lundi 27 octobre 2008

103. Resnais : Hiroshima, mon amour

1001 films : Hiroshima, mon amour
Titre japonais : 24 - jikan no joji (a 24 Hour Affair)
Dans la liste des 1000 meilleurs films du 20ème siècle

Film français réalisé en 1959 par Alain Resnais (1922)
Avec Emmanuelle Riva et Eiji Okada

"Pourquoi nier l'évidente nécessité de la mémoire" Nevers (Emmanuelle Riva)

Alors donc, plongée dans ma biographie, puisque c'est l'incantation de ce film.
Deux paliers dans cette plongée : d'abord en profondeur au niveau de 1960 puis remontée au palier intermédiaire de l'automne de 1973.

Palier 1960
Le Québec commence à peine, depuis la mort du populiste  Maurice Duplessis, premier ministre du Québec pendant des siècles, à sortir de la période connue sous le nom de la "grande noirceur". (exemple de cette noirceur: Les enfants du paradis de Marcel Carné, interdit de distribution au Québec).
J'avais 13 ou 14 ans, on allait présenter au Ciné-club de fin de soirée de Radio-Canada, Hiroshima, mon amour. Grand émoi dans les journaux : comment la société d'état pouvait-elle présenter, même à une heure tardive, l'apologie de l'amour libre.
Grand émoi dans la famille aussi, quand mon père, grand catholique pratiquant, membre de l'Ordre de Jacques-Cartier (regroupement clandestin canadiens-français voué à la défense de la langue française et de la religion catholique au Québec) décide de regarder, seul, cette oeuvre à la réputation sulfureuse (le dos nu de Riva, caressé par les mains de son amant, suffisait, à cette époque, au Québec, pour faire classer le film AR, i.e. adultes avec réserve). Qu'y cherchait-il?
Grand plaisir, pour moi, de trouver enfin, chez mon père, une faille dans son orthodoxie Patrie-Famille-Travail et, pour faire le compte, Religion. Je n'allais plus jamais voir mon père de la même manière à partir de ce jour. Malheureusement, plaisir qui dura peu, puisqu'il allait mourir 4 ans plus tard, quelques jours après avoir terminé la lecture d'un roman que je lui avais suggéré, La puissance et la gloire de Graham Greene (caméo dans le film La nuit américaine). Suggestion qui faisait partie de mon entreprise de "sapage" des fondations de ses valeurs catholiques.

Palier automne 1973
Avec Tomiko, mon amour de l'automne 1973, originaire de Nagasaki (ça ne s'invente pas), on regarde, à la télé, dans mon meublé cradingue en face du parc Lafontaine sur la rue Sherbrooke à Montréal, Hiroshima, mon amour; ahuris de retrouver de telles similitudes avec ce couple eurasiatique : la soudaineté d'une rencontre des plus hasardeuses (à la sortie de la gare de Cordoba en Espagne) et dont l'espérance de vie se mesure en jours tant le passé est têtu à tracer des routes divergentes.
Nevers (Emmanuelle Riva) : "Il est probable que nous mourrons sans nous être jamais revu"
25 novembre 1973, aéroport de Montréal, Tomiko prend le vol Montréal-Paris-Tokyo.
Jamais revue depuis.
Alors, si j'aime Hiroshima, mon amour? Immense...comme cette photo de la Riva. À propos du titre 
Un écrivain rigolo, dont j'ai oublié le nom, a fustigé le titre du film : "Après avoir tourné Hiroshima, mon amour, pourquoi pas tourner Auschwitz, mon coco?"

Titres oxymores. Exemple d'un oxymore : un silence assourdissant
1. Hiroshima, mon amour
Tout le film est fondé sur cette figure de style : "Tu me tues, tu me fais du bien", "Je te mens, je te dis la vérité"
2. Paris, Texas de Wim Wenders
3. L'ami américain de Wim Wenders (oxymore, disons, pour un Taliban)
4. Kiss Me Deadly de Robert Aldrich
5. Hell in the Pacific de John Boorman
6. True Lies de James Cameron

Proposition d'une lecture cinéphilique
Cahiers du cinéma. Numéro 97. Juillet 1959. 18 pages d'une table-ronde au sujet de Hiroshima, mon amour. Lumineux. Participants : Éric Rohmer, Jean-Luc Godard, Pierre Kast, Jacques Rivette, Jacques Doniol-Valcroze. Excusez du peu!!! (221 films réalisés entre eux). L'article s'achète sur le site des Cahiers du cinéma.

