mercredi 25 avril 2007

32. Teshigahara : La femme des sables

1001 films de Schneider : Suna no onna
Titre français : La femme des sables
Dans la liste des 1000 meilleurs films du 20ème siècle

Film japonais réalisé en 1964 par Hiroshi Teshigahara (1927-2001)
Avec Eiji Okada et Kyôko Kishida

Un entomologiste, en excursion dans le désert, ayant manqué son autobus de retour, est hébergé par une femme qui habite une maison dans un trou de sable. Le lendemain, à son grand désarroi, il ne peut plus quitter cet endroit parce qu'on y a retiré l'échelle qui permettrait d'en sortir. Il découvre alors qu'il est l'objet d'un complot dont l'objet est de fournir un compagnon et une aide à la femme esseulée depuis la disparition de son mari et de sa fille sous des tonnes de sable.
Commence alors la répétition d'une tâche quotidienne qui consiste à pelleter du sable sans quoi les villageois les privent d'eau et de nourriture. La répétition de cette tâche nous renvoit au mythe de Sisyphe : monter la pierre jusqu'au sommet de la montagne pour la voir débouler jusqu'en bas puis la remonter de nouveau; ce cycle sans fin étant la plus parfaite illustration de l'absurdité selon Albert Camus.
Jusqu'à la fin, l'homme tente, sans succès, de sortir de cette prison. Finalement, il se résigne à son sort et on peut penser qu'il finit par y trouver un certain bonheur puisqu'à la fin, lorsque la femme quitte le trou à cause d'une urgence médicale et que les villageois laissent l'échelle en place, il décide, après une promenade en dehors du trou, d'y retourner définitivement. "Il faut imaginer Sisyphe heureux" dirait Albert Camus. Le dernier plan nous informe que la disparition de l'entomologiste remonte à 7 ans.
Toutes les interprétations sont possibles. Voilà pour le contenu.
Mais ce film est dominant surtout pour la photographie. Une merveille. Jamais on n'a filmé le sable avec une telle maîtrise. Grain de sable, grain de photo, grain de la peau. On retrouve à quelques reprises de très gros plans où les grains de sable se confondent avec le grain de la peau. Charge érotique puissante. Les ébats sexuels sont rares mais les séquences sont hautement érotiques; la plus belle étant le moment où l'homme enlève le sable sur le dos de la femme. Moment de recueillement, s.v.p. Ouf!
Ce film doit absolument être vu au cinéma. Les nombreuses séquences de nuit ne sont pas visibles sur un écran normal de télévision. On n'y voit que du noir et notre propre reflet sur l'écran de la télé. Misère.
Super étude du film à Cinetudes.com

Cannes 1964 : grand spécial du jury
Évaluation IMDB : 8,1 sur 10 pour 4094 votants.
Toutes les informations sur le film sur IMDB
Visionné, la première fois, en 1968 à la télévision à Québec
Mon 32ème film visionné des 1001 films de Schneider

mardi 10 avril 2007

31. Nichols : The Graduate

1001 films de Schneider : The Graduate
Titre français : Le lauréat

Film américain réalisé en 1967 par Mike Nichols (1931)
Avec Dustin Hoffman, Anne Bancroft et Katharine Ross

La jambe étendue d'Ann Bancroft (en fait, la jambe du mannequin Linda Gray) en train d'enfiler son bas devant un Dustin Hoffman indécis : une des affiches les plus érotiques de l'histoire du cinéma américain.

Le film d'une génération, celle des baby-boomers arrivant à l'âge adulte.
En pleine période du Flower Power, ce film semble, en mode mineur, représenter la remise en question des valeurs transmises par la génération antérieure : liberté sexuelle, suprématie du désir, contestation du mariage, invention de sa destinée et rupture des liens familiaux.
Le Benjamin du début du film nous semble, à première vue, complètement déphasé par rapport à la jeunesse de cette époque que nous voulons déjà affranchie de la tutelle de la génération précédente. Pourtant, si nous oblitérons l'hystérie médiatique qui voulait toute la jeunesse de cette époque sur le modèle hippie, le Benjamin était probablement plus près de l'adolescent-type de cette époque, en fait, de toutes les époques : en conflit avec ses parents, en pleine recherche de son identité, aux abois sur le plan sexuel.
Il y a deux films dans ce film. Le premier, le plus intéressant, a pour objet l'initiation sexuelle de Benjamin et le développement de sa relation avec Mrs Robinson. Cette relation aurait mérité un long prolongement. La seule conversation au lit entre les deux amants annonçait un développement intéressant.
En lieu et place on a droit à un deuxième film, un film d'ado stéréotypé, qui tourne autour d'un amour empêché. Comment peut-on croire en cette histoire d'amour mal improvisée entre Elaine et Benjamin? D'ailleurs, c'est ce qu'ils se demandent dans la dernière scène assis au fond de l'autobus. "Qu'est-on venu faire dans cette histoire d'amour mal scénarisé? et, merde, j'ai laissé les clés dans ma voiture, en panne d'essence, sur le bord de la route."
Simon and Garfunkel resteront à jamais identifiés à ce film à cause de la chanson-thème Mrs Robinson et de la chanson en intro, The Sounds of Silence.
Anne Bancroft n'est que 8 ans plus âgée que Katharine Ross qui joue le rôle de sa fille et à peine 5 ans de plus que Dustin Hoffman. On aurait bien aimé que Mike Nichols maintienne sa première idée d'engager Jeanne Moreau pour jouer le rôle de Mrs Robinson.
Dans un rôle non crédité, première présence au cinéma de Richard Dreyfuss : il fait partie des locataires de la maison où habite Dustin Hoffman près de Berkeley.

