dimanche 26 avril 2009

130. Fassbinder : Fox et ses amis

1001 films : Faustrecht der FreiheitTitre français : Fox et ses amis. Le droit du plus fort.
Dans la liste des 1000 meilleurs films du 20ème siècle

Film allemand réalisé en 1975 par Rainer Werner Fassbinder (1945-1982)
Avec Rainer Werner Fassbinder (Fox) , Peter Chatel (Eugen), Karlheinz Böhm, Harry Baer, Ingrid Caven.

Lutte des classes 101.
Que l'histoire se déroule dans la communauté gaie de Munich n'est qu'accessoire. Ce qui, d'ailleurs, attira les foudres de la dite communauté sur le jeune réalisateur allemand.
En effet, pas de combat pour les droits des homosexuels, ni apologie de leur mode de vie, ce film présente un conflit entre des représentants de deux classes sociales différentes, leur orientation sexuelle n'étant à aucun moment un élément important de la problématique. En faisant l'impasse sur la difficulté d'intégration des gais dans la société, Fassbinder ne rendait pas un très bon service à la lutte des homosexuels pour la reconnaissance de leurs droits - d'où les foudres qu'il s'attira.

Hormis quelques scènes de nudité intégrale qui m'avaient ému à l'époque, on oublie rapidement que toute cette histoire se passe dans un milieu homosexuel. Jamais, l'orientation sexuelle des personnages ne semble poser problème - par exemple, les parents des deux protagonistes n'y trouvent rien à redire. Il semblerait, en regardant ce film, que la société civile de l'Allemagne de 1975 était complètement ouverte à l'expression de la diversité sexuelle, ce qui n'était certainement pas le cas.

Fallait-il vraiment nous asséner la dernière séquence, celle que j'appelle la scène des vautours?

Complètement inutile, cette fin mélodramatique non crédible. On avait compris le message monsieur Fassbinder, inutile de nous faire le coup des courriels où, pour attirer notre attention, on écrit le passage-clé en lettres majuscules et en caractère gras.
Merci quand même de nous enseigner que les gais sont tout à fait comme les straights quant à leur comportement en société. L'orientation sexuelle n'a aucun incident sur la gestion de la relation des classes, sur l'exploitation de l'homme par l'homme, sur l'incapacité à gérer adéquatement le pouvoir. Alors, ne pas se cacher derrière une fausse apparence d'ouverture à l'autre parce que notre pratique sexuelle n'est pas celle de la majorité. Le substantif "straight" (conservateur, réactionnaire, esprit obtus) transcende tous les groupes sociaux, gais inclus. À mettre dans le même bain que cette bleuette qui date des années 1970 qui essait de nous faire croire que le monde serait meilleur s'il était dirigé par des femmes. Le monde est tel parce qu'il y a diversité de valeurs, d'intérêts et d'opinions plus pas mal d'autres choses. Il n'y a pas une telle chose que la femme une et universelle dispensatrice d'amour et de paix.

Allons, je retourne à la préparation de mon nouveau classement des 1000 meilleurs films du 20ème siècle que je promettais pour le 1er mai. Pas sûr d'être au rendez-vous mais j'y travaille.
Évaluation IMDB : 7,9 sur 10 par 1075 votants
Toutes les informations sur le film sur IMDB
Visionné, la première fois, le 26 mai 1976 au cinéma St-Denis à Montréal
Mon premier film à thématique gai depuis... Blanche-Neige et les sept nains.Mon 130ème film visionné des 1001 films de Schneider

dimanche 19 avril 2009

129. Renoir : Une partie de campagne

1001 films : Une partie de campagne
Dans la liste des 1000 meilleurs films du 20ème siècle


Film français réalisé en 1936 par Jean Renoir (1894-1979)
Avec Sylvia Bataille, Georges Darnoux, Jane Marken, André Gabriello, Jacques Brunius, Paul Temps

Quarante minutes de pure merveille.
La symphonie pastorale de Beethoven mise en images.

1936. Le Front Populaire, les vacances, l'insouciance, l'été sur le bord de l'eau, quelque diable poussant la belle, un baiser en gros plan (très gros plan - rare), mouillé d'une larme pour le bonheur impossible, l'orage, puis, bientôt, les bottes allemandes aux portes de Paris. Rien ne sera plus jamais pareil... avant un autre printemps, celui de 68.



Victoire du Front populaire. 3 mai 1936

Tourné du 15 juillet au 25 août 1936, près de Marlotte et Montigny-sur-Loing, sur les berges de l'Essonne et au pont des Sorques sur le Loing. À cause de dissensions entre le réalisateur et le producteur, Pierre Braunberger, le film ne sortit que 10 ans plus tard à Paris.