Festival de Cannes de 1959 : À qui va la palme d'or? À Hiroshima, mon amour, bien sûr, non? alors à Truffaut pour Les quatre cents coups. Non plus? Mais, diantre, quel chef-d'oeuvre coiffe ces deux productions au poteau? L'improbable Orfeu negro, cette bluette exotique, de Marcel Camus (mais qu'a-t-il fait d'autre de marquant, celui-là?). La mâchoire m'en tombe comme celle de Jim Carrey dans Le masque lorsqu'il se retrouve face à Cameron Diaz.

Évaluation Mediafilm : Cote 1. Chef-d'oeuvre
Évaluation IMDB : 8,0 sur 10 par 23 509 votants au 22 septembre 2018
Toutes les informations sur le film sur IMDB
Visionné, la première fois, le 14 novembre 1973 à la télévision à Montréal

Mon 103ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider

dimanche 19 octobre 2008

102. Boorman : Deliverance

1001 films de Schneider : Deliverance
Titre français : Délivrance
Dans la liste des 1000 meilleurs films du 20ème siècle

Film américain réalisé en 1972 par John Boorman (1933)
Avec Jon Voight, Burt Reynolds, Ned Beatty, Ronny Cox, Ed Ramey

Très improbable titre que ce Deliverance.
Les trois survivants de cette merveilleuse escapade sur la rivière Chattooga (frontière Georgia/South Carolina) sont, à jamais, suite à leur aventure, enfermés dans un cauchemar sans issue ; ce que confirme la dernière séquence du film. Pas de délivrance en vue pour eux.
Dernière séquence pillée par Brian de Palma pour conclure son Carrie.


Une des séquences les plus célèbres de Délivrance : le duo guitare-banjo.
Billy Redden, le "banjo boy" qui, en fait, ne joue d'aucun banjo, a été sélectionné pour son "look" qui correspondait au fait avéré ou au préjugé (vous choisissez) de la pratique de l'endogamie dans les régions isolées des Appalaches ; la pratique de l'endogamie entraînant possiblement le développement de dégénérescences génétiques : syndrome de Down, déficience intellectuelle, malformation congénitale. Avouez que Billy Redden est une belle synthèse de ces 3 éléments.
Dans son film, Big Fish.Tim Burton a déniché Redden dans un boui-boui du sud profond pour lui faire faire une apparition en "banjo man".

Dans le message précédent, je traitais du procédé de "la nuit américaine" : on en a un bel exemple dans ce film lors de la scène de nuit au sommet de la paroi escaladée par le personnage interprété par John Voight.

Jean-Louis Bory, dans la Lumière écrit (tome 5 de ses critiques cinématographiques) traitant de Deliverance : "le sauvage modèle 1972 ne respecte pas le modèle "bon sauvage" qui fait pleurer d'attendrissement dans les chaumières hippie." J'aime Bory.

Lecture cinéphilique en cours
Zanuck, le dernier grand nabab par Leonard Mosley.
Mais qu'est-ce qu'un nabab?
"Un jour alors que je sortais du magasin du studio, je vis Zanuck quitter la salle à manger et marcher en direction de son bureau. Sa cour l' entourait, composée d'une foule d'assistants, de producteurs et de parasites. Stupéfait, je le vis soudain déboutonner sa braguette tout en parlant et pisser contre un mur. Il y avait plein de monde, mais cela ne le troublait nullement. Il faisait cela à sa manière, aussi candide que n'importe quel gosse des rues."
Y a pas de meilleure définition.

Évaluation Mediafilm : Cote 2. Remarquable
Évaluation IMDB : 7,7 sur 10 par 87 872 votants au 22 septembre 2018
Toutes les informations sur le film sur IMDB
Visionné, la première fois, le 27 octobre 1973 au cinéma St-Denis à Montréal.

Après 4 semaines à parcourir l'Espagne et le nord du Maroc, retour tumultueux à Montréal. En descendant de l'avion, puisque plus rien ne m'attache, je décide de m'installer à Montréal. Chômage, petit meublé crasseux, couple en déroute, l'hiver aux portes de Montréal (j'ai toujours haï l'hiver à Montréal). Délivrance peut-être mais, à ce moment-là, je pensais plutôt déroute.
Mais il y a Tomiko, rencontrée à la sortie de la gare à Cordoba, qui, complètement "pétée" (comme dans péter les plombs), sursoit à son tour d'Europe pour m'accompagner à Montréal. C'est pas de l'amour, ça? (Quel mélo!, sortez les mouchoirs ; pouaff comme dirait l'Agrippine de Brétécher).
Mon 102ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider

lundi 13 octobre 2008

101. Truffaut : La nuit américaine

1001 films : La nuit américaine

Dans la liste des 1000 meilleurs films du 20ème siècle

Film français réalisé en 1973 par François Truffaut (1932-1984)
Avec François Truffaut, Jean-Pierre Léaud, Jacqueline Bisset, Valentina Cortese, Jean-Pierre Aumont, Alexandra Stewart, Nathalie Baye, Bernard Menez

Pourquoi j'aime tant ce film qui, apparemment, laisse froid les spécialistes du cinéma (absent de la plupart des palmarès de films) et qui a suscité à sa sortie un tollé de la part des cinéphiles de gauche (marquant, entre autre, la rupture définitive entre Truffaut et Godard) ?
Pourquoi, à chacun des visionnements, c'est un direct au cœur que je reçois, comme une ancienne histoire d'amour qui revient me hanter?

