mardi 30 novembre 2010

191. Pollack : Tootsie

1001 films : Tootsie

Film américain réalisé en 1982 par Sydney Pollack (1934-2008)
Avec Dustin Hoffman, Jessica Lange, Teri Garr, Bill Murray

Film amusant, à thèse grosse comme une maison.
Me souvenait m'être beaucoup amusé en voyant ce film. Mais 27 ans plus tard et trop de merveilleux films vus entre temps, tout ça ne m'apparaît  plus que comme une comédie de boulevard. du matériel à théâtre d'été (l'équivalent québécois du théâtre de boulevard français) et le théâtre d'été, pas capable de piffer. Le théâtre d'été  comme les romans de vacances sont des produits culturels qui m'horripilent. C'est comme si, parce que c'est l'été ou que c'est les vacances, il fallait diluer dans l'insignifiance nos pratiques culturelles.
Revenons au film.
Quand on regarde le personnage de Tootsie, ce n'est pas une femme que l'on voit mais une drag queen. Personne ne peut penser, surtout dans le milieu newyorkais, qu'il peut y avoir une femme sous cette horrible perruque et ces lunettes insensées. Évidemment, avec un tel personnage, tout déboule rapidement dans le burlesque et l'humour facile et l'on se retrouve dans une typique screwball comedy des années 30 - voir l'affiche ci-jointe.
Ce qui m'agace aussi dans ce genre de film c'est l'approche industrielle du scénario; pas moins de six personnes y ont participé afin d'extirper toute l'essence humoristique que peut apporter ce comique de situation.
Mais c'est Pollack qui est aux commandes, alors on retrouve un produit filmique de haute qualité, divertissant et drôle. Ne boudons pas notre plaisir - on s'amuse quand même un peu.

Oscar 1983 : Statuette à Jessica Lange pour  la meilleure actrice dans un second rôle
Évaluation IMDB : 7,4 sur 10 par 32 145 votants
Toutes les informations sur le film sur IMDB
Visionné, la première fois, en avril 1983 au cinéma Champlain à Montréal
Mon 191ème film visionné de la liste des 1001 films de Schneider

mardi 23 novembre 2010

190. Wajda : L'homme de fer

1001 films : Czlowiek z zelaza
Titre français : L'homme de fer

Film polonais réalisé en 1981 par Andrzej Wajda (1928)
Avec Jerzy Radziwilowicz, Krystyna Janda

Suite de L'homme de marbre, tourné 4 ans auparavant.
L'homme de marbre (Mateusz Birkut) a été abattu lors des émeutes de 1970. L'homme de fer, son fils, reprend le flambeau lors des  grèves du chantier naval de Gdansk; grève qui dans la réalité est dirigée par Lech Walesa (qui joue son propre rôle dans le film) à la tête de Solidarność.
On a l'impression d'assister à l'histoire en direct; ce sont les débuts de la chute du "rideau de fer". Le tournage et la sortie de ce film furent un acte politique à l'instar de la grève de Gdansk. Les Soviétiques ne s'y sont pas trompés en démolissant ce film. Ils sentaient que ce film participait d'un mouvement qui allait, éventuellement, mettre fin à l'aventure catastrophique du communisme au 20ème siècle; une belle idée inventée par l'homme mais corrompue, déchue par l'abus de pouvoir d'une classe politique.

Dans la victoire de Solidarnosc, il y l'église catholique derrière. L'élection  d'un pape polonais en 1978 (Jean-Paul II) a ranimé le catholicisme  en Pologne qui devint un élément important dans la  lutte de libération de ce peuple et de la chute du Bloc de l'Est. Pas facile pour moi, anticlérical  et anti-religieux invétéré, de parler en bien de l'Église catholique. Mais il  faut bien admettre, qu'à certaines occasions (pensons, entre autre, à la théologie de la libération en Amérique latine), elle fut du côté des déshérités, des masses oppressées. Ici au Québec, je pense à l'archevêque de Montréal, Joseph Charbonneau, qui appuya une des grèves les durs et les plus célèbres de l'histoire du mouvement syndical québécois, celle des travailleurs de l'amiante d'Asbestos de 1949

Cannes 1981 : Palme d'or
Évaluation IMDB : 7,6 sur 10 par 856 votants
Toutes les informations sur le film sur IMDB
Visionné, la première fois, le 20 février 1983 à la télévision à Montréal
Mon 190ème film visionné de la liste des 1001 films de Schneider

dimanche 21 novembre 2010

Intégrale Kurosawa : 6ème film. Un merveilleux dimanche

Sixième film de l'intégrale Kurosawa

Subarashiki nichiyôbi (One  Wonderful Sunday) (Un merveilleux dimanche) sorti le 25 juin 1947

