mardi 27 avril 2010

Bergman. 24ème film

Poursuite de l'intégrale Bergman : 24ème film

Persona réalisé en 1966
Avec Bibi Andersson et Liv Ullmann

Après l'intermède ratée de Toutes ses femmes, Bergman reprend le collier du questionnement existentiel.
Pourquoi y-a-t-il de la parole plutôt que du silence? Performances hors de l'ordinaire d'Andersson, côté parole et d'Ullmann, côté silence.
Il est aussi question de relation fusionnelle illustrée par cet impressionnant photoplan.



À gauche Bibi Andersson, à droite Liv Ullmann

Bergman s'amuse au jeu du déconstructivisme. Il s'agit d'introduire dans le déroulement du film des plans qui montrent des éléments du tournage en cours (pellicule, caméra, personnel) nous rejetant régulièrement en dehors du film pour ainsi tester notre tolérance face aux humeurs délinquantes du réalisateur. Bergman ne marinera pas très longtemps dans cette approche (seulement un autre film, je crois) - on lui pardonne.
Autre joujou. Dans le prologue, Bergman nous bombarde d'images incohérentes au milieu desquelles, passe en vitesse subliminale, un pénis en érection. C'est vraiment un gros méchant loup que ce Bergman -lol.

170. Antonioni : Zabriskie Point

1001 films : Zabriskie Point

Dans la liste des 1000 meilleurs films du 20ème siècle

Film américain réalisé en 1970 par Michelangelo Antonioni (1912-2007)
Mark Frechette, Daria Halprin et, apparemment, je ne l'ai pas vu, Harrison Ford

Triste de voir un si grand réalisateur se ridiculiser.
L'Amérique a souvent cet effet chez les Européens qu'elle attire. Ils arrivent avec une telle somme d'images d'Épinal, de préjugés et de stéréotypes qu'ils mettent un temps fou à décoder adéquatement ce nouveau monde. Mais ils y arrivent tous (l'Amérique est construit sur ce melting pot) s'il y a le temps ce que Antonioni n'a pas eu, apparemment, avant de se lancer dans la réalisation de Zabriskie Point. Antonioni en Amérique c'est comme un Américain à Paris, au sens littéral et au sens cinématographique - An American in Paris de Vincente Minnelli
Alors, il nous livre une belle bleuette stéréotypée sur une jeunesse américaine pétrie de justice sociale et d'amour, dont les corps, caramélisés au soleil californien, sont tout droit sortis d'une pub pour chewing gum. Ah oui, j'oubliais : À bas la société de consommation mère de tous les vices et de la dégradation de l'homo sapiens sapiens.
Évidemment, on a droit à ces grands espaces désertiques de l'Amérique qui font tant rêver l'Européen. Ce qui nous vaut de très belles séances photos - il y a un plaisir certain à se laisser porter par les séquences du désert.

Après 100 minutes, un immense cadeau : la séquence de la fin sur une musique de Pink Floyd : un morceau d'anthologie.


Je ne sais pas si, comme on dit, Zabriskie Point' dans le Death Valley National Park est le lieu le plus bas en altitude des USA, mais il est certainement le point le plus bas de la carrière d'Antonioni - facile, je sais, mais je ne pouvais pas y résister. (Mais comment ai-je pu éviter la Vallée de la Mort lors de ma traversée Montréal-San Diego en auto en 2004. Comment-je?)

Pour son film, Antonioni voulait des acteurs non-professionnels :
Mark Fréchette, (avec un accent puisque c'est un franco-américain) l'acteur d'un seul film, mort en prison à l'âge de 27 ans.
Daria Halprin, l'actrice d'un seul film, a vécu, après le film, en commune à Boston avec Mark Fréchette puis étudia avec Fritz Perl, le père de la Gestalt thérapie dont je fus un adepte au début des années 80.