Dans le désordre, les raisons de cette passion :

1. D'abord pour cette réplique de Ferrand (Truffaut) s'adressant à Alphonse (Léaud) qui m'émeut à chaque fois :
"Les films sont plus harmonieux que la vie. Il n'y a pas d'embouteillages dans les films, pas de temps mort. Les films avancent comme des trains, tu comprends, comme des trains dans la nuit. Des gens comme toi, comme moi, tu le sais bien, on est fait pour être heureux dans le travail, dans notre travail de cinéma."
2. Aussi pour toutes ces références à l'histoire du cinéma (photos volées dans un cinéma, bouquins de cinéma, le jeu questionnaire de Monsieur Cinéma, la rue Jean-Vigo, la surdité de William Wyler, etc.). Un vrai régal pour cinéphile. D'ailleurs, c'est un film que Truffaut adresse aux cinéphiles. Le film n'est-il pas dédié aux sœurs Lilian et Dorothy Gish? Qui, en 1973, pouvaient connaître ces actrices de l'époque du muet à part les fous de cinéma?
3. Pour cette séquence accompagnée du merveilleux Grand Choral de Georges Delerue. À ce moment du film, habituellement, je craque.
4. Pour la performance bouleversante de Valentina Cortese, en comédienne alcoolique incapable de jouer son personnage dans Je vous présente Pamela (film dans le film) mais qui défonce l'écran dans La nuit américaine. En nomination pour l'oscar de la meilleure actrice de soutien en 1975. Il a été remporté par Ingrid Bergman qui lors de son speech d'acceptation dit que la statuette aurait dû être donnée à Valentina Cortese.
5. Parce que le visionnement de La noche americana, seul à Madrid en 1973, a eu lieu à une période marquante de ma vie; conséquemment, ce film est devenu ma "madeleine de Proust".
6. Pour cette Nathalie Baye à lunettes qui commence sa carrière au cinéma, pour mon plus grand bonheur et dont le personnage dit : "Je laisserais un mec pour un film mais jamais un film pour un mec".
7. Pour cette comparaison qui nous renvoie à la passion pour l'Amérique de Truffaut : "Un tournage de film ça ressemble exactement au trajet d'une diligence au Far West. D'abord, on espère faire un bon voyage et puis, très vite, on en vient à se demander si on arrivera à destination."

Le titre : On nous dit toujours que le titre "la nuit américaine" renvoie à une technique utilisée au cinéma consistant à filmer, de jour, des scènes de nuit en utilisant un système de filtres adéquat. Technique initiée et popularisée par le cinéma américain des années 30 sous le nom de Day for Night.
Par contre, en lisant la biographie de François Truffaut, écrite par Antoine de Baecque et Serge Toubiana, on découvre que Truffaut, pour des soucis de publicité dans les cinémas de province, a donné une autre explication à son titre. Croyant que les Français de la province risquaient de se détourner de son film, le croyant trop intellectuel avec un tel titre pour cinéphile, (toujours douloureux cette condescendance toute parisienne) a décidé de dire aux journalistes que le titre provenait, en fait, de la séquence dans laquelle Alphonse (Léaud) passait la nuit avec Julie (Bisset), la belle américaine. Un peu tordu, le Truffaut.

Lecture cinéphilique en cours :
Zanuck, le dernier grand nabab par Leonard Mosley.
Pour une plongée infernale au coeur de l'ogre hollywoodien. Mais surtout une pléthore de potins style "Zanuck a une liaison orageuse avec Juliette Gréco" eh bien! les bras m'en tombent. Comment peut-on imaginer Hollywood couchant avec St-Germain-des-Prés dans les années 50!
Biographie fascinante quand même. Un début de vie à la Jack London dans le L.A. du début du 20ème siècle. Bon, je n'en suis qu'au début. D'autres potins croustillants suivront.

