vendredi 29 octobre 2010

Intégrale Kurosawa : 3ème film. La légende du judo - II

Troisième film de l'intégrale Kurosawa

Zoku Sugata Sanshirô (Judo Saga- II) (La légende du judo - II) sorti le 3 mai 1945

Un beau cocorico nationaliste, guerre du Pacifique oblige.
Une suite ratée au grand succès populaire que fut Sugata Sanchirô. 
Un mauvais film commandé par le comité de censure militaire ou le service de la propagande qui a pour objet de démontrer la suprématie du Japon sur les USA, peuple violent et inculte (air connu) par l'entremise de l'art martial japonais dominant à l'époque (1889), le judo, étendard de la résistance à l'occidentalisation.
À éviter.
Curiosité : d'où provenaient les figurants occidentaux du film? Et qui est ce fameux Roy James (rôle du boxeur) qui jouera dans 4 autres films japonais après celui-ci? Au Canada, ainsi qu'aux USA, tous les Japonais ont été enfermés dans des camps pendant toute la durée de la guerre du Pacifique.
Vivement la victoire finale américaine afin de libérer Kurosawa de cette chape de plomb de la censure militaire.  

jeudi 28 octobre 2010

Intégrale Kurosawa : 2ème film. Le plus beau

Deuxième film de l'intégrale Kurosawa

Ichiban utsukushiku (The Most Beautiful) (Le plus beau) sorti le 13 avril 1944
Avec Takashi Shimura (216 films dont 16 Kurosawa)

Kurosawa a toujours les rênes de la censure politique sur le dos, suffit de voir le premier plan du film avant les crédits; ce texte : "Attack and Destroy the Enemy". D'accord, c'est un  film de propagande qui a, lors de certaines séquences, un goût de cinéma soviétique des années 20 mais c'est un beau film que j'aime.
À l'origine, ce film se voulait un documentaire sur l'effort de guerre demandé à une brigade de travail féminine dans le domaine du matériel de guerre (instruments d'optique). Même si le propos est lourdement teinté de patriotisme cocorico, on aime bien voir ce groupe de femmes évolué dans leur quête de l'atteinte du quota de production fixé par le patron de l'usine.
Mais Kurosawa n'aime pas cet instinct grégaire décrit dans le film, instinct qui est tellement inscrit dans la culture japonais. Il retiendra de cette expérience que l'action collective ne peut pas être la solution.
J'aimerais bien retrouver ce beau chant touchant qui revient à quelques reprises et dont le thème est  la tentative ratée de l'invasion du Japon par les Mongols en 1274.

lundi 25 octobre 2010

188. Donen et Kelly : Singin' in the Rain

1001 films : Singin' in the Rain
Titre français : Chantons sous la pluie

Top 100

Film américain réalisé en 1952 par Stanley Donen (1924) et Gene Kelly (1912-1996)
Avec Gene Kelly, Donald O'Connor, Debbie Reynolds, Jean Hagen, Cyd Charisse

Soyons un peu iconoclaste.
Le deuxième meilleur film du 20ème siècle? Alors là, pas d'accord. Je ne suis même pas certain que je le classerais parmi les 50 premiers.
Beaucoup de scènes musicales dont on avait déjà vu l'équivalent dans des comédies musicales tournées dans les années 1930; je pense, entre autres, aux films de Lloyd Bacon :  42nd Street et Footlight  Parade. Sauf, évidemment, les deux pièces les plus célèbres du répertoire de la comédie musicale, la danse sous la pluie de Gene  Kelly et celle de Donald O'Connor,"Make 'em Laugh'', une impressionnante performance de danse acrobatique qui me ravit à chaque visionnement.

Quand j'étais jeune, je détestais ce type de film. Les Fred Astaire, Gene Kelly et  consorts me tombaient royalement sur les nerfs avec leurs steppettes sur de la musique édulcorée aux paroles insipides et  insignifiantes. Longtemps, je n'ai aimé qu'un seul film musical, et non! ce n'était pas The Sound of Music que j'ai toujours eu de la difficulté à blairer, mais plutôt, West Side Story. Enfin, on  sortait de la comédie  musicale traditionnelle héritée de l'âge d'or des années 30. Il fallait Leonard Bernstein (musique) et Jerome Robbins (chorégraphie) pour remettre en question les vieilles lunes.
Aujourd'hui, l'âge affaiblissant l'armure, j'ai du plaisir à voir les anciennes comédies musicales dont la plupart m'étaient inconnues avant de commencer cette expédition au coeur des 1001 films.