Les horreurs de la distribution du film classique français au Québec : j'avais une copie VHS détériorée repiquée d'un original abimé avec des sous-titres en anglais blanc sur blanc - un horrible produit. Parce que nous, en région 1 (nord-amérique), on n'a pas encore droit à une copie numérisée sur dvd. Il faut attendre que Criterion ou Kino introduise ce titre dans leur collection; comme ils sont pratiquement les seuls à faire ce boulot, on souffre.

Que j'aime donc cette analyse de Une partie de campagne de George Kaplan sur le site dvd.classik.

Lecture cinéphilique
Cahiers du Cinéma numéro 634. Mai 2008
Entretien avec Col Nedham, le fondateur de Internet Movie Database.
On y fait l'historique de la plus grande banque de données cinématographiques au monde.
Si, au départ, IMDB était britannique, elle est maintenant américaine depuis son rachat par Amazon.com

Évaluation IMDB : 8,2 sur 10 par 947 votants
Toutes les informations sur IMDB
Visionné, la première fois, le 19 mai 1976 à la télévision à Montréal
Mon 129ème film visionné des 1001 films de Schneider

dimanche 12 avril 2009

128. Coppola : The Godfather : Part II

1001 films. The Godfather : Part IITitre français : Le parrain. 2ème partie
Dans la liste des 1000 meilleurs films du 20ème siècle
Top 100

Film américain réalisé en 1974 par Francis Ford Coppola (1939)
Avec Al Pacino, Robert Duvall, Diane Keaton, Robert de Niro, John Cazale, Talia Shire, Lee Strasberg (professeur d'art dramatique à l'Actor's Studio pendant 30 ans - professeur de Pacino, De Niro et Brando - autant dire que sans lui Godfather aurait été tout autre). Pour comprendre les performances hors du commun de ces trois acteurs, lire sur l'école d'art dramatique, Actor's Studio.

Des moments forts qui expliquent pourquoi c'est mon film préféré de la saga des Godfather :

1. D'abord l'arrivée à Ellis Island de Vito Andolini. Explications plus bas

2. La Havana, le 31 décembre 1958 : l'entrée des "barbudos" dans la capitale pendant que le système pourri de Batista se délite à vue d'oeil.
Castro et Guevara qui amassent un maximum de capital de sympathie du monde entier; capital que Castro va dilapider lentement au cours de son règne entaché par l'équarrissage des droits de l'homme.
Le partage du pouvoir : le grand échec de tous les systèmes communistes du 20ème siècle. Pas un n'a pu résister à la dictature. Peut-être que le chilien Allende y serait arrivé, ayant été le premier (le seul?) dirigeant communiste élu lors d'un scrutin électoral.

3. Michael Corleone qui corrige le détestable Comment se faire des amis de Dale Carnegie, (j'ai toujours détesté ce livre, ce titre, que, par ailleurs, je n'ai jamais lui. Mais le mandat du livre m'horripilait au plus haut niveau. ).
Alors voilà la version des Corleone de Comment se faire des amis :Lire en continuité la scène durant laquelle le sénateur de l'Utah dit à Michael son profond mépris des ritals mafieux et celle, quelques jours plus tard, dans la chambre d'un motel appartenant aux Corleone, alors que le même gouverneur se retrouve au lit à côté une fille brutalement assassinée, implorant l'amitié de ces même ritals pour le sortir de cet horrible cauchemard.

4. La solitude du "tueur" de fond.
Michael, pour assurer et affermir son pouvoir, fait le vide autour de lui. D'où la dernière séquence où l'on voit Michael qui, à l'instar de Charles Foster Kane, se retrouve seul dans son Xanadu du lac Tahoe au Nevada. Sombre et triste.
Ellis Island


De 1892 à 1954, le port d'arrivée de millions d'immigrants européens.

On n'oubliera jamais dans Titanic de James Cameron, l'image de Kate Winslet, sur le bateau qui a rescapé les naufragés du Titanic, regardant la Statue de la Liberté lorsque le bateau entre dans la baie de New York.

Quel moment émouvant pour moi lorsqu'il y a 3 ans j'ai trouvé dans la banque de données de Ellis Island le nom de ma grand-mère, Matilde Mauri. L'histoire familiale avait toujours été confuse à propos de son arrivée au Canada et là, j'avais sous les yeux, le registre du bateau sur lequel elle s'était embarquée au Havre le 13 avril 1913 avec sa soeur et sa mère. Je pouvais presque imaginer le fonctionnaire lui demandant son nom, son âge (19 ans), sa provenance (Carlazzo, Lombardia, Italia) et sa destination (Montréal, Canada).

Les frissons de ma grand-mère en voyant la Statue de la liberté après une traversée durant laquelle on a du commémorer le naufrage du Titanic qui avait eu lieu tout juste un an auparavant.