Comment une telle oeuvre a-t-elle pu rester dans l'ombre si longtemps? De la graine de chef d'oeuvre tout simplement.
Un couple d'amoureux, sans le sou, essaie de tirer le meilleur parti  de sa sortie hebdomadaire.
Kurosawa nous donne une leçon de néo-réalisme. Pendant les deux tiers du film, nous assistons à la pérégrination du couple dans les rues du Tokyo d'après-guerre, à la recherche de petits plaisirs pour combler leur désoeuvrement. Toute la panoplie des émotions traverse, à tour de rôle, chacun des personnages mais on est frappé par l'absence d'actes de tendresse - pas de contacts physiques entre eux (culture japonaise oblige?) sinon, furtivement, à la toute  fin de la journée.

Alors que  tout le film est criant de réalisme, tout à coup, au deux tiers du film, on se retrouve en studio, dans un décor malhabilement construit, hors de la  réalité, dans un univers onirique. On pense tout de suite que le scénariste veut nous dire que le seul exutoire viable à cette vie de couple vouée à l'échec est le rêve, l'espoir dans un futur réparateur  mais la symbolique est un peu trop  lourde...on patauge carrément dans le mélodrame larmoyant. En anglais, on dit corny, mot qui me fait penser à ces vieilles photos jaunies dont les coins s'arrondissent.

J'aime beaucoup les films tournés dans les zones urbaines. Je suis toujours à l'affût d'éléments à l'arrière-plan qui pourraient faire signe. Exemple intéressant que cette affiche de boutique sur laquelle est écrit "Souvenire"(sic), seul signe de l'occupation  américaine de tout le film.

jeudi 18 novembre 2010

Les 1000 meilleurs flms du 20ème siècle : Méthodologie


Les 1000 meilleurs films du 20ème siècle
Troisième édition

Une liste pour me faire plaisir
J'ai beaucoup consulté de listes de "meilleurs films" depuis 4 ans. C'est un exercice qui me passionne.
Ces listes, constamment, remettent en question mes propres choix ciné mais me permettent aussi de découvrir de nouveaux films dont j'ignorais l'existence ou qui ne m'avaient jamais attiré.
Je dirais que c'est la fonction numéro un de ces listes : donner le goût de voir des films et sortir de ses propres sentiers battus.
La lecture de ces listes est toujours un peu frustrante; on trouve hallucinant certains choix ou bien on est dégoûté par un choix résolument ethnocentrique. D'où le goût de confectionner une liste en combinant plusieurs listes provenant de pays différents.
La liste des 1000 meilleurs films du vingtième siècle a été confectionnée à partir de 19 listes provenant de sept pays différents : France, USA, Royaume-Uni, Québec, Allemagne, Brésil, Cuba.
Pourquoi s'arrêter à l'an 2000?
Parce que les listes compilées s'arrêtent à des années différentes (entre 2001 et 2008). Mais aussi, sans recul d'au moins 10 ans, il est difficile de dégager les films qui feront l'histoire du cinéma par rapport aux coups de coeur instantanés à la merci du contexte sociologique ambiant.
Pourquoi sept pays différents?
Afin de minimiser le biais national qu'on peut rarement éviter dans ce genre d'exercice.
Pourquoi seulement sept?
Tout simplement, parce que je n'ai pas encore réussi à dénicher des listes provenant d'autres pays. J'aimerais bien, par exemple, tomber sur une liste des 100 meilleurs films du monde d'un grand critique japonais ou chinois ou espagnol ou italien, etc.
Pas de vox populi
Aucune liste retenue n'est construite à partir de sondages d'opinion qui n'ont aucune crédibilité, à mes yeux. On ne demande pas aux gens de choisir entre deux marques de Yogourt mais entre 100 000 films (probablement plus). Il faut donc s'assurer que les personnes qui contribuent à la confection de la liste jouissent d'une crédibilité raisonnable; on peut raisonnablement penser qu'un critique de cinéma ait vu plus de 10 000 films ce qui n'est pas le cas de chacun des votants à Internet Movie Database, par exemple.