Un peu de fantaisie.
J'ai ma propre interprétation du titre de ce film. Singing in the Rain convoque l'Amérique à s'amuser pendant une des périodes les plus tendues de la la Guerre froide. Rain, évidemment, est une métaphore pour retombées nucléaires. Alors, chers concitoyens, glissez la tête sous le tapis et faites des galipettes pendant qu'Armageddon se prépare.  Dylan n'a-t-il pas utilisé cette métaphore dans sa chanson épique A Hard Rain's A-Gonna Fall, écrite pendant la Crise des missiles de Cuba en 1962?

Cette curieuse note dans le bouquin de Schneider : le collaborateur qui a rédigé la notice de ce film conclut son article en disant : "Thank the repertoire circuit  in part for crowning Singin' in the Rain as  king of all musicals (surprenant), thank numerous film critics and groups for placing it on the top ten list..."  Alors, messieurs les critiques et directeurs de revues de cinéma, retournez voir Bergman, Kurosawa, Rossellini, Tarkovsky, etc. et cessez de placer ce film dans la liste des 10 meilleurs films de tous les temps.

Oscar 1953 : Même pas en nomination pour le meilleur film ni dans aucune catégorie importante. Surprenant.
Évaluation IMDB : 8,4 sur 10 par 55 868 votants
Au 79ème rang des meilleurs films de tous les temps selon les votants de IMDB
Toutes les informations sur le film sur IMDB et sur  Wikipédia
Visionné, la première  fois, le 13 février 1983 à la télévision à Montréal
En pleine grève de la fonction publique qui se terminera après 22 jours par la loi 111 nous forçant à retourner au travail. Le pire échec syndical vécu de toute ma carrière de professeur et tout ça sous le gouvernement du Parti Québécois que 70% des syndiqués avaient reconduit au pouvoir deux années auparavant. On peut dater de cette grève le début de la dégradation irrémédiable de la force syndicale québécoise. Aujourd'hui, les syndicats ne sont plus qu'un groupe de pression parmi tant d'autres. Quand je vois  la mobilisation vigoureuse des Français pour des luttes sociales légitimes, je me noie dans la nostalgie.
Mon 188ème film visionné de la liste des 1001 films de Schneider

dimanche 17 octobre 2010

Intégrale Kurosawa : 1er film. La légende du judo - 1

Premier film de l'intégrale Kurosa

Sugata Sanshirô (Judo Saga) (La légende du judo - 1) sorti le 25 mars 1943

Début du voyage au pays de Kurosawa : fébrilité et excitation. Trente-deux films à  parcourir.

J'ai beaucoup de chance. Criterion vient de publier, dans sa collection Eclipse, les 4 premiers films de Kurosawa, remastérisé et avec un sous-titrage anglais amélioré. J'aime beaucoup cette collection qui ressort les films introuvables sur le marché des grands réalisateurs.
Film tourné pendant la guerre. Kurosawa a dû faire des miracles pour trouver un créneau scénaristique afin de satisfaire la censure militaire japonaise. Son plaisir ainsi que celui de ses collègues lorsque le régime militariste est renversé par les Américains qui leur permettra de se libérer du carcan de la censure.
Kurosawa choisit d'adapter un roman de Tsuneo Tomita relatant les origines de l'implantation du judo au Japon à la fin du 19ème siècle alors que les arts martiaux sont dominés par  le ji-jitsu.
On sent que Kurosawa a déjà beaucoup de métier, ayant travaillé pendant plusieurs années à titre d'assistant-directeur du grand Kajirô Yamamoto. On retrouve déjà, dans ce premier film, la stylistique qui imprégnera toute son oeuvre.
Une belle expérience esthétique : le dernier duel entre Sugata et le mystérieux Higaki, sorte de Johnny Depp sorti d'un film de Tim Burton. Pour ce duel, un noir et blanc presque "solarisé" d'une plaine aux herbes longues balayées par le vent; ce vent qui est un leitmotiv dans l'oeuvre de Kurosawa.

samedi 9 octobre 2010

187. Cimino : The Deer Hunter

1001 films : The Deer Hunter
Titre français : Voyage au bout de l'enfer.