Évaluation IMDB : 6,9 sur 10 par 4575 votants
Toutes les informations sur le film sur IMDB
Visionné, la première fois, à la télévision à St-Antoine-sur-Richelieu en août 1980Mon 170ème film visionné de la liste des 1001 films de Schneider

mercredi 21 avril 2010

169. Benton : Kramer vs Kramer

1001 films : Kramer vs Kramer

Dans la liste des 1000 meilleurs films du 20ème siècle

Film américain réalisé en 1979 par Robert Benton (1932)
Avec Dustin Hoffman, Meryl Streep, Justin Henry, Jane Alexander

Film à thèse.
Résume bien les défauts que l'on retrouve dans ce type de film.
Puisqu'on veut prouver telle thèse, tous les arguments sont mis dans la balance en faveur de la thèse à prouver.
Ici, il s'agit de prouver que les pères font d'excellentes mères et que, conséquemment, la garde de l'enfant suite à une séparation ne devrait pas aller automatiquement à la mère comme le prétendent systématiquement les juges.
Après une décennie (celle de 1970) de luttes pour l'émancipation féminine, il fallait bien qu'on commence à en voir les conséquences dans le monde des hommes. On a vu apparaître à cette époque un nouvel élément dans la typologie masculine - l'homme rose. Ted Kramer (Dustin Hoffmann) en esquisse quelques traits : la vie familiale avant le boulot, mucho culpabilité, "je veux partager mon vécu", beaucoup de tendresse pour son ex qui l'a plaqué là - pas de rancune chez l'homme rose, que de la compréhension.
Ce qu'on obtient : une guimauve autour d'un couple upper middle class de Manhattan qui se termine avec procès de divorce édulcoré et un dernier plan tout ce qu'il y a de plus hollywoodien. On s'amuse bien quand même et il est tellement mignon le petit garçon.
Performances convaincantes de Dustin Hoffmann et de Meryl Streep. On peut penser que leur situation personnelle (Hoffmann au milieu d'un divorce et Streep en deuil de la disparition de son amant, John Cazale) a teinté leur personnage.

En un phrase Serge Toubiana résume bien le tout :
un cinéma ringard, genre "dossiers de l'écran", mon coeur mis à nu, "cher téléspectateur, téléphonez-nous pour essayer de trouver avec nous une solution au drame que vit le personnage que sa femme a quitté, laissé en plan avec le petit." Cahiers du Cinéma 311. Mai 1980

Oscars 1980. Un déluge : meilleur film, meilleure réalisation, meilleur scénario, meilleur acteur à Hoffmann, meilleure actrice de soutien à Streep. Hollywood se fait plaisir.
Évaluation IMDB : 7,7 sur 10 par 24 085 votants
Toutes les informations sur le film sur IMDB
Visionné, la première fois, au cinéma à Beloeil en avril 1980Mon 169ème film visionné de la liste des 1001 films de Schneider

dimanche 18 avril 2010

Bergman. 23ème film

Poursuite de l'intégrale Bergman : 23ème filmFör att inte tala om alla dessa kvinnor (Toutes ses femmes) réalisé en 1964

Bergman se lance dans la comédie-bouffe et il s'écrase dans l'insignifiance. Premier film tourné en couleurs par Bergman, on se demande bien pourquoi.
À voir pour les performances sympa de ses actrices préférées : Harriet (que j'adore) et Bibi Andersson, Eva Dhalbek, Gertrud Fridh.
On dit qu'il voulait régler leur compte aux critiques de cinéma suédois - un ratage de premier ordre. Toute sa vie, il n'aura jamais su comment gérer ses relations avec la critique. Trop sensible - en anglais, on dit : "grow a skin".

Des ressources pour Bergman :
Le site : La fondation Bergman
Le livre : Ingmar Bergman Archives
Le coffret : 33 films de Bergman

lundi 12 avril 2010

168. De Sica : Ladri di biciclette

1001 films : Ladri di bicicletteLittéralement : Voleurs de bicyclettes
Titre français : Le voleur de bicyclette
Erreur de traduction et détournement de la signification du film. Le vol de bicyclettes est une entreprise (voleur, complices, recycleur, marché, etc.) qui souligne la détresse économique de l'Italie d'après-guerre.

Dans la liste des 1000 meilleurs films du 20ème siècle
Top 100


Film italien réalisé en 1948 par Vittorio De Sica (1901-1974)
Avec Lamberto Maggiorani, Enzo Staiola, Lianella Carell et Sergio Leone en séminariste.