Listes compilées
1. 1001 Movies You Must See Before You Die. (International avec une dominante USA)
Titre pour le marché français : 1001 films à voir avant de mourir avec des modifications du contenu (retrait de films peu connus remplacés par des films français très populaires)
Sous la direction de Steven Jay Schneider, 72 personnes provenant de différents pays (mais majoritairement des USA) ont contribué à sélectionner ces films et à en rédiger les notices.
2. Les Cahiers du Cinéma (France)
En novembre 2007, 78 critiques et historiens du cinéma, tous des Français, réunis par les Cahiers du Cinéma, ont sélectionné les 100 meilleurs films de tous les temps.
3. Mediafilm (Québec)
Mediafilm est l’agence de presse cinématographique responsable de l’attribution des cotes (1 à 7 : 1 pour chef-d'oeuvre et 7 pour navet) dans les journaux, télé-horaires, médias électroniques du Québec. J'ai retenu les films cotés 1 et 2
4. Time Out : 1000 Films to Change Your Life (Royaume-Uni)
Les rédacteurs du célèbre Time Out Film Guide ont édité cette compilation en 2006.
5. Sight and Sound (Royaume-Uni)
Sight and Sound est une revue de cinéma britannique publiée par le British Film Institute depuis 1932. Les 60 meilleurs films de tous les temps.
6. 501 Must-See Movies (Royaume-Uni)
Livre publié en 2004.
7. Ciné-club de Caen (France)
Les 100 meilleurs films sélectionnés par les organisateurs de ce ciné-club
8. Monsieur Cinéma. Nos films de toujours.(France)
L'équipe de Monsieur Cinéma a constitué "une dévédéthèque" idéale de 350 films
9. Les meilleurs films des années 19.. (Allemagne)
Sous la direction de Jurgen Muller des éditions Taschen, les rédacteurs ont choisi les meilleurs films de chacune des décennies du 20ème siècle. En tout, 866 films ont été ainsi choisis.
10. Village Voice (USA)
Les 100 meilleurs films d'après les critiques de cinéma du célèbre hebdo culturel newyorkais.
11. Time Magazine (USA)
Les 100 meilleurs films sélectionnés par les deux critiques du cinéma du magazine
12. Jonathan Rosenbaum (USA)
Célèbre critique de cinéma du Chicago Reader.
Un blog énorme, à couper le souffle quant à la quantité et à la qualité des analyses filmiques. 1000 films
13. Cinéfiches (France)
Les meilleurs films (j'en ai retenu 800) d'après le fondateur-responsable de cette immense banque de données sur le cinéma. Un cinéphile qui a vu plus de 25 000 films. De quoi j'ai l'air, moi, avec mes 4500 films?
14. David Thompson (USA)
Critique américain.
Ses 1000 meilleurs films sont analysés dans son bouquin: "Have You Seen...?"
15. They Shoot Pictures, Don't They? (International)
Site internet. La liste des 1000 meilleurs films est la compilation de plus 2700 listes diverses (du bon et du moins bon, on s'en doute).
16. Guardian (Royaume Uni)
Les 1000 meilleurs films d'après le quotidien britannique
17. Epoca (Brésil)
Hebdomadaire brésilien.
Enquête auprès des critiques de cinéma brésilien. 232 films retenus.
18. Roger Ebert (USA)
Grand critique de cinéma américain. Probablement le plus connu actuellement. Sa sélection des 325 meilleurs films.
19. Miradas (Int)
Miradas est une revue de cinéma cubaine. Une compilation des 100 meilleurs films a été établie à partir du choix d'une douzaine de personnalités liées au cinéma (critiques, réalisateurs) et provenant de différents pays.

Pour  cette édition, j'ai décidé de procéder à la manière de Schneider, pas de classement. Je présenterai les films par ordre chronologique de production.
Liste complète

samedi 13 novembre 2010

Intégrale Kurosawa : 5ème film. Je ne regrette pas ma jeunesse


Cinquième film de l'intégrale Kurosawa

Waga Seishun ni Muinashi (No Regrets for Our Youth) (Je ne regrette pas ma jeunesse).
Sorti le 29 octobre1946
1946. Enfin, Kurosawa se libère de la chape de plomb de la censure militaire; c'est probablement pour sa nouvelle liberté de réalisateur qu'il rédige cet intertitre à la fin de son film : "War is lost. Freedom is won."
Avec la défaite japonaise, c'est la fin de 15 années de régime militariste. Kurosawa a choisi son camp, celui des pacifistes qui s'opposent depuis les tout débuts à ce régime oppresseur. Toute la trame de  fond de ce film réside dans l'opposition entre les deux camps.
Sur cette trame de fond, on assiste au parcours d'une jeune femme, fille d'un professeur d'université congédié pour ses prises de position en faveur de la liberté d'expression (fait vécu, Takikawa Incident, 1933). Kurosawa trace un portrait de femme étonnamment libérée pour cette société japonaise qui est à des années-lumières du concept de la libération de la femme (quelle société ne l'est-elle pas, à ce moment-la?). Il en subira, d'ailleurs, les foudres de la critique et des milieux intellectuels.
Voilà, c'est ici que commence l'itinéraire des chefs-d'oeuvre de Kurosawa. 
Avec la merveilleuse Setsuko Hara que j'ai tellement aimé dans les films de Yasujiro Ozu où on la retrouve à six reprises. Ci-dessous, un court métrage français, La disparue, retrace la carrière énigmatique de la plus célèbre actrice de l'histoire du cinéma japonais. Une destinée à la Garbo, toutes deux disparaissant prématurément de l'écran, au sommet de leur gloire et de leur art.
    

