lundi 11 février 2008

73. Godard : Pierrot le fou

1001 films de Schneider : Pierrot le fou
Dans la liste des 1000 meilleurs films du 20ème siècle
Top 100

Film français réalisé en 1965 par Jean-Luc Godard (1930)
Avec Jean-Paul Belmondo et Anna Karina

Un immense collage verbomoteur sur une trame narrative furtive, chaotique et, finalement, sans importance. Pour moi, le chef d'oeuvre de Godard. Tout Godard se retrouve dans ce film. Plusieurs de ses films suivants ne feront que développer les contenus et la forme de ce film.

Quand je veux me réconcilier avec Godard dont plusieurs films me tombent royalement sur les nerfs par leur narcissisme inqualifiable, je regarde Pierrot le fou et je me calme... je déguste tout le côté cinéphilique qu'il a développé au contact des Cahiers du cinéma dont il fut un important rédacteur dans les années 50, à l'époque où les Cahiers ne juraient que par le cinéma américain. D'où beaucoup de références au cinéma (les films Johnny Guitar et Pepe le Moko, la présence de Samuel Fuller qui veut tourner Les fleurs du mal (!!!) à Paris, petit caméo de Jean Seberg, etc.) et à la société américaine avec laquelle il entretient une relation amour/haine qui transcende tous ses films. Il est vrai que plus on avancera dans les années 60, plus la partie amour se fera discrète au profit de la haine suscitée par l'impérialisme américain et la puissance destructrice du grand capitalisme.

J'adore la fin du film lorsque Ferdinand, qui s'est entouré de dynamite pour se faire sauter le caisson, change d'idée à la dernière seconde et cherche à éteindre la mèche... mais trop tard. On a comme l'impression qu'il en a marre de son rôle et qu'il veut sortir de ce film au plus coupant. Mais, finalement, il est piégé, à l'instar des spectateurs condamnés à l'époque à aimer ce film pour éviter d'être traités de réactionnaires, de conservateurs ou de béotiens du cinéma.

Souvent oublié parce que l'intrigue du film est tellement secondaire. Le scénario original a été élaboré par François Truffaut qu'il a tiré d'un fait divers judiciaire de novembre 1952 : L'affaire Michel Portail.

Le regard-caméra.
Unité stylistique fondatrice de la Nouvelle vague. Belmondo, au volant de sa Ford Galaxie décapotable, se retourne et s'adresse à l'audience. Puis, à trois reprises, Anna Karina regarde la caméra et nous interpelle.
Ce procédé, que nous retrouverons dans les films de la Nouvelle vague, pensons à la dernière scène de Les 400 coups de Truffaut ou bien à différentes séquences de À bout de souffle de Godard, a été initié par Ingmar Bergman dans le film Monika réalisé en 1953. Il devint, après un très mauvais accueil sur les écrans français, un des films-phares des jeunes réalisateurs de la Nouvelle vague.



Le regard-caméra de Harriet Andersson dans Monika.

Ce regard-caméra a eu un puissant impact que Godard résume bien dans cet extrait d'un article qu'il publia dans la revue Arts, le 30 juillet 1958: "Il faut avoir vu Monika rien que pour ces extraordinaires minutes où Harriet Andersson, avant de recoucher avec un type, regarde fixement la caméra, ses yeux embués de désarroi, prenant le spectateur à témoin du mépris qu'elle a d'elle-même d'opter pour l'enfer contre le ciel. C'est le plan le plus triste de l'histoire du cinéma." Si vous voulez être mon ami, vous devez voir ce film toutes affaires cessantes. La modernité de ce film par rapport à tout ce qui se faisait en cinéma à cette époque est surprenante et bouleversante.

Une très belle chanson de Antoine Duhamel et de Cyrus Bassiak (compositeur de "Le tourbillon" chantée par Jeanne Moreau dans Jules et Jim) : "Ma ligne de chance" interprétée par Anna Karina que Ferdinand-Belmondo rebaptise Ta ligne de hanche.

"Pourquoi tu m'appelles Pierrot?" et Marianne (Karina) de répondre :"On ne peut pas chanter mon ami Ferdinand." Et imperturbable, Ferdinand (Belmondo), tout au long du film, à chaque fois que Marianne l'appellera Pierrot, il répondra : "je ne m'appelle pas Pierrot; je m'appelle Ferdinand". Et voilà pour le titre.

Cahiers du cinéma : Au 41ème rang des 100 meilleurs films de tous les temps.
Évaluation IMDB : 7,5 sur 10 par 3097 votantss
Toutes les informations sur le film sur IMDB
Visionné, la première fois, le 6 juin 1971 à la télévision à Québec
Mon 73ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider

1 commentaire:

  1. Fin en hommage à Giono:
    "Et il y eût, au fond du jardin, l'énorme éclaboussement d'or qui éclaira la nuit pendant une seconde. C'était la tête de Langlois qui prenait, enfin, les dimensions de l'univers.
    Qui a dit: Un roi sans divertissement est un homme plein de misères ?"

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