Mais c'est à mon grand-père que je pensais en voyant le jeune Vito Andolini arrivé seul à Ellis Island.
Mon grand-père, provenant de Lucca en Toscane, avait quitté, seul, son village à l'âge de 13 ans (1904) avec une pancarte autour du cou, indiquant son identité. Il se rendit, seul, à Gênes et prit, seul, le bateau l'amenant à Halifax au Canada puis en train jusqu'à Montréal où l'attendait son père. Sur le bateau, il devint ami d'un Italien de son âge provenant de Carlazzo et qui allait devenir, en 1915, son beau-frère.

J'ai lu chez David Thomson dans son bouquin "Have You Seen....?" (les 1000 meilleurs films de Thomson commentés sur 1000 pages) qu'il existe un remontage chronologique des deux premiers Godfather - expérience que je nous souhaite tous.

Oscars 1975 : 6 dont ceux de meilleur film, de la réalisation, du scénario, de l'acteur de soutien à Robert DeNiro, de la direction artistique, de la musique.

Évaluation IMDB : 9,0 sur 10 par 201 520 votants
Au 3ème rang des meilleurs films de tous les temps selon les votants de IMDB
Toutes les informations sur le film sur IMDB
Visionné, la première fois, le 15 mai 1976 au ciné-parc de St-Bruno, banlieue de MontréalC'est quoi ces conneries d'aller voir un tel film dans un ciné-parc!!!
Mon 128ème film visionné des 1001 films de Schneider

dimanche 5 avril 2009

127. Cassavetes : A Woman Under the Influence

1001 films : A Woman Under the InfluenceTitre français : Un femme sous influence
Dans la liste des 1000 meilleurs films du 20ème siècle

Film américain réalisé en 1974 par John Cassavetes (1929-1989)
Avec Gena Rowlands, Peter Falk, Lady Rowlands, Katherine Cassavetes.

Titre sous-jacent :
La folie en tant que mode de gestion de la violence conjugale.

Allez, un peu de psychologie-maison pour sortir d'une première impression que j'estime fausse.

Pour moi, il est évident que la personne la plus dysfonctionnelle de ce couple n'est pas celle qui porte le symptôme. Cette folie apparente de l'épouse n'est là que pour canaliser la violence refoulée du mari qui trouve ainsi un exhutoire socialement acceptable. En effet, quel mari pourrait supporter calmement un tel désordre émotionnel chez sa femme - d'où la compassion qu'il attire de la part de ses partenaires de travail et des spectateurs (et de la plupart des critiques de cinéma) mais pas de la famille immédiate qui a une vision plus juste et plus nuancée du drame familial.
Les accès colériques et, quelquefois, très violents du mari ne sont pas le fait d'un homme déboussolé par la folie de sa femme. Il faut inverser la relation causale. C'est la folie de la femme qui est la conséquence du potentiel violent du mari. C'est sa façon de survivre dans ce couple.
C'est un classique de la violence conjugale.

Cette phrase du mari, venue de nulle part, est lourde de sens :
"Ma femme n'est pas cinglée. D'accord, elle pourrait se jeter sous une voiture ou mettre le feu à la maison mais elle n'est pas cinglée"
En fait, le mari parle de lui-même parce que l'on voit bien que ces comportements ne font pas partie de la folie de sa femme mais de la sienne propre - folie potentiellement violente (voir la dernière séquence du film).

Je sais, je n'ai vu nulle part une telle analyse. Mais je persiste quand même. Il faut bien que mon baccalauréat en psychologie serve finalement à quelque chose, non?

Avec Cassavetes, on est à des années-lumières de Hollywood. Son oeuvre, qui commence au début des années 60, est à mettre en parallèle avec la production de la Nouvelle vague. On sort des studios et des scénarios taillés au couteau pour investir les personnages, donner de la place à l'intimité et mettre la caméra en liberté. Il y a une excellente synthèse de la vie et de l'oeuvre de ce pionnier du cinéma indépendant américain sur Wikipédia.

Cassavetes, le plus français des réalisateurs américains, ne serait-ce que par son habileté à gérer les scènes de table : le petit déjeuner au spaghetti est une oeuvre d'anthologie.

Évaluation IMDB : 8,0 sur 10 par 3783 votants
Toutes les informations sur le film sur IMDB
Visionné, la première fois, le 14 mai 1976 au cinéma Élysée à Montréal
Je venais d'emménager (le 1er mai) dans un appartement de la rue Bourbonnière à Montréal (mon 8ème déménagement en 7 ans) où je verrai, à la télé, les Olympiques de Montréal sans mettre les pieds au stade qui est à 500 mètres de chez-moi. C'était une décision politique : boycotter les jeux du maire Drapeau, le "roi" de Montréal depuis 16 ans et boycotter un stade qui nous coutera finalement 1,2 milliards de dollars : quelles aberrations! - le stade et me priver de participer à la fête olympique.
Huit déménagements en 7 ans et un objet fidèle à travers toutes ses pérégrinations - ma boite de fiches de cinéma qui allait aboutir dans ce blog, 30 ans plus tard - de la suite dans les idées le mec, non?
Mon 127ème film visionné des 1001 films de Schneider