lundi 8 novembre 2010

189. Wajda : L'homme de marbre

1001 films :Czlowiek z marmuruTitre français : L'homme de marbre

Film polonais réalisé en 1977 par Andrzej Wajda ( 1926 )
Avec Jerzy Radziwilowicz, Krystyna Janda

Que le temps passe.
Vingt ans déjà que le communisme en Europe a rendu les armes. Les lendemains qui devaient chantés ont plutôt mené à d'énormes désenchantements. Revoir ce film plus de 30 ans après sa sortie, dans le contexte d'une Pologne membre de l'Union européenne, est une expérience différente. 
En 1977, on était corps et âme avec Wajda et ses collègues dans leur combat pour la recherche et l'expression de la vérité. On ne sent plus l'anxiété liée à cette  lutte contre un régime totalitaire.
Mais on admire toujours ce travail de débroussaillage de la vérité - mettre au jour l'énorme imposture du communisme stalinien; je ne sais pas pourquoi j'ajoute cet adjectif. Le communisme tel que pratiqué à l'Est; la fin de l'idéal de plusieurs générations.

J'aime bien  le premier plan qui sera repris quelques fois tout au long du film : un long travelling arrière accompagnant deux personnages dans la traversée interminable d'un  long corridor. Le record de durée pour ce type de travelling appartient à Jean-Pierre Lefebvre dans le film Jusqu'au coeur que personne qui lit ce blog n'a vu et ne verra probablement jamais. Remplacer le corridor par la coursive d'un "laker", long bateau qui parcourt les Grands lacs canadiens et vous aurez le plus interminable travelling arrière de l'histoire du cinéma - mortel.

L'homme de marbre (30 509 briques posées dans un quart de travail) fait ses premiers exploits stakhanovistes à Nowa Huta, en banlieue de Cracovie : ville idéale communiste construite dans le plus pur style de l'architecture stalinienne.

On a dit de L'homme de marbre qu'il était le Citizen Kane du cinéma de l'Europe de l'Est, probablement à cause du thème traité (une cinéaste-journaliste part à la recherche de la vérité sur l'existence d'un homme jadis célèbre) et de la stylistique (utilisation intensive du flashback). Mais on ne fait pas deux fois Citizen Kane comme on ne fait pas deux fois À bout de souffle parce ce que ce qui fait la génialité  de ces deux films c'est l'innovation dans le traitement d'un sujet. Par définition, une innovation ne peut pas se répéter.

Cannes 1978 : prix FIPRESCI
Évaluation IMDB : 8,0 sur 10 par 1301 votants
Toutes les informations sur le film sur IMDB
Visionné, la première fois, le 13 février 1983 à la télévision à Montréal
Mon 189ème film visionné de la liste des 1001 films de Schneider

mardi 2 novembre 2010

Intégrale Kurosawa : 4ème film. Les hommes qui marchèrents sur la queue du tigre

Quatrième film de l'intégrale Kurosawa

Tora no o wo fumu otokotachi (The Men Who Tread on the Tiger's Tail) (Les hommes qui marchèrent sur la queue du tigre), réalisé en 1945. Sorti le 24 avril 1952

Un autre film que Kurosawa ne voulait pas  faire. Ce sera le dernier film de cette série de commandes des autorités militaires nippones.
Inspiré d'un drame Noh et d'un  drame Kabuki qui traitent tous les deux, à leur façon, d'une légende médiévale, ce moyen métrage (60 min.) serait un  pur petit chef d'oeuvre si Kurosawa n'avait pas cédé à la pression des producteurs (je suppose,  je ne peux pas penser que Kurosawa soit responsable de ce choix) d'y adjoindre un personnage comique interprété par Kenichi  Enomoto, comique très populaire à l'époque.
Comme dit Donald Richie, dans son merveilleux The Films of Akira Kurosawa, "it's like adding Jerry Lewis to the cast of Hamlet".
Ce film nous introduit à des personnages qui annoncent déjà Rashomon et Les sept samourais.

En 1946, Kurosawa réalisera Asu o tsukuru hitobito (Those Who Make Tomorrow), (Ceux qui font l'avenir). Ce film n'est pas disponible actuellement.
Tiré de IMDB : Co-director Akira Kurosawa was forced by Toho studios to participate in this film's production, but disliked having to do so and never included it in his credits.
This film has not been seen in Japan since its initial release, and has never been shown in the United States.