Film américain réalisé en 1978 par Michael Cimino (1939)
Avec Robert De Niro, John Cazale, John Savage, Christopher Walken, Meryl Streep

J'ai beaucoup aimé ce film à son premier visionnement dans les années 80. J'aime toujours beaucoup ce film.
Ce qui m'avait exaspéré la première fois, cette longue séquence de la noce qui n'en finit plus de distiller notre attente du drame vietnamien, m'a beaucoup plu cette fois-ci. Tout le drame de cette guerre réside dans cette séquence. La vie ordinaire de gens ordinaires qui, soudainement conscrits, sont plongés brutalement dans un voyage au bout de l'enfer.
Voyage sans retour - l'innocence à jamais perdue. Il n'y aura jamais de retour pour ces conscrits. Je pense à Coming Home, tourné au même moment par Hal Ashby avec Jon Voight qui, lui non plus, ne réussira pas à revenir de cet enfer.
On peut être certain que cet enfer s'incrustera au coeur de leur vie. Contrairement aux conscrits de la Seconde guerre mondiale, les vétérans du Vietnam ne seront jamais des héros. Battus deux fois : au Vietnam et dans leur propre communauté où ils apparaîtront comme les représentants du déshonneur américain.¸
Ce film a suscité beaucoup de controverses parmi la société libérale américaine à cause du traitement partial et très partiel de la guerre du Vietnam.

Agaçant. La représentation unidimensionnelle des combattants du Vietcong me rappelle celle des Japonais des films de mon enfance. Dans les films de guerre des années 50, tous les Japonais étaient des êtres cruels et impitoyables qui donnaient des frissons et des cauchemars à tous les enfants de mon quartier à telle enseigne que tous les Asiatiques que nous croisions, peu nombreux dans le Limoilou de mon enfance, suscitaient peur et dégoût. J'aimerais bien revoir quelques-uns de ces films dont il m'est impossible de me rappeler les titres.
À cause de cette caricature des soldats vietcongs, pas besoin de vous faire un dessin sur la façon dont ce film  a été accueilli, au Festival de Berlin, par la "gauche" qui a hurlé au scandale en plus de susciter le boycottage du Festival par l'URSS et les pays d'Europe de l'Est, ces fausses vierges offensées - une vraie rigolade. 

Atteint d'un cancer incurable, John Cazale est en train de mourir devant nous. Il n'a tourné que dans quatre autres films, mais quels films! : Le Parrain 1 et 2, The Conversation, Dog Day Afternoon.

Touchant. Le God Bless America chanté sans fierté en fin de programme, sorte de baume sur les malheurs de l'Amérique. J'adore cet hymne que j'associe au spectacle donné par des artistes américains au lendemain de l'attaque du World Trade Center. Céline Dion y chante divinement God Bless America - frissons garantis si votre carapace antiaméricaine n'est pas trop blindée.

Oscar 1979 : 5 statuettes pour le film, le  réalisateur, l'acteur de soutien à Christopher Walken, le montage et le son.
Évaluation IMDB : 8,2 sur 10 par 88 259 votants.
Au 131ème des meilleurs films de tous les temps selon les votants de IMDB
Toutes les informations sur le film sur IMDB et Wikipédia
Visionné, la première fois, en janvier 1983 à la télévision à Montréal
Mon 187ème film visionné de la liste des 1001 films de Schneider

mercredi 6 octobre 2010

Bergman : 40ème film. Sarabande

Poursuite et fin de l'intégrale Bergman : 40ème film

Sarabanda film réalisé pour la télévision en 2003
Avec Erland Josephson, Liv Ullman, Borje Ahlstedt, Julia Dufvenius

Voilà, je suis arrivé au bout de la filmographie de Bergman. Un an à fréquenter le maître de Farö, l'ile  où il passa les 40 dernières années de sa vie, à voir ses films, à lire sur son oeuvre et sur sa vie, à visionner des dizaines de documentaires traitant de sa prestigieuse carrière. J'ai le sentiment d'une grande séparation.
Dans le documentaire (I Bergmans regi) qui accompagne ce film, on voit Bergman, assis au milieu de ses quatre acteurs, la veille du début du tournage, annonçant aux journalistes présents qu'il s'apprête à tourner le dernier film de sa vie. Il a 85 ans. On sait, que cette fois-ci, il dit vrai; ce qui teinte d'une grande mélancolie le visionnement de Sarabande.
Sarabande : quatre acteurs, dix dialogues, un prologue et un épilogue durant lesquels Liv Ullman s'adresse directement à nous. Un retour, 30 ans plus tard, au pays de "Marianne et Johan" de Scènes de la vie conjugale; prétexte pour faire l'autopsie des rapports parents-enfants.
Une scène mémorable, une des plus touchantes de toute l'oeuvre de Bergman. Deux vieilles personnes (Ullman et Josephson), nus, dans les bras l'un de l'autre.
Film  dédicacé à Ingrid, sa dernière femme, décédée.  Celle pour qui son  amour fut tellement immense qu'il en vint à modifier sa perception de la mort. Il croira jusqu'à son décès qu'il reverra son Ingrid dans l'au-delà; pour quelqu'un dont l'oeuvre est marquée par l'absence de Dieu, c'est un sacré pied-de-nez qu'il nous fait.