dimanche 18 mai 2008

89. Dreyer : La passion de Jeanne d'Arc

1001 films de Schneider : La passion de Jeanne d'Arc


Film français réalisé en 1928 par Carl Theodor Dreyer (1889-1968)
Avec Maria (Renée) Falconetti, Eugène Silvain, André Berley, Maurice Schutz, Antonin Artaud

Un des plus formidables huis-clos de l'histoire du cinéma. Sensation d'étouffement tellement les plans rapprochés se succédant à un rythme rapide nous emprisonnent dans cet univers inquisitorial. Jamais, pendant tout l'interrogatoire, n'avons-nous une vue d'ensemble de ce tribunal qui s'acharne sur la Jeanne. Étouffement tel que la sortie de Jeanne de la prison en direction de l'échafaud nous apparaît comme un immense soulagement. Enfin, un espace ouvert. Le bûcher libérateur.
Dreyer a monté le film en 1500 plans. Parmi ceux-ci, j'ai compté 403 très gros plans du visage de Jeanne.
Une prestation de comédienne qui n'a que le visage (sans voix, sans corps) pour exprimer toute la gamme des émotions vécue par un personnage soumis à un tribunal d'Inquisition. Falconetti accomplit une prouesse jamais égalée dans toute l'histoire du cinéma.

Dans cet extrait du film : Une performance magistrale de Falconetti, avec en prime Antonin Artaud et un chant émouvant. Je suis en amour avec Falconetti : ses yeux, sa bouche, sa détresse; aucune actrice à cette époque (que dis-je toutes les époques) n'offre une telle prestation. Une si grande détresse avec une telle retenue, c'est inoubliable.
Si vous n'êtes pas touchés, c'est parce que, comme dirait Amélie Poulain, vous êtes moins qu'un légume car même les artichauts ont du coeur.
Falconetti est morte, oubliée, à Buenos Aires en 1946.

Lecture cinéphilique en cours :Hitchcock/Truffaut.
Probablement le plus célèbre livre sur le cinéma jamais écrit. Entre 1962 et 1966, tous les étés, Truffaut rencontre Hitchcock à Universal City à Hollywood et lui pose des questions (plus de 500) sur son oeuvre. Chacun de ses films sera analysé.
Hitchcock a beaucoup adapté d'oeuvres littéraires. Alors la sempiternelle question de la détérioration de l'oeuvre littéraire lors de son adaptation cinématographique est revenue le hanter tout au long de sa carrière. Lorsque Truffaut soulève cette question, il répond par cette amusante petite histoire :
"Deux chèvres sont en train de brouter les bobines d'un film. Lorsque l'une demande à l'autre si elle se régale; cette dernière lui répond qu'elle aimait mieux le livre."

Évaluation Mediafilm : Cote 1. Chef-d'oeuvre
Évaluation IMDB : 8,1 sur 10 par 7565 votants
Toutes les informations sur le film sur IMDB
Visionné, la première fois, en 1971 à la télévision à Québec
La version visionnée en 1971 était bien étriquée (70 minutes au lieu de 82). Ce n'est qu'en 1981 qu'on trouva dans un asile psychiatrique (!!!) de Norvège la version originale qu'on croyait avoir perdu dans les flammes au début des années 30. La bande sonore qui accompagne cette version, Voices of Light, composée en 1985 par Richard Einhorn, est un oratorio inspiré par le film : magistral.
Mon 89ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider

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