Oscar 1968 : Mike Nichols pour la réalisation.
Évaluation IMDB : 8,2/10 par 70 962 votants.
Au 154ème rang des meilleurs films de tous les temps selon les votants de IMDB.
Toutes les informations sur le film sur IMDB
Visionné, la première fois, en 1968 au cinéma à Québec
Mon 31ème film visionné des 1001 films de Schneider

lundi 2 avril 2007

30. Huston : The Treasure of the Sierra Madre

1001 films de Schneider : The Treasure of the Sierra Madre
Titre français : Le trésor de la Sierra Madre
Film américain réalisé en 1948 par John Huston (1906-1987)
Avec Humphrey Bogart, Walter Huston et Tim Holt.

To be doomed.
Dès les premières images du film, l'on sent la malédiction qui s'est déjà abattue sur le personnage interprété par Bogart. Quoiqu'il fasse, il est destiné à l'échec. Avec sa gueule de pauvre gringo misérable, il entreprend un parcours qui l'entraînera vers les bas-fonds de la psychose paranoïaque, porte ouverte sur sa fin tragique.
Probablement, la plus grande performance de Humphrey Bogart au cinéma mais, malheureusement, ombragée par le jeu extraordinaire de Walter Huston, gagnant de l'Oscar du meilleur acteur de soutien

Cette histoire de chercheurs d'or prend une dimension inattendue du fait qu'elle a été tournée en extérieurs, fait plutôt rare à cette époque où les producteurs d'Hollywood aimaient bien contrôler l'environnement du film. Faire la pluie et le beau temps n'était pas une figure de style.
On sent bien que les acteurs ne retournent pas dans leur caravane climatisée entre chaque scène et qu'il sont à des centaines de kilomètres de tout confort, ce qui ajoute à la crédibilité de leur jeu.
Le film a été tourné au Mexique. Au début, les scènes sont tournées à Tampico.
Fondu sur mon passé : juillet 1970, entassés à 4 dans une Datsun 510 (ancêtre de Nissan) nous avons parcouru la distance Québec-Tampico en 5 jours. 5 jours de canicule insupportable, à dormir dans des motels pourris de l'Oklahoma ou du Texas. En arrivant à Tampico, nous avions trouvé une petite cabine romantique sur la plage où nous prévoyions passer la semaine. C'était sans compter sur la pollution indescriptible des eaux de cette ville, empuantie par ses raffineries de pétrole dont les résidus inondaient les eaux et la plage.
Fin de nos utopies paradisiaques mexicaines. Retour au film.

Toute la partie du film qui concerne l'extraction de l'or a été tournée dans les paysages semi-désertiques de l'état du Michoacan autour de deux villages : San Jose Purua et Jungapeo.
Encore une fois, retour au passé. Deux ans plus tard, 1972. Je suis le coordonnateur d'un programme d'échange avec le Mexique, Jeunesse Canada Monde. Une partie de mon travail consiste à rencontrer régulièrement des membres de cet échange, des jeunes Canadiens de 16 à 19 ans, dispersés dans 3 villages mexicains : Cuanajo au Michoacan, Zoyamazalco dans la région de Puebla et Saladero dans la région de Tampico. Pendant 6 mois, je parcours dans mon jeep VW des milliers de kilomètres à travers les paysages entrevus dans le film Le trésor de la Sierra Madre. Poussière, chaleur, mirages, sécheresse font partie de mon quotidien habité seulement par les chansons de Bob Dylan que je découvre et dont j'allais devenir accroc pour le restant de ma vie. Bob Dylan, nobellisable.
Les Mexicains dans le film? Le record de tous les temps en matière de stéréotypage . Ou bien ils sont des criminels sanguinaires, sans aucune morale, qui se baladent avec leurs balles de fusil en bandoulière ou bien ils sont de pauvres Indiens, imbéciles heureux, d'une naïveté bêtifiante.

Si vous voulez revoir votre cours de réanimation cardio-respiratoire, regardez la scène de réanimation pratiquée par Walter Huston sur un jeune Indien. On comprend pourquoi les Indiens ont dit que la réanimation de l'enfant était un miracle.

A remporté 3 Oscars en 1949 dont celui de meilleur réalisateur à John Huston et celui de meilleur acteur de soutien à Walter Huston, le père du réalisateur et le grand-père de Anjelica Huston.
Évaluation IMDB : 8,5 sur 10 par 20 211 votants.
Au 54ème rang des meilleurs films de tous les temps selon les votants de IMDB
Toutes les informations sur le film sur IMDBVisionné, la première fois, en 1968 à la télévision à Québec
Mon 30ème film visionné des 1001 films de Schneider