Quand j'avais 8-10 ans, il m'arrivait souvent de partir en auto avec mon père qui était, alors, voyageur de commerce. On allait parcourir la campagne québécoise où il s'arrêtait dans des presbytères pour essayer de vendre aux curés des statues de plâtre fabriquées dans l'atelier - on disait "la shop" - de mon grand-père italien à Québec. (C'était avant le concile de Vatican II qui a, entre autres choses, sorti les statues des église ce qui amena rapidement la faillite de l'entreprise de l'aïeul.) Des journées à circuler sur des petites routes de campagne dans le silence mais dans une touchante connivence.
Quand j'ai vu Le voleur de bicyclette, une vingtaine d'années plus tard, ce qui m'a le plus ému c'est la relation père-fils - dans la complicité et le silence, tout ce dimanche passé ensemble à rechercher la bicyclette volée. Un écho de ce temps enfoui au fond de ma mémoire sensorielle. Suit un air de violon - sortez vos mouchoirs.

Le néo-réalisme italien à son meilleur. Ce que j'entends de cette école, c'est que l'histoire, souvent ténue, peu importante, n'est qu'un prétexte pour illustrer la société italienne, plus particulièrement les milieux défavorisés, de l'après-guerre.

Le film de De Sica dont l'histoire repose sur la poursuite d'un évasif voleur de bicyclette est, en fait, un prétexte pour montrer différents quartiers de Rome et leurs habitants sous forme de tableaux successifs, chacun illustrant un pan de la difficulté de vivre dans l'immédiat après-guerre : le mont-de-piété et ses étages de draps en consigne, le marché de pièces de bicyclettes, les sdf attirés à l'église sous une vague promesse d'y être sustenter, la diseuse de bonne aventure, dernier recours contre la misère...
C'est en posant une immense affiche de Rita Hayworth annonçant Gilda de Charles Vidor que l'ouvrier se fait voler son vélo Fidès 1935 (aucune trace de cette marque sur internet).
La fin dans le style Modern Times de Chaplin mais sans l'espoir.

Oscar 1950 : Meilleur film étranger
Évaluation IMDB : 8,4 sur 10 par 25 611 votants.
Au 104ème rang des meilleurs films de tous les temps selon les votants de IMDB
Toutes les informations sur sur le film sur IMDB
Visionné, la première fois, le 30 mars 1980 à la télévision à St-Antoine-sur-Richelieu.Souvenir : Le sous-sol de ma maison au bord de la rivière Richelieu est inondé, à peu près à cette date-là, par le débordement de la rivière causé par une embâcle formée en aval.
Mon 168ème film visionné de la liste des 1001 films de Schneider

dimanche 11 avril 2010

Bergman. 22ème film

Poursuite de l'intégrale Bergman. 21ème film

Tystnaden (Le silence) réalisé en 1963

L'incommunicabilité au coeur de la condition humaine.
Encore une fois, Bergman plonge avec appétit dans les grandes questions existentielles. Cette fois-ci, il nous entraîne aux confins du désespoir. Après le silence de dieu des Communiants (1962), le silence des humains.
Incommunicabilité entre deux mondes. Le monde réel des trois personnages et le monde onirique d'un hôtel sans clients sauf des nains et d'une ville où les habitants parlent une langue inconnue dans un univers absurde traversé par des chars d'assaut et des chevaux faméliques rappelant la Charrette fantôme de Sjostrom.
Incommunicabilité entre deux êtres. Deux soeurs qui, apparemment, ont nagé dans les eaux troubles de l'inceste sont dans des galaxies différentes.
Gunnel Lindblom, déjà impressionnante dans La source, est une vraie bombe érotique.
Ingrid Thulin, comme d'habitude, touchante par sa détresse sous couvert de banquise.

lundi 5 avril 2010

Bergman. 21ème film

Poursuite de l'intégrale Bergman. 21ème film

Nattvardsgästerna (Les communiants) réalisé en 1962
Le plus désespéré des films de Bergman. Un film dur, froid, tourné au coeur de l'hiver suédois dans une région désolée. Le titre anglais est Winter Light.
Les personnages sont poussés au bout d'eux-mêmes sans résurrection en vue, tout au contraire, le suicide semblant être la seule issue possible.
On assiste à une des scènes de rejet amoureux (entre Gunnar Bjornstrand et Ingrid Thulin) les plus dures que j'aie jamais vue au cinéma. La décomposition du visage de Thulin pendant la séquence nous atteint au coeur.
Dieu est muet et l'amour ne nous sauvera pas.

dimanche 4 avril 2010

Bergman. 20ème film

Poursuite de l'intégrale Bergman. 20ème film.