Oscar 1974 pour le meilleur film étranger
Évaluation Mediafilm : Cote 3. Très bon
Évaluation IMDB : 8,1 sur 10 par 17 024 votants au 22 septembre 2018
Toutes les informations sur le film du IMDB
Visionné, la première fois, au cinéma à Madrid en septembre 1973
À Madrid pour quelques jours, avant de partir pour l'Andalousie à la découverte du flamenco à Sévilla et Cordoba ; découverte ponctuée d'une improbable rencontre japonaise. Puis, une petite incursion au nord du Maroc, à Tanger, ville passablement mal famée à l'époque.
Mon 101ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider

dimanche 5 octobre 2008

100. Bunuel : Le charme discret de la bourgeoisie

1001 films de Schneider : Le charme discret de la bourgeoisie

Dans la liste des 1000 meilleurs films du 20ème siècle


Film français réalisé en 1972 par Luis Bunuel (1900-1983)
Avec Fernando Rey, Paul Frankeur, Delphine Seyrig, Bulle Ogier, Stéphane Audran, Jean-Pierre Cassel

Regardez l'affiche à droite.
C'est une belle illustration de l'acronyme anglais WYSIWYG (What You See Is What You Get)., utilisé dans le monde informatique pour nous dire que le produit obtenu correspondra à l'image montré sur l'écran.

Ce melon chapeautant des lèvres gonflées au botox (sauf que le botox n'apparaît que dans les années 80) porté par des guiboles pas très nettes est un bel aperçu de ce qui vous attend si vous mettez les pieds dans ce film.
Toute la panoplie surréalistico-oniristique de Bunuel vous y attend de pied ferme Avis aux amateurs.... dont je ne suis plus.
Dans ma longue adolescence qui s'est étendue bien au-delà des limites définis par les bouquins sur la psychologie du développement, j'étais un fan fini du surréalisme et, au cinéma, des univers fellino-buenéliens, mais la réalité dure et têtue du monde adulte a changé mes intérêts cinéphiliques; thank God!
Mon plus beau moment : le dernier plan du film
Dans le dernier plan, les 6 bourgeois s'éloignant sur un chemin de campagne, ne nous renvoit-il pas au dernier plan du film d'Ingmar Bergman (pas encore Bergman, il a pas fini de nous les casser avec son Bergman!!! C'est pas fini, allez voir plus bas), Le septième sceau dans lequel l'on voit 6 personnages s'éloignant sur une colline, entraînés par la mort et sa faucille? De fait, ces six bourgeois sont morts.... de ridicule; assassinés par les dialogues et les "one-liners" de Bunuel et de Jean-Claude Carrière.
Exemple, entre cent :
Stéphane Audran) : "Encore un peu de foie gras, mon colonel?" Dans cette ligne, toute l'expression de la bourgeoisie française .

Un résumé du film? Jürgen Müller dans Les films des années 70, à propos de Le charme discret de la bourgeoisie : "un grotesque carnaval des idées et des clichés bourgeois".

Lecture cinéphilique en cours :
Images. My Life in Film de Ingmar Bergman.
Bergman nous parle du tournage de chacun de ses films dans des textes courts, truffés d'extraits de son journal personnel. À côté de descriptions de ses relations avec les producteurs, les cameramens, les acteurs, beaucoup de plongées au coeur de son univers névrotique qui nous disent pourquoi ce réalisateur a suscité tout au cours de sa vie, tant avec ses acteurs qu'avec ses proches, des relations amour-haine qu'il entretenait lui-même avec le cinéma.

Extrait de son journal du 22 mars 1983 (Après avoir terminé le tournage de Après la répétition) : "I don't ever want to make films again. I want to quit, I want peace. I don't have the strenght anymore, neither psychologically nor physically." En fait, il tournera encore 8 autres films, mais tous pour la télévision.

Oscar 1972 : Meilleur film étranger
Évaluation Mediafilm : Cote 1. Chef-d'oeuvre
Évaluation IMDB : 8,1 sur 10 par 8 004 votants
Toutes les informations sur le film sur IMDB.
À lire : Une chronique de Léopold Sarroyan sur DvdClassik
Visionné, la première fois, en septembre 1973 au cinéma à Madrid

Seul, à Madrid, en sortant du cinéma, je vois à la une des journaux dans les kiosques, la mort de Salvador Allende lors du renversement de son gouvernement par Augusto (sic) Pinochet. Grande tristesse au pays de Franco-la-muerte.
Le film de Bunuel est disparu rapidement de mon écran radar, entraîné par la tourmente de la vie nocturne madrilène que je découvrais, ahuri et complètement séduit. En le revoyant aujourd'hui, j'ai vraiment l'impression de le voir pour la première fois. J'avais tout oublié sauf peut-être l'impression que tout le film était un huis-clos autour de la table.
Mon 100ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider