dimanche 23 novembre 2008

107. Eustache : La maman et la putain

1001 films : La maman et la putain
Dans la  liste des 1000 meilleurs films du 20ème siècle


Film français réalisé en 1973 par Jean Eustache (1938-1981)
Avec Jean-Pierre Léaud, Bernadette Lafond, Françoise Lebrun

Ce film devrait s'intituler Le nouveau désordre amoureux.

Titre que Pascal Bruckner et Alain Finkielkraut allèrent donner à leur essai, publé en 1978, sur la remise en question de la révolution sexuelle amorcée à la fin des années 60.

Cinq ans avant eux, Eustache écrit un film-essai sur la problématique de la relation amoureuse. L'héritage de la révolution sexuelle des années 60 est revu et corrigé par Eustache. Il remet en question les grandes tartinades de cette révolution : l'amour libre, le ménage à trois (plutôt deux femmes que deux hommes, évidemment!, le chauvinisme masculin n'ayant pas été touché par cette révolution), la maternité ringarde.

Il faut voir le personnage d'Alexandre (Jean-Pierre Léaud), d'un abyssal narcissisme et perclus d'un sexisme d'un autre âge, au temps du MLF, qui inonde littéralement les trois premières heures du film de ses envolées verbales, parsemées de blagues (comme on siffle en traversant un cimetière); il faut le voir, dans les dernières séquences, blessé narcissiquement, passer le phallus (comme on dit en psychanalyse pour signifier le pouvoir) à sa maîtresse (Françoise Lebrun, conjointe de Jean Eustache pour laquelle il a écrit ce film autobiographique) qui prend la parole pour ne plus jamais la remettre et qui, devant un Alexandre, finalement muet, à l'écoute?, dresse un tableau des aspirations sexuelles et amoureuses de la femme d'après Mai-68 qui me semblent plus près de celles de la maman (tradition) que de celles de la putain (nouveau paradigme amoureux apparu dans les années 60).

Une juste remise en question du dogme ou de la doxa de la révolution sexuelle dans cet article. «Tout le monde couchait avec tout le monde» Une entrevue de Dominique Simonnet de l'Express avec Pascal Bruckner, publiée le 15 août 2002

Quand j'ai vu ce film en 1974, bien que je nageasse (un imparfait du subjonctif, wow!) en plein désordre amoureux, un mariage en abîme, je m'étais royalement emmerdé. Disons que le personnage joué par Léaud et probablement Léaud lui-même me furent carrément insupportables. Alors cette émotion oblitéra tout le reste et Eustache m'est passé par dessus la tête .
C'est en le visionnant à nouveau que j'ai découvert l'ampleur de cette oeuvre même si le personnage de Léaud m'irrite toujours autant.
C'est une des plus grandes joies que me procure cette expérience de revoir les films du bouquin de Schneider; celle de découvrir des films que j'avais complètement ratés à l'époque à cause de différents facteurs : immaturité, passages de vie dissonants, indispositions physiques ou psychologiques, etc.

Lecture cinéphilique en cours
Alain Bergala, L'hypothèse cinéma. Petit traité de transmission du cinéma à l'école et ailleurs.
Petite bibliothèque des Cahiers du cinéma
Un excellent passage qui envoie le cinéphile vers un devoir exigeant mais incontournable si on veut accéder à l'oeuvre d'un auteur : Revoir les films, un seul visionnement ne pouvant que présenter une vision tronquée de l'oeuvre.
"...la première vision d'un film oblige d'aller d'un plan au suivant, d'une scène à la suivante, pendant le temps contraint d'une heure et demie. La première vision est mobilisée, pour l'essentiel, par la nécessité de comprendre l'histoire, de ne pas confondre les personnages, de situer chaque nouvelle scène, dans l'espace et le temps, par rapport à ce qui précède. En fait, cette première vision est consacrée à la "lecture" de l'histoire, aux significations. Ce n'est que dans les approches ultérieures du film qu'on pourra en goûter, plus sereinement, sans crispation sur la peur de ne pas comprendre, les véritables beautés artistiques. J'ai toujours été personnellement angoissé, en entrant dans un film au scénario complexe et aux personnages nombreux (ah! les films d'Ozu qui m'obligent, pour m'y retrouver, à inscrire tous les personnages sur une feuille avec leurs liens généalogiques, excusez monsieur Bergala de mon intrusion dans votre texte), de ne pas arriver à comprendre l'histoire, de m'embrouiller dans l'identité et le rôle des personnages."

Festival de Berlin 1973 : Prix pour le jeune cinéma
Festival de Cannes 1973 : Prix de la critique, Grand prix du jury.
Évaluation IMDB : 8,2 sur 10 par 924 votants
Toutes les informations sur le film sur IMDBÀ lire : Une texte lumineux de Jean-Luc Lacuve sur le site du ciné-club de Caen.
Visionné, la première fois, le 21 avril 1974 au cinéma Outremont à MontréalLorsque j'habitais Outremont (entre 1982 et 1991) j'ai beaucoup fréquenté le cinéma Outremont, le meilleur cinéma de répertoire de Montréal. J'ai vu exactement 107 films (the maniac rides again) dans cet ancien théâtre recyclé en cinéma et pris en charge par Roland Smith, le plus célèbre et le plus têtu (dans le sens "ne jamais lancer la serviette, quoi qu'on dise") cinéphile de Montréal.

Le cinéma Outremont dans les années 1970
Mon 107ème film des 1001 films

2 commentaires:

  1. L'imparfait du subjonctif était parfait, mais au lieu de "malgré que" il aurait fallu mettre "bien que". "Malgré que" n'existe pas!!!
    Mais bon, c'est pour chipoter, mais ça foutait en l'air votre remarque sur l'imparfait du subjonctif, enfin, je trouve!

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  2. Merci Raphael (sans tréma?).
    Vous confirmez la remarque du Petit Larouse: "Excepté dans l'expression littéraire, l'emploi de "malgré que" est critiqué."

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