keisuke Kinoshita que certains critiques trouvent meilleure que celle de Imamura. On peut se la procurer sur Amazon en version VHS. Truffaut en a fait une courte critique dans le numéro 88 (octobre 1958) des Cahiers du Cinéma.
Cannes 1983 : Palme d'or
Évaluation IMDB : 7,8 sur 10 par 2376 votants
Toutes les informations sur le film sur IMDB
Visionné, la première fois, le 27 décembre 1983 au cinéma de Ste-Foy à Québec
Mon 193ème film visionné de la liste des 1001 films de Schneider

jeudi 23 décembre 2010

Intégrale Kurosawa. 8ème film : Le duel silencieux

Huitième film de l'intégrale Kurosawa

Shizukanaru kettô (Le duel silencieux) (The Quiet Duel) sorti le 13 mars 1949
Avec Toshiro Mifune, Takashi Shimura, Miki Sanjo, Kenjiro Uemura

Oublions ce  faux pas.
Un mélodrame ennuyeux tourné en studio avec un Mifune qui joue aussi faux que mon xylophone vertical lorsque, dans mon adolescence, je paradais dans une troupe  de tambours et clairons dans les rues de Québec en plein Carnaval d'hiver par moins 20 degrés, (il y a longtemps que je voulais la placer, celle-là!).
À voir pour les premières séquences dans un hôpital militaire; du Kurosawa à son meilleur - séquences qui ont sûrement inspiré les concepteurs de M.A.S.H. Puis, retour à Tokyo, où tout s'affadit et s'enlise dans un mélodrame un peu pompier. Kurosawa ne retournera pas dans ce type de cinéma.

mercredi 15 décembre 2010

192. Attenborough : Gandhi

1001 films : Gandhi

Film américano-britannique réalisé  en 1982 par Richard Attenborough (1923)
Avec Ben Kingsley, Candice Bergen, John Gielgud, Trevor Howard, John Mills, Martin Sheen et, pour la première fois au cinéma, Daniel-Day Lewis.

Je viens de voir pour la Xème fois Miracle on 34th Street, version 1994, film que nous regardons en famille à chaque Noël. Richard Attenborough y joue le Père Noël; on pourrait  penser qu'on est à des années-lumières de son Gandhi. Mais, à y regarder de près, le personnage de Gandhi tel que présenté dans ce film est tout aussi édulcoré que le bouffon à barbe blanche. Ouais, un peu tiré par les cheveux, si je puis dire, mais c'est quand même ce qui ressort de cette biopic univoque.
Agaçant : la lutte de Gandhi en Afrique du Sud contre la discrimination envers les Indiens fait l'impasse sur la situation des Noirs. Silence surprenant.
Mais ce qui est encore pire c'est de voir ce jeune avocat s'insurger contre cette situation intolérable alors que dans son pays le système de castes, autrement plus injuste, est érigée en institution - comme apartheid on peut difficilement faire mieux. Le film passe sous silence cette scandaleuse situation qui perdure toujours.
Agaçant : Encore un film style "sanglot  de l'homme blanc";  Attenborough est un digne représentant de toute une classe d'individus qui, pour se faire pardonner d'avoir appartenu à un régime colonialiste, nous produit un film dithyrambique sur un personnage dont la part d'ombre n'est jamais montrée.
Le cinéma à titre de thérapie collective - on se sent tellement bien dans sa peau quand on peut partager la lutte d'un juste contre nos systèmes oppresseurs d'alors. Allez, une tartine de bons sentiments... une et 8 Oscars hollywoodiens avec ça.
Gandhi, en fait, c'est, contrairement aux apparences, l'histoire d'un échec. La libération du joug coloniale me semble une bien mince victoire comparée à la destruction de la société  indienne qui s'ensuivra (la partition de l'état), au maintien du système des castes, à 50 années de pauvreté extrême (l'Inde appartenant pendant cette période au Quart-Monde, les plus pauvres parmi les pauvres) et surtout à l'utilisation de la violence comme outil de gestion des tensions politiques. La non-violence est morte à Delhi, le 30 janvier 1948.

Oscar 1983 : Huit prix dont celui du meilleur film, du meilleur réalisateur, de la meilleure photo et du meilleur acteur à Ben Kingsley.
Évaluation IMDB : 8,2 sur 10 par 52 763 votants
Au 180ème rang des meilleurs films de tous les temps selon les votants de IMDB
Toutes les informations sur le film sur IMDB
Visionné, la première fois, le 4 décembre 1983 au cinéma Outremont à Montréal
Mon 192ème film visionné de la liste des 1001 films de Schneider

mardi 7 décembre 2010

Intégrale Kurosawa. 7ème film : L'ange ivre

Septième film de l'intégrale Kurosawa

Yoidore tenshi (Drunken Angel) (L'ange ivre) sorti le 27 avril 1948
Avec Toshiro Mifune (1er film avec K.) et Takashi Shimura (déjà son 6ème film avec K.).
Deux des plus prolifiques acteurs de l'histoire du cinéma japonais (plus de 400 films à eux deux), je voulais dire plus grands mais ma connaissance du cinéma japonais est trop sommaire.

Premier grand film de Kurosawa. Selon lui, son premier film totalement  personnel. On y retrouve le prototype de plusieurs de ses films : le duel.
L'ange ivre, c'est l'histoire d'une confrontation entre un médecin alcoolique (l'ange du titre) et un petit pégreux atteint de tuberculose dans un quartier déshérité baignant dans les miasmes d'un marécage infect. Cet étang est au coeur du film; tel un léviathan, il menace d'y engloutir les téméraires qui s'en approchent de trop près.
Au coeur du film également par sa force symbolique.Mais l'analogie est un peu trop appuyée entre cet étang putride et les yakuza du quartier.
J'ai un peu de problème avec la trame musicale du film : la valse des coucous me tombe royalement sur les nerfs et la pièce, The Jungle Boogie, composée par Kurosawa, m'apparaît complètement tonitruante et "off-beat". J'ai souvent de la difficulté avec certains éléments musicaux de Kuro - je pense,entre autre, à l'extrait de Carmen de Bizet dans Un merveilleux dimanche - débandant, si j'ose dire.
Mifune et Shimura portent ce film à bout de bras - des performances inoubliables.