Såsom i en spegel (À travers le miroir) réalisé en 1961.

Ce film marque le début d'une trilogie (Les communiants, Le silence) qui se penchera sur la question métaphysique de l'absence de Dieu et la question existentielle de la solitude. Bergman entre dans une période ascétique : drames intérieurs, huis-clos, décors dépouillés. Une parenté certaine avec Dreyer.
Ce qui me fait penser à ce que j'ai déjà lu quelque part, il y a longtemps, à propos des grandes questions existentielles, au nombre de 4 :
1. La quête du sens (à quoi ça sert tout ça)
2. La solitude (on est toujours seul)
3. La responsabilité (on est responsable de ce qu'on fait avec notre vie)
4. La finitude (on casse tous sa pipe, un jour)
J'y ajouterais cette boutade existentielle de Woody Allen :
Non seulement Dieu n'existe pas mais essayez donc de trouver un plombier le dimanche.

Harriet Andersson , que j'adore depuis Monika (1953), est bouleversante dans ce rôle (Karin) de schizophrène dont la maladie progresse rapidement. Karin traverse de plus en plus souvent le miroir (d'où le titre) qui est l'interface entre le rêve (sa maladie) et la réalité. Je ne peux pas m'empêcher de faire le lien avec son rôle dans Cris et chuchotements (1972) dans lequel, elle se retrouve dans une situation identique mais cette fois-là dans le volet physique plutôt que dans le volet psychique, faisant l'aller-retour entre vie et trépas.

samedi 3 avril 2010

167. Peckinpah : Straw Dogs

1001 films : Straw Dogs
Titre français : Les chiens de paille

Dans la liste des 1000 meilleurs films du 20ème siècle

Film britannique réalisé en 1971 par Sam Peckinpah (1925-1984)
Avec Dustin Hoffman, Susan George, Peter Vaughan, Del Henney

Peckinpah annonce ses couleurs dès la première séquence : un gros plan sur les seins de Susan George. Attachez votre ceinture, ça va donner un grand coup. Sexe et violence c'est toujours un cocktail explosif et on n'y échappera pas. The Wild Bunch débarque sur la côte de Cornouailles en Angleterre.

Cette Amy (Susan George), c'est une vraie bombe érotique dans ce film; on se demande comment David Sumner (Hoffman), ce mathématicien freluquet, a pu séduire une telle fille surtout lorsqu'on apprend qu'elle a été largué quelques années auparavant par Charlie (Del Henney) une pure brute, pilier de taverne, comme on disait quand j'étais petit. Passer de Charlie à David, il y a comme un gouffre infranchissable et ça m'agace, ça sent trop la manipulation du scénariste.

Ce qui m'amène à la controversée scène du viol qui a fait dire à plus d'un critique que Peckinpah avait ressorti le vieux stéréotype machiste : quand elle dit non, en fait, elle dit oui.
En fait, Amy n'aime pas se faire violer, si elle jouit après s'être débattue quelque peu c'est qu'elle finit par céder à son ancienne passion pour David (le violeur de la séquence). Jouissance qu'elle ne retrouve pas lors du viol subséquent par un autre membre de la bande.

Lourd tout ça.

Revu 30 ans plus tard, la partie la plus spectaculaire, celle de la défense du foyer par Hoffman (ce mathématicien risquerait sa vie et celle de sa femme pour sauver celle de l'idiot du village?, total bullshit comme on dit dans les chaumières) s'est affadie. D'autres, après, ont revu ce scénario et l'ont monté en catastrophe. J'ai été plutôt séduit par toute la partie qui précède la scène du viol - la montée de la violence larvée et le gonflement (!) de la pulsion sexuelle.

Vous pouvez voir sur YouTube le making of de Straw Dogs intitulé Man Trap.

Évaluation IMDB : 7,7 sur 10 par 17 447 votants
Toutes les informations sur le film sur IMDB
Visionné, la première fois, en mars 1980 à la télévision à Montréal

Mon 167èm film visionné de la liste des 1001 